La Compagnie du Nord-Ouest (CNO) ou North-West Company est une société fondée en 1783 à Montréal et active principalement dans le domaine de la traite des fourrures dans les actuels territoires du Canada et des États-Unis jusqu’en 1821.
Ses principaux fondateurs et dirigeants (Simon McTavish, Alexander Henry, Joseph Frobisher ou Alexander McKenzie), originaires d’Écosse, se sont imposés comme les acteurs dominants dans le commerce de la fourrure à Montréal sous le régime britannique.
Repoussée par la Guerre d’Indépendance américaine au nord des Grands Lacs, la Compagnie a su utiliser habilement des associés, et surtout employer Canadiens français, Métis et Autochtones pour s’imposer contre ses rivales dans le Nord-Ouest jusqu’au Pacifique.
Très influente sur la scène politique impériale comme dans les deux Canada, la Compagnie du Nord-Ouest s’est longuement heurtée à la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) qui a finalement absorbé sa rivale en 1821 et a gardé la maitrise formelle du Nord-Ouest jusqu’à son acquisition par le dominion du Canada en 1870.
L'action de la Compagnie du Nord-Ouest a profondément marqué les peuples établis alors au Canada et provoqué de vastes bouleversements dans l'ouest, comme dans la société basse canadienne qui lui servait d'arrière-pays. Indissociable du rapport aux populations autochtones, pourvoyeuses de ressources (fourrure et pemmican), l’action de la Compagnie a, incidemment, joué un rôle important dans la naissance du peuple métis des plaines.
Recréée à l'époque contemporaine, la Compagnie possède de nos jours des magasins un peu partout dans le monde, mais surtout dans les régions nordiques du Canada et en Alaska.
La traite avant la fondation de la Compagnie du Nord-Ouest
Le régime français L’histoire de la Compagnie du Nord-ouest s’inscrit dans le fil des entreprises européennes de traite des fourrures en Amérique du Nord s’étendant du au . Dans cette économie, qui se développe initialement près des côtes, mais qui s’étend progressivement dans l’intérieur du continent, les traiteurs français puis franco-canadiens jouent un rôle central. De là émerge, à compter de la seconde partie du , le sociotype du coureur des bois ou voyageur, commerçant rejoignant les peuples autochtones pour les intégrer dans le circuit de production et de transfert des fourrures vers l’Europe au profit de compagnies marchandes coloniales dont l’existence est sanctionnée par le pouvoir métropolitain et d’acteurs locaux plus ou moins autonomes selon les périodes.
vignette|Carte de la Nouvelle-France, colonie française bâtie sur la traite des fourrures. Le retrait des Français au profit des Britanniques de la Compagnie de la Baie d’Hudson à la suite de la paix d’Utrecht de 1713, favorise au leur recherche de nouvelles sources d’approvisionnement, plus à l’ouest. Dès 1717, sous le gouverneur Vaudreuil, le conseil royal autorise la fondation de postes à l’ouest du Lac Supérieur pour prévenir une éventuelle pénétration britannique, sonder les possibilités d’atteindre la mer occidentale et étendre le commerce, celui-ci devant permettre de faire subsister les postes. Le gouverneur de Beauharnois, prenant ses fonctions en 1726, crée une Compagnie des Sioux, ayant pour objet la traite dans l’ouest. La Guerre des Renards vint cependant empêcher son développement, et le commerce est accordé à des officiers de marine à titre de bénéfice annexe à leur fonction dans l’ouest.
Pierre Gaulthier de Varennes de la Vérendrye, capitaine de compagnie franche de marine natif de Trois-Rivières, prend en charge le commerce dans l’ouest, de 1731 à 1744, ainsi que l’exploration et les prises de contact diplomatique, inextricablement mêlées. La volonté française de séparer les Autochtones du commerce britannique de la baie d’Hudson les obligeait à rentrer dans le jeu des rivalités locales opposant les Cris et les Sioux-Lakota. La présence française se trouve alors matérialisée par les forts Saint-Charles sur la Kaministiquia, Saint-Pierre et fort Dauphin, sur le lac Manitoba.
L’éclatement de la Guerre de Conquête provoque une rétractation de la présence française. Les forts sur la rivière Saskatchewan sont évacués. Au moment du transfert de contrôle de la France à la Grande-Bretagne à l’hiver 1760-1761, tous les postes sont abandonnés.
Le commerce dans le nord-ouest sous le régime britannique avant la fondation de la Compagnie du Nord-Ouest. vignette|Drapeau de la Compagnie de la Baie d'Hudson, rivale des marchands de fourrure de Montréal avant comme après la Conquête de 1760. Le traité de Paris de 1763 voit le triomphe des réclamations de la Compagnie de la Baie d’Hudson sur l’Ouest. La traite, depuis Montréal, reste libre cependant dans les Pays d’en Haut, en deçà des domaines de la Compagnie de la Baie d'Hudson. L’époque est aux associations entre marchands britanniques et coureurs des bois canadiens ou français, privés de leurs anciens partenaires par le changement d’administration. En 1765, le commerçant britannique Alexander Henry, ex-soldat de l’armée du général Amherst, s’associe au voyageur Jean-Baptiste Cadot. Forrest Oakes s’associe au Français Charles Boyer. Ces premières entreprises réactivent le commerce entre Montréal et le Pays d’en Haut. Elles sont animées par de nouveaux entrants, souvent britanniques, et surtout écossais : Isaac Todd, Joseph Benjamin, Alexander McKenzie, Thomas Frobisher, James et Andrew McGill et Thomas Corry notamment. Dès 1766, les marchands britanniques de Montréal contestent les limites qui sont imposées à leur traite par le privilège de la Compagnie de la Baie. La rivalité franco-britannique tend à laisser place à une rivalité commerciale, interne à l’Empire, entre la Compagnie de la Baie d’Hudson et les entrepreneurs montréalais, qui, tel que Frobisher, s’implantent de manière stable dans l’ouest. vignette|Voyageurs de la Compagnie de la Baie d'Hudson. La Guerre d’Indépendance américaine, en rattachant les régions sises au sud des Grands Lacs aux États-Unis tend à fermer cet espace qui avait été réservé par l’Acte de Québec aux traiteurs montréalais, et en particulier à la société Phyn et Ellice (filiale de la société londonienne de ce nom). En conséquence, leur activité se réoriente vers le nord-ouest, au-delà des secteurs d’implantation des loyalistes, dans les secteurs occidentaux de la Province de Québec, dans le futur Haut-Canada.
Histoire de la Compagnie
Fondation (1779-1783) vignette|Drapeau de la Compagnie du Nord-Ouest avant 1801. Les conditions difficiles de la traite montréalaise dans le contexte de la Guerre d’Indépendance américaine poussent un certain nombre d’entrepreneurs à serrer les rangs pour sécuriser leurs affaires. C’est ainsi que nait, en 1779, comme association temporaire, la Compagnie du Nord-Ouest associant à l’origine neuf sociétés montréalaises qui se répartissent le capital comme suit : Todd &Mc Gill (2/16) ; Benjamin et Joseph Forbisher (2/16) ; McGill & Paterson (2/16) ; McTavish & Co (2/16) ; Mc Beath and Co (2/16) ; Holmes and Grant (2/16), Wadden and Co. (2/16) ; Ros & Co. (1/16) ; Oakes & Co. (1/16). L’association est originellement à durée limitée et renouvelable. Dès 1780, l’association est renouvelée pour trois ans.
La Compagnie lutte dans le Nord-Ouest contre la CBH, à laquelle elle tente de soustraire ses fournisseurs autochtones, et contre les acteurs montréalais demeurés autonomes. Mais, en 1782, la prise des forts de la baie d’Hudson par La Pérousse, pour Louis XVI, en désorganisant le CBH, offrit temporairement le monopole aux marchands montréalais. Ceux-ci se voient définitivement fermer l’accès au sud des Grands Lacs par le traité de Paris de 1783 qui achève la Guerre d’indépendance américaine.
Les discussions entre les traiteurs montréalais mènent à une réorganisation pérenne de la Compagnie du Nord-ouest, comme entité permanente à partir de 1783. L’actionnariat est divisé comme suit : Joseph et Benjamin Forbisher obtiennent 3/ ; Simon MacTavish 3/ ; Georges McBeath 2/ ; Robert Grant 2/ ; Nicolas Montour 2/ et Patrick Small 2/.
Réorganisations capitalistiques et extensions de la Compagnie jusqu’en 1804 : la monopolisation du commerce montréalais
Réorganisation de 1787 À partir de sa création définitive de 1783, la répartition des parts dans la société va varier au fil des fusions et acquisitions qui étendent l’emprise de la compagnie sur le commerce montréalais de la fourrure. En 1787, la société Gregory, Mc Leod est intégrée. La Compagnie du Nord-Ouest compte désormais vingt parts : McTavich, Frobisher & Co. en détient sept ; Robert Grant en possède deux ; Nicolas Montour, deux ; Patrick Small, deux ; Peter Bond, une part ; Georges McBeath, une part ; Grégory, une part ; McLeod, une part ; Pangman une part et Mackenzie, une.
Réorganisation de 1790 vignette|Simon McTavish, l'un des principaux entrepreneurs de la Compagnie du Nord-Ouest Le retrait d’une part des acteurs de la fondation entraine une nouvelle répartition actionnariale, sanctionnée lors d’une réunion à Grand Portage. Il y a alors 10 « bourgeois » qui se partageant les 20 parts : Simon McTavish, trois parts ; Joseph Forbisher, trois parts ; John Gregory, deux parts ; Nicolas Montour, deux parts ; Robert Grant, deux parts ; Patrick Small, deux parts ; Alexander Mckenzie, deux parts ; Peter Pangman, deux parts ; William McGillivray, une part ; Daniel Sutherland, une part.
Réorganisation de 1792 La Compagnie du Nord-Ouest procède à l’extension de son capital, à quarante-six parts par fusion et agglomération de ses concurrents. Le capital est réparti comme suit : vingt parts pour McTavish, Frobisher and Company (regroupant Simon Mc Tavish, Joseph Frobisher, John Gregory et William McGillivray, nouveau venu) ; six parts pour Alexander Mackenzie ; deux parts pour Forsyth, Richardson and Company ; deux parts pour la Todd, McGill and Company ; deux parts pour Nicolas Montour ; deux parts pour Daniel Sutherland ; deux parts pour Angus Shaw. Robert Grant, Cuthbert Grant, Roderick Mc Kenzie, Alexander Henry, Grant Campuin & Company, Alexander McLeod, Simon Fraser, William Thorburn, Robert Thomson et James Finlay complètent le capital avec une part chacun.
Réorganisation de 1795 vignette|Alexandre McKenzie, explorateur, associé puis rival de la CNO. La croissance de la concurrence dans l’ouest avec la Compagnie de la Baie d’Hudson permet aux commis et aux employés de faire pression sur la Compagnie du Nord-Ouest. Il faut aussi faire face à la dissidence de David Grant, devenu concurrent de la Compagnie. Le poids des associés hivernants (ceux passant l’hiver dans les postes) est augmenté d’une à deux parts alors qu’Alexander Mckenzie se retire du capital. Des commis deviennent associés. La nouvelle répartition entre en vigueur en 1799. Dans cette nouvelle organisation, les Canadiens français sont marginalisés par rapport aux acteurs écossais qui introduisent leurs parents dans le capital et dans les fonctions dirigeantes. Seuls Charles-Jean-Baptiste Chaboillez, beau-père de Simon McTavish, puis son fils, Charles, jouent un rôle dirigeant notable.
Réorganisation de 1799 À la suite du départ d’Alexander Mackenzie, Simon McTavish procède à une réorganisation de la Compagnie pour 10 ans par le partage du capital de la McTavish, Frobisher and Company de la manière suivante. Simon Mc Tavish détient quatre parts ; John Gregory, deux ; William McGillivray, deux parts ; Duncan McGillivray, une part ; William Hallowell, une part. L’association obtient ainsi l’hégémonie dans la Compagnie du Nord-Ouest. vignette|Charles-Jean-Baptiste Chaboillez, associé Canadien français de la CNO.
L'accord de 1802 et la lutte contre la « nouvelle compagnie du Nord-ouest » dite Compagnie X.Y.