La grande confrérie de saint Martial, nom parfois réduit en Grande Confrérie, également appelée « confrérie des Soixante-Douze », est une association de laïcs catholiques (les Saint-Marceaux) dont l’origine remonte officiellement au , jour de la reconnaissance des premiers statuts par l’officialité, ayant pour objet de veiller sur les reliques de saint Martial, de vénérer ce saint et de conserver sa mémoire pour les Limousins. Cette « garde d’honneur pour veiller sur les reliques du premier évêque de Limoges », avait à l’origine son siège dans la chapelle Saint-Benoît au sein de l'abbaye Saint-Martial avant de le voir transféré en l'église Saint-Michel-des-Lions, élevée en 2023 au rang de basilique mineure, à Limoges, lorsque les reliques furent déplacées.

Histoire Le grand incendie qui ravagea une partie du centre de Limoges le a réduit en cendres l’essentiel des vieilles archives de la grande confrérie de saint Martial en dépôt chez le Premier bayle (président) dont la demeure se trouva sur le chemin des flammes. C’est donc par des sources souvent indirectes que l’histoire de cette confrérie avant la Révolution française est connue de nos jours. Cependant, les cahiers de tous les procès-verbaux depuis 1806 faisant alors l’objet d’une étude à l’extérieur, ils échappèrent à la destruction, ce qui permet de connaître avec précision son évolution depuis cette année.

Moyen Âge L'histoire de la confrérie de saint Martial commence officiellement en 1356, quand furent déposés les premiers statuts « pour faire cesser les calamités inouïes et exécrables, les pestes et les divisions du royaume ». Il est vraisemblable que la création de cette compagnie lui soit antérieure.

En effet, la plus ancienne des confréries associées au culte de ce saint était celle dite « du Luminaire devant le sépulcre », qui fut fondée sous l’abbatiat de l’abbé Isembert (1174-1198). Elle avait pour objet de concourir à la garde des reliques de l'évangélisateur de l'Aquitaine et de contribuer à la solennité de son culte.

En 1199, une autre confrérie, dite « des Oboles », s’établit dans la basilique. Pendant tout le Moyen Âge, les confréries se multiplièrent et furent très florissantes.

La vénération de ce saint était si puissante qu’elle fut tournée en dérision dans un dicton affirmant qu’à Limoges, il valait mieux blasphémer Dieu que saint Martial.

Au début du , les Annales manuscrites de Limoges rappellent que, « en l’année 1212, les bourgeois de Limoges firent une frérie dédiée à la Vierge et fut appelée Notre-Dame de Saint-Sauveur, laquelle se faisait derrière le grand autel de l’église de Saint-Sauveur, à présent dite "de saint Martial" » . Ce « à présente dite "de saint Martial" » peut renvoyer soit à l’église de Saint-Sauveur, soit à la frérie. Or, en 1212, l’église abbatiale était depuis longtemps dite « de Saint-Martial ». Il est donc probable que la proposition concerne la confrérie Notre-Dame de Saint-Sauveur, « à présent dite "de saint Martial" ».

On ignore à quelle époque précisément l’adjectif « grande » est venu s’ajouter au nom de la confrérie, sans doute pour la distinguer des autres compagnies dédiées à ce saint. Bonaventure de Saint-Amable qui, pour écrire son Histoire de saint Martial en 1676, se fit prêter par le chapitre de Saint-Martial, la cathédrale et divers érudits, au milieu du , des manuscrits précieux et d’anciennes archives, dont la plupart sont aujourd’hui disparus, fait mention d’une clause du testament de Barthélémy Audier en date du en faveur de « la grande confrérie de saint-Martial » . Ce document n’est pas parvenu jusqu’à nous et la première utilisation connue aujourd’hui du nom de « grande confrérie de saint Martial » se trouve dans les recueils des actes capitulaires faits par l’abbé Legros à la date du . On le trouve ensuite le et de façon continue par la suite.

La restauration de cette antique confrérie fut l’œuvre de quatorze bourgeois conduits par maître Jean Bonnet : Pierre Reix, Gui de Marteau, Jean La Croix, Jacques Chefderoi, Gui Audoin, Pierre Raimond, Guillaume Chaleix, Guillaume Benoist, Laurent Bayard, Pierre Boutin, Jean de Marteau, Geoffroy Gautier et Martial Benoist.

Par lettre du , ils présentèrent les statuts d’une association de laïcs. Ils en obtinrent l’approbation de l’autorité ecclésiale et la confirmation canonique.

Dès le mois d’août, la confrérie fut réorganisée. Elle était dirigée par quatre conseillers élus pour quatre ans et deux bayles. Cette même année, au mois d’août, le roi de France Jean II le Bon, depuis son camp devant Breteuil, accordait son investiture royale.

Grâce à l’intervention de plusieurs personnages de marque de la cour d’Avignon, le pape Innocent VI signait en 1360 la bulle approuvant les statuts. Quand, par le traité de Brétigny du , le Limousin fut donné au roi d’Angleterre, un représentant d’Édouard III, Jean Chandos, accorda à son tour confirmation à la confrérie par lettres patentes du .

Si, pour l’essentiel, les nouveaux statuts de 1360, dont la retranscription a été conservée reprenaient ceux de 1356, l’esprit en diffère néanmoins, car l’influence de l’autorité ecclésiastique y est plus marquée.

Époque moderne

Au , la Grande Confrérie sortit difficilement et très affaiblie des troubles des guerres de Religion. Raymond de La Marthonie, évêque de Limoges, intervint et valida de nouveaux statuts le . Cet évêque, dans l’introduction de l’ordonnance d’autorisation des nouveaux statuts, rappelle l’ancienneté de la compagnie :Et pour ce [honorer les mérites de saint Martial] nous avons ressenti une très particulière consolation sur l’exhibition qui nous a été faite des titres, statuts et livres de la grande confrérie érigée en l’honneur du glorieux apôtre de la Guienne, saint Martial, l’institution de laquelle passe la mémoire des trois derniers siècles, d’autant que nous la trouvons très florissante il y a environ trois cents ans, si grande que le nombre des confères n’est pas moindre que six cents, si sainte que nous la voyons illustrée de plusieurs miracles, si célèbre que les puissances spirituelles et temporelles, à l’envi les unes des autres, l’ont favorisée extraordinairement de grands et singuliers privilèges ; de quoi font encore foi suffisante les titres qui restent. Et l’évêque se réjouit de voir la piété « revivre dans les cœurs de personnes qualifiées et autres notables bourgeois et habitants de la ville et cité de Limoges […] lesquels se sont rencontrés à un même désir de restaurer et renouveler cette confrérie ».

Si ces derniers ne changeaient pas le fond de ceux de 1356, ils précisaient davantage les obligations des confrères, l’organisation de la confrérie et en fixaient le siège au sein de la basilique, faisant de droit ce qui n’était jusqu’alors qu’un fait. Les liens avec l’autorité ecclésiastique s’y faisaient aussi beaucoup plus étroits. Si les statuts de 1356 étaient clairement rédigés par des laïcs, ceux de 1624 montraient une évidente influence du clergé.

Il semble, sans qu’aucun exemplaire ou retranscription ait survécu, qu’une bulle du pape Urbain VIII du ait encore confirmé l’établissement de la Grande Confrérie dans ces nouveaux statuts. Le prestige de la Grande Confrérie était encore remarquable en 1638, puisque Bandel, cette année-là, cité par Louis Guibert, écrivait :La Grande Confrérie […] mérite le premier rang par son antiquité, pour la multitude de ses confrères, pour le bon ordre et police qui s’y sont observés, pour divers actes de piété et charité et pour avoir rendu toutes sortes de preuves de dévotion à son saint tutélaire. […] Non seulement les habitants de Limoges y étaient enrôlés en très grand nombre, hommes et femmes, mais la noblesse du diocèse y était associée, comme la dame de Saint-Germain, veuve de Guillaume Foulcaud, l’an 1368 ; Antoinette de Bonneval, la dame et enfants de Veyrac, de Leichoisier et de Cramaud, outre ceux des villes et bourgades de la province, d’un sénéchal de Périgueux, des marchands et bourgeois de Lyon, même des cantons des Suisses. vignette|Plan de la basilique de Saint-Martial en 1784, par l'abbé Legros Pendant tous les , la confrérie tint ses réunions dans la chapelle Saint-Benoît, bâtiment du , indépendant de l’abbatiale et séparée d’elle par la vieille église Saint-Pierre-du-Sépulcre qui recelait le tombeau de l’apôtre d’Aquitaine. Sur le plan dessiné par l'abbé Legros en 1784, il est mentionné : « Chapelle de St Benoît ou de la Grande Confrairie », Les confrères eurent à cœur de la réparer et de l’entretenir et en firent « la plus élégante de toutes les constructions du monastère », « une charmante construction toute à jour, en style gothique, qui reproduisait la forme et les dimensions de la Saint-Chapelle de Paris ». Les Saint-Marceaux obtinrent en 1680 de l’abbé et du chapitre (l’abbaye était devenue collégiale) la concession d’un caveau dans cette chapelle pour y enterrer les membres qui souhaiteraient reposer auprès des restes de leur saint patron.

En 1645, une nouvelle châsse fut commandée par le chapitre de Saint-Martial avec la participation financière de la Grande Confrérie. Elle fut reçue le , et l’évêque de Limoges, François de La Fayette, y déposa les reliques de l'apôtre d'Aquitaine en présence du chapitre, des consuls et des confrères de saint Martial, au milieu d’un grand concours de peuple. Cette châsse en vermeil que l’on ouvrait au moyen de onze clefs, reconnue pour la plus belle et la plus grande pièce d’orfèvrerie de la province, allait être brisée en 1793 et remplacée par une nouvelle, refaite aux mêmes dimensions et à la ressemblance de la précédente en 1806, à l’importante différence que la nouvelle, toujours présente aujourd’hui, est en chêne couvert de cuivre et exige quatre clefs.

Une plainte nous renseigne sur une activité de la Grande Confrérie au , citée par J. J. Juge : Un de ses préposés [de la grande confrérie de saint Martial] se rendait la nuit du dimanche au lundi à l’habitation de chaque confrère, agitait trois fois une clochette dont il était porteur, criait à haute voix dans la rue :

« Réveillez-vous, gens qui dormez,

ne dormez pas si fort

que vous ne songiez à la mort.

Priez pour les Trépassés, que Dieu veuille leur pardonner ! »,

il annonçait ensuite l’heure qu’il était et frappait un grand coup à la porte en chantant : Sancte Martialis, ora pro nobis !

Une jeune veuve, étrangère, arrivée le dimanche à Limoges, fut éveillée par ces cris lamentables et, croyant qu’ils lui étaient personnellement adressés, elle en fut tellement effrayée qu’elle perdit connaissance. Sur les plaintes qu’elle en porta au magistrat, il jugea à propos de défendre cette cérémonie, quoiqu’elle subsistât peut-être depuis mille ans. Dans le milieu du , la Grande Confrérie fut sur le point de disparaître à nouveau et n’est plus qu’exceptionnellement mentionnée dans les relations des messes, processions et célébrations. Le clergé tout autant que la population de Limoges s’émut d’un tel risque. Grâce au zèle de pieux confrères, la grande confrérie de saint Martial se releva en 1773.