vignette|Équipe du commandement des actions spéciales terre lors d'une démonstration de libération d'otages, en juin 2018. Les forces spéciales (FS) sont, selon la définition de l'OTAN, des unités militaires destinées à mener des « opérations spéciales » dans un conflit classique ou non conventionnel ()..
Historique Les termes « force spéciale » commencent à être employés lors de la Seconde Guerre mondiale.
Avant la Seconde Guerre mondiale En 1918 sont créées, au sein de la , des ossobyï otdel, petits groupes « chargés d'espionner et d'effectuer des actes de malfaisance ».
Les historiens militaires considèrent souvent que les forces spéciales sont les héritières des corps francs qui, dans les conflits anciens comme la Première Guerre mondiale, se composaient uniquement de militaires formés au combat au corps à corps, à l'arme blanche (qu'on appelait guerriers plutôt que soldats). Ils avaient notamment pour spécialité d'attaquer les tranchées ennemies. Mais cela est faux, car ils s'apparentaient davantage aux ancêtres des commandos (ayant pour parents en partie les commandos boers). De plus, les corps francs remontent au en Suisse aux guerres napoléoniennes en Allemagne.
Pendant la Seconde Guerre mondiale vignette|left|Des troupes britanniques du SAS en Afrique du nord (1943).
Les premières forces spéciales, ressemblant à celles qui existeront à la fin du , descendent largement de celles créées pendant la Seconde Guerre mondiale. L'Allemagne nazie disposait dès 1939 des Brandebourgeois qui, vêtus d'uniformes adverses, captureront divers objectifs en avant des forces d'invasion. De leur côté, les Italiens développèrent notamment les premiers nageurs de combat.
Les Britanniques, restant en 1940 seuls en guerre et sur la défensive, créèrent les Commandos pour mener des raids ponctuels dans les territoires occupés par le à l'exemple de l'opération Chariot réalisée à Saint-Nazaire. Ils seront imités par leurs alliésCommandos Kieffer français libres, Rangers américains, 1er détachement du service spécial américano-canadien, etc.. Plus tard, avec le retour des Alliés à l'offensive, ces unités devinrent moins utiles et finirent spécialisées dans les opérations amphibies. Leurs opérations, mêmes modestes, nécessitaient de lourds moyens de transport et d'appui, qui étaient peu discrets et faisaient perdre l'effet de surprise.
D'autres forces spéciales, opérant en groupes réduits pour rester discrètes, apparurent pendant la guerre, tels le Long Range Desert Group (LRDG) de reconnaissance et le Special Air Service (SAS) créé par David Stirling en 1941. Ces unités nécessitaient des combattants très autonomes et des techniques d'infiltration et d'exfiltration variées.
Enfin, un troisième type d'unité spéciale fut créé un peu plus tard pendant la guerre, destiné à organiser, former et aider des forces irrégulières de maquis ou partisans de la résistance française, néerlandaise, des Balkans ou de pays asiatiques. Ces missions, dirigées par les services secrets alliés qui étaient le (SOE) britannique, l (OSS) américain ou le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de la France libre, impliquèrent notamment les Jedburgh et les (OG, « groupes opérationnels ») de l'OSS.
vignette|Otto Skorzeny (à g.) et l'ancien Brandenburger (milieu) (1944).
Du côté allemand, les Brandebourgeois finirent comme unité classique. Des unités de la Waffen-SS deviennent les principales forces spéciales allemandes, notamment celles d'Otto Skorzeny, mises en avant par la propagande nazie. L'Union soviétique va également mettre en œuvre diverses unités de reconnaissance/action derrière les lignes adverses et d'action avec les partisans. Enfin, sur les fronts d'Asie et du Pacifique, les Alliés utiliseront également des unités particulières, spécialistes du harcèlement en jungle (Chindits et Merrill's Marauders), d'encadrement de maquis (, ), ou les (UDT) d'aide aux débarquements amphibies.
Ces unités ont défini le rôle et les différents types d'emploi que les forces spéciales peuvent effectuer. Certaines opérations des forces spéciales alliées sont devenues célèbres, telles que l'opération Frankton. Cette opération a permis de couler des bateaux allemands dans le port de Bordeaux. D'autres opérations importantes sont les opérations SAS en Bretagne qui ont permis d'isoler le débarquement de Normandie des autres unités allemandes. Les SAS ont joué un rôle crucial pendant la guerre avec un bon nombre d'opérations réalisées pour harceler l'ennemi.
Après la Seconde Guerre mondiale vignette|upright=1.1|Spetsnaz du GRU de l'Armée soviétique en opération en Afghanistan (1988). vignette|droite|Le détachement opérationnel alpha 525 des Special Forces américaines. Photo prise juste avant une infiltration en Irak, en février 1991. Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des forces spéciales furent dissoutes, mais les conflits de décolonisation et la montée des tensions liées à la guerre froide firent que rapidement, plusieurs seront recréées ou se réclameront de leur héritage. En France, ce sont les services secrets qui conservèrent cette compétence avec le « choc » qui participera aux conflits d'Indochine et d'Algérie, tandis que le (SAS) britannique est reformé dès 1947 et combattra également dans de nombreux conflits de « basse intensité ». Les États-Unis, quant à eux, créèrent les « bérets verts » des en 1952 puis les SEAL en 1962, qui participèrent largement à la guerre du Viêt Nam.
Dans les années 1970, en réaction à la montée des attentats terroristes dans les pays occidentaux, et notamment à la tragique prise d'otages des Jeux olympiques de Munich, la libération d'otages de vive force devient une nouvelle mission des forces spéciales. Celles-ci vont réussir quelques libérations d'otages spectaculaires, comme l'opération des FS israéliennes à Entebbe en 1976 et celle du SAS à l'ambassade iranienne de Londres en 1980.
Aux États-Unis, l'unité Delta Force est dédiée au contre-terrorisme. Mais en , sa première opération, concernant la tentative de libérer les otages américains en Iran (opération ), se termine par un échec retentissant à cause de défaillances des hélicoptères utilisés. En conséquence, un commandement interarmées permanent pour les opérations contre-terroristes, le , est créé, placé directement sous les ordres de l'état-major interarmées américain et ayant autorité sur les unités antiterroristes et les unités qui les soutiennent (hélicoptères et notamment).
Après la fin de la guerre froide, seulement trois pays peuvent se targuer d'avoir des forces spéciales autonomes dans leur spectre militaire : le Royaume-Uni, la France et les États-Unis..
France Les forces spéciales françaises ont participé à l'ensemble des conflits français contemporains, allant de la guerre d'Indochine en passant par la crise du canal de Suez ou la guerre d'Algérie, jusqu’aux années 2012-2020 avec la guerre du Mali ou plus récemment encore lors de l'opération Sagittaire (évacuation de ressortissants au Soudan en 2023).
Plusieurs unités actuelles des forces spéciales sont héritières de deux unités de forces spéciales de la Seconde Guerre mondiale : le SAS comprenait à la fin de la guerre deux régiments français : le SAS ( régiment de chasseurs parachutistes) et le SAS ( régiment de chasseurs parachutistes). Ils sont dissous en 1945. mais sont une des origines du RPIMa créé en 1960. ; les commandos Kieffer ont donné naissance aux sept commandos marine actuels.. Toutes ces unités sont regroupées, en opérations, sous le Commandement des opérations spéciales (COS), créé en 1992 afin de mieux coordonner leurs actions.
Définition vignette|upright=1.1|Forces spéciales du GROM (Pologne) en surveillance au port maritime de Umm Qasr lors de la guerre d'Irak en 2003.
La définition des « forces spéciales » s’applique aux unités militaires en mesure de mener, de façon autonome, des opérations d’une durée pouvant aller de quelques heures à plusieurs semaines, dans un contexte hautement hostile. Agissant avec un effectif réduit contre des adversaires nettement plus nombreux, elles font appel à toutes sortes de techniques et tactiques particulières dans le but d’exploiter les points faibles de l’ennemi et d’en tirer un avantage décisif et stratégique.
En temps de paix, elles permettent au pouvoir politique d'assurer le règlement de situations de crises qui ne peuvent trouver de solutions par la voie diplomatique ou par des actions militaires classiques. En temps de guerre, leur emploi s’inscrit dans un cadre stratégique pour apporter une contribution majeure à la victoire.
Les interventions militaires menées par des forces spéciales au cours de ces dernières décennies permettent de distinguer plusieurs types de missions spécifiques : recherche et transmission de renseignements ; libération d’otages ou de prisonniers et évacuation de ressortissants nationaux ; neutralisation d’objectifs vitaux pour l’adversaire ; préparation de sites et accueil d’unités conventionnelles dans le cadre d'opérations extérieures ; contrôle avancé et guidage d’aéronefs pour des opérations aéroportées ou des frappes aériennes ; opérations psychologiques (PSYOPS) ; protection de personnalités (VIP) ou de sites sensibles à l’étranger ; formation, assistance et encadrement de mouvements ou pays amis pour la conduite d’opérations militaires, d’action de guérilla ou de contre-guérilla.
Ces missions peuvent être réalisées en liaison avec une force nationale ou alliée, ou bien encore de façon autonome sur les arrières de l’adversaire.
Avant toute chose, les forces spéciales sont des unités destinées à opérer dans un contexte stratégique pour mener des opérations à haute signification politique, ou contre des objectifs d’intérêt majeur. Par leur nature même, il n’est pas concevable qu’elles soient utilisées pour des actions défensives.
Leur contrôle opérationnel est en principe confié aux plus hautes autorités militaires, compte tenu de la nature de leurs missions. Une autorité d’emploi de haut niveau et une chaîne de commandement très courte sont nécessaires, pour assurer la rapidité de leur mise en action et une certaine réversibilité jusqu'au dernier moment. Sur le plan opérationnel, elles doivent être en mesure d’agir de façon autonome en milieu hostile, même pour une longue période. Cette autonomie s’applique non seulement à tous les domaines de l’exécution de la mission, mais également à ceux de sa planification et de sa préparation.
La particularité de ces unités de combat est aussi d’intervenir en très petit nombre, notamment grâce à leur haut niveau de formation et d’entraînement, à la qualité des équipements utilisés et à la diversité des moyens et techniques d’infiltration et d’exfiltration employés. C’est ce petit nombre qui assure leur très bon rapport coût-efficacité et qui les différencie des forces dites conventionnelles, qu’il s’agisse d’unités d’élite ou de troupes spécialiséesc’est ce que certains appellent « coefficient de forces » ou « démultiplicateur de forces ».
Opérations spéciales et opérations clandestines vignette|upright=1|Navy SEAL (États-Unis) en Afghanistan (2002).
Les missions des forces spéciales excluent, en principe, les opérations clandestines qui revêtent souvent un caractère illégal. Ces dernières sont menées pour l’essentiel par la branche « action » des services secrets, qui ne sont pas à proprement parler des forces spéciales, même si certaines caractéristiques (sélections très difficiles, formation pointue) créent des points communs entre ces deux types d'unités.
Dans certains pays, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, les forces spéciales peuvent être engagées pour des opérations clandestines.