Louis-Simon Auger, né le à ParisBase Léonore où il est mort le , est un journaliste, critique littéraire et dramaturge français.
Censeur royal, académicien puis secrétaire perpétuel, son activité littéraire a surtout consisté à éditer les classiques et à rédiger des notices, dont certaines n’ont pas échappé à la moquerie.
Biographie
Concerné, en 1793, à l’âge de vingt et un ans, par la première réquisition, Auger entra dans l’administration des vivres de l’armée.. De là, il passa au ministère de l'Intérieur, où il fut employé jusqu’en 1812, date à laquelle, pour se livrer plus assidûment aux lettres qu’il avait toujours cultivées, il démissionna de sa place, sans renoncer aux emplois pouvant se concilier avec les travaux du cabinet. Lors de la formation de l’université impériale, il fut adjoint à la commission chargée de l’examen et de la composition des livres classiques.
Nommé censeur royal au retour des Bourbons, en 1814, il perdit cette place pendant les Cent-Jours, pour la retrouver à la Seconde Restauration, et reçut en outre une pension de Louis XVIII au mois de . Bientôt après, l’ordonnance du 21 mars 1816 ayant réorganisé l’Institut de France en Académie française, il se mit sur les rangs pour l’un des deux fauteuils que cette ordonnance laissait vacante et fut élu, avec Laplace, le suivant, en remplacement de Lucien Bonaparte, proscrit. Cette circonstance, d’où il résulta qu’il n’eut pas à prononcer de discours de réception, puisqu’il n’avait pas de prédécesseur, a souvent donné lieu de le confondre avec les académiciens nommés par l’ordonnance du : au surplus, après cette réorganisation, contresignée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, qui avait servi de prétexte pour éliminer un grand nombre d’académiciens qui s’étaient compromis pendant les Cent-Jours, afin de les remplacer par d'autres, plus favorables au régime nouvellement réinstallé par la Septième Coalition, personne ne douta dans le temps que ces deux premiers choix de l’Académie française n’aient résulté des mêmes considérations qui avaient dicté l’ordonnance. Il en résulta contre lui des préventions qui ne devaient être dissipées qu’après sa mort.
Auger ne tarda cependant pas, par son assiduité et par son aptitude, à remplir ses fonctions académiques et à obtenir une grande influence parmi les quarante. Il est à croire que, durant l’époque de sa vie où il était employé au ministère de l'Intérieur, il avait puisé dans l’habitude des travaux bureaucratiques cet esprit d’ordre et de suite, et cette aptitude aux affaires qui l’ont si bien servi dans la carrière académique. Devenu membre de la commission du Dictionnaire, avec d’appointements, il fut, en 1820, au nombre des membres de la commission de censure établie par la loi qui suspendait la liberté de la presse, et supprimée en 1822 par une nouvelle loi. Enfin, lors de la démission inattendue de Raynouard, en 1826, Auger fut nommé secrétaire perpétuel de l’Académie française. Toutes ces faveurs, auxquelles vint se joindre la croix de chevalier de la Légion d’honneur, ne pouvaient manquer de susciter l’envie, et de lui attirer de vives attaques. Les académiciens éliminés par l’ordonnance du devaient surtout être très montés contre lui. La Minerve, La Pandore, les Lettres normandes et maintes biographies critiques firent pleuvoir sur lui nombre de railleries auxquelles il ne se s’est pas fait, faute de répondre avec âpreté dans d’autres journaux.
Dans sa jeunesse, quelques bluettes vite oubliées ont marqué son début littéraire. Il avait composé, seul ou en société, une ou deux petites comédies et quelques vaudevilles, entre autres, la Foire de Senlis avec Mabire, Arlequin odalisque, comédie-parade en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles jouée à Paris au théâtre des Troubadours en , La Mothe-Houdart avec Piis, Le Tonnerre avec Boutillier. En 1804, il intégra la rédaction de La Décade philosophique, où ses articles, signés d’un « O », se faisaient remarquer par une critique franche, incisive, spirituelle. En 1808, il obtint de collaborer au Journal de l’Empire, où il publia, sous la lettre « T », un grand nombre d’extraits remarquables, sans doute par la sévérité des principes littéraires et la pureté du style, mais dont la critique est parfois âpre, la diction sèche, et qui n’offrent ni ce riche fond de littérature, ni cette légère ironie, ni ce ton d’homme du monde, qui distinguaient les articles des Dussault, des Hoffmann, des Boissonade et des Feletz. Aussi la collection que lui-même a publiée de ses propres articles en 1828 a-t-elle eu peu de succès.
Une des principales circonstances de la vie polémique d’Auger est sa querelle avec Félicité de Genlis, dont il avait critiqué l’ouvrage intitulé De l’influence des femmes dans la littérature, ouvrage tout entier composé d’articles que Félicité de Genlis avait elle-même d’abord destinés à la Biographie universelle, mais qui n’y furent pas publiés, parce qu’elle avait exigé au préalable qu’une grande partie des collaborateurs qui lui déplaisaient en fussent exclus, concession que les éditeurs ne pouvaient bien évidemment lui accorder. Aux trois articles du journaliste, elle répondit par deux brochures acrimonieuses, dans lesquelles elle ne l’épargnait pas non plus comme collaborateur de la Biographie universelle. Auger réimprima ses articles avec deux lettres nouvelles, sous le titre Ma brochure en réponse aux deux brochures de madame de Genlis, où il se montre parfois un peu lourd dans ses plaisanteries.
Au mois de , Auger quitta le Journal de l’Empire, redevenu Journal des débats, pour devenir le principal rédacteur du Journal général de France, que venait de fonder Étienne Feuillant, et ses articles politiques, rédigés avec une grande lucidité, avec une mesure parfaite dans les choses et sur les personnes, contribuèrent puissamment au succès de cette feuille, mais d’une couleur royaliste moins prononcée que La Quotidienne. Au retour de Napoléon, Auger ne changea pas le ton royaliste de sa rédaction, ce qui lui valut, le , une détention de trois jours. Rendu à la liberté, il persévéra impunément, Napoléon, en butte à l’Europe et aux partis, ayant bien autre chose à faire que de persécuter les journalistes.
Jusqu’en 1817, Auger fut en quelque sorte le directeur et le rédacteur en chef du Journal général, qui prit entre ses mains une allure toute ministérielle, et les abonnés s’en allèrent en proportion que les subventions devenaient plus abondantes. C’est ainsi qu’il causa la ruine d’une feuille dont, en d’autres temps, il avait commencé la fortune. Sa collaboration au Mercure de France, aussi devenu ministériel, ne releva pas ce recueil tombé en discrédit : tous les lecteurs étaient pour La Minerve, Le Conservateur et les Lettres normandes ; et c’était dans le désert qu’Auger dirigeait contre Étienne, Jouy, Aignan, Benjamin Constant, Fiévée, Chateaubriand même, etc., des attaques semi-officielles qui restaient rarement sans réponse.
Éditeur, biographe, annotateur infatigable, son activité littéraire a surtout consisté à éditer les classiques, parmi lesquels Boileau, La Bruyère, Molière, Racine et La Fontaine. Il a également publié les œuvres de Montesquieu, Bossuet, Ducis, Sedaine, Dancourt et Duclos, ainsi que les mémoires de Malfilâtre, les lettres de Marie-Madeleine de La Fayette et de Claudine de Tencin en 1805, les souvenirs de Marthe-Marguerite de Caylus, de Marie de Villars et de Charlotte Aïssé. Il a été parmi les annotateurs des œuvres de Jacques Delille. Il a également ajouté des notices à ses éditions de Marthe-Marguerite de Caylus en 1804, les œuvres d’Antoine Hamilton, celles de Senécé en 1806, et de Duclos. Il a également édité les Œuvres choisies de Campistron, des Favart et de plusieurs autres pour la collection de Didot. On compte encore, parmi les éditions qu’on lui doit, les Oraisons funèbres de l’abbé de Boismont, en 1805 ; les Directions pour la conscience d’un roi, par Fénelon, 1805 ; les Lettres choisies de Madame de Maintenon en 1806 ; l’Histoire de la rivalité de la France et de l’Espagne, par Gaillard, en 1808 ; les Nouveaux proverbes dramatiques, par Carmontelle, en 1811, une édition du Lycée de La Harpe, avec une notice sur cet écrivain, et des suppressions qui rendent cet ouvrage moins volumineux et plus classique, en 1813. Il est aussi l’auteur des notices qui se trouvent en tête du La Fontaine et du Montesquieu publiés chez Lefèvre en 1814 et 1818. Finalement, on lui doit un Dictionnaire universel de biographie ancienne et moderne, paru en 8 volumes en 1810, et des Mélanges philosophiques et littéraires où sont réunis nombre de ses éloges, commentaires et notices, parus en 1828.
Le catalogue des publications d’Auger montre un littérateur qui se croyait appelé à éditer tous les ouvrages, sans distinction de genre, depuis l’opéra jusqu’au sermon, depuis les hauteurs de la politique jusqu’aux parades les plus frivoles et la critique ne lui a pas épargné les moqueries sur cette tendance :Ces critiques étaient du genre de celles qui attaquent l’homme par le ridicule, et qui ne prouvent pas toujours contre lui ni même contre l’ouvrage. En montrant sous quel aspect le présentaient ses adversaires, elles se rattachent plutôt à la biographie d’Auger, qu’elles n’indiquent le jugement qu’on doit porter de ses notices, notes et commentaires. La question est là, et si ces travaux sont bien faits, si dans chacune de ses notices il a su apprécier, avec un gout toujours sûr et avec un style approprié au sujet, le talent des nombreux écrivains dont il s’est occupé, personne ne peut contester à leur auteur le mérite d’avoir excellé dans un genre pour lequel il était né, auquel il a eu la bonne idée de se limiter. Auger avait aussi aspiré aux palmes académiques : son Éloge de Boileau, couronné par l’Institut en 1805, fut très gouté par le public. En 1808, l’Éloge de Corneille lui valut un accessit au même concours.
Collaborateur de la Biographie universelle, dès le commencement de cette grande entreprise, il en fit le discours préliminaire : il a éminemment contribué au succès de ce vaste recueil, en l’enrichissant d’un assez grand nombre de notices littéraires remplies de recherches, d’aperçus, de rapprochements curieux. Quelques-unes n’ont d’autre défaut que de n’être pas assez développées. Après ses articles sur Molière et sur Rabelais, on citera, entre vingt autres, sa biographie de Voltaire, qui offre un tableau ingénieux, rapide, impartial, des immenses travaux de cet écrivain universel.