La Roche à Pierrot est un ancien abri sous roche préhistorique, situé à Saint-Césaire en Charente-Maritime, en France.

Sa renommée repose sur la découverte en 1979 d'un individu néandertalien, ancien de 40 000 ans, qui fait évoluer les connaissances scientifiques concernant cette époque. Les fouilles archéologiques réalisées ensuite éclaircissent la nature de l'occupation du site, tout d'abord par des néandertaliens, puis par des Homo sapiens.

Situation

Le site est à moins de au sud-est du cœur du village de Saint-Césaire, en rive droite (côté est) du ruisseau Coran (petit affluent de la Charente).

Description C'est un ancien abri sous roche de nos jours éboulé, qui se trouve au pied d'une falaise de calcaire du Turonien supérieur de de hauteur. Une diaclase est toujours visible sur la face de la falaise.

Historique

Le calcaire turonien a été miné jusqu'à la fin du , ce qui a créé nombre de galeries dans les falaises environnantes et sur le plateau dominant le site. Nombre de ces galeries ont ensuite été utilisées pour la culture de champignons. Le site est découvert fortuitement en 1975 par Bernard Dubigny qui remarque des vestiges lithiques lors de travaux de terrassement destinés à créer un accès à l'une de ces champignonnières - travaux qui ont déjà détruit une partie du site côté nord (à gauche lorsqu'on se tourne vers la falaise). René Boucher, maire de Saint-Césaire, arrête les travaux à cet endroit et contacte le conservateur du patrimoine de Poitiers, François Lévêque.

Le site est fouillé par François Lévêque entre 1976 et 1987 sur , période pendant laquelle Arlette Leroi-Gourhan et Chantal Leroyer en font l'analyse pollinique (publiée en 1993). En 1993, Anna Mary Backer, assistée de façon intermittente par Lévêque, conduit une petite fouille sur les carrés D8 et E8 pour vérifier à cet endroit la continuité de la couche châtelperronienne EJOP sup. En 1997, Backer conduit une seconde fouille de sauvetage sur une partie du site.

Une autre série de fouilles de sauvetage a cours de 2013 à 2016. Depuis 2016, des fouilles programmées sont organisées. La première triennale (2016-2018) de ces fouilles est dirigée par Isabelle Crèvecœur (paléoanthropologue et chargée de recherche au CNRS, UMR5199 PACEA) ; une seconde triennale débute en 2019. Chaque année une vingtaine d’archéologues professionnels, amateurs et étudiants, effectuent un mois de campagne (vers juin-juillet).

thumb| thumb| Stratigraphie

Selon Mercier et al. (1991) sont présentes, dont un ensemble jaune (EJ) avec sept couches du Paléolithique supérieur, et un ensemble gris (EG) avec huit couches moustériennes sableuses. Selon , la stratigraphie se répartit comme suit (du plus récent au plus ancien) : L'ensemble jaune (EJ) inclut six niveaux attribués au Paléolithique supérieur : EJJ : Aurignacien évolué (couche 3 pour Mercier 1991) EJM : Aurignacien évolué (couche 4 pour Mercier 1991) EJF : Aurignacien inférieur (couche 5 pour Mercier 1991) EJO sup : proto-Aurignacien (couche 6 pour Mercier 1991) EJOP sup : Châtelperronien (couche 8 pour Mercier 1991), celle qui a livré le squelette « Pierrette »Une couche archéologiquement stérile sépare les couches EJOP sup et EJOP inf (couche 7 pour Mercier 1991) EJOP inf : initialement attribué au Châtelperronien (couche 9 pour Mercier 1991), réattribué au Moustérien en 2010 par M. Soressi qui fait la première étude complète sur l'ensemble du matériel des couches EJOP inf. et sup et se base sur les spécificités technologiques et typologiques du matériel pour le changement d'attribution. L'ensemble gris (EG) inclut cinq niveaux du Paléolithique moyen : EGPF : Moustérien discoïde à denticulés (couche 10 pour Mercier 1991) EGP : Moustérien à denticulés (couche 11 pour Mercier 1991) EGF : Moustérien à denticulés (couche 12 pour Mercier 1991) EGC : Moustérien de tradition acheuléenne (MTA) (les deux couches SGC et EGB sup forment les couches 13 à 16 pour Mercier 1991 EGB sup : Moustérien de tradition acheuléenne (MTA) L'ensemble rouge (ER) est un niveau d'argiles rouges stérile déposé sur le substrat rocheux.

Aurignacien

Ce sont les couches EJJ (Aurignacien évolué, couche 3), EJM (Aurignacien évolué, couche 4), EJF (Aurignacien inférieur, couche 5) et EJO sup (proto-Aurignacien ou Aurignacien archaïque, couche 6).

Couches 3 et 4 (EJJ et EJM)

Les deux couches supérieures correspondraient à l'amélioration climatique dite d'Arcy (interprétation confirmée par l'analyse pollinique). La faune de ces deux couches inclut cheval et renne (Rangifer tarandus).

La couche 3 est formée d'un sédiment argilo-sableux avec de petits éléments calcaires ; l'industrie de l'Aurignacien évolué est comprise dans sa partie supérieure.

La couche 4, de couleur jaune-marron, est plus argileuse. Elle comporte quelques blocs de taille plus importante et une industrie de l'Aurignacien évolué.

Couche 5 (EJF)

Cette couche, attribuée à l'Aurignacien inférieur, correspond vraisemblablement au maximum de froid du Wurm IIIa. Elle est marquée par de nombreux blocs calcaires, d'importants foyers et une riche industrie de l'Aurignacien ancien. On note en particulier la présence d'une structure dégagée en 1984, faite d'un certain nombre de pierres plates disposées en cercle sur laquelle se trouvent de nombreux vestiges de renne, bois et côtes exclusivement. La faune abondante est largement dominée par le renne, avec quelques restes de mammouth, de rhinocéros laineux et de bison ou bos.

Couche 6 (EJO sup)

Cette couche est attribuée au proto-Aurignacien ou Aurignacien archaïque). Elle est de couleur jaune-orange. Sa partie supérieure inclut une blocaille calcaire de petite dimension. Sa faune inclut renne, carnivore, équidé (Equus hydruntinus ?), sanglier (Sus scrofa), mégalocéros (Megaloceros giganteus), mammouth (Mammuthus primigenius), rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis), cheval (Equus sp.), bos ou bison.

Couche intermédiaire stérile (7 ou 8), EJO inf

Les deux couches suivantes sont inversées entre 1991 et 2010 : selon Mercier (1991), la couche 7 sous-jacente à la couche 6 est celle qui a livré le squelette néandertalien, et la couche 8 est la couche stérile ; tandis qu'en 2010 M. Soressi donne la couche EJO sup (couche 8) comme immédiatement sous-jacente à la couche EJO sup (couche 6), et celle en dessous est la couche stérile nomenclaturée « EJO inf » dans sa publication de 2010. Quoi qu'il en soit, la couche stérile (EJO inf) est jaune-orange (plus claire), argileuse, et ne renferme pratiquement pas de blocs sauf quelques-uns vers sa base.

Châtelperronien

Couche (8 ou 7), EJOP sup

Cette couche est jaune-orange plus pâle que la couche 7, caractérisée par de nombreux éléments calcaires à angles vifs. Elle renferme une industrie châtelperronienne caractéristique et a livré en 1979 des restes humains néandertaliens puis, en 1980 et 1981, des phalanges et des éléments de métacarpe.

Couche 9 (EJOP inf)

La couche 9 (EJOP inf) a d'abord été attribuée au Châtelperronien (Papinot 1986, Mercier 1991, et d'autres) jusqu'à être attribuée au Moustérien par M. Soressi en 2010. En 1986 elle est décrite comme un « sous-ensemble jaune-orange pâle [...] ne comporte plus que quelques rares blocs surtout répartis à sa base et se présente sous forme d'un niveau nettement plus argileux. L'industrie de caractère castelperronien y est très pauvre. Il correspond, sans doute, à un ruissellement important qui est venu recouvrir le sommet de l'ensemble gris sous-jacent ».

Selon Soressi (2011), le Châtelperronien est riche en outils de « type Paléolithique moyen » : racloirs, denticulés, et nucléus à éclats courts et larges.

Seuls deux autres sites sont connus pour avoir livré des ornements corporels dans un niveau châtelperronien : la grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Yonne) et la Grande Roche de la Plématrie à Quinçay (Vienne).

Moustérien

Douze éclats de silex des couches 10 à 12 (Egpf, Egp et Egf) ont été chauffés et datés par thermoluminescence, donnant un âge entre ± ans AP et ± ans AP.

Couche 9 (EJOP inf)

Cette couche initialement attribuée au Châtelperronien puis réattribuée au Moustérien en 2010 est exposée ci-dessus.

Couche 10 (EGPF)

Cette couche est décrite en 1986 comme gris-pâle, caractérisée par des foyers. Une surface d'environ de cet habitat en a été moulée en 1981. Elle a livré assez peu d'outils mais des milliers d'éclats de débitage et une faune très abondante, avec une plus grande abondance de fragments osseux à sa base. Les datations par thermoluminescence du niveau Egpf se situent entre ± et AP et ± 4900 AP, avec un âge moyen de ± ans AP (seconde moitié du stade isotopique 3). Cette période est immédiatement antérieure au début du Paléolithique supérieur et correspond à un climat plutôt froid, malgré un réchauffement léger au sommet. Les études palynologique et sédimentologique indiquent que l'environnement est ouvert, de type prairie, ce qui correspond au spectre faunique identifié. La faune inclut cheval (Equus sp.), Bos ou bison, renne.

Les artefacts des derniers niveaux de Moustérien (vers ans AP) sont fabriqués principalement sur des matières premières locales ; très peu d'objets sont issus de matières premières allogènes. La méthode de fabrication dominante est le débitage discoïde, selon deux modes : l'un donne des objets plutôt fins à tranchants périphériques, l'autre des éclats plus épais à dos débordant.

La Roche à Pierrot est l'un des quatre sites connus où le Moustérien à denticulés est immédiatement sous-jacent au Châtelperronien (les trois autres sites sont la grotte du Renne (Arcy-sur-Cure, Yonne), Roc de Combe (Payrignac, Lot) et la grotte Morin (Cantabrie, Espagne)). De plus, une étude comparative sur plusieurs sites trouve que l'industrie lithique du niveau Egpf de Saint-Césaire est la plus typique du Moustérien à denticulés.

Couche 11 (EGP)

Cette couche attribuée au Moustérien à denticulés est gris-pâle et contient de nombreux éléments calcaires. Elle est parfois localement très indurée.

Couche 12 (EGF)

Cette couche de Moustérien à denticulés est de couleur grise et est caractérisée par une nouvelle série de foyers, moins abondants que dans les couches précédemment déposées (ci-dessous). La faune est assez riche.

Couches 13 à 16 (EGC et EGB)

Les couches 13 à 16 définies par Mercier 1991 réunissent les deux couches EGC et EGB sup. Ce sous-ensemble est attribué au Moustérien de tradition acheuléenne (MTA).

Couches 13, 14 et 15 (EGC)

Ces couches sont gris clair. Les couches 13 et 15 sont très pauvres ; jusqu'en 1991 elles n'ont livré que quelques éclats. La couche 14 est peu épaisse mais est caractérisée par des foyers continus. Le matériel reste cependant peu abondant.

La faune inclut Bos ou bison, renne.

Couche 16 (EGB sup)

Cette couche gris-beige clair est faite d'un sédiment nettement plus sableux, au moins en partie d'origine fluviatile. Elle est plus mince près de la falaise. Son industrie la fait attribuer au Moustérien de tradition acheuléenne (MTA).

Elle n'atteint pas la séquence de référence dont la dernière couche repose directement sur le sol rocheux.

Couche 17 (ER)

Cette couche est gris-beige tirant sur le rouge, essentiellement sableuse. Jusqu'en 1991 elle n'a livré que quelques éclats, des dents et des ossements souvent fragmentés, d'aspect en général plus ou moins roulé. la décrivent comme un niveau d'argiles rouges stérile

Vestiges humains

La couche EJOP sup a livré le les premiers éléments d'un squelette néandertalien nommé « Pierrette », associé à une industrie lithique châtelperronienne. En 1980 et 1981 des phalanges et des éléments de métacarpe y ont été trouvés.