La course pour Tunis est une offensive des forces alliées ayant eu lieu en novembre et dans le cadre de la campagne de Tunisie, pendant la Seconde Guerre mondiale. L'opposition de l'Armée d'armistice aux débarquements de l'opération Torch ayant cessé à la mi-novembre, les Alliés lancent une avance rapide avec une force de la taille d'une division à l'est de l'Algérie avant pour objectif de capturer Tunis et d'empêcher l'accumulation, en passe de réussir, des troupes de l'Axe en Tunisie. Fin , une partie des troupes alliées parvient à moins de de Tunis, mais une contre-attaque les repousse d'une trentaine de kilomètres, sur une position qui reste stable jusqu'à la fin de l'année 1942.
Contexte
Alliés Les planificateurs de l'opération Torch avaient prévu une résistance des forces vichystes face au débarquement et les convois d'invasion avaient une prépondérance d'infanterie pour faire face à l'opposition au sol. À Alger, le débarquement des forces mobiles pour une avance ne débuta que le , rendant une avance vers l'est possible seulement le Hinsley, pp. 472–473, 497. Les Alliés ne disposaient que deux groupes-brigades d'infanterie de la division d'infanterie britannique (major-général Vyvyan Evelegh), un groupe régimentaire blindé de la division blindée britannique (Blade Force) et de l'artillerie supplémentaire pour une avance. Une tentative d'atteindre Bizerte et Tunis par voie terrestre avant prise de positions des forces de l'Axe était un pari qui dépendait de la capacité de la marine et de l'aviation à retarder le renforcement de celle-ciPlayfair, p. 239..
Axe Bien que les Alliés aient prévu une opposition déterminée des forces vichystes face au débarquement de l'opération Torch, ils sous-estimèrent la vitesse de renforcement de la Tunisie par les forces de l'AxeHinsley, p. 487. Malgré les rapports de renseignement concernant la réaction de l'ennemi, les Alliés furent lents à réagir et ce n'est que près de deux semaines après le débarquement que des plans aériens et navals furent élaborés pour interdire le transport maritime de l'Axe vers TunisHinsley, p. 493. Fin novembre, la Force K navale fut reformée à Malte, avec trois croiseurs et quatre destroyers, tandis que la Force Q fut formée à Bône avec trois croiseurs et deux destroyers. Aucun navire italien ou allemand à destination de Tunis ne fut coulé en novembre, mais les marines alliées coulèrent sept transports ennemis début décembre. Le succès arriva trop tard car les chars de la Panzerdivision étaient déjà déployés. Les convois de l'Axe commencèrent à naviguer en journée en étant protégés par l'aviation. Les convois de nuit reprirent à l'achèvement de l'extension des champs de mines qui restreindront sévèrement la Force K et la Force QHinsley, pp. 495–496.
Forces vichystes Les responsables tunisiens ne savaient pas qui soutenir et les aérodromes furent laissés ouverts aux deux camps ; le , des vols de reconnaissance signalèrent que quarante avions allemands avaient atterri à Tunis et le lendemain, la reconnaissance photographique britannique montra une centaine d'avions allemands déployés dans le secteurPlayfair, p. 152.. Ce jour-là, la Regia Aeronautica envoya 28 chasseurs à Tunis et deux jours plus tard, mit en place un pont aérien transportant hommes et 527 tonnes de ravitaillement, tandis que les navires débarquèrent 176 chars, 131 canons, véhicules et tonnes de fournitures. À la fin du mois, trois divisions allemandes, dont la Panzerdivision (major-général ), et deux divisions d'infanterie italiennes furent déployées. Le , Walther Nehring fut nommé à la tête du nouveau corps d'armée allemand en arrivant le . Le commandant français en Tunisie, le général Georges Barré, déplaça les troupes vichystes dans les montagnes et forma une ligne défensive de Tebersouk à Majaz al Bab, avec l'ordre de résister à chaque tentative de franchissementWatson (2007), p. 60.
Prélude
Armistice vichyste Le , l'opposition française aux débarquements de l'opération Torch cessa, créant un vide militaire en TunisieAnderson (1946), p. 2 - https://www.thegazette.co.uk/London/issue/37779/supplement/5450 (5 November 1946, p. 5450). Le , le lieutenant-général Kenneth Anderson prit le commandement de l'Eastern Task Force à Alger, rebaptisée British First ArmyPlayfair, p. 153.. Anderson ordonna aux troupes vers l'est de s'emparer des ports de Béjaïa, Philippeville et Bône et de l'aérodrome de Djedjelli, préliminaires à l'avancée en Tunisie. Les planificateurs alliés avaient exclu un débarquement d'assaut en Tunisie, en raison du manque de troupes et de la menace aérienne ; les Alliés devaient avancer avant que l'Axe ne puisse renforcer Tunis. Le , la brigade d'infanterie britannique avait débarqué sans opposition à Bougie, mais les difficultés d'approvisionnement retardèrent l'avance par la route jusqu'à Djedjelli, qui fut atteint deux jours plus tard. L'aérodrome de Bône fut occupé à la suite d'un parachutage du bataillon parachutiste britannique, suivi le par le commando qui s'empara du portAnderson (1946), p. 4 - https://www.thegazette.co.uk/London/issue/37779/supplement/5452 (5 November 1946, p. 5452).
Les gardes avancées de la brigade atteignirent Tebarka le et Djebel Abiod le , où elles rencontrèrent un premier contact avec les forces d'oppositionsAnderson (1946), p. 5 - https://www.thegazette.co.uk/London/issue/37779/supplement/5453 (5 November 1946, p. 5453). Plus au sud, le , les parachutistes de l'US Army du bataillon d'infanterie parachutiste effectuèrent un largage sans opposition sur Youks-les-Bains, s'emparant de l'aérodrome de Gafsa le . Le , le général Nehring demanda le passage de ses forces sur le pont de Medjez, mais essuya un refus du général Barré. Les Allemands attaquèrent deux fois et furent repoussés, tandis que la défense française, manquant de blindés et d'artillerie, se retirèrent. Malgré certaines forces françaises vichystes se rangeant du côté des Alliés, la position de la plupart de leurs forces demeura incertaine. Le , le North African Agreement plaça l'Afrique du Nord française vichyste du côté des Alliés et les troupes de garnison alliées furent libérées pour le front ; les forces de l'Axe avaient été renforcés en un corps et demeuraient cependant plus nombreuses que leurs opposantsPlayfair, 1966, pp. 162–163, 170–173.
Plan Il y avait deux routes vers l'est en Tunisie depuis l'Algérie. Le plan allié était d'avancer le long des deux routes et de prendre Bizerte et Tunis. Une fois Bizerte prise, l'opération Torch prendrait fin. Attaquer au nord vers Bizerte sera la tâche de la brigade d'infanterie de la division d'infanterie, appuyée par la Hart Force, un petit détachement mobile de la brigade d'infanterie britannique et au sud le reste de la brigade d'infanterie. À leur gauche se trouvait la Blade Force (colonel ), un groupe régimentaire blindé comprenant les chars des / Lancers, un bataillon de chars légers américains ainsi que de l'infanterie motorisée, des parachutistes, de l'artillerie, des canons antichars et antiaériens et des ingénieursFord (1999), p.15Watson (2007), p.61.
La bataille
Attaque alliée vignette|Croquis de la Tunisie pendant la campagne de 1942-1943. Les deux colonnes alliées avancèrent vers Djebel Abiod et Beja, attaquées par la Luftwaffe, qui disposait d'une supériorité aérienne locale, car les avions alliés devaient voler depuis des bases lointaines d'AlgérieFord (1999), p. 17. Sur la route du nord, les éléments de tête de la brigade progressèrent rapidement jusqu'au , date à laquelle ils rencontrèrent une force mixte de 17 chars, 400 parachutistes et canons automoteurs à Djebel Abiod. Les Britanniques abattirent onze chars mais n'ayant aucun soutien de chars, ceux-ci furent retenus pendant neuf joursHinsley, pp. 497–498Ford (1999), pp. 19–22. Les colonnes alliées se concentrèrent à Djebel Abiod et Beja, se préparant à un assaut le . La brigade (brigadier A. L. Kent-Lemon) devait avancer de Djebel Abiod vers Mateur et la brigade d'infanterie devait descendre la vallée de la rivière Merjerda, prendre Majaz al Bab (également connu sous le nom de Medjez el-Bab ou Medjez) et de là rejoindre Tebourba, Djedeida et TunisFord (1999), p. 23.
La Blade Force devait progresser à travers le pays sur des routes secondaires, dans la brèche entre les deux brigades d'infanterie, en direction de Sidi Nsir et mener des attaques de flanc sur Terbourba et Djedeida. L'attaque au nord fut annulée à cause de pluies torrentielles et au sud, la brigade d'infanterie fut stoppée par les défenseurs de Medjez. La Blade Force transita par Sidi Nsir, pour rejoindre le col de Chouigui au nord de Tebourba, puis la Compagnie C du bataillon ( régiment blindé de la division blindée US ; major Rudolph Barlow) avec 17 chars légers M3 Stuart, appuyés par des voitures blindées du , dut s'infiltrer derrière les lignes de l'Axe jusqu'à une base aérienne à Djedeida dans l'après-midi. Les chars alliés détruisirent plus d'une vingtaine d'avions de l'Axe (dont tout un groupe appartenant au Sturzkampfgeschwader 3), tirant sur des bâtiments et firent plusieurs victimes ; faute de soutien d'infanterie, les raiders se replièrent sur ChouiguiFord (1999), pp. 23–25.
La surprise obtenue par la Blade Force alerta Nehring de la vulnérabilité de la garnison de Medjez à un mouvement de flanc et les défenseurs furent retirés à Djedeida, à seulement 30 km de TunisFord (1999), p.25. L'attaque de la brigade d'infanterie débuta le , mais Nehring profita du délai de Djebel Abiod pour tendre une embuscade à Jefna sur la route de Sedjenane et Mateur. Les Allemands occupaient des hauteurs de chaque côté de la route qui, après de fortes pluies, était très boueuse et le sol de chaque côté impraticable pour les véhicules ; le premier bataillon britannique fit 149 victimesFord (1999), p. 28. Le brigadier Kent-Lemon envoya des unités dans les collines pour déborder les Allemands, mais la défense déterminée des parachutistes dans des défenses bien agencées ne put être surmontée. Un débarquement du à 23 km à l'ouest de Bizerte le afin de déborder la position de Jefna échoua ; les commandos rejoignirent la brigade le et la position resta aux mains des Allemands, jusqu'aux derniers jours des combats en Tunisie en 1943Ford (1999), p. 40.
Retraite allemande Tôt le , la brigade d'infanterie entra dans Medjez sans opposition, puis atteignit Tebourba sans opposition, prête à avancer sur Djedeida. Le lendemain, une attaque allemande fit 137 victimes et 286 prisonniers. La brigade attaqua à nouveau le vers l'aérodrome de Djedeida et le Combat Command de la division blindée américaine perdit 19 chars à cause des canons antichars déployés dans la villeFord (1999), pp. 37–38. Le , de nouvelles unités de la brigade Guards ( division d'infanterie), arrivèrent à Alger le , afin de relever la brigade d'infanterieFord (1999), p. 39. Le , le Combat Command s'était réuni pour attaquer avec la Blade Force le . Le bataillon du régiment parachutiste (lieutenant-colonel John Frost) devait être largué dans le cadre de l'opération Oudna le , près des aérodromes de l'Axe autour de Depienne à 48 km au sud de Tunis, pour détruire les bombardiers en piqué Junkers Ju 87 et pour menacer Tunis par le sud. L'attaque principale fut prévenue par une contre-attaque de l'Axe le et l'attaque de la Blade Force n'a pas eu lieu ; le bataillon recula de 80 km par rapport aux lignes alliées fréquemment attaquées et compta 23 tués et blessés, ainsi que 266 disparusPlayfair, 1966, p. 177Anderson (1946), p. 6 - https://www.thegazette.co.uk/London/issue/37779/supplement/5454 (5 November 1946, p. 5454).