Le jdanovisme représente les conceptions politiques rigoureuses d'Andreï Jdanov, qui encadrèrent étroitement toutes les productions artistiques d'Union soviétique avant la déstalinisation, définissant de façon plus restrictive et plus exigeante le « réalisme socialiste » et tentant d'en faire une des normes politiques imposées au monde artistique, en recourant à la censure et aux vexations contre les auteurs ne s'y pliant pas.
Durant la période stalinienne De 1946 à 1953, le jdanovisme artistique affirme que et voulait définir une nouvelle et universelle conception de la création artistique, valable pour tous les pays socialistes, afin de transcender les buts égocentriques des créateurs par la censure totalitaire. Histoire Le premier congrès de l'Union des écrivains soviétiques Jdanov se fait d'abord remarquer dans les années 1930 au moment du premier congrès de l'Union des écrivains soviétiques "Congrès de l'Union des écrivains soviétiques" , une nouvelle association qui a permis de dissoudre plusieurs autres organisations d'écrivains et d'afficher l'adhésion de l'intelligentsia à la politique de Staline. Tenu à Kharkov en 1934, le congrès s'est achevé par une résolution appelant à la lutte contre le capitalisme les écrivains du monde entier. Le premier jour, Jdanov y avait consacré un discours au rôle des écrivains, que , développant ce concept stalinien et parlant de « romantisme de nouveau type », composante incontournable du réalisme socialiste, pour fustiger .
Ce congrès fondateur de l'Union des écrivains soviétiques est marqué par la présence de deux auteurs français qui se feront connaitre plus par la suite, Louis Aragon et André Malraux, seul le premier restant proche de l'URSS. Aragon s'était impliqué au PCF depuis 1931, d’une purge stalinienne, l'affaire du « groupe Barbé-Celor », utilisée par le Komintern pour reprendre en main le parti français et imposer à sa tête le jeune militant ouvrier Maurice Thorez, assisté par son délégué clandestin, Eugen Fried, une éminence grise du nouveau leader qui assure ensuite et a de « fréquentes rencontres » avec Louis Aragon lorsque le poète est placé en position de diriger le quotidien populaire du PCF, Ce soir, depuis sa création en 1937Lien raconté en février 1969 seulement par Aragon, dans un article-fleuve du journal Les Lettres françaises .
Selon les historiens, le développement des actions de Jdanovisme artistique s'effectue cependant principalement après la Seconde Guerre mondiale et il n'y aura pas d'autre appel à l'international avant la fin de 1947. Le Jdanovisme artistique est ainsi la politique culturelle mise en œuvre en URSS en 1946 par son promoteur, Andreï Jdanov.
Le rapport Jdanov présenté le Le à la maison des soviets, Olechtchouk, assistant du directeur de la section d'Agitprop du Comité central du PCUS Goliath contre Goliath. Tome 1. L'enfance des Grands (1941-1949), Éditions Fayard, par Jean Elleinstein, 1986 , s'attaque violemment à la politique américaine. Un peu plus tard, la section d'Agitprop continue et informe Jdanov que depuis les deux dernières années, les revues Zvezda et Léningrad ont publié des œuvres idéologiquement néfastes et artistiquement contestées, selon elle.
À la suite d'un rapport d'Andreï Jdanov présenté le , mais qui ne sera traduit en français qu'en Rapport du camarade Jdanov du , donné en français dans La Documentation française, , une résolution du comité central contre les revues Zvesda et Leningrad est votée au cours de ce même . Andreï Jdanov la commente devant plusieurs assemblées réunies à Leningrad entre le 15 et le , afin de la tester et tenter de recueillir des approbations. Parmi ces réunions, celle des « activistes du PCUS » et celle de la branche locale de l'Union des écrivains, organisation fondée en 1934 pour remplacer toutes les autres du secteur. Le « rapport de Jdanov » qui est diffusé à des millions d'exemplaires à travers toute l'Union soviétique, via une brochure imprimée. La conférence qui un peu plus tard donnera naissance à la doctrine Jdanov (22-) sera par ailleurs peu diffusée, malgré l'unique compte-rendu rédigé et publié par le délégué italien Eugenio Reale.
Cette résolution d’ et le rapport qui l'ont précédé constituent une « doctrine » sommaire, qui va par la suite caractériser, au-delà de l'affaire des revues contestées par les communistes de Leningrad, ce que les historiens ont considéré comme , parfois dès les semaines suivantes, comme le théâtre le , pour lequel Jdanov associe écrivains et metteurs en scène, puis le cinéma le , . L'intervention de Jdanov « Sur la littérature » a lieu le mois suivant.
L'extension à la musique au début de 1948 La musique est frappée à son tour quand la pratique de Jdanov évolue vers un dirigisme encore plus moralisateur : en , lors d'une Conférence de l'Union des compositeurs soviétiques, il critique ses dirigeants et distingue les bons des mauvais compositeurs"Le réalisme socialiste - partie : Andreï Jdanov - Sur la musique" . Peu après, le , une nouvelle résolution du comité central est votée contre l'opéra de Vano Mouradeli créé en hommage au leader bolchevique révolutionnaire Sergo Ordjonikidze le à Donetsk. Joseph Staline avait assisté à une représentation au Bolchoï le , qui lui avait fortement déplu. Cette même résolution du , qui constituera la partie musique du recueil d'Andreï Jdanov sur les méfaits culturels, dénonce aussi Dmitri Chostakovitch et Prokofiev, pour leurs « tendances formalistes et antipopulaires ».
Conséquences Les réunions tenues au cours de l'été 1946 ont fragilisé le milieu artistique mais aussi toute la ville de Leningrad, qui les années suivantes va subir des attaques des milieux intellectuels et politiques de sa rivale Moscou. Ce climat délétère va déboucher sur l'Affaire de Léningrad, une longue série de procès emblématiques du régime stalinien, pour de simples soupçons d'affairisme local, à l'issue de laquelle plusieurs centaines de dirigeants ont été exécutés ou internés, entre la fin des années 1940 et le début des années 1950. Des centaines de personnes sont chassées de leur emploi dans l'administration et les milieux intellectuels et plus de 2000 arrêtées parmi lesquelles aussi bien des directeurs d'usine, des scientifiques, que des professeurs d'université, des intellectuels et des conservateurs de musées, tous remplacés par des staliniens issus de l'appareil de Moscou.
L'affaire démarre en pour des motifs futiles, quand des proches de Jdanov, Piotr Popkov, Alexeï Kouznetsov et Nikolaï Voznessenski, président du Gosplan, organisent une foire commerciale à Léningrad sans demander d'autorisation préalable au Kremlin. avec l'espoir de subvenir aux besoins des habitants de Léningrad. Des biens et services d'autres régions d'URSS y affluent. La propagande du PCUS, sous la houlette de Malenkov, considéré à l'époque comme le collaborateur le plus proche de Staline, qui le dépêche à Léningrad en , y voit très rapidement un moyen de détourner le budget fédéral de Moscou, alors que celui de cette foire est approuvé par la commission du Plan et le gouvernement soviétique.
Les accusations, qui s'étendent à un soupçon de sympathie envers Tito et l'expérience titiste en Yougoslavie, avant la rupture Tito-Staline ou le fait de vouloir fonder un nouveau parti communiste dans la république de Russie soviétique seront relayées de façon virulente par Khrouchtchev et Lavrenti Beria, dirigeants du parti communiste puis de l'Union soviétique. Une vingtaine de personnes sont également fusillées à Moscou et plusieurs centaines de cadres du parti de la région vont disparaitreNicolas Werth, Histoire de l'Union soviétique, Paris, PUF, 2008, ..
Conceptions et pratiques Pratiques Le "Jdanovisme artistique" n'est pas une théorie et n'a pas été conceptualisé. Il a le plus souvent été caractérisé par les commentaires sur sa pratique et ses conséquences pour la vie culturelle. Selon Jdanov, la poétesse Anna Akhmatova était Thierry Wolton, Une Histoire mondiale du Communisme T.1 Les bourreaux, Éditions Grasset et Fasquelle 2015 .
Des critiques et historiens de la littérature furent dénoncés pour avoir suggéré que les écrivains classiques russes avaient été influencés par Molière ou Jean-Jacques Rousseau, Lord Byron ou Charles Dickens.
Jdanov était surtout connu pour sa critique de Dmitri Chostakovitch ou de Sergueï Eisenstein, mais des artistes, écrivains et journalistes moins connus et manquant de notoriété comme Mikhaïl Zochtchenko eurent beaucoup plus à craindre de lui et de ses agents. Conceptions Sa méthode réduisait l'intégralité du domaine culturel à des concepts positivistes et scientifiques, où chaque symbole correspondait à une valeur morale déterminée. Roland Barthes a résumé les conceptions d'Andreï Jdanov à peu près de la façon suivante : « Le vin est absolument mauvais... mais l'artiste doit rendre l'aspect positif du vin, non le vin lui-même. ».
Déclinaisons et réactions internationales La politique culturelle du PCF sous Maurice Thorez En France, parler de "jdanovisme" au sujet de la politique culturelle du PCF en 1947-1954, permet d'utiliser un terme péjoratif, Reynald Lahanque, "Le Réalisme socialiste en France (1934-1954)", thèse d’État sous la direction de Guy Borelli, Université de Nancy II, 2002 , mais les historiens voient des convergences s'affirmer au tournant des années 1950 et un soutien entier de Louis Aragon, dès le début de ce mouvement en URSS en 1946. La direction du PCF se rapproche alors de l'idée , mais sans y parvenir avant 1947, malgré sa grande proximité avec Maurice Thorez, qui lui a confié la direction du quotidien Ce soir en 1937. Dès 1934, il estimait le réalisme socialiste transposable en Russie, où sa mise en pratique n'a cependant vraiment commencé qu'à l'été 1946. À la fin de l'année fin 47, Louis Aragon impose à la tête de l'hebdomadaire Les Lettres françaises, alors en difficulté financière et qu'il souhaite d'une orientation moins éclectique, un homme de 25 ans dont il avait repéré une critique favorable à Elsa Triolet.
"En étroite liaison avec Aragon", Pierre Daix participe alors souvent aux réunions hebdomadaires de la commission des intellectuels, que Laurent Casanova dirige depuis et à laquelle assiste aussi Jean Kanapa, à qui sera confié à l'automne 1948 une nouvelle revue, La Nouvelle Critique.
Le premier numéro comporte un article-manifeste du peintre communiste André Fougeron titré "Le peintre à son créneau" , où il pourfend les peintres abstraits, deux mois et demi après avoir défrayé la chronique de presse lors de l'ouverture du salon d'automne le "Peinture et communisme : le scandale Fougeron", dans L'Histoire de décembre 1998 -.
Ce numéro comporte aussi des invitations à «méditer» Jdanov, dans le sillage de l'éloge funèbre d'Aragon écrit début septembre, afin d'exprimer '"Jdanov et nous", par Louis Aragon, dans Les Lettres françaises datées du 9 septembre 1948., même si la responsabilité du "Jdanovisme artistique" sera plus tard attribuée par le poète en 1954, lors d'un épisode conflictuel, à Auguste Lecœur, l'accusant d'avoir reproché à André Stil son évocation des hésitations des dockers en grève Intervention de Louis Aragon au congrès national du PCF, Ivry, 3-7 juin 1954, Cahiers du communisme , juin-juillet 1954, page 838, cité par la sociologue et historienne Jeannine Verdès-Leroux dans L'art de parti. Le parti communiste français et ses peintres (1947-1954), Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1979 . En 1948, le climat, dans cette nouvelle revue est .