(ou Qobad, Kobad, Kabad, Kawad, Cavade.), né vers 449, et mort le , est un roi sassanide d'Iran ayant régné de 488 à 496 et de 499 à 531.
Ayant hérité d’un empire en déclin, où l’autorité et le prestige des rois sassanides s’étaient considérablement amoindris, tenta de réorganiser le royaume en introduisant de nombreuses réformes, qui furent pleinement mises en œuvre par son fils et successeur, . Ces réformes furent rendues possibles grâce à l’instrumentalisation du prédicateur mazdékite Mazdak, initiant une révolution sociale qui affaiblit l’influence de l’aristocratie et du clergé zoroastrien. En raison de cela, et de l’exécution du puissant faiseur de rois Sukhra, Kavadh fut déposé et emprisonné dans la « forteresse de l'Oubli » (probablement située au Khuzestan). Son frère Jamasp fut placé sur le trône en son absence. Avec l’aide de sa sœur et d’un officier nommé Siyawush, Kavadh parvint à s’échapper vers l’est et à gagner la cour du roi hephtalite, qui lui fournit une armée. Grâce à ce soutien, il parvint à reprendre le pouvoir en 498 ou 499.
Affaibli financièrement par cet épisode, Kavadh demanda des subsides à l’empereur byzantin Anastase. Les Byzantins avaient jusqu’alors versé des paiements volontaires pour financer la défense des passes caucasiennes contre les incursions venues du nord. Le refus d’Anastase mena Kavadh à envahir les territoires byzantins, déclenchant la guerre d’Anastase. Kavadh s’empara d’abord de Théodosiopolis et Martyropolis, puis d’Amida, après un siège de trois mois. La paix fut conclue en 506, les Byzantins acceptant de payer une subvention pour l’entretien des fortifications caucasiennes, en échange de la restitution d’Amida. À la même époque, Kavadh mena également une longue guerre contre les Hephthalites, ses anciens alliés. Vers 513, il était parvenu à reprendre le Khorasan, consolidant ainsi l'autorité sassanide sur l'est de l’empire.
En 528, la guerre d’Ibérie éclata entre les Sassanides et les Byzantins, dans la région correspondant à la Géorgie orientale actuelle. Le conflit fut déclenché par le refus byzantin de reconnaître Khosro comme héritier de Kavadh, et par un désaccord sur le royaume de Lazique. Bien que les forces de Kavadh aient subi deux revers notables aux batailles de Dara et de Satala, le conflit fut largement indécis, avec de lourdes pertes des deux côtés. En 531, alors que l’armée sassanide assiégeait Martyropolis, Kavadh mourut de maladie. Il fut remplacé par , qui hérita d’un empire revitalisé et puissant, désormais à égalité avec l’Empire byzantin. En raison de sa capacité à surmonter de nombreuses crises, Kavadh est considéré comme l’un des rois les plus efficaces et visionnaires de la dynastie sassanide. Selon l’iranologue Nikolaus Schindel, il fut « un génie en son genre, bien qu’un peu machiavélique »
Origine
Premier règne
Accession au pouvoir
Kavadh monta sur le trône en 488, à l'âge de 15 ans. Sa jeunesse est mise en évidence sur ses émissions monétaires, où il est représenté avec une fine moustache juvénile. Il hérita d’un empire profondément affaibli, ayant atteint un point bas historique tant sur le plan politique qu’économique. Le clergé zoroastrien et la noblesse détenaient alors une influence considérable sur les affaires de l’État. Leur pouvoir était tel qu’ils agissaient en véritables faiseurs de rois, comme en témoigne leur décision récente de déposer Balash, l’oncle de Kavadh. Sur le plan économique, la situation était également critique : sécheresse, famines et, surtout, les défaites catastrophiques face aux Hephthalites avaient conduit à un appauvrissement du trésor royal. Les Hephthalites avaient non seulement annexé une grande partie des provinces orientales de l’empire, mais imposé au pouvoir sassanide le paiement de tributs exorbitants, fragilisant davantage la monarchie. Dans les provinces occidentales, notamment en Arménie et en Ibérie, des révoltes éclataient, témoignant du relâchement de l’autorité centrale. Parallèlement, la paysannerie sassanide, de plus en plus marginalisée et étrangère aux privilèges de l’élite, exprimait une exaspération croissante, annonçant des troubles sociaux majeurs.
Conflit avec Sukhra vignette|Miniature de Sukhra, dans le Shanahmah de Ferdowsi. Jeune et inexpérimenté, Kavadh fut placé sous la tutelle du puissant dignitaire Sukhra durant les cinq premières années de son règne. Durant cette période, Kavad n'était qu’un souverain de façade, tandis que Sukhra exerçait le véritable pouvoir. L’historien al-Tabari rapporte que Sukhra « dirigeait les affaires du royaume et assurait la gestion de l’empire… [L]e peuple s’adressait à lui et traitait directement avec lui, considérant Kavad comme sans importance et méprisant ses ordres ». Nombre de régions et de représentants de l’élite iranienne versaient alors leur tribut à Sukhra, non au roi. Il contrôlait à la fois le trésor royal et l’armée impériale, privant ainsi Kavadh de tout levier de pouvoir.
En 493, alors que Kavadh atteignait l'âge adulte, il décida de mettre un terme à la tutelle de Sukhra. Il fit exiler ce dernier à Chiraz, sa ville natale, dans le sud-ouest de l’Iran. Toutefois, même en exil, Sukhra conservait une emprise quasi totale sur l’appareil d’État, à l’exception de la couronne royale, et n’hésitait pas à se vanter d’être celui qui avait placé Kavadh sur le trône. Craignant une rébellion, Kavad chercha à se débarrasser définitivement de Sukhra, mais ne disposait pas des troupes nécessaires : l’armée restait fidèle à Sukhra, et le pouvoir militaire reposait sur les contingents des Sept grandes familles nobles d’Iran.
Kavadh trouva un allié décisif en la personne de Shapur de Ray, noble influent de la maison de Mihran et opposant résolu à Sukhra. À la tête de sa propre armée, renforcée par des nobles mécontents, Shapur marcha sur Chiraz, vainquit les troupes de Sukhra, le captura et l’emprisonna à Ctésiphon, la capitale sassanide. Toutefois, même emprisonné, Sukhra représentait une menace : il fut donc exécuté peu après. Cette exécution provoqua le mécontentement de plusieurs membres influents de la noblesse, ce qui contribua à affaiblir la légitimité de Kavadh. Elle marqua également un revers temporaire pour la maison de Karen, dont les membres furent exilés dans les régions périphériques du Tabaristan et du Zaboulistan, loin de la cour de Ctésiphon.
Le mouvement mazdakite et la déposition de Kavadh
Selon les sources classiques, peu de temps après l’exécution de Sukhra, un mobad (prêtre zoroastrien) du nom de Mazdak attira l’attention de Kavadh. Mazdak était le principal représentant d’un courant religieux et philosophique connu sous le nom de mazdakisme. Ce mouvement ne se limitait pas à des préceptes théologiques ; il prônait également des réformes sociales et politiques de grande ampleur, qui menaçaient directement les intérêts des nobles et du clergé.
Le mazdakisme prônait la non-violence et défendait des principes de mise en commun des richesses, des terres et, selon certaines sources, des femmes – une forme archaïque de communisme. Toutefois, les historiens contemporains Touraj Daryaee et Matthew Canepa estiment que cette idée de « partage des femmes » est très probablement une exagération ou une calomnie. Elle découlerait d’un assouplissement des lois matrimoniales prôné par Mazdak pour améliorer la condition des classes inférieures, ce qui fut perçu par les grandes familles comme une attaque contre leur lignage et leur domination sociale.
Kavadh utilisa le mazdakisme comme un levier politique, dans le but de réduire l’influence de l’aristocratie et du clergé zoroastrien. Des réserves royales de grains furent redistribuées et des terres attribuées aux plus pauvres. La véracité historique de Mazdak en tant que figure personnelle a cependant été remise en question. Certains chercheurs estiment qu’il pourrait s’agir d’un personnage inventé, destiné à détourner la responsabilité de Kavadh, considéré par plusieurs sources comme l’initiateur réel du mouvement. Les chroniqueurs contemporains comme Procopius et Josué le Stylite ne mentionnent pas Mazdak, mais désignent Kavadh comme l’auteur des réformes. Le nom de Mazdak n’apparaît que plus tard dans la littérature moyen-perse zoroastrienne, notamment dans le Bundahishn, le Denkard et le Zand-i Wahman Yasn, ainsi que dans les récits islamiques d'al-Tabari.
Ces traditions ultérieures ont probablement été altérées par le folklore oral iranien, qui tend à attribuer à des figures perçues comme « usurpatrices » des actes de redistribution arbitraire. Ce schéma narratif se retrouve aussi chez des personnages décriés comme Gaumata dans l’inscription de Behistun de Darius Ier ou Wahnam dans l’inscription de Paikuli du roi Narseh. En 496, les nobles renversèrent Kavadh, en raison de son soutien au mazdakisme et de l’exécution de Sukhra. Ils placèrent sur le trône son frère Zamasp, jugé plus docile et malléable.
Emprisonnement, fuite et retour sur le trône vignette|Drachme à l'effigie de Zamasp. Un conseil de la noblesse se réunit peu après la déposition de Kavadh afin de décider de son sort. Gushnaspdad, membre de la famille des Kanarangiyan, qui détenait le titre stratégique de kanarang (commandant militaire d’Abarshahr), proposa son exécution. Cette suggestion fut écartée et Kavadh fut emprisonné dans la Forteresse de l'Oubli, située au Khouzestan. Les récits divergent quant aux circonstances de son évasion. Selon Procope de Césarée, la femme de Kavadh aurait soudoyé le chef de la prison en acceptant de se donner à lui en échange de visites. Avec l’aide de Siyawush, un fidèle compagnon qui rôdait près de la prison, Kavadh put s’enfuir déguisé en femme, après avoir échangé ses vêtements avec ceux de son épouse. Al-Tabari rapporte une version différente : la sœur de Kavadh l’aurait fait sortir enroulé dans un tapis, qu’elle fit passer auprès des gardes comme un objet souillé par son sang menstruel — ce qui empêcha tout contrôle, les gardes redoutant d’être rituellement contaminés. L’historien J. R. Martindale identifie cette sœur potentielle comme Sambice, à la fois épouse et sœur de Kavadh, et mère de son fils aîné, Kawus.
Quelle que soit la version, Kavadh réussit à s’échapper et trouva refuge à la cour du roi des Hephtalites, dans la région de Bactriane. La tradition rapportée par al-Tabari mentionne qu’au cours de sa fuite, il rencontra une paysanne de Nishapur, Niwandukht, qui serait devenue la mère de . Toutefois, cette histoire a été rejetée comme une fable par l’iranologue Ehsan Yarshater. En réalité, la mère de Khosrow appartenait à la noble maison d'Ispahbudhan, l’une des Sept grandes familles de l’Iran. À la cour héphtalite, Kavadh épousa la fille du roi, qui était aussi sa nièce. Il y aurait peut-être assisté à la montée en puissance des Héphtalites au détriment des Kidarites, leurs anciens suzerains. Le district de Qobadian, près de Balkh, alors sous contrôle héphtalite, aurait été fondé ou développé par Kavadh, et aurait pu servir de base fiscale durant son exil.