Gorilla beringei beringei, le Gorille des montagnes, est l'une des deux sous-espèces du Gorille de l'Est (Gorilla beringei). Présent dans la région des Grands Lacs Africains, il est en danger d'extinction.
Description Le gorille des montagnes (Gorilla beringei beringei) mesure entre . Les mâles pèsent entre et les femelles entre .
C'est un animal d'une taille impressionnante, mais il est cependant sociable et pacifique. Les gorilles de montagne vivent en familles polygames, et chaque famille est guidée par un mâle à dos argenté : c'est le mâle du groupe, qui est censé protéger toute la famille contre les dangers éventuels. Quand le dos argenté meurt, un autre gorille assez âgé pour supporter cette tâche le remplace ; sinon le groupe se dissout. Dans ce dernier cas, les femelles vont rejoindre d'autres groupes et d'autres mâles.
Les gorilles des montagnes sont des herbivores qui mangent des lobélies géantes, des bambous, plantes les plus présentes dans les forêts de montagne mais aussi des céleris sauvages, des orties géantes, des chardons, des séneçons, des fleurs, de l'écorce de vernonias… Ils ont besoin d'une végétation dense pour se nourrir : jusqu'à par jour pour les mâles et pour les femelles.
Ils vivent dans la région des Grands Lacs Africains, c’est-à-dire dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC), en Ouganda et au Rwanda.
Quelques parcs nationaux forment un réseau transfrontalier de protection : le parc national des gorilles de Mgahinga, le parc national des volcans (Rwanda) et le parc national des Virunga en RDC ainsi que dans le parc national de la forêt impénétrable de Bwindi (Ouganda). La population du parc national de Kahuzi-Biega, bien que très proche, appartient à la sous-espèce des gorilles de l'Est (Gorilla beringei graueri).
Habituation des gorilles à l'Homme Lorsque l’on parle de groupes de gorilles, il est important de faire une distinction entre les groupes qui sont habitués à la présence humaine et ceux qui ne le sont pas. L’habituation d’un groupe de gorilles à la présence humaine est nécessaire pour rendre ces individus accessibles aux chercheurs et aux touristes. Pour ce faire, il faut qu’il y ait une familiarisation graduelle qui est réalisée par le contact quotidien de professionnels avec le groupe de gorilles, un processus qui peut prendre jusqu’à .. Ces contacts neutres répétés servent à réduire la peur des individus envers les humains et ultimement, leur permettre d’ignorer la présence humaine. Le processus de l’habituation permet donc d’approcher davantage les individus, parce qu’ils ne s’enfuient pas et tolèrent la présence humaine, facilitant l’étude de leur comportement. Cependant, ce n’est pas un processus sans risque pour les individus, de par l’exposition à des maladies, l’exposition aux prédateurs et aux changements des comportements sociaux..
Population vignette|381x381px|Distribution des différentes espèces et sous-espèces de gorilles en Afrique. Le gorille de montagne (en bleu) est réparti en deux populations distinctes. Au nord, le parc national impénétrable de Bwindi en Ouganda. Un peu plus au sud, dans le massif des Virunga en République Démocratique du Congo et au Rwanda. En 2018, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature, la population totale des gorilles de montagne atteindrait contre 880 en 2010. et 680 en 2008..
Historique de la population des Virunga Le premier recensement de la population de gorilles de montagne dans les Virunga (regroupant le parc national de Mgahinga, le parc national des Volcans et le parc national des Virunga, respectivement en Ouganda, au Rwanda et en république démocratique du Congo) a été réalisé au début des années 1970. Il faisait état d’environ , ce qui en catégorisait la population comme étant stable ou dans un léger déclin. Jusqu’en 1990, la croissance de la population était considérée faible avec un taux de croissance total de 3 %. Cette hausse était attribuable aux baisses des perturbations humaines et aux efforts de conservation et d’éducation. Dans les années 1990, le taux de croissance a diminué en raison d’une dégradation de la qualité de l’habitat et de l’interruption des patrouilles associées à des instabilités politiques dans la région. Il n’y a heureusement pas eu de déclins majeurs des effectifs pendant cette période, puisque l’inventaire réalisé en 2003 faisait état d’une population entre aux Virunga, soit une augmentation de 0,9 à 1,8 % sur dix ans. Cette augmentation peut cependant être attribuée à la forte croissance d’un large groupe au sein duquel se retrouvent plusieurs mâles. Ce groupe est situé dans un habitat de qualité et surtout est habitué aux humains dans le cadre de la recherche. Des groupes habitués aux humains pour les activités touristiques auraient quant à eux présenté de hauts taux de mortalité.
Le recensement de 2010 a fait état d’une population de gorilles dans les Virunga d’environ . Ils sont répartis de la façon suivante : dans des groupes habitués aux humains et dans des groupes non habitués, en plus des mâles solitaires et jeunes qui n’auraient pas été identifiés. Cet inventaire est le premier à avoir utilisé des analyses génétiques pour réaliser les estimations. Le taux de croissance relatif aux effectifs de 2003 se chiffre à 3,7 % par année, ou 26 % sur toute la période. Tout comme pour les cinq recensements précédents, la croissance est plus importante dans les groupes qui ont été habitués aux humains que dans ceux qui n’y ont pas été habitués. On a observé une croissance respective de 4,7 et de 0,9 %. Les résultats du recensement de 2010 viennent donc renforcer la théorie selon laquelle les effectifs des populations de gorille du massif des Virunga sont sous la capacité de support du milieu. Pour une population de gorilles, la proportion de jeunes peut être un indicateur de la bonne santé. Dans les groupes habitués aux humains, cette proportion est de 40 %, ce qui en fait des groupes en bonne santé. Estimation de la taille de la populationAnnée du recensement Auteurs2741971-1973Harcourt et Groom (1972)., Groom (1973).2681976-1978Weber et Vedder (1983).2541981Aveling et Harcourt (1984).2931986Vedder et Aveling (1986)3241989Sholley (1991)359-3952000Kalpers et al. (2003)4802010Gray (2013)
Historique de la population du parc de Bwindi Le Parc National Impénétrable de Bwindi, en Ouganda, abrite une des deux populations de la sous-espèce Gorilla beringei beringei. La petite taille de la forêt au sein du parc et la pression des populations qui l’avoisinent présentent des défis aux gestionnaires du parc. En 1997, le premier recensement complet estimait une population totale de . L’inventaire de 2002 estimait une population de , soit une hausse de 6,7 % par rapport à 1997. Leur patron de distribution démontre une corrélation négative entre le niveau de perturbations humaines et le nombre de groupes de gorilles par secteur du parc..
Le recensement de 2006 au parc de Bwindi faisait état d’environ , mais des analyses génétiques ont réduit cette estimation à .. Dans le dernier inventaire du parc de Bwindi en 2011, l’utilisation d’un double balayage sur le terrain et d’analyses génétiques a permis d’estimer la population totale du parc à environ . Le double balayage sur le terrain a permis d’estimer qu’environ le tiers des gorilles était manqué à chacune des visites. La population serait séparée entre environ qui ne sont pas habitués aux humains et environ 165 qui le sont. La grande augmentation du nombre de gorilles par rapport à 2006 serait probablement associée à la plus grande identification des individus qu’à une réelle augmentation du taux de croissance, qui est d’environ 2 % dans les groupes habitués à la présence humaine..
La population des gorilles de montagne au parc de Bwindi affiche un taux reproductif plus faible que celle des Virunga. Cela pourrait s’expliquer par le fait que la population s’approche de la limite de support du milieu, ou bien parce que les gorilles de Bwindi ont un rythme de vie plus lent, celui-ci étant dicté par un régime alimentaire comportant plus de fruits. Cela avait aussi été démontré pour d’autres espèces de primates et autres sous-espèces de gorilles. Estimation de la taille de la populationAnnée du recensement Auteurs3001997McNeilage et al. (2001).3202002McNeilage et al. (2006)3022006Guschanski, (2008)4302011Roy et al. (2014)
Menaces Le gorille des montagnes, le gorille des plaines orientales et le gorille de la rivière Cross sont 3 des 16 espèces de primates d'Afrique qui ont été incluses entre 2000 et 2020 dans la liste des 25 espèces de primates les plus menacées au monde : le gorille des montagnes est présent dans la liste des 25 primates les plus menacés de la planète de 2000, 2002 et 2004.thumb| Silverback (gorille mâle dominant) du groupe Ntambara, au Rwanda, dans une attitude de repos caractéristique des dos argentés.
Perte d'habitat et pression anthropique Les régions qui bordent les parcs nationaux du massif des Virunga et du parc de Bwindi dans lesquels sont trouvés les gorilles de montagne se retrouvent parmi les régions rurales les plus densément peuplées d’Afrique. En 2003, la densité se chiffrait autour de par . Il y a donc eu une pression très forte sur l’habitat du gorille, ce qui peut avoir une incidence directe sur la conservation. Les deux populations ont donc en commun le fait de subir comme pression la perte d’habitat. Dans le passé, au parc de Bwindi, des activités minières et forestières étaient notamment au cœur de la problématique de perte d’habitat. De plus, même la création du parc national n’a pas tout à fait empêché la réalisation de ces activités.
En raison de la problématique du partage de l’habitat entre les humains pour des activités économiques humaines et les gorilles dans leur habitat naturel, il est possible qu’il y ait des conflits pour le partage de l’espace et des ressources. D’un côté, les parcs nationaux peuvent en effet freiner le développement de communautés rurales en manque d’espace, mais d’un autre côté, ne limitent pas le déplacement des humains et animaux puisque les frontières sont fluides. Plus particulièrement, les gorilles peuvent causer des dommages dans les champs agricoles, entre autres lors des saisons sèches, alors que la ressource alimentaire se raréfie. Ces intrusions sont la cause de pertes financières dans des zones où la possibilité d’accumuler des fonds est limitée, ce qui cause des problèmes pour les communautés locales..
Par la suite, les gorilles de montagne sont la cible de braconnage, même s’ils ne sont pas chassés pour leur viande. Ils sont souvent des prises accidentelles ou accessoires dans la chasse aux antilopes, par exemple. De plus, les pièges qui sont installés pour plusieurs espèces peuvent s’avérer létaux pour les gorilles.
Maladies L’intérêt marqué que suscite le gorille de montagne, tant sur le plan du tourisme que dans le domaine de la recherche, peut avoir de graves incidences sur la santé des individus, car en étant rapprochés des humains dans l’arbre phylogénétique, les primates et les hominoïdes sont particulièrement sensibles aux transmissions de maladies humaines. De plus, dans une petite population, chaque individu a une grande valeur génétique, ce qui fait en sorte que le spectre de maladies et d’épidémies grave est un problème important dans la conservation des gorilles. La proximité qu’ont les touristes, le personnel de recherche et les membres des populations locales avec les gorilles augmente les risques de transmission. Le bétail peut également être une source potentielle de maladies pour les gorilles. Il existe deux moyens de transmission principaux de maladies des humains vers les primates : transmission par voie aérienne : Pourrait expliquer près de 25 % de la mortalité des gorilles de montagne. Comprend des maladies comme l’influenza, la méningite et la tuberculose ;