vignette|Mesure du niveau de bruit à proximité d'une route à l'aide d'un sonomètre.
Le bruit est un son jugé indésirable.
Les sons qui ne se comprennent pas comme de la parole ou de la musique s'assimilent souvent au bruit, même si leur perception n'est pas désagréable, comme le montre l'expression bruit ambiant.
Du point de vue de l'environnement, les sons indésirables sont une nuisance, souvent à l'origine de litiges. Ceux qui s'en plaignent les assimilent à une pollution. Le niveau de cette pollution sonore, mesuré en décibels par rapport à une ambiance sonore de référence, en donne une première estimation.
Pour les musiciens du courant classique européen, un bruit est un son de hauteur indéterminée, c'est-à-dire qui ne correspond pas à une note de musique et ne peut constituer une mélodie .
En médecine, on appelle bruit les sons que le praticien perçoit à l'auscultation cardiaque ou pulmonaire.
On parle de « bruit », par métonymie, pour désigner les éléments indésirables qui s'ajoutent à un signal, même si celui-ci n'est pas acoustique. On doit séparer le signal du bruit de fond.
Terminologie Du point de vue de l'environnement, le bruit est défini par la gêne que ressentent ceux qui sont soumis à des émissions sonores indésirables : circulation, usine, activité commerciale ou festive. On parle de pollution sonore, par assimilation à des matières polluantes. En droit, le bruit excessif fait partie des troubles anormaux du voisinage. Il impose au responsable des mesures de limitation de la nuisance sonore. La nuit, il constitue une infraction de tapage nocturne.
Le langage médical français emploie le mot « bruit » pour tous les sons entendus à l'auscultation. Le bruit ou murmure vésiculaire est un son respiratoire normal, le bruit de galop est une anomalie des bruits du cœur détectée à l'auscultation cardiaque..
On appelle souvent bruit des sons qui ne sont pas nécessairement indésirables, dès lors qu'ils ne peuvent s’interpréter ni comme paroles, ni comme notes de musique : le bruit des vaguesArthur Rimbaud, Illuminations, III., de la pluieGustave Flaubert, Par les champs et par les grèves, Novembre, II..
En théorie de la musique, telle que définie dans le courant classique européen, le bruit est un son complexe produit par des vibrations irrégulières, apériodiques. Les bruits s'opposent aux sons musicaux en ce qu'ils résultent de la superposition de vibrations diverses, souvent fortement amorties, et qui ne sont pas harmoniques les unes des autresMarc Honneger.. Le bruit s'oppose, dans ce cadre théorique, à la note de musique.
En traitement du signal, dans les médias électroniques, le bruit est la partie du signal transmis de laquelle on ne peut pas tirer d'information.
Les bruits sont issus de l'appareillage. On cherche à les réduire à un niveau optimal, qui est très bas, mais pas nul (voir résonance stochastique). Un des indices de la qualité de transmission est le rapport signal sur bruit.
Certains signaux indésirables peuvent contenir une information.
On crée des signaux aléatoires, notamment du bruit blanc, du bruit rose et d'autres bruits « colorés », pour éprouver les performances des systèmes. Ces réalisations pratiques correspondent à une approche théorique du signal. Au sens de la théorie de l'information, un signal prévisible ne contient pas d'information. Une information étant par définition imprévisible, un signal aléatoire défini uniquement statistiquement est un modèle mathématique d'une transmission d'informations quelconque.
Le bruit de fond regroupe les éléments indésirables qui s'ajoutent à un signal, même si celui-ci n'est pas acoustique.
Point de vue acoustique Différences entre son et bruit Le son est une vibration de l'air. La sensibilité à cette vibration en fait, pour les êtres humains comme pour tous les animaux, un moyen de connaissance de l'environnement qui ouvre la possibilité de la communication à distance, de la parole et de la musique. Sauf dans des situations rares comme les expériences de privation sensorielle, les gens considèrent comme indésirables les sons qui perturbent l'écoute de l'environnement ou la communication, et les appellent « bruit ».
Par métonymie, on décrit un son comme un bruit chaque fois qu'on le ressent comme désagréable, même s'il remplit une fonction de communication.
Mesure
thumb|upright|Échelle des niveaux sonores, voir décibel, avec seuil d'apparition du « réflexe stapédien » et de la douleur.
L'acoustique environnementale se préoccupe de réduire les nuisances sonores. Pour commencer, elle doit les mesurer. Des instruments appelés sonomètres mesurent la pression acoustique, lui appliquent un certain nombre de traitements pour que cette mesure reflète approximativement la perception sonore, et donne un résultat souvent exprimé en décibels, en sones pour les évaluations les plus élaborées.
La sensation de volume sonore s'appelle la sonie. Sa relation à la pression acoustique est complexe ; si à faible niveaux, les humains sont moins sensibles aux sons graves, cette différence s'atténue aux niveaux plus élevés ; le seuil de la douleur est atteint plus rapidement pour ces fréquences.. La sonie dépend aussi de la durée des sons et de leur composition ; on ne ressent pas également les sons composés d'une seule note et ceux composés de plusieurs ou sans note définie. Il en est résulté un assez grand nombre de systèmes de traitement de la pression acoustique pour aboutir à une évaluation de la sonie. Ils ont en commun qu'un nombre positif indique le niveau : le niveau zéro correspond à inaudible, le niveau augmente avec la sonie.
De nombreux pays prévoient la mesure des niveaux sonores par des agents publics non spécialistes suivant une procédure légale au moyen d'instruments agréés, donnant un résultat en décibels pondération A (abrégé ). En cas de litige, dans une situation de nuisance durable, les experts peuvent utiliser des méthodes qui donnent une mesure plus proche de la perception de la sonie.
Lorsqu'on mesure le bruit émis par un objet, quel qu'il soit, le niveau sonore obtenu dépend avant tout de la distance. C'est ainsi qu'en rapprochant son oreille d'une montre mécanique, on entend son tic-tac, qui serait complètement imperceptible autrement. Il faut donc, dès qu'il s'agit d'un objet en particulier, préciser à quelle distance s'effectue la mesure. De même, le niveau sonore n'est pas en général égal dans toutes les parties d'un lieu particulier. Plusieurs mesures à des points bien précisés sont nécessaires pour caractériser un lieu.
Dans le domaine exclusif de l'acoustique sous-marine, l'échelle de Knudsen-Wenz a son niveau de référence au bruit de mer zéro. Ce niveau correspond à la pression acoustique dans une zone calme à très grande profondeur dans l'océan. Il ne résulte que des bruits que génère la planète, craquements d'origines sismiques notamment, où les très basses fréquences prédominent très fortementKenny Hey Tow, Laser Brillouin à fibre microstructurée en verre de chalcogénure , thèse de doctorat en physique, soutenue à Lannion, 2013.. Les hydrophones les plus sensibles parviennent à le détecter, parfois au moyen d'un capteur à fibre optique. Ce transducteur se compose d'un laser et d'une fibre optique microstructurée (plutôt que les traditionnels hydrophones piézo-électriques) Bagnoli, P. E., Beverini, N., Falciai, R., Maccioni, E., Morganti, M., Sorrentino, F., ... et Trono, C. (2006). Development of an erbium-doped fibre laser as a deep-sea hydrophone. Journal of Optics A: Pure and Applied Optics, 8(7), S535 (résumé) ; Zhang, W., Liu, Y., Li, F., & Xiao, H. (2008). Fiber laser hydrophone based on double diaphragms: theory and experiment. Journal of lightwave technology, 26(10), 1349-1352..
Exploitation des mesures L'exploitation des mesures acoustiques permet de représenter les niveaux sous forme de cartographie de bruit..
Nuisance Bien que l'absence totale de son soit déplaisante et nocive (privation sensorielle), et que l'exposition à des sons structurés comme la parole ou la musique soit probablement nécessaire au développement de l'audition, l'excès de bruit, beaucoup plus fréquent, est une nuisance, est étudiée et réglementée comme telle.
Effets néfastes sur la santé
Selon l'IFEN, le bruit est la deuxième cause de pathologies professionnelles (9,4 %) en FranceL'environnement en France, Institut français de l'environnement, p.228., valeur probablement sous-estiméeAndré Aschieri, La France Toxique, La découverte, . Ces effets néfastes incluent l'exposition volontaire à des niveaux sonores élevés, notamment à de la musique ; les jeunes sont ainsi très exposés : en 1992, une étude ; 22 % des élèves en terminale souffraient de troubles auditifs (doublement en dix ans).
Du bruit à fort niveau sonore et lors d'une exposition sans protection auditive peut aboutir à un traumatisme sonore, aboutissant à des pertes auditives partielles ou totales, à des acouphènes et de l'hyperacousie. Les conséquences sont parfois dramatiques dans la vie de l'individu car ces pathologies sont irréversibles.
Au-delà de ses effets sur l'audition, le bruit a des effets sur la santé psychique. La permanence de sons indésirables, même à un niveau sans danger pour l'audition, augmente le stress, qui à son tour entraîne des troubles digestifs et des troubles du sommeil, augmente les risques cardio-vasculaires et fait baisser la concentration. Le bruit, ainsi défini, est une cause d'anxiété, de dépression, d'irritabilité voire d'agressivité.. Selon une enquête de l'Insee publiée en , 54 % des Français se déclarent gênés par le bruit lorsqu'ils sont chez eux (28 % souvent, 26 % de temps en temps)« Mesurer la qualité de vie dans les grandes agglomérations », Insee, octobre 2002..
Chez les femmes enceintes, le bruit pourrait représenter également un danger pour les fœtus..
Protection sur le lieu de travail thumb|Ouvrier portant une protection contre le bruit.
L'endroit où les personnes sont le plus exposées au bruit est leur lieu de travail. Depuis 1963, le bruit fait l'objet d'un tableau de maladie professionnelle (tableau 42 pour le régime général et 46 pour le régime agricole). De ce fait, il est concerné par la réglementation du Code du travail sur la prévention des maladies professionnelles (articles L.4121-1 à L4121-5). En 2006 la réglementation a évolué, notamment en abaissant les seuils à partir desquels l'entreprise est dans l'obligation d'engager des actions de prévention. Le code du travail impose à l'employeur de prévenir les risques professionnels en agissant le plus en amont possible sur l'environnement de travail, d'une part, et en évaluant ceux qui subsistent, d'autre part..
L'objectif est de limiter au maximum le bruit émis par les machines (article R. 4312-1 du Code du travail et annexe I visée par cet article) et de favoriser le traitement acoustique des locaux de travail dès leur conception (articles R. 4213-5 à 4213-6 du Code du travail, fixant les obligations des maîtres d’ouvrage). Le mesurage des niveaux sonores peut être demandé par l'employeur, le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, la médecine du travail ou l'inspection du travail. Il peut être réalisé soit par la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail soit par un organisme accrédité par le Comité français d'accréditation ou un organisme équivalent européen.
La réglementation française du travail considère qu'une action de prévention doit être mise en œuvre à partir d'une exposition de 8 heures à un niveau sonore de . Au-delà de cette limite, ou si le niveau maximal dépasse , le responsable du site doit organiser des mesures de prévention, et des protections individuelles ou collectives contre le bruit doivent être mise en place.