Amélie (ou Amalia) d’Oldenbourg (en allemand : et en grec moderne : ), princesse d'Oldenbourg puis, par son mariage, reine de Grèce, est née dans la cité d'Oldenbourg, dans le grand-duché d'Oldenbourg, le et morte à Bamberg, dans le royaume de Bavière, le . Fille du grand-duc Auguste d'Oldenbourg, Amélie épouse le roi élu Othon de Grèce et devient ainsi la première souveraine du royaume hellène.
Issue d'une petite dynastie protestante d'Allemagne du nord, Amélie d'Oldenbourg s'unit au roi Othon de Grèce le . Arrivée dans son nouveau pays en , la reine a un impact immédiat sur la vie sociale du royaume. Réputée pour sa vivacité, elle donne ainsi naissance à une tenue de cour qui ne tarde pas à devenir le costume national grec. Elle organise, par ailleurs, la création du jardin national d'Athènes et fonde un important orphelinat, baptisé d'après elle. Éloignée des scandales et très proche de son mari, la souveraine fait preuve d'un grand patriotisme, ce qui lui vaut longtemps le respect de ses sujets.
Peu intéressée par la politique au début de son mariage, Amélie se mêle de plus en plus des affaires du royaume après la révolution de 1843. Au fil des années, son conservatisme et l'incapacité de son couple à donner un héritier orthodoxe au royaume la rendent cependant impopulaire. Victime d'une tentative d'assassinat organisée par Aristídis Dósios en 1861, Amélie est finalement déposée avec son époux l'année suivante. Exilée en Bavière, elle perd son mari en 1867 et finit ses jours à la Neue Residenz de Bamberg.
Famille
La reine Amélie est la fille aînée du grand-duc Auguste d'Oldenbourg (1783-1853) et de sa première épouse, la princesse Adélaïde d'Anhalt-Bernbourg-Schaumbourg-Hoym (1800-1820). Par son père, elle est la petite-fille du duc Pierre d'Oldenbourg (1755-1829) et de sa femme la princesse Frédérique de Wurtemberg (1765-1785) tandis que, par sa mère, elle descend du prince Victor II d'Anhalt-Bernbourg-Schaumbourg-Hoym (1767-1812) et de son épouse la princesse Amélie de Nassau-Weilbourg (1776-1841).
Amélie a une sœur, la princesse (1820-1891), et quatre demi-frères, le grand-duc Pierre II (1827-1900) et les princes Alexandre (1834-1835), Nicolas (1836-1837) et Élimar d'Oldenbourg (1844-1895).
Le , Amélie épouse, à Oldenbourg, le roi Othon de Grèce (1815-1867), deuxième fils du roi Louis de Bavière (1786-1868) et de la reine Thérèse de Saxe-Hildburghausen (1792-1854). De ce mariage ne naît aucun enfant et c'est un lointain cousin d'AmélieAmélie et Georges appartiennent tous deux à la maison d'Oldenbourg. Ils descendent en ligne masculine du roi Frédéric de Danemark (1471-1533). Pour plus de détails, voir l'arbre généalogique., le prince Guillaume de Danemark (1845-1913), qui succède à Othon sous le nom de Georges .
Biographie Une jeunesse en Allemagne
Née dans la cité d'Oldenbourg durant le règne de son grand-père, le duc Pierre d'Oldenbourg (mort en 1829)., la princesse Amélie est élevée dans la religion luthérienne. Fille aînée du grand-duc Auguste d'Oldenbourg., l'enfant perd sa mère, la princesse Adélaïde d'Anhalt-Bernbourg-Schaumbourg-Hoym (morte en 1820), à l'âge de deux ans., puis sa tante et belle-mère, la princesse Ida d'Anhalt-Bernbourg-Schaumbourg-Hoym (morte en 1828), à l'âge de dix ans.. Quelques années plus tard, en 1831, son père se remarie une dernière fois à la princesse Cécile de Suède..
En , Amélie d'Oldenbourg n'a pas encore dix-huit ans lorsque le roi Othon de Grèce quitte son pays pour trouver une épouse en Allemagne. Boudé par plusieurs princesses, le jeune souverain se rend à Marienbad, en Bohême, où il fait la connaissance de la princesse Amélie, qui y prend alors les eaux en compagnie de sa famille. Peu de temps après, le roi retrouve la jeune fille à Dresde, dans le royaume de Saxe, et lui demande sa main (). Un contrat matrimonial est signé le suivant et les épousailles sont finalement organisées dans le grand-duché d'Oldenbourg, le . Célébré successivement dans les rites protestant et catholique, le mariage réunit les parents des deux époux ainsi qu'une foule de courtisans allemands, mais aucun Grec.. Devenue la toute première reine du royaume hellène, Amélie accompagne ensuite son époux pour un séjour de plusieurs mois à Munich, en Bavière.
Une jeune reine populaire Arrivés au Pirée le , Amélie et Othon sont reçus par leurs sujets sous les acclamations. Soucieux de flatter l'orgueil national grec, la reine a en effet choisi d'arborer une robe aux couleurs du pays tandis que son époux porte une tenue d'evzone. Athènes est alors un immense chantier urbain qui la fait passer de bourgade rurale à ville moderne. Aussi, le couple prend ses quartiers dans une résidence provisoire, qu'il quitte seulement après l'inauguration du palais royal, en 1843.
Dans les premières semaines de son installation, le comportement d'Amélie choque ses sujets. Éprise d'équitation, la reine effectue quotidiennement de longues chevauchées en amazone dans la capitale et ses environs, ce qui contraste fortement avec le mode de vie de ses contemporaines, encore largement cantonnées dans leur foyer. En outre, Amélie aime beaucoup danser et se montre volontiers joyeuse en public, ce qui la fait passer pour une femme désinvolte auprès des observateurs les plus critiques. Au fil des mois, la reine parvient cependant à se gagner le cœur de ses sujets grâce à sa dignité sans faille, son refus absolu du scandale et sa loyauté permanente vis-à-vis du roi.
La reine a, par ailleurs, un impact immédiat sur la vie sociale et la mode de son nouveau pays. Elle crée ainsi une tenue de cour, encore appelée de nos jours « costume Amélie », qui est à l'origine du vêtement national des femmes grecques. À Athènes, elle commande, en 1839, la plantation d'un immense jardin botanique, qu'elle fait ouvrir chaque après-midi au public.. Soucieuse du bien-être de ses sujets, elle fonde, en 1855, un important orphelinat, baptisé Amaléion, qui accueille rapidement 200 enfants abandonnés en son sein. Quelques années plus tard, en 1861, elle favorise la création d'une caisse de retraite destinée à protéger les marins grecs..
Si elle parvient à séduire rapidement les Grecs, la souveraine s'attire également les bonnes grâces des diplomates des puissances garantes de l'indépendance hellène (Royaume-Uni, France et Russie). De fait, même l'ambassadeur britannique Edmund Lyons, qui déteste Othon , se félicite du choix d'Amélie comme nouvelle reine de Grèce.
La question de la succession au trône Épousée dans le but de fournir un héritier au trône de Grèce, Amélie est rapidement confrontée à la stérilité de son couple. Après un premier espoir de grossesse, qui se termine sans doute par une fausse couche fin 1837, la souveraine et son époux sont suivis plusieurs années dans le but de déterminer l'origine de leur incapacité à procréer. Durant quinze ans, différents avis sont émis par des praticiens grecs et allemands, sans qu'aucun ne parvienne réellement à déterminer la cause de leur problème d'infertilité, ni encore moins à le résoudre.
La médecine du jugeant généralement la stérilité comme une problématique féminine, c'est Amélie qui est au centre de l'attention des médecins, même si des rumeurs persistantes veulent qu'Othon soit atteint d'une malformation bénigne ou souffre d'impuissance. Alors que le roi se voit seulement recommander d'abandonner le port de la fustanelle (ce qu'il refuse de faire), de ne plus monter à cheval et de se reposer plusieurs heures avant d'avoir des relations sexuelles, Amélie subit quant à elle plusieurs examens et traitements douloureux. Après avoir été d'abord interdite d'équitation, son appareil génital est inspecté pour vérifier qu'il est complet et sainLes rapports médicaux indiquent que l'appareil reproducteur de la souveraine est normal. Malgré tout, l'ouvrage publié par les Lazarou E. Vladimiros, Aristides G. Diamantis et Georgios I. Androutsos en 2008 conclut qu'Amélie était atteinte du syndrome de Rokitansky-Küster-Hauser, c'est-à-dire d'une aplasie vaginale .. À plusieurs reprises, la souveraine est ensuite obligée de garder vingt-quatre heures dans son vagin une éponge remplie d'eau destinée à élargir sa matrice, jugée trop étroite pour accueillir un embryon. La reine est par ailleurs invitée à prendre régulièrement les eaux, comme le montrent un séjour de plusieurs mois en Suisse en 1838 et ses fréquents bains thérapeutiques à Phalère. Elle n'échappe pas non plus aux recommandations des esprits superstitieux, qui lui conseillent par exemple d'avaler un peu de poudre du pistolet de son mari mélangée à du miel afin de tomber enceinte.
Au fil des années, le couple royal abandonne progressivement l'idée d'avoir des enfants et ses efforts en ce sens s'arrêtent totalement quand Amélie fête ses 35 ans. Conformément aux règles de succession établies en 1832, les souverains se tournent donc vers les frères d'Othon, Luitpold et Adalbert de Bavière, pour assurer la pérennité de leur dynastie. Cependant, ces derniers refusent d'élever leur progéniture dans l'orthodoxie, ce qui choque grandement l'opinion publique grecque. Dans ces conditions, différents projets sont échafaudés pour trouver un héritier de substitution et, selon certaines rumeurs, Amélie chercherait à imposer sur le trône son jeune demi-frère, le prince Élimar d'Oldenbourg. Vrai ou non, ce projet contribue à éloigner durablement la reine de sa belle-famille.
Une implication de plus en plus grande dans la vie politique
Durant ses premières années en Grèce, Amélie se mêle peu de politique, même si elle a parfois du mal à cacher l'inquiétude que lui procure l'inertie de son époux ou son antipathie pour certains de ses ministres, comme Ignaz von Rudhart. Les choses évoluent considérablement à partir de . À cette date, l'armée hellène, dirigée par le colonel Dimítrios Kallérgis, organise en effet un coup d'État qui contraint Othon à abandonner l'absolutisme et à accepter la mise en place d'une constitution. Confronté à une situation qu'il n'avait pas anticipée, le roi envisage un moment d'abdiquer et c'est son épouse qui le persuade de se maintenir sur le trône et d'accepter le nouveau régime.
Après ces événements, Amélie se mue en conseillère écoutée de son époux. Elle assiste ainsi à toutes les réunions du cabinet ministériel et sa médiation est fréquemment sollicitée par les diplomates des puissances, via sa grande maîtresse, la baronne Wilhelmine von Plüskow. Or, la reine professe des opinions résolument conservatrices et s'oppose volontiers au régime constitutionnel en vigueur. Elle soutient ainsi avec force le gouvernement de Ioánnis Koléttis qui dirige la Grèce d'une main de fer entre 1844 et 1847. La souveraine se montre également nationaliste et n'hésite pas à pousser son époux dans des actions anti-turques, comme au moment de la guerre de Crimée, ce qui aboutit finalement à une mise sous tutelle du royaume hellène (1854-1857).
Bénéficiant de la confiance absolue de son époux, Amélie est nommée à deux reprises régente du royaume de Grèce. C'est le cas, une première fois, en 1850-1851, lorsque Othon se rend en Allemagne pour y suivre une cure puis, à nouveau, en 1861-1862, quand il retourne en Bavière pour y discuter de la question de la succession au trône avec sa famille. Le sérieux avec lequel la reine remplit alors ses fonctions lui vaut d'ailleurs la reconnaissance de ses sujets puisque le troisième décret de l'Assemblée hellénique lui octroie automatiquement la régence en cas de disparition du souverain et de minorité ou d'absence du diadoque (1852).