Marcel Hénaux (1909-1945) est un avocat français, officier de la réserve militaire, déporté politique du . Pendant la Seconde Guerre mondiale, membre de la résistance intérieure française, il est arrêté puis déporté en Allemagne. Il meurt au camp de concentration de Dachau en 1945.
Biographie Marcel Henri Lucien Hénaux nait à Fruges dans le Pas-de-Calais le . Il est le fils de Henri François Joseph Hénaux, marchand épicier et de Alfreda Léonie Merlier (?), épicière.
En 1912, sa famille s'installe à Lille dans le quartier Saint-MichelSite « Marcel Hénaux », cité dans la bibliographie, partie 1..
Pendant la Première Guerre mondiale, son frère Henri est mobilisé, mais trouve la mort lors d'un exercice. Son père mobilisé le , meurt également sous les drapeaux à Lille le .
Marcel Hénaux suit l'enseignement primaire dans un établissement tenu par les frères des écoles chrétiennes puis il entre au lycée Faidherbe de Lille.
Orphelin d'un père mort pendant la guerre, il est adopté par la nation (pupille de la Nation) suivant jugement du tribunal civil de Lille du .
Titulaire du baccalauréat, il entame des études de droit à l'Institut catholique de Lille dans l'objectif de devenir avocat.
Il se marie en 1937 avec Simone Irène Marguerite Gamain. Trois enfants, Michel, Denise, ThérèseLa Croix du Nord, du , p. 2, lire en ligne. vont naître de cette union.
Il meurt en déportation à Dachau le , à l'âge de 36 ansLa Voix du Nord, cité dans la bibliographie..
Un obit (service religieux) solennel a été célébré le Une première cérémonie a déjà été célébrée le dans al même église Saint-Michel de Lille, La Croix du Nord, du , p. 2, lire en ligne. en l'église Saint-Michel de Lille, en présence de son frère Georges Hénaux, de nombreuses personnalités du monde politique et du monde juridique. Une délégation de l'école Saint-Michel où est inscrit le fils de Marcel Hénaux était présenteLa Croix du Nord du , cité dans la bibliographie, page 2..
Carrière Dès la période de ses études supérieures, Marcel Hénaux affirme ses convictions chrétiennes. Il devient membre des Jeunesses démocrates chrétiennes, mouvement inspiré de la démocratie chrétienne qui va se développer après la Seconde Guerre mondiale avec le Mouvement républicain populaire (MRP). Marcel Hénaux est considéré comme un précurseur du MRP.
Reçu avocat en 1931, à 22 ans, il s'inscrit au barreau de Lille, où il commence un stage le .
Le , il est inscrit au tableau de l'ordre des avocats.
Il poursuit en parallèle son action au sein du mouvement chrétien, devient vice-président national des jeunes démocrates chrétiens ou Jeunesses démocrates populairesBruno Béthouart, cité dans la bibliographie. et président de la fédération du Nord, tout en animant moult activités au sein de la paroisse de son quartierLa Croix du Nord du , p. 1, lire en ligne.. Il s'engage également dans le Parti démocrate populaire dont il devient le secrétaire général adjoint.
En , il est candidat aux élections municipales à Lille sur la liste d'« Union républicaine des intérêts lillois », liste d'opposition aux socialistes menés par Roger Salengro, maire sortant. Roger Salengro est réélu au second tour. À cette date, Marcel Hénaux est dit « avocat stagiaire, pupille de la nationLe Grand écho du Nord de la France, du , p. 3, lire en ligne. ».
En , il est candidat pour le Parti démocrate populaire aux élections législatives dans la circonscription de LilleLe Grand Écho du Nord de la France, du , p. 3, lire en ligne.. Cette élection est celle qui verra le succès du Front populaire. Il est battu au second tour par Charles Saint-Venant, candidat socialiste pour la SFIOLe Grand écho du Nord de la France, du p. 3, lire en ligne..
Son frère Georges Hénaux est retrouvé à la Libération dans l'équipe dirigeante de Nord-Éclair, organe du MRP dans la région Nord-Pas-de-Calais.
En , Georges Bidault, alors ministre des Affaires étrangères, déclare avoir connu Marcel Hénaux en cette période et avoir apprécié ses « qualités de courage, de droiture et de sincérité ».
Résistant Marcel Hénaux n'a eu qu'une expérience militaire limitée : appelé sous les drapeaux en , il est incorporé au régiment d’infanterie où il entre comme soldat de seconde classe le . Les autorités militaires envisagent de l'affecter à l'école d'administration de Vincennes qui formait les officiers d'administration du service de l'intendance militaire (École militaire d’administration). Mais le , la commission militaire de Versailles le déclare inapte pour le service armé en raison d'une acuité visuelle insuffisante. Il est donc mis en congé puis en disponibilité.
Lors de la mobilisation française de 1939, il rejoint l'intendance des étapes le . Il est démobilisé à La Réole (Gironde) le et rentre à Lille après l'armistice du 22 juin 1940« Site Marcel Hénaux », cité dans la bibliographie, partie 2..
Ses premiers actes de résistance vont consister en la diffusion de journaux clandestins comme La Voix du Nord publié par le mouvement Voix du Nord, et Témoignage chrétien du mouvement de résistance du même nom. Il va rapidement participer aux activités de plusieurs réseaux sous le pseudonyme de Christian.
Pendant l'année 1942, il sert dans les « Forces françaises combattantes », ultérieurement constitutives de l'Armée française de la Libération, au sein du Réseau Gloria. Du au , il agit en qualité d'agent P1 (agent continuant d'avoir des occupations personnelles), au sein du réseau « Sylvestre Farmer WO », groupe de l'Abattoir, basé à Lille et fondé par le SOE, service secret britannique. Du au , il est agent permanent (P2, agent engagé à temps plein) et donc soumis à la discipline militaire. Pendant cette dernière mission, le grade de lieutenant lui est reconnu.
Il assure également des missions pour le compte de l'Organisation civile et militaire (OCM).
Cofondateur du mouvement des résistants d'inspiration chrétienne pour le Nord Pas-de-Calais, il se retrouve au carrefour de divers mouvements et actions de résistance et assure le secrétariat général de l'organisation clandestine qui deviendra à la Libération le Mouvement républicain populaire (MRP).
En , il est membre du comité départemental qui œuvre à la réalisation de l'unification de la résistance impulsée par Jean Moulin. À ce titre, il met sur pied à Valenciennes un comité d'arrondissement où sont représentés le Front national, Libération-Nord (de tendance socialiste), le Parti communiste français, le réseau Saint-Jacques.
Lors de la création du comité départemental de libération dans le département du Nord, Marcel Hénaux y représente les démocrates chrétiens puis, apprécié des mouvements de résistance de toutes tendances, il en devient le secrétaire, reconnu pour son dynamisme.
Il est très actif jusqu'en .
Marcel Hénaux agit dans la discrétion la plus totale. Jusqu'en , il poursuit son activité au barreau de Lille comme si de rien n'était, aucun de ses collègues avocats ne connait son engagement.
Toutefois, la gestapo le surveille : la trahison d'un membre du réseau Voix du Nord avait entrainé une vague d'arrestation en 1943. Le , après une dénonciation, il est arrêté lors d'un guet-apens. Emmené en à la prison de Loos, il est torturé dans les locaux de la police politique allemande au café de la Rotonde à La Madeleine. Il ne parle pas.
Le , il fait partie du train de Loos où sont entassés tous les prisonniers politiques enfermés dans la prison de Loos. Il s'agit du dernier train de déportés au départ de Loos : la libération de Lille interviendra deux jours plus tard, les 2 et . Marcel Hénaux part en déportation depuis la gare de Tourcoing vers les camps de concentration allemands avec 870 ou 872 autres prisonniers. Il n'y eut plus d'autre train de déportés dans le Nord de la France. Seulement un peu moins de 300 membres de ce dernier train rentreront.
Dans son wagon, sous son impulsion, on chante avant le départ Ce n'est qu'au au revoir mes frères, avant d'entonner la MarseillaiseAndré Diligent, cité dans la bibliographie..
Le train se dirige vers la Belgique, remonte jusqu'en Hollande puis redescend vers la Rhénanie.
Les conditions du voyage sont épouvantables : les déportés sont entassés à 80-90 par wagon à bestiaux. Ils ne peuvent ni s'allonger ni même s'asseoir. L'angoisse monte au fil des heures. Ils n'ont pas d'eau et souffrent de la soif, puis de la faim (sur le quai avant le départ, des représentantes de la Croix-Rouge averties par le chef de gare français ont tenté de distribuer vivres et cigarettes, de recueillir des messages pour les familles mais n'ont guère réussi à avancer et nombre de messages ont été interceptés par les gardes). La chaleur est suffocante, les wagons ne sont aérés que par de petites lucarnes grillagées qui ne donnent que peu d'air et on se bouscule pour aller y respirer un peu. Au fil des heures, les mauvaises odeurs montent : odeurs de transpiration, odeurs liés à la satisfaction des besoins naturels pour lesquels rien n'est prévu, en dehors de quelques boites de conserve. La nuit, les déportés s'empilent pour pouvoir dormir.
Pendant tout le trajet, Marcel Hénaux garde le moral et soutient celui de ses compagnons. Il leur chante un poème composé à Loos. Le refrain plusieurs fois répété sera retenu par les déportés :
Son énergie pendant le trajet lui vaut le qualificatif d'« inoxydable ».
Ils sont conduits à Mülheim (Rhénanie du Nord) puis au camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen. Il y porte le matricule 101716. Il est transféré le à Köchendorf, matricule 33703, annexe du camp de concentration de Natzweiler-Struthof, pour fabriquer des armes dans une mine de sel. Devant l'avance des Russes, il est envoyé au camp de concentration de Dachau le , matricule 150861.
Cette évacuation est une véritable marche de la mort, les déportés, déjà épuisés par le froid, la faim, les mauvais traitements, le travail dans les ateliers, font à pied 269 km, avec pour toute nourriture 4 pommes de terre et cinq cents grammes de pain. Marcel Hénaux ne parvient au camp qu'avec l'aide de ses compagnons. Épuisé par une dysenterie, il meurt à « l'infirmerie » du camp de Dachau le .
Les fours crématoires ne fonctionnent plus à cette date, faute de combustible ; les morts sont jetés dans des fosses communes.
Le , soit quinze jours plus tard, les Américains arrivent au camp de Dachau.
Des mois plus tard, sa femme a reçu la montre qu'il portait le jour de son arrestation. Il s'agissait de la montre de son frère Henri qui lui avait été remise après le décès de celui-ci pendant la Première Guerre mondiale.
Le dénonciateur du réseau Voix du Nord a été jugé et fusillé après la guerre ; enfant naturel placé dans une famille d'accueil, il avait grandi à Fruges. Le déporté devenu kapo qui s'acharna sur les intellectuels français, dont Marcel Hénaux, était d'origine polonaise. À la libération du camp, battu par les détenus, il réussit à s'échapper. Jugé en 1951, il est condamné à mort puis gracié après huit années de détention
Hommages et postérité
Citations
Le , le maréchal Montgomery a reconnu les services rendus par Marcel Hénaux en lui délivrant un certificat de serviceSite « Marcel Hénaux », cité dans la bibliographie, page 3. :
Le , Marcel Hénaux fait l'objet d'une citation à l'ordre de la Nation à titre posthume par le Président du Conseil Henri Queuille :
Décorations En 1950, Marcel Hénaux est cité et reçoit la Croix de guerre avec étoile de vermeil 60x60px :
Le décret du , (Journal officiel du ), le nomme chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume pour faits exceptionnels dans la Résistance. La remise de la médaille a lieu le place Rihour à Lille. Le général de brigade Georges Duminy épingle la médaille au revers du fils de Marcel Hénaux, Michel, en présence de la famille, des amis et de nombreuses personnalitésSite « Marcel Hénaux », cité dans la bibliographie, page 3. Photographie de la cérémonie du 22 octobre 1950..