Hans-Ulrich Wehler, né le à Freudenberg près de Siegen et mort le à BielefeldDie Zeit du 06/07/2014, est un historien allemand. Son ouvrage en cinq tomes fait office de référence pour ce qui concerne l'histoire de la société allemande entre le milieu du et 1990 .
Biographie
Il grandit au temps du national-socialisme à Gummersbach. Il rencontre Jürgen Habermas, son ainé de deux ans, aux jeunesses hitlériennes. Ils fréquentent ensuite le même lycée. En 1952, Wehler passe son Abitur. Il étudie l’histoire et la sociologie et l'économie aux universités de Cologne, Bonn et Athens (États-Unis).
Il obtient son doctorat en 1960, sous la direction de Theodor Schieder. Sa thèse porte sur . Il assiste ensuite Schieder à la préparation de ses séminaires historiques. En 1964, sa première tentative pour obtenir l'habilitation d’État avec un mémoire sur La Montée de l'impérialisme américain de 1865 à 1900 est rejetée par l'université de Cologne. Sa seconde tentative en 1967 avec un mémoire sur rencontre aussi des résistances au sein de la commission d'habilitation. Après un colloque sur son habilitation est finalement acceptée avec une faible majorité.
Après son admission à l'enseignement supérieur, en 1968 il est resté jusqu'en 1970 en qualité de chargé de cours (Privat-Dozent) à Cologne. En 1970, il devient professeur d'histoire américaine à l'Université libre de Berlin. Puis de 1971 à 1996, il devient professeur d'histoire générale à l’Université de Bielefeld, où il est parmi les fondateurs de l’école qui en porte le nom, en remettant la dimension sociale au centre de la réflexion historique. Il est professeur invité (visiting professor) dans des universités américaines de renom (Harvard, Princeton, Stanford, Yale) ainsi qu'à l'université de Berne .
Œuvre
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les travaux de Wehler ont durablement bousculé l’establishment académique allemand, instaurant le « social » et la « société », jusqu’alors méprisés, comme de véritables objets d’analyse historique, et permettant du même geste un élargissement méthodologique de l’histoire à la sociologie. En 1975, il est cofondateur de , un journal cherchant donc à associer l'histoire et la société. Les structures et les processus lui semblent plus importants que les décisions de personnes isolées. Cette approche est sévèrement critiquée parmi les historiens plus conservateurs. Il reprend de Max Weber non pas ses résultats, mais sa méthodologie de questionnement et ses concepts de base.
Ces concepts ont des répercussions dans de nombreux travaux de l'époque. En 1973, il publie « » (L'empire allemand de 1871 à 1918), qui attire beaucoup l'attention. Il y expose sa vision structurelle de l'histoire. À côté de la mise en avant des processus sociaux-économiques, sa thèse d'un Sonderweg (chemin à part) dans l'histoire de l'Allemagne joue un rôle majeur. Même si elle est ensuite en partie réfutée, cette idée a engendré de nombreuses recherches au niveau international sur l'Empire allemand et a durablement marqué les esprits en Allemagne.
Grand spécialiste de l’Allemagne du , Wehler a développé une réflexion poussée sur la société allemande, ancrée dans la sociologie de Max Weber et organisée autour de trois axes majeurs : le pouvoir, l’économie et la culture.
Après de nombreuses publications sur l'impérialisme américain, mais aussi sur des questions théoriques, paraît en 1987 le premier tome de . Cet ouvrage analyse l'histoire allemande à partir d'environ 1700 sous un point de vue influencé par Max Weber. Avec la parution en 2008 du cinquième tome, Wehler est parvenu à achever sa saga en traitant, cette fois-ci, la période allant de 1949 à 1990. L'ouvrage dans sa globalité cherche à donner une idée de l' et a pour cela une unité et une cohérence. Il commence par donner un aperçu du développement démographique avant d'analyser l'économie, la structure sociale, la politique et la cultureVoir l'introduction de Deutsche Gesellschaftsgeschichte tome 1, p. 6-34. Bien qu'il fasse office d'ouvrage de référence, certaines de ses parties sont sujettes à de vives controverses. Parmi celles-ci, la tentative de Wehler de donner une explication au succès du national-socialisme grâce au concept de charisme développé par Max Weber .
Contribution au débat public
En plus de ses travaux en Histoire, Wehler a pris part à de nombreux débats historico-politiques. Il est notamment intervenu dans la querelle des historiens (), portant sur la place à accorder à la Shoah dans l'histoire allemande et déclenchée par Ernst Nolte. Wehler est avec Jürgen Habermas l'un des principaux opposants à la thèse de Nolte. En 1989, . Il prend également parti dans le débat autour des thèses de Daniel Goldhagen.
En 2002, Wehler manifeste clairement son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. La même année, il expose ses nouvelles vues sur la Wehrmacht discours d'introduction de la conférence Verbrechen der Wehrmacht. Dimensionen des Vernichtungskrieges 1941–1944, le 27 janvier 2002 à la Ravensberger Spinnerei Bielefeld.
En 2003, il critique le système éducatif du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. En 2007, dans un contexte de polémique à propos de la construction d'une grande mosquée à Cologne par le DITIB, il déclare que . Il considère en effet que la position du DITIB mène dans .
Dans une critique parue dans Die Zeit, Wehler attaque de nombreux points du livre de Thilo Sarrazin (« L'Allemagne se renie »), mais défend dans l'ensemble l'ouvrage contre les critiques systématiques, et infondées, que Wehler considère comme des atteintes à la liberté d'expression.
Wehler critique également le discours controversé du président allemand Christian Wulff prononcé lors du anniversaire de la réunification allemande, le , où ce dernier a déclaré que l'Islam fait partie de l'Allemagne. Wehler écrit dans le Tagesspiegel : .
Distinction
Wehler a reçu de nombreux honneurs : en 1999, il est fait membre d'honneur de l'American Historical Association, la plus grande association historique américaine. Il reçoit cet honneur au titre du fait : “ . Il est le historien allemand à recevoir cet honneur, ces prédécesseurs étaient : Leopold von Ranke (1885), Theodor Mommsen (1900), Friedrich Meinecke (1947), Franz Schnabel (1952), Gerhard Ritter (1959), Fritz Fischer (1984) et Karl Bosl (1990).
En 2003, il reçoit le prix du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. En 2004, il est élu sénateur d'honneur de l'université de Bielefeld. La même année, il reçoit la médaille Helmholtz de l'académie des sciences Berlin-Brandenbourg p. 7.
Bibliographie
Références
Liens externes
Catégorie:Historien allemand Catégorie:Historien du social Catégorie:Étudiant de l'université de Cologne Catégorie:Étudiant de l'université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn Catégorie:Professeur à l'université libre de Berlin Catégorie:Professeur à l'université de Berne Catégorie:Professeur à l'université Harvard Catégorie:Professeur à l'université de Princeton Catégorie:Professeur à l'université Stanford Catégorie:Professeur à l'université Yale Catégorie:Professeur à l'université de Bielefeld Catégorie:Sénateur honoraire de l'université de Bielefeld Catégorie:Membre de l'Académie américaine des arts et des sciences Catégorie:Officier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne Catégorie:Récipiendaire du prix d'État de Rhénanie-du-Nord-Westphalie Catégorie:Naissance en septembre 1931 Catégorie:Naissance en Rhénanie-du-Nord-Westphalie Catégorie:Décès en juillet 2014 Catégorie:Décès à Bielefeld Catégorie:Décès à 82 ans