Le BMP-1 (nommé BMP jusqu'à sa version de 1969) est un véhicule de combat d'infanterie soviétique conçu durant les années 1960 pour remplacer les différents BTR. Il a été vu pour la première fois publiquement lors d'une parade à Moscou en 1967. Sa conception et sa doctrine d'utilisation inédites marquent un grand changement pour les unités d'infanterie mécanisées soviétiques, et par son influence, mondiales.
Le nom complet du BMP est Боевая Машина Пехоты (Boyevaya Mashina Pekhoty) soit, littéralement, Véhicule de Combat d'Infanterie. Ce nom reflète bien le nouveau caractère du véhicule comparé au précédent BTR signifiant Бронетранспортёр (Bronetransportor) soit Blindé de transport.
De multiples versions du BMP puis BMP-1 vont amener le véhicule jusqu'à son successeur le BMP-2 qui représente l'aboutissement du développement du BMP au moment de sa sortie en 1980. Le BMP-1 va aussi être exporté à l'étranger et certains pays vont même développer leur propre version du BMP-1. Le BMP-1 sert aussi de base pour de multiples systèmes d'armes différents.
Historique
Contexte technique et doctrinal
Contexte doctrinal
L'Infanterie mécanisée soviétique La première idée d'une infanterie mécanisée soviétique apparaît dans le contexte d’ébullition théorique des années 1920 et 1930. Des théoriciens comme Sergueï Kamenev, M.N. Toukhatchevski, V.K. Triandafillov et A.A. Svetchine mettent au point une nouvelle doctrine de guerre en Union soviétique : l'art opératif...
Cette nouvelle doctrine de guerre va privilégier des opérations rapides en profondeur du dispositif adverse pour entraver sa capacité de résilience en s'attaquant notamment au corps de soutien des armées ennemies (logistique, commandement, communication, sanitaire, etc.). Cette nouvelle ambition théorique nécessite une grande mécanisation des forces armées terrestre due au besoin d'une capacité de manœuvre importante.
C'est ce pourquoi un large développement blindé se déploie durant toute la décennie 1930. L'infanterie va aussi connaître une restructuration nouvelle proposée par deux unités « prototypes » pour représenter l'armée soviétique du futur. Ces unités, nommées plus tard , vont être créées en 1932 et seront portées avec l’accroissement de la capacité industrielle au nombre de 29 au début de la Grande guerre patriotique.
Durant la guerre patriotique, d'importants remaniements parmi les corps mécanisés vont voir l’apparition de réels véhicules de séries comme support mécanisé à l’infanterie qui auparavant était occupé par des véhicules non destinés à cette tâche voir par les chars. L'envoi de M2 Half-track et M3 Half-track durant le conflit fit définitivement prendre conscience aux autorités soviétiques du besoin d'un véhicule destiné uniquement à ce type d'unités. Ce désir nouveau va se concrétiser avec la série des BTR qui apparaît et se développe durant les années 1950. Néanmoins, à l'aube des années 1960, le principe dorénavant bien établi des BTR souffre de beaucoup de défauts. Le manque d'armement contraint l'accompagnement par des chars d'assaut lors de percées alors même que les autorités soviétiques tentaient de limiter l'utilisation de chars d'assaut dans les divisions mécanisées. De plus, le blindage limité ne permet pas une offensive directe avec ces véhicules qui ne garantissent aucune protection face aux obus.
L'adaptation à l'arme nucléaire Depuis le test de la bombe RDS-1 en , les théoriciens soviétiques menés par M.S. Zakharov refondent complètement l’engagement armé autour de l'arme atomique. De ce fait, les véhicules vont devoir s'adapter et la possibilité d'opérer dans des zones irradiées devient nécessaire. La capacité de manœuvre doit aussi s’étendre pour suivre le feu nucléaire lors d'un possible conflit face à l'OTAN. Cette capacité de manœuvre grandissante va fournir de nouvelles exigences techniques comme une autonomie étendue, un facteur amphibie, une fiabilité importante, etc. Ces nouvelles caractéristiques vont naturellement s'appliquer à tous les véhicules blindés modernes d'assaut soviétiques dont le futur BMP.
Contexte technique En 1950, le BTR-40 est introduit dans les unités mécanisées soviétiques. Ce véhicule, largement inspiré de la M3 Scout-car, ouvre de nouvelles possibilités tactiques et industrielles pour des véhicules exclusivement destinés aux forces mécanisées. Ce véhicule est suivi par un dérivé à trois essieux, le BTR-152 qui va s'imposer dans le transport de troupes pour l'infanterie mécanisée soviétique. Avec son emport de 17 fantassins, le véhicule peut déployer plusieurs équipes de soldats ce qui pose un problème organisationnel sur le front. Le BTR-152 souffre néanmoins de nombreux défauts dont une capacité hors-piste limitée due à l'utilisation de roues ce qui sera réglé par le nouveau BTR-50 déployé à partir de 1954.
L'identité du véhicule de combat d'infanterie soviétique
Définition du cahier des charges C'est grâce à tous ces développements théoriques et techniques que l'idée d'un nouveau véhicule corrigeant les grands défauts des BTR et s'adaptant à la nature nouvelle de la guerre naît en Union soviétique à l'aube des années 1960.
Les exigences du GABTU furent déterminées entre 1959 et 1960 après un examen approfondi de l'état des BTR, du futur de l'infanterie mécanisée soviétique et de l'état des véhicules de transport de troupes à l'étranger. Il fut conclu par le GABTU le à la nécessité de plusieurs caractéristiques fondamentales du véhicule devant :
Peser entre 11 et 12 tonnes Mouvoir une équipe de 8 à 10 fantassins dans un compartiment interne et blindé Se déplacer sous toute forme de terrains meubles ou goudronnés Avoir un système de combinaison roues-chenilles (autre mode de propulsion autorisé) Avoir une autonomie similaire aux chars d'assaut modernes (T-54 et T-55 puis T-62) Opérer jusqu’à 15 000 km sans maintenance importante et de 1 500 à 2 000 km en tout-terrain ou en conditions de combat Être aérotransportable voire aérolargable Se mouvoir à une vitesse comprise entre 60 et 70 km/h avec les roues et 50 km/h avec les chenilles Avoir une capacité de protection NRBC qui permet de combattre sur un terrain irradié par une arme nucléaire Avoir la capacité pour les fantassins embarqués de pouvoir tirer depuis des postes de tirs étanches aux risques NRBC Avoir des capacités anti-char permettant de détruire tous les véhicules blindés ennemis conventionnels de l'OTAN Avoir un capacité amphibie sans préparation préalable (flotteurs légers autorisés) Avoir la capacité de faire sortir les fantassins embarqués protégés des tirs frontaux Avoir un blindage pouvant résister aux balles de 14,5 mm de face et aux munitions de 7,62 mm sur le reste du véhicule avec un tir à 100 m Posséder une mitrailleuse coaxiale de 7,62 mm SGMT puis PKT
Dans l'optique industrielle soviétique, le futur BMP-1 se devait aussi d'être simple à construire en grand nombre. Cette vision exclut donc la complexité dans les véhicules et une trop grande taille. Le GABTU privilégiait aussi l'utilisation de pièces déjà existantes sur d'autres véhicules pour faciliter sa construction en série.
La question de l'armement vignette|261x261px|Système d'arme définitif du BMP-1 regroupant le canon 2A28 avec son système de rechargement automatique et le lanceur de missiles 9K14. La question de l'armement resta aussi en suspens et ne fut décidée qu'à la fin de l'année 1960. De multiples options étaient envisagées avec des canons allant du 20 mm automatique jusqu'au 100 mm. Les contraintes pour opérer ce canon étaient importantes. Le canon se devait d'avoir un faible recul et d'être opéré par une seule personne tout en gardant une capacité anti-char importante. L'utilisation de munitions conventionnelles fut donc impossible. La première hypothèse formulée dans le cahier des charges de 1960 réclame un lanceur de missiles de 100 mm avec un faible recul et placé sur une tourelle permettant une rotation à ± 120-170°. Cette nouvelle option est notamment à mettre en concordance avec la politique engagée par Khrouchtchev en personne qui privilégiait les missiles aux armements conventionnels sur les véhicules en développement.
Malgré cette première hypothèse, le GABTU se tourna rapidement vers un possible dérivé du nouveau SPG-9 alors dans une phase de développement prometteuse. Ce dérivé présenté par l'usine KBP de Toula s'inclut dans un système d'arme entier qui arrive à satisfaire toutes les contraintes du GABTU. Le système d'arme 2A28 "Grom" présente donc le canon qui peut percer presque tous les blindages occidentaux en 1961 mais aussi une tourelle monoplace avec un système de rechargement automatique intégré. Lors des tests effectués durant l'année 1961 avec ce canon, le conclut à la nécessité d'utiliser un canon léger automatique plutôt qu'un canon lourd comme le 2A28. En parallèle, le 2A28 "Grom" se voit aussi équipé du système missile 9K11 "Malioutka". Finalement et malgré l'avis rendu par le , ce nouveau système 2A28 "Grom" va être validé et ajouté au cahier des charges en 1961 en devenant obligatoire pour l'ensemble des projets futurs visant à créer le BMP.
Les premiers projets Après l'établissement d'un cahier des charges précis, un appel d'offres fut lancé aux industries de défense. Sept usines vont être sollicitées pour le projet : l'Usine Kirov de Leningrad (LKZ), l'Usine de tracteurs de Tcheliabinsk (ChTZ), l' (ATZ), l' (KMZ), l' (MMZ), l'Usine de Moscou Likhatchiov (ZiL) et l'Usine N°50 de Svedlovsk. 19 projets venant des multiples usines vont être envoyés au GABTU afin de valider l'étape de conception.
ATZ, soucieuse de l'importance du véhicule propose 10 projets différents regroupant tous un groupe propulseur innovant et le plus souvent semi-chenillé. Parmi ces 10 propositions, seul le projet Object 13 fut retenu pour la construction d'un prototype. ChTZ propose quant à elle deux véhicules similaires avec un à roues et un à chenilles. Le véhicule à chenilles va rapidement être favorisé et deviendra l'Object 764. LKZ présente un véhicule à roues équipé du moteur YaMZ-238 avec un canon de 73 mm Grom présent dans une tourelle ouverte. MMZ propose un véhicule équipé du moteur mais il pèse plus de 13 tonnes et sera vite écarté. L'Usine 50 développe trois variantes dont deux à roues avec le moteur V-6 et une à chenilles. ZiL et KMZ ne vont pas fournir leurs projets à temps et ne seront pas étudiés en .
Parmi ces 19 projets, 5 ont été choisis pour être poursuivis par décision du GABTU le . Plusieurs usines vont être retenues le et confirmées le par décret de conseil des ministres de l'Union soviétique : ChTZ et ATZ. Plusieurs usines comme STZ (VgTZ), KMZ et ZiL poursuivent néanmoins leurs travaux en interne sans l'aval du GABTU. Une commission technique du ministère de la défense soviétique conclut à la nécessité d'installer le canon de 73 mm Grom sur le futur BMP.
L' poursuit donc ces travaux sur l'Object 12 et 13 qui deviendront l'Object 19 tout comme ChTZ avec son Object 764 futur 765. ZiL va produire l'Object 851. KAZ va plancher sur l'Object 1020 et BAZ le 1200 qui sera présenté aux derniers essais. KMZ va commencer le développement de l'Object 659 et l'Object 664 jusqu'à son arrêt définitif par décret le . Suite à l'ordre du ministère de la défense, le bureau d'étude OKB 174 d'Omsk entre dans le projet avec l'Object 609 en 1962. VgTZ va aussi commencer les développements de l'Object 911 et 914 en interne pour les présenter à de futurs essais. L'Object 911 va officiellement entrer dans le projet après l'examen de GKOT rendu le . Cette même année, l'Usine d'automobiles de Koutaïssi est commissionnée par le ministère de la défense pour prendre part au projet, elle va développer l'Object 1020 et ses variantes.
Les projets non retenus