Marie Mesmin (1867-1935) est une visionnaire bordelaise qui aurait bénéficié à partir de 1902 d'apparitions mariales et de prophéties sur les malheurs encourus par la France dans le contexte précédant l'adoption en 1905 de la loi de séparation des Églises et de l'État.
À partir de 1909, Marie Mesmin fonde un culte sous le nom de « Notre-Dame-des-pleurs », que l’archevêque de Bordeaux, Pierre Paulin Andrieu, condamne sévèrement.
Le culte de Notre-Dame-des-pleurs et sa fondatrice deviennent célèbres à partir de 1919 quand des fidèles agressent deux prêtres qu'ils accusent d'envoûter Marie Mesmin.
Début des visions et des prophéties
Marie Baillet, seconde d'une famille de cinq enfants, est née en 1867 dans la commune de Monguilhem (Gers). Marie ne fréquente pas l'école. Elle ne saura jamais ni lire ni écrire (à l'âge adulte elle apprend seulement à écrire son nom et elle signe les lettres qu'elle dicte à une secrétaire : « Marie Mesmin, esclave de Marie »).
Selon son propre récit, son enfance est marquée par deux phénomènes « miraculeux » : en 1874, alors qu'elle garde les vaches dans un pré, elle tombe dans une mare. Sur le point de périr noyée, elle invoque Jésus : « Mon bon Jésus, dit-elle, sortez-moi de là, je vais mourir ». Marie prétend qu'à ce moment-là, elle s'est sentie emportée par des mains invisibles qui la déposaient sur la berge. Elle bénéficie par la suite d'une vision du Christ et du Sacré-Cœur de Jésus. De cet accident et de cette vision, naît sa dévotion au Sacré-Cœur qui durera toute sa vie.
Marie est placée à Bordeaux vers l'âge de quinze ans. Elle épouse Jean Mesmin, infirmier à l'hôpital de Bordeaux.
En 1905 elle devient concierge d'un immeuble occupé par une compagnie d'assurance au 13 cours du -Juillet à BordeauxSelon Marie Mesmin, cette adresse évoque la révolution de Juillet de 1830, événement emblématique de l’abandon des valeurs de la foi et de la montée de la laïcité, ce qui explique pourquoi le Christ choisit d’y envoyer sa mère.. Elle y réside avec son mari et leurs deux filles, Jeanne et Marie-Louise, jusqu'en .
Pendant cette période, Marie rapporte une série d'apparitions et de conversations avec la Vierge-Marie qui lui prédit les malheurs qui attendent la France si elle ne renonce pas à « chasser Dieu du pays ».
Un cercle d'adeptes se forme autour de Marie Mesmin et de la statue de la Vierge qu'elle garde dans sa conciergerie : « Notre-Dame des-pleurs ». Cette statue verse des larmes quand Marie fait ses dévotions. Plus tard, cette statue sera remplacée par une autre qui pleure également.
Le nombre d'adeptes croît et les attroupements devant l'immeuble gênent son employeur qui la congédie en . Immédiatement, une adepte fortunée lui prête un logement sis au 26 boulevard du Bouscat (aujourd'hui boulevard Pierre ) à Bordeaux, où elle demeure jusqu'à sa mort le .
La secte est très active dans la région bordelaise. Marie elle-même voyage beaucoup grâce à l'aide de ses donateurs.
À partir de 1917, Marie souffre de vifs maux qu’elle attribue à des envoûtements pratiqués par deux prêtres. Elle envoie des membres de la secte chasser le diable du corps de ces malheureux. Les deux expéditions punitives, qui sont des agressions très violentes, se terminent devant les tribunaux correctionnels. La couverture médiatique des procès rend « Notre-Dame-des-pleurs » célèbre sur le plan national.
L'archevêque de Bordeaux réagit et menace de refuser les sacrements à tout religieux ou laïc qui assiste à des cérémonies organisées par Marie Mesmin. La secte périclite, mais ne disparaît pas.
À la mort de Marie Mesmin, l'écrivain Louis Émié lui consacre une nécrologie publiée dans La Petite Gironde..
Les premières révélations
C'est en 1902 que Marie Mesmin a ses premières révélations. La Vierge Marie lui annonce des persécutions et l'exhorte à la prière. Ces prophéties sonnent comme la menace de fléaux épouvantables qui vont s’abattre sur une France déchristianisée refusant de revenir à la Foi de son baptême, alors même que l’Église catholique combat. la loi de séparation des Églises et de l'État.
On trouve un précédent semblable dans les apparitions mariales de Fontet (Gironde) en 1873-1874 où la prétendue voyante Marie Bergadieu (1830-1904), dite Berguille annonce des malheurs pour la France si elle renonce à la monarchie.
La statue qui pleure
thumb|La statue qui pleure
Marie Mesmin a une mauvaise santé : elle est diabétique et tuberculeuse. Vers 1906-1907 elle se rend à Lourdes dans l'espoir d'une guérison miraculeuse. Elle n'est pas guérie, mais en souvenir de son pèlerinage elle achète une banale statue en plâtre de Notre-Dame de Lourdes. La statue est installée dans la cuisine de sa loge de concierge et Marie fait ses dévotions chaque jour devant elle.
Un samedi de , Marie Mesmin voit des larmes couler des yeux de la statue. C'est le début d’une suite de lacrymations destinées à appeler le peuple de France à la conversion, à la prière et au repentir.
En une étape supplémentaire est franchie : au lieu de pleurer, la statue se transforme en apparition de la Vierge. C'est ainsi que commence une série d'apparitions (au moins une dizaine selon Marie Mesmin) qui ont eu lieu d'abord dans l'oratoire de sa cuisine, puis dans l'église Notre-Dame de Bordeaux, sur les marches de l'autel de la chapelle Notre-Dame-du-Rosaire.
Rapidement les nouvelles de ces apparitions se répandent et l’archevêché de Bordeaux doit intervenir. En la statue est retirée de l'oratoire du cours du XXX juillet pour un examen par les autorités ecclésiastiques. La statue est déposée au couvent des Franciscaines de Marie Immaculée, rue de la Teste à Bordeaux : elle ne pleure plus et un échantillon des larmes qu'elle aurait versées se révèle être de l'eau du robinet. La conclusion de l'archevêchéArchives diocésaines de Bordeaux, Dossier Notre-Dame des Pleurs est qu'il n'y a aucune justification autorisant à penser à une apparition mariale. La statue ne sera pas rendue à Marie Mesmin et elle a été probablement détruite.
La Santissima Bambina
Après la confiscation de la statue de N-D. de Lourdes, Marie Mesmin la remplace par une autre : une Vierge-Enfant, réplique en plâtre vendue comme souvenir de « la Santissima Bambina» de Milan, statue horizontale représentant la Vierge-enfant au berceau et réputée miraculeuse..
Dès son emplacement dans l'oratoire de Marie la statue commence à pleurer comme celle de N-D. de Lourdes. Les prédictions et demandes de la Vierge continuent d'être répandues par Marie Mesmin : Bordeaux sera détruite et il faut un orphelinat pour les enfants survivants ; il faut construire une grande basilique près de la place des Quinconces, dont le chœur sera exactement à l'oratoire de Marie.
L'oratoire du Bouscat
Le , la comtesse et le comte de Montluisant, des adeptes de Marie Mesmin, lui proposent d'habiter l'une de leurs propriétés à Bordeaux situé au 26 boulevard du Bouscat (actuellement boulevard Pierre ).
Marie Mesmin s'y installe et une partie de la maison est transformée en oratoire dédié à la statue de la Santissima Bambina et une autre partie en petit orphelinat pour accueillir quelques jeunes filles. La statue ne pleure plus, mais, le elle exsude des parfums suaves quand Marie Mesmin fait ses dévotions. Le phénomène fait l'objet d'un nouveau culte sous le nom de Notre-Dame-des-Parfums.
Le nombre d'adeptes augmente et une extension de la maison est construite pour servir de salle de réunion et de prières. Marie Mesmin est la seule personne à avoir accès à l'oratoire où se trouve la statue miraculeuse. La renommée de la statue se répand et le 26 boulevard du Bouscat devient un lieu de pèlerinage. On y vend des médailles et images pieuses.
Joseph Saboungi, né à Tyr (Syrie) et âgé de est un archimandrite syrien de l'ordre de Saint-Basile, vicaire général du diocèse de Sidon et docteur en théologie. Venu à Lourdes pour le congrès eucharistique des 22-, il entend parler de Marie Mesmin et se rend à Bordeaux. La guerre l’empêche de rentrer en Syrie et on lui demande d'étudier ces miracles en vue de constituer un dossier à présenter aux autorités de Rome. Il s'installe au 26 boulevard du Bouscat et devient également directeur de conscience de Marie.
Alors que l'archimandrite Seboungi travaille sur le dossier des miracles de N-D. des pleurs, des tensions apparaissent entre Marie Mesmin, certains membres de la secte et lui. L'approche critique de l'archimandrite et sa connaissance des procédures canoniques lui font écarter certains témoignages qui risquent d'être refusés par Rome comme preuve du miracle. Les adeptes de Marie Mesmin craignent qu'il prenne l'ascendant sur elle et veuille prendre sa place à la tête du groupe (par la suite, ils l'accuseront de pratiquer des messes noires et d'envoûter Marie). Les aspects économiques liés à l'exploitation du phénomène miraculeux sont aussi en jeu. L'archimandrite Saboungi se retire de l'oratoire le pour prendre un poste de professeur de mathématiques à la collégiale de Saint-Donatien à Nantes.
Une certaine presse catholique s'emballe au sujet des miracles, comme La Revue Mariale du qui laisse entendre que l'archevêché de Bordeaux les approuve. L'autorité diocésaine publie une réfutation. diffusée dans tous les diocèses. : .
Cette mise en garde du Cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux a peu d'effet sur les membres de la secte.
Pendant la Première Guerre Mondiale Marie Mesmin voyage beaucoup dans le nord de la France pour porter secours aux poilus. Elle fait aussi de longs voyages en Italie et dit avoir rencontré le pape, qui aurait dédicacé une image de la Bambina.
La réputation de la secte de « N-D. des pleurs» est considérablement assombrie par trois affaires d'agression en 1919, 1925 et 1926 par des « mesminites » pour désenvoûter « Maman Marie ». L'archevêché menace d'excommunication les membres de la secte s'ils continuent de prendre part aux activités de l'oratoire du Bouscat.
À partir de 1926, la secte périclite, sans disparaître.
Marie Mesmin meurt le . En 1940, par la donation de sa propriétaire, la maison devient propriété de l'archevêché de Bordeaux. Puis, en 1968, le site est revendu, la maison démolie et remplacée par une station service.
Les envoûtements
Toute sa vie Marie Mesmin souffre de divers maux que la médecine n'arrive pas à soigner. Elle les attribue à des envoûtements et demande à plusieurs reprises que des prêtres pratiquent sur elle les rites d'exorcisme de l’Église catholique, sans aucun résultat.
La situation devient dramatique en 1919 quand Marie Mesmin accuse l'archimandrite Saboungi d'être possédé par le démon et de l'avoir envoûtée. En 1926, l'abbé Desnoyers est accusé des mêmes faits.
Pour sauver « maman Marie », des « mesminiques » organisent des expéditions punitives contre les deux prêtres avec pour objectif d'extirper le démon de leurs corps en recourant à des procédés moyenâgeux comme la flagellation et la torture, sans donner la mort.
Les flagellants sont condamnés par les tribunaux.
Après l'agression de l'archimandrite Saboungi, le cardinal Pierre Paulin Andrieu réitère son interdiction aux prêtres et aux laïcs d'assister aux cérémonies organisées à l'oratoire du 26 boulevard du Bouscat.. En 1926, après l'agression de l'abbé Desnoyers, il menace d'excommunication les membres de la secte.... La secte de « Notre-Dame-des-pleurs » périclite et Marie Mesmin devient célèbre avec la couverture nationale des événements par la presse.
L'agression de l'archimandrite Joseph Saboungi (20 février 1919)
Selon Marie, l'archimandrite Saboungi continue de l'envoûter à distance et elle est exorcisée à plusieurs reprises, sans succès. Elle accuse également Joseph Saboungi d'être la cause des morts de plusieurs membres de la secte.