vignette|Le général Jean-Henri Dombrowski dirigeant les légions polonaises. Tableau de Juliusz Kossak, 1882, Ossolineum.
Le terme de légions polonaises désigne les différentes unités militaires de Polonais servant dans l’armée française, des années 1790 aux années 1810.
Après le troisième partage de la Pologne en 1795, beaucoup de Polonais croient que la France voudra venir en aide à la Pologne, les pays s’étant partagé la Pologne (Prusse, Autriche et Russie) étant tous ennemis de la France. De nombreux officiers, soldats et volontaires émigrés de Pologne et établis dans d’autres pays, particulièrement en Italie, s’engagent dans les armées locales.
Avec le soutien de Bonaparte, des unités spéciales de Polonais sont créées ; elles sont commandées par des Polonais, et utilisent les grades polonais. On les appelle les Légions polonaises et sont considérées comme une armée polonaise en exil sous autorité française. Les principaux chefs de cette armée sont Jean-Henri Dombrowski, Karol Kniaziewicz et Józef Wybicki. Les légions polonaises servirent dans l’armée française durant les guerres de la Révolution et de l’Empire, des Antilles à la Russie et de l’Italie à l’Égypte.
Bien que Napoléon ait créé un petit État polonais, le Duché de Varsovie (1807-1815), il était très flou dans son projet d'État polono-lituanien, comme avant les partitions de la Pologne. Il se contentait de vagues promesses à ce sujet, pour ne pas interrompre le flot de volontaires polonais. Il manœuvrait, jouant des craintes de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse de la recréation de cet État allié à la France. Néanmoins, les volontaires polonais sous le drapeau français ont suivi Napoléon tout au long de sa carrière, et encore aujourd’hui, le souvenir des légions polonaises est fort en Pologne, Napoléon étant considéré comme un héros et un libérateur.
Durée d'existence et effectifs
vignette|Bannière de la légion polonaise en Italie sous la Révolution française.
Les historiens ne sont pas d'accord sur la durée d'existence des légions polonaises au service de la France. Magocsi considèrent que leur se situe dans les années 1797-1801 tandis que Jerzy Lerski écrit que les unités composant les légions ont combattu de 1797 à 1803. De la même manière, Norman Davies évalue leur durée d'existence à cinq ou six ans. L'encyclopédie polonaise PWN définit les légions polonaises comme ayant servi de 1797 à 1801, date à laquelle les légions furent transformées en demi-brigades.. Un certain nombre de travaux retraçant l'histoire des légions polonaises mentionnent cependant les combats menés par les unités polonaises sous commandement français après 1803. Plusieurs petites formations subsistaient alors, la plus célèbre étant la légion de la Vistule, qui fut active de 1808 à 1813..
Les estimations relatives aux effectifs des légions varient également : Davies avance hommes pour la période allant jusqu'à 1802-1803, s'accordant sur ce point avec Magocsi . Les historiens Bideleux et Jeffries donnent quant à eux une estimation un peu plus haute de soldats ayant potentiellement servi dans les légions jusqu'en 1801. La majorité des soldats étaient issus de la paysannerie et seulement de la noblesse.
Origines
Après le troisième partage de la Pologne en 1795, nombreux sont les Polonais à placer leurs espoirs dans une intervention de la France révolutionnaire, qui a accueilli avec enthousiasme la Constitution polonaise du 3 mai 1791.. Au sein de la coalition dressée alors contre la France figurent la Prusse, l'Autriche et la Russie, ennemis jurés de la Pologne. Paris est le siège de deux organisations polonaises revendiquant le statut de gouvernement en exil : la Députation (Deputacja) de et l'Agence (Agencja) de Józef Wybicki. À la même période, des soldats, des officiers et des volontaires polonais émigrent en grande nombre à destination de l'Italie et de la France. L'Agence parvient de son côté à convaincre le gouvernement français d'autoriser la mise sur pied d'un contingent militaire polonais. L'emploi de troupes étrangères sur le sol français étant proscrit par la Constitution, les Français affectent les Polonais au service de leur allié italien, la République cisalpine.
Jean Henri Dombrowski, officier de l’armée du royaume polono-lituanien, commence son travail en 1796 lorsqu'il se rend à Paris puis à Milan, où il est reçu par le général Napoléon Bonaparte. Ce dernier voit en effet d'un bon œil l'arrivée de recrues polonaises et se montre vaguement réceptif à l'idée de restaurer la souveraineté de la Pologne. Dombrowski est autorisé à créer deux légions polonaises devant être intégrées à l'armée de la toute jeune République lombarde. Cette décision est entérinée par la convention du qui marque l'acte de naissance officiel des légions.
Historique des légions
Les légions polonaises pendant la première campagne d'Italie
vignette|Entrée du général Dombrowski dans Rome le 3 mai 1798. Huile sur toile de Janvier Suchodolski, avant 1850, musée national de Varsovie.
Les soldats polonais de Dombrowski se voient octroyer la citoyenneté lombarde et reçoivent une paie équivalente à celles des autres troupes. Ils sont également autorisés à conserver leurs uniformes polonais — avec cependant la présence de symboles français ou lombards — et sont commandés par des officiers parlant leur langue. Selon Alain Pigeard, les forces de Dombrowski se composent de la manière suivante : . La légion est commandée par le général Karol Kniaziewicz et la par le général Józef Wielhorski. Pivka et Roffe affirment cependant que la formation d'une deuxième légion n'intervient que plus tard, en , et que Dombrowski ne commande jusque-là qu'une seule légion forte au début du mois de de hommes, grâce notamment à l'appoint de nombreux déserteurs polonais de l'armée autrichienne.
Les légions de Dombrowski combattent d’abord en Italie contre les Autrichiens et leurs alliés. Stationnés en à Mantoue, les soldats polonais connaissent leur baptême du feu à Brescia à la fin du mois. C'est aussi de cette époque que date la Mazurka de Dombrowski, actuel hymne national de la Pologne, écrit par Józef Wybicki. Les effectifs continuent pendant ce temps de grimper, jusqu'à atteindre hommes fin avril. Dombrowski milite alors activement en faveur d'une percée vers les territoires polonais de Galicie, mais Bonaparte rejette l'idée, préférant utiliser les troupes polonaises sur le théâtre d'opération italien. Le même mois, les légionnaires prennent part à la répression des Pâques véronaises. La paix établie entre la France et l'Autriche au traité de Leoben, le , porte un rude coup aux espérances des Polonais, mais Dombrowski prédit que cet interlude n'est pas fait pour durer. Une autre insurrection est réprimée par les soldats polonais en , cette fois à Reggio d'Émilie.
La signature du traité de Campo-Formio le met temporairement fin aux hostilités. Les légionnaires polonais aspirent toutefois à la reprise de la guerre et sont considérés comme les troupes étrangères les plus favorables à la cause française en Italie. En , les Polonais concourent à l'occupation des États pontificaux, répriment plusieurs révoltes de paysans et font leur entrée à Rome le .. Dombrowski se voit remettre par un représentant romain un grand nombre de trophées offerts à la papauté par le roi de Pologne Jean III Sobieski après sa victoire sur les Ottomans au siège de Vienne en 1683. Parmi ces cadeaux se trouve un étendard ottoman qui est ajouté aux drapeaux des légions et les accompagne dès lors dans toutes leurs campagnes.
En Italie et en Allemagne (1798-1801)
La guerre se rallume dans les derniers mois de l'année 1798 avec la formation d'une deuxième coalition contre la France. Un an après leur création, les légions polonaises comptent soldats. Les légions polonaises sous Kniaziewicz prennent part aux combats contre les troupes chargées de défendre le royaume de Naples, contribuant à la victoire de Civita Castellana le . Peu de temps après, les ressources prises par les Français à Gaète permettent d'organiser une unité de cavalerie polonaise commandée par le colonel Andrzej Karwowski. Les Polonais se battent aussi à Magliano, Falari, Calvi et Capoue.
Les opérations militaires se révèlent cependant beaucoup plus délicates que les fois précédentes, les meilleures unités françaises étant parties avec Bonaparte en Égypte. Tout au long de la campagne de 1799, les Polonais essuient des pertes sévères. La légion sous les ordres de Dombrowski combat ainsi du 17 au à la bataille de la Trebbia, où elle subit de lourdes pertes : seuls deux bataillons sur cinq échappent à la destruction et Dombrowski est blessé. Les légionnaires participent également aux batailles de Novi le et de Zurich le .
La légion n'est pas en reste puisqu'elle est impliquée dans les premiers combats sur l'Adige du au , perdant, selon les estimations, entre la moitié et les deux tiers de ses soldats. Son commandant, le général , est tué à la bataille de Magnano le . Les débris de la légion s'enferment avec d'autres troupes dans la forteresse de Mantoue, bientôt assiégée par les Autrichiens. La place doit capituler en juillet mais les soldats polonais captifs sont traités bien différemment de leurs camarades français, ainsi que le raconte l'historien Oleg Sokolov : .
Avec la dissolution de la République cisalpine, Napoléon Bonaparte, devenu Premier consul, décrète que les unités étrangères peuvent désormais servir dans l'armée française. Le , les survivants des légions polonaises d'Italie sont réorganisées à Marseille pour devenir la « légion italique », forte de hommes (bientôt réduits à ). Cette nouvelle unité est affectée à l'armée d'Italie et combat à Peschiera et Mantoue.
vignette|Fusiliers, grenadier et chasseur de la légion du Danube, par Bronisław Gembarzewski.
Le , la légion du Danube, placée sous le commandement de Karol Kniaziewicz, est créée dans l'est de la France. Elle comprend, hors artillerie et état-major, quatre bataillons d'infanterie et un régiment de uhlans à quatre escadrons ; son effectif théorique est de hommes. En réalité, à la date du , seuls hommes sont présents sous les armes. Chargée de combattre les Autrichiens en Bavière, la légion du Danube, renforcée par les cavaliers d'Andrzej Karwowski, se distinguent avec l'armée du Rhin à Berg, Bernheim et Offenbourg avant d'occuper la forteresse de Philippsbourg après l'armistice de Parsdorf le . Elle prend également part à la bataille de Hohenlinden le ainsi qu'à la poursuite des troupes autrichiennes. Selon Norman Davies, la légion du Danube a essuyé des pertes importantes durant la courte période séparant cette bataille de la fin de la campagne le suivant. Alain Pigeard note qu'en , la légion ne compte plus que hommes.
La taille des légions diminue sensiblement après le traité de Lunéville du qui, à la grande déception des légionnaires, ne fait aucune mention de la Pologne. Les troupes polonaises sont alors employées à des tâches de police dans le royaume d'Étrurie. La légion du Danube passe ainsi en Toscane où un général français écrit à son propos : . En plus de cette situation matérielle alarmante, les Polonais ne peuvent pas toujours choisir leurs combats, et leur moral est atteint lorsqu’ils sont envoyés réprimer des révoltes au lieu de lutter contre les pays qui ont pris part au partage de la Pologne. De nombreux légionnaires, dont le général Kniaziewicz, se considèrent manipulés par les Français et démissionnent. Le commandement de la légion du Danube retombe alors sur le général Wladyslaw Jablonowski.