thumb|Le réseau ferroviaire allemand en 1899. En bas à gauche, le code couleurs des principautés allemandes et de l'« Autriche allemande ». thumb|Actions non militaires sur le théâtre européen, , 1916. L'Empire allemand dans la Première Guerre mondiale est un des belligérants majeurs du conflit : d' à , l'Allemagne dirige le camp des Empires centraux contre l'Entente. Première puissance militaire terrestre, forte de sa puissance industrielle et stratégique et de son unité nationale (Burgfrieden), elle espère une victoire rapide. Mais l'enlisement du conflit, le blocus de l'Allemagne par l'Entente, le coût humain et matériel des combats la contraignent à un effort croissant vers la guerre totale. À l'automne 1918, alors que la situation militaire tourne à sa défaveur, la population n'accepte plus les sacrifices d'un conflit sans issue et renverse le régime impérial lors de la révolution de Novembre, vite suivie de la proclamation de la république de Weimar et de la signature de l'armistice de 1918.

Contexte Les fondements d'une grande puissance

thumb|Carte postale de l'Association des travailleurs des transports, 1910. thumb|Visite du roi de Saxe au palais impérial de Potsdam en 1902. thumb|Élections du Reichstag en 1912 : conservateurs (bleu), Zentrum (gris), progressistes (jaune), sociaux-démocrates (rouge), autonomistes polonais, alsaciens-lorrains et hanovriens (beige). Avec 66,9 millions d'habitants en 1913, l'Allemagne (incluant l'Alsace et la Lorraine) est le deuxième pays d'Europe en population après la Russie (175,1 millions). Sa production industrielle est la deuxième du monde, après les États-Unis, mais légèrement devant le Royaume-Uni, et loin devant la France et les autres puissances d'Europe.

Cet avantage économique tient en partie à un niveau élevé d'éducation : à la veille de la guerre, on compte 0,1 % d'illettrés parmi les recrues allemandes, contre 6,8 % en France, 22 % en Autriche-Hongrie et 70 % en Russie. Grâce à la bonne formation des ingénieurs, les grandes entreprises allemandes sont parmi les premières du monde dans la sidérurgie, l'industrie chimique et électrique.

Le volume des exportations triple entre 1890 et 1913. La législation sociale de Bismarck, mise en place entre 1883 et 1889, garantit la paix sociale et un relatif bien-être. La période d'avant-guerre est aussi caractérisée par la forte montée du syndicalisme, de culture marxiste et républicaine mais, en pratique, beaucoup plus réformiste que révolutionnaire, et qui participe à la gestion des assurances sociales : il est partagé entre trois courants, l'Association libre des syndicats allemands (FVdG) d'inspiration anarcho-syndicaliste, les syndicats libres proches de la social-démocratie et présidés par Carl Legien, qui atteignent en 1913, et les syndicats chrétiens qui comptent en 1913, mais dont la croissance est limitée par l'encyclique Singulari Quadam de Pie X, défavorable à la coopération avec les non-catholiques.

Le régime politique de l'Allemagne conserve pourtant de nombreux caractères conservateurs combinant fédéralisme, monarchie constitutionnelle et autocratie. Les projets de loi sont généralement rédigés par le chancelier impérial et ses secrétaires d'État, responsables devant l'empereur et non devant les chambres ; ils sont présentés à la chambre haute, le Bundesrat, qui les soumet au vote de la chambre basse, le Reichstag ; mais leur application dépend entièrement des administrations des États fédérés, particulièrement du plus puissant, le royaume de Prusse. Les États sont responsables de la fiscalité et de l'essentiel des administrations économiques et sociales, malgré l'interdépendance croissante créée par l'industrialisation et le développement du commerce extérieur. Si le Reichstag est élu au suffrage universel, le Landtag de Prusse est élu au suffrage censitaire : les électeurs sont divisés en trois classes dont la plus riche, regroupant les junkers des provinces de l'Est et les gros industriels de Rhénanie et de Westphalie, détient la majorité des sièges. La noblesse fournit la plupart des cadres supérieurs de l'appareil politique et de l'armée.

L'armée dans la société

thumb|Circonscriptions de recrutement des corps d'armée en 1914 ; en grisé, les deux nouveaux corps créés en 1912. L'armée impériale allemande, issue pour la plus grande partie de l'armée prussienne, est sous l'autorité de l'empereur allemand, chef suprême des armées (Oberster Kriegsherr) : la Constitution de l'Empire allemand prévoit que (article 63) ; le Reichstag a le droit de fixer les effectifs en temps de paix mais l'empereur n'hésite pas à le dissoudre (trois fois entre 1878 et 1907) s'il rechigne à voter le budget militaire. Le Commandement suprême de l'armée de terre (Oberste Heeresleitung, OHL) et le cabinet militaire, responsable des nominations et promotions, sont sous l'autorité directe de l'empereur qui a en outre sa maison militaire personnelle. thumb|Carte postale de l'Association pour la flotte allemande, 1902. La possession d'une puissante flotte de guerre est ressentie comme un facteur clé de la politique mondiale allemande. Elle passe de en 1900 à 1,3 million en 1914 et rivalise avec celle du Royaume-Uni, pourtant deux fois plus importante. Elle est très populaire dans l'opinion et l'Association pour la flotte allemande compte un million d'adhérents en 1914.

L'expansion de l'empire colonial allemand est aussi ressenti comme un facteur de puissance malgré des atrocités, comme le génocide des Héréros en 1904.

L'Allemagne, comme la plupart des grandes puissances, augmente considérablement ses effectifs militaires entre 1900 et 1914 : l'armée et la marine combinées passent de en 1900 à au milieu de 1914, chiffres inférieurs à ceux de la Russie () et de la France () mais elle peut compenser sa relative infériorité en effectifs par l'efficacité de son corps d'officiers de réserve, atteignant en 1914, et de ses sous-officiers, le plus souvent issus de la classe des artisans, nombreuse et relativement instruite mais dont la situation économique devient incertaine du fait de l'industrialisation de l'AllemagneNorman Stone, The Eastern Front 1914-1917, Penguin, 1976.. Le recrutement repose sur le service militaire, peu différent du système appliqué en France : les jeunes gens à partir de font trois ans dans l'armée active suivis de quatre ans dans la réserve et cinq ans dans la Landwehr (infanterie territoriale). Les jeunes gens de famille aisée peuvent ne faire qu'un an de service volontaire qui les prépare à devenir officiers de réserve.

Entre militarisme et pacifisme

thumb|left|redresse=0.7|Guillaume II mettant le pied sur le globe terrestre, caricature roumaine de Nicolae Petrescu-Găină (1871-1931). thumb|Visiteurs civils dans un camp militaire allemand, v. 1910. Le goût de Guillaume II pour les parades militaires et ses déclarations spectaculaires sur la gloire prussienne et la mission providentielle de l'Allemagne suscitent la verve des caricaturistes, ainsi que la réticence de l'opposition prussienne et des États du sud de l'Allemagne, dont la Bavière, mais semblent mieux accueillis par les junkers de l'Est et par les classes populaires. Les idéologies du nationalisme allemand, du pangermanisme et du darwinisme social, présentant la guerre comme une condition de survie des nations, et elles ont une assez large audience dans la société allemande, notamment dans les élites dirigeantes et les milieux intellectuels.

La Ligue pangermaniste atteint en 1905, avec une centaine de groupes locaux. La Ligue pangermaniste est longtemps favorable à une alliance avec la Russie contre le Royaume-Uni et ce n'est qu'à partir de 1912 qu'elle s'aligne sur la position officielle d'alliance avec l'Autriche-HongrieRoger Dufraisse, Civilisation et courants d'idées de l'Allemagne moderne. In: École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques. Annuaire 1975-1976. 1976. pp. 799-806 . L'Association allemande pour la défense (), fondée en 1912 à la suite de la seconde crise marocaine et qui atteint jusqu'à , fait campagne pour le renforcement de l'armée : plutôt sceptique sur les aventures maritimes et coloniales, elle voit l'avenir de l'Allemagne dans une hégémonie sur la Mitteleuropa. Dans une partie de l'opinion allemande, par exemple dans un essai publié en par le général Friedrich von Bernhardi, « L'Allemagne et la prochaine guerre », la France est vue comme un pays en déclin, minée par la dénatalité et par la perte des valeurs morales, mais dangereuse par sa volonté de revanche sur la Guerre franco-allemande de 1870-1871 et sa politique d'encerclement de l'Allemagne : Bernhardi, dans la logique du darwinisme social, préconise une guerre préventive. Le Centre catholique (Zentrum) et les libéraux de droite sont favorables à l'expansion maritime et coloniale, sur laquelle les junkers des provinces de l'Est sont plus réservés. Pour d'autres raisons, le Zentrum est favorable au soutien à l'Autriche-Hongrie, puissance catholique, dans son expansion vers les Balkans et sa rivalité avec la Russie et le royaume de Serbie. thumb|Monument du centenaire de la bataille de Leipzig élevé en 1913, carte postale allemande, v. 1914. Le militarisme ne fait pourtant pas l'unanimité. Le centenaire de la « guerre de libération » de 1813 contre Napoléon donne lieu à de grandes démonstrations de patriotisme qui culminent avec l'érection du monument commémoratif de la bataille de Leipzig, mais, la même année, Guillaume II, qui célèbre le anniversaire de son avènement, est acclamé comme « l'empereur de la paix ». thumb|Orateur social-démocrate au parc de Treptow à Berlin en 1900. Le Parti social-démocrate d'Allemagne, reconstitué après sa dissolution par Bismarck en 1878, est une force politique de premier plan, même s'il est relativement isolé sur la scène politique : aux élections du Reichstag de 1912, il devient le premier parti d'Allemagne avec 34 % des voix et . Ses dirigeants affichent une position patriotique, qui n'est pas toujours partagée par leur base. Pendant la crise marocaine qui oppose les ambitions coloniales françaises et allemandes, des centaines de milliers de manifestants se rassemblent à Berlin et autres villes d'Allemagne, pour dire non à la guerre : le mouvement culmine le avec un rassemblement de 2,5 millions de personnes à Berlin au parc de Treptow.

Le Congrès de l'Internationale socialiste, qui se tient à Bâle en , et où la social-démocratie allemande tient une place prépondérante, se change en manifestation contre la guerre au milieu de la crise des guerres balkaniques. En 1913, les sociaux-démocrates sont le seul parti à voter contre une augmentation des effectifs militaires de ; ils contribuent pourtant indirectement à son financement, en votant pour un nouvel impôt sur l'accroissement de la fortune, alors que les partis conservateurs avaient voté contre. Pendant la crise de juillet 1914, de nouveaux rassemblements pacifistes se tiennent à Berlin et Düsseldorf. Mais tous les partis, socialistes compris, admettent de plus en plus la nécessité de défendre l'Allemagne contre les ambitions de la Russie et le panslavisme.

L'Allemagne en guerre L'entrée en guerre

thumb|Annonce de l'ordre de mobilisation à Berlin le : la réaction publique est grave et souvent inquiète. thumb|« Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands - Guillaume II, » : carte postale d'un slogan de la paix civique, 1915. thumb|Civils ravitaillant les soldats dans une gare de la banlieue de Leipzig, dessin de , Illustrirte Zeitung, v. 1914-1918. thumb| de Hanovre qui ont contribué à la campagne de collecte de restes de viande défilent pour l'anniversaire du Feld-maréchal Hindenburg le .