Des élections législatives ont lieu aux Fidji le afin d'élire pour un mandat de quatre ans l'ensemble des 55 membres du Parlement, le corps législatif monocaméral.
Le parti Fidji d'abord du Premier ministre Frank Bainimarama perd la majorité absolue des sièges tandis que le principal parti d'opposition, le Parti libéral social-démocrate, s'effondre au profit de l'Alliance populaire, issu de sa scission. Le recul de Fidji d'abord aboutit à une alternance avec la formation d'un gouvernement de coalition constitué des trois partis d'opposition qui porte le dirigeant de l'Alliance populaire Sitiveni Rabuka, au poste de Premier ministre. Contexte En , le contre-amiral Frank Bainimarama prend le pouvoir par un coup d'État, renversant le gouvernement nationaliste autochtone du Premier ministre Laisenia Qarase. Il accuse ce dernier d'aggraver les tensions dans le pays en menant une politique qui privilégie systématiquement les intérêts de la majorité ethnique autochtone, aux dépens des autres citoyens et notamment de la minorité indo-fidjienne. Frank Bainimarama dirige alors une dictature militaire pendant huit ans. Durant cette période, il établit une égalité des droits entre tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance ethnique, et promeut un sentiment d'appartenance nationale commune. Il fait inscrire cette égalité des droits dans une nouvelle Constitution. Il rétablit des institutions démocratiques via les élections de septembre 2014, qu'il remporte... Son gouvernement remporte également les élections de 2018, mais avec une majorité nettement diminuée, ne disposant plus que d'une majorité de deux sièges au Parlement.
La date exacte du scrutin suivant, qui peut légalement être organisé au plus tard le , reste longtemps inconnue, une situation vivement critiquée par l'opposition. Après plusieurs mois d'attente, le gouvernement finit par annoncer le la tenue des élections législatives pour le 14 décembre suivant "Likely Dates For 2022 Election", The Fiji Sun, 23 janvier 2021Fiji announces election date after months-long wait, with nation to head to the polls in December.
Système politique et électoral Les Fidji sont une république parlementaire et une démocratie multipartite dotée d'un parlement monocaméral. Le Parlement des Fidji est composé de 55 sièges pourvus pour quatre ans au scrutin proportionnel plurinominal avec vote préférentiel et seuil électoral de 5 % dans une circonscription électorale unique couvrant l'ensemble du pays..
Le scrutin se déroule sous la forme d'un unique vote préférentiel. Chaque électeur vote pour un seul candidat parmi ceux présentés par les partis en lice ou ceux se présentant sans étiquette, et chaque voix reçue par un candidat est également comptabilisée comme une voix pour le parti dont il est membre. Après décompte de l'ensemble des voix réunies par les partis et candidats indépendants en lice, les cinquante-cinq sièges à pourvoir sont répartis à la proportionnelle selon la méthode d'Hondt entre ceux ayant franchi le seuil électoral de 5 % du total des suffrages exprimés. Les sièges obtenus par chaque parti sont alors alloués à leurs candidats dans l'ordre du nombre de votes préférentiels obtenus par chaque candidat individuellement..
Le droit de vote s'acquiert à l'âge de , et voter n'est pas obligatoire. Le nombre de sièges du parlement est régulièrement ajusté pour suivre l'évolution démographique du pays. Il était ainsi de 50 en 2014, 51 en 2018, et 55 en 2022.
Après les élections, la nouvelle assemblée procède à l'élection du président du Parlement. En application de l'article 93 de la Constitution, si un parti dispose d'une majorité absolue des sièges au Parlement, le chef de ce parti devient Premier ministre, à condition d'avoir lui-même été élu député. Si aucun parti n'a de majorité claire, le Parlement procède à l'élection d'un Premier ministre parmi ses membres. En vertu du principe de gouvernement responsable, le Parlement peut démettre le Premier ministre de ses fonctions à tout moment..
Partis politiques et candidats Le parti Fidji d'abord dispose d'une courte majorité absolue des sièges dans le Parlement sortant. Fondé par Frank Bainimarama en amont des élections de 2014, il est relativement libéral sur le plan économique, mais a également mis en œuvre une politique de développement des infrastructures en zones rurales, d'éducation gratuite et de subventions aux petites entreprises, qui a accru sa popularité..
Le principal parti d'opposition est le Parti libéral social-démocrate (Sodelpa), qui malgré son nom est un parti conservateur et social-libéral. Il rassemble les nationalistes autochtones partisans du gouvernement déchu de Laisenia Qarase, et souhaite toujours promouvoir les intérêts spécifiques de la majorité autochtone de la population. Il espère par ailleurs instaurer le christianisme comme religion d'État, tandis que la Constitution introduite par le gouvernement Bainimarama en 2013 fait des Fidji un État laïque. Le chef du Sodelpa est Viliame Gavoka depuis "Fiji's main opposition party chooses a new leader", Radio New Zealand, 27 novembre 2020.
Seul autre parti représenté au Parlement sortant, le Parti de la fédération nationale, dirigé par le député Biman Prasad, représente historiquement les intérêts de la communauté rurale indo-fidjienne.
Parmi les partis ne disposant pas de représentant au Parlement sortant, le plus important historiquement est le Parti travailliste, social-démocrate et multi-ethnique. Principal parti de gauche des années 1980 aux années 2000, il a perdu l'essentiel de ses partisans au profit du parti Fidji d'abord, et ne recueille plus que 2,4 % des voix en 2014 puis 1,7% en 2018. Il est mené sans discontinuer depuis 1991 par Mahendra Chaudhry.
Cinq autres partis politiques s'enregistrent pour les élections de 2022. L'Alliance populaire est fondée en septembre 2021 par Sitiveni Rabuka en faisant scission du Sodelpa et inclut aussi la députée Lynda Tabuya ; tous deux ont démissionné du Parlement pour créer ce parti "Tabuya and Lobhendahn appointed deputy PA leaders", Fiji Broadcasting Corporation, 7 mai 2022 "Political parties register", Bureau électoral des Fidji. Le , fondé en 2017, axe ses propositions sur une reconnaissance différenciée des besoins des communautés ethniques du pays, et sur la gratuité de l'enseignement supérieur "Our Platform", Unité Fidji "Our Manifesto", Unité Fidji. Les trois autres partis sont le parti Nous Unissons les Fidji (fondé en ), le Parti de la Nouvelle Génération () et le Parti de Tous les Peuples ().
+ Principales forces politiques PartiNom en anglais Idéologie Dirigeant Résultat en 2018 Fidji d'abordFijiFirst Centre à centre droitSocial-libéralisme, anti-communautarisme Frank Bainimarama 50,02 % des voix27 députés Parti libéral social-démocrateSocial Democratic Liberal Party DroiteNationalisme ethnique, nationalisme chrétien, économie sociale de marché Viliame Gavoka 39,85 % des voix21 députés Parti de la fédération nationaleNational Federation Party Centre à centre gaucheSocial-démocratie, intérêts des Indo-Fidjiens Biman Prasad 7,38 % des voix3 députés Alliance populairePeople's Alliance Centre droitConservatisme, libéralisme Sitiveni Rabuka Scission duSODELPA
Résultats +Résultats des législatives fidjiennes de 2022.Fichier:Fidji Parlement 2022.svgPartiVoix%+/-Sièges+/- Fidji d'abord (FF) 42,55 26 Alliance populaire (PA) 35,82 21 Parti de la fédération nationale (NFP) 8,89 5 Parti libéral social-démocrate (SODELPA) 5,14 3 Parti de l'unité des Fidji (UFP) 2,78 0 Parti travailliste fidjien (FLP) 2,70 0 Nous Unissons les Fidji (WUF) 1,29 0 Parti de Tous les Peuples (APP) 0,56 0 Parti de la Nouvelle Génération (NGP) 964 0,20 0 Indépendants279 0,06 0 Votes valides 99,30 Votes invalides 0,70 Total 100 – 55 Abstentions 31,75 Inscrits / participation 68,25
Députés élus Frank Bainimarama recueille à lui seul 29,08 % de tous les suffrages exprimés, soit la grande majorité des suffrages portés sur son parti, devançant nettement tous les autres candidats. Sitiveni Rabuka est deuxième avec 16,52 % des voix. Viennent ensuite Aiyaz Sayed-Khaiyum, le bras droit de Frank Bainimarama, avec 4,79 % de voix ; Lynda Tabuya, figure majeure de l'Alliance populaire, avec 2,54 % ; et Biman Prasad, avec 2,41 %. Mahendra Chaudhry est septième avec 1,22 % des voix, mais son Parti travailliste obtient trop peu de suffrages d'ensemble pour qu'il soit élu "Candidate results", Bureau électoral fidjien.
+Députés élus par parti "Top 55 confirmed", Fijian Broadcasting Corporation, 18 décembre 2022Fidji d'abordAlliance populairePFNSODELPA Frank Bainimarama Aiyaz Sayed-KhaiyumMahendra ReddyHem ChandRatu Josaia NiudamuRinesh Rajesh SharmaAlvick MaharajRosy AkbarIoane NaivaluruaInia SeruiratuShalen KumarPremila KumarSemi KoroilavesauIfereimi WaqainabeteViliame NaupotoAliki BiaNaisa TuinacevaMosese BulitavuKetan Kirit Lal Sitiveni RabukaLynda TabuyaCharan Jeath SinghFilimoni VosarogoManoa KamikamicaIsikeli TuiwailevuIliesa VanawaluSiromi TuragaRatu Atonio LalabalavuJese SaukuruRatu Rakuita VakalalabureMaciu NalumisaJovesa VoceaSakiusa TubunaVatimi RayaluRo Filipe TuisawauTomasi TunabunaSakiasi DitokaEsrom Yosef ImmanuelKalaveti RavuAlitia Bainivalu Biman PrasadLenora QereqeretabuaAgni Deo SinghPio Tikoduadua Viliame GavokaIfereimi VasuAseri Radrodro
Analyse, conséquences et formation du gouvernement
Le parti Fidji d'abord du Premier ministre Frank Bainimarama enregistre un recul qui lui fait perdre la majorité absolue pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir aux élections de 2014. Le principal parti d'opposition, le Parti libéral social-démocrate (SODELPA), s'effondre quant à lui au profit de l'Alliance populaire, issu de sa scission, tandis que le Parti de la fédération nationale progresse légèrement..
Le recul de Fidji d'abord entraîne des négociations en vue de la formation d'un gouvernement de coalition, aucune formation ne détenant seule la majorité. L'Alliance populaire et le PFN s'étant accordés avant l'élection à gouverner ensemble "Fiji elections 2022: Bainimarama loses parliamentary majority as count finalised", Australian Associated Press, 18 décembre 2022., Fidji d'abord et la coalition AP/PFN disposent du même nombre de sièges chacun, manquant de deux sièges la majorité absolue.
Le SODELPA appelle dès le 18 décembre les autres partis d'opposition à se réunir, tout en posant ses propres conditions liées aux intérêts des autochtones, dits iTaukei.. N'écartant pas la possibilité d'une coalition avec Fidji d'abord, le SODELPA indique qu'il pourrait prendre jusqu'à deux semaines pour se décider et exige, en contrepartie de son soutien, la multiplication par dix du budget alloué aux affaires autochtones ; le rétablissement du Grand Conseil des Chefs (conseil de chefs coutumiers autochtones aboli par le gouvernement Bainimarama), la gratuité de l'enseignement supérieur, et l'ouverture d'une ambassade fidjienne « en Terre sainte » à Jérusalem au nom de l'identité chrétienne revendiquée par le parti pour les Fidji "The last shall be first ... Fiji's king-maker party considering all options", Radio New Zealand, 18 décembre 2022.