Hans Christian Andersen, né le à Odense et mort le à Copenhague, est un romancier, dramaturge, conteur et poète danois, célèbre pour ses nouvelles et ses « contes de fées ».

Longtemps ignoré ou tourné en dérision dans son pays, où l'on a raillé son égocentrismePierre Georget La Chesnais, préface à l'édition complète des contes d'Andersen, Mercure de France, 1964, vol.I, 21., il n'est reconnu tout d'abord qu'à l'étranger : en Angleterre où il rencontre Charles Dickens et où il devient « le dandy de la saison », en Allemagne où il se lie avec Adelbert von Chamisso, en France où il se lie avec Heinrich Heine, Honoré de Balzac et Alphonse de Lamartine chez Virginie Ancelot.

Ses nombreux voyages (Turquie, Italie, Suisse, Espagne) lui inspirent des récits qui constituent la meilleure partie de son œuvre, après les contesLa Chesnais, 1964 22.. Mais ses compatriotes lui reprochent de parcourir le monde uniquement pour y trouver la célébrité, et ses récits sont mieux accueillis en Allemagne, où le roi lui décerne l'ordre de l'Aigle rouge en 1846, et dans d'autres pays d'Europe. Andersen a un talent particulier pour se faire des amis à l'étranger, contrairement aux autres écrivains scandinaves. Alexandre Dumas l'appelle Elias Bredsdorff, « Hans Christian Andersen, biographie », Presses de la Renaissance, Paris, 1989, 212 ..

Bien que ses romans et pièces de théâtre n'aient pas connu le succès qu'il souhaitait, Andersen a tout de même été apprécié et reconnu de son vivant dans son pays grâce à ses contes pour enfants, traduits et appréciés dans le monde entier, mais aussi grâce à sa personnalité étrange et attachante.

En , il est reçu par le roi Christian IX de Danemark à Copenhague comme un membre de la famille et devient le conteur de ses enfants. Il est alors le plus célèbre de tous les Danois vivantsElias Bredsdorff, Presses de la Renaissance, Paris, 1989, 308.. Andersen goûte avec délectation cette revanche sur sa vie d'enfant pauvre et méprisé. , ainsi commence sa dernière autobiographie (Mit Livs Eventyr) dans laquelle il déclare voir sa vie sous un angle romanesqueElias Bredsdorff, Presses de la Renaissance, Paris, 1989, 21.. Le comportement anthropomorphique d'animaux dans certains de ses contes ramène à une parabole autobiographique, tel Le Vilain Petit Canard où l'on reconnaît les tribulations d'Andersen avant sa « transformation » en cygneMonica Stirling, « Andersen et son temps », Jean-Jacques Pauvert, 1966, 398..

La première publication complète de ses œuvres à Leipzig en 1848 comprend cinq volumes, à laquelle se sont rajoutés les 34 volumes de celle de 1868.

Biographie Jeunesse et années de formation À Odense thumb|200px|Maison d'Andersen à Odense. Les diverses autobiographies de H.C. Andersen donnent peu de détails sur ses parents, mais beaucoup plus sur ses grands-parents, paysans soi-disant aisés, dont les revers de fortune auraient frappé son imagination. Mais il semble que ceci ne soit qu'affabulations de la grand-mère devenue folleElias Bredsdorff, Presses de la Renaissance, 1964, 25.. Hans Christian est né dans le bas quartier d'Odense, principale ville de Fionie à une époque où plus de la moitié de la population vit dans la plus extrême pauvreté.

La toute première enfance de l'écrivain est heureuse du vivant de son père, car à ce moment-là, sa mère le choyait. Il n'en alla pas de même par la suite..

Son père, Hans Andersen, un ouvrier cordonnier . Il appartient à la catégorie la plus humble des artisans, et entre de ce fait dans la catégorie des ouvriers agricolesHans Brix, biographie d'Andersen, les contes d'Andersen, A. Jensen, Copenhague, 1907, 31.. Sa mère, Anne-Marie Andersdatter, a été domestique et fille-mère, devenue veuve, elle s'est remariée avec un gantier. La tante de Hans Christian tient une maison de tolérance à CopenhagueElias Bredsdorff, 26.. Les conditions de vie du futur écrivain sont sordides dans ce minuscule logement de Munkemøllestræde. Mais déjà Andersen idéalise tout dans ses autobiographies, et pour compenser le manque d'affection de sa demi-sœur Karen, il s'invente une sœur idéale qu'il mettra en scène à ses côtés dans La Reine des neiges (Gerda et Kay)Hans Brix, 190, 45.. Sa famille l'entoure pourtant de beaucoup d'affection, qu'il s'agisse de son père, sa mère, ou sa grand-mère. thumb|Théâtre de marionnettes dont Andersen était friand.

Son père, qui s'est engagé dans l'armée de 1812 à 1814, revient malade et meurt en 1816. Sa mère se place comme blanchisseuse. Andersen, qui a été renvoyé de l'école gratuite pour avoir dessiné un curieux château, passe des journées solitaires. Il se construit un petit théâtre, taille des robes pour ses poupées et lit des œuvres dramatiques. Son intérêt pour le théâtre date de cette époqueElias Bredsdorff, 1964, 36.. Il lit William Shakespeare et commence à composer des pièces dont il fait la lecture à sa mère qui le croit fou.

À Copenhague Après de brèves tentatives de travail, dans une fabrique de draps, puis une manufacture de tabac, le garçon qui a alors treize ans, une jolie voix, et une immense envie de devenir célèbre (il a lu beaucoup de biographies de personnages célèbres), est admis au cours d'éducation religieuse du doyen Tetens, avec des enfants d'une classe sociale très supérieure à la sienneElias Bredsdorff, 1964, 41.. Ses études terminées, il refuse d'entrer en apprentissage chez un tailleur. Seul le théâtre l'intéresse. En 1818, une troupe du Théâtre royal est venue à Odense, et l'année suivante, après avoir rencontré une comédienne, il part pour Copenhague avec ses maigres économies et une lettre d'introduction pour un membre du Théâtre royal. À son arrivée, le , le garçon tombe en pleine émeute antisémite. Plusieurs troubles du même genre ont éclaté dans d'autres villes du Danemark et durent dix joursElias Bredsdorff, 45. : on s'en prend aux commerçants juifs. Ce sera le dernier pogrom qu'Andersen évoque dans son livre Rien qu'un violoneuxOuvrage traduit en français par Mathilde et Pierre Paraf, éditions Gedalge, 1927. Note de Claude Carme, traducteur d'Elias Bredsdorff, 45..

thumb|Le Théâtre Royal à Copenhague.

Après plusieurs visites infructueuses au Théâtre royal, il se souvient qu'à Odense, on avait admiré sa voix, et il se rend chez le ténor italien Giuseppe Siboni qui accepte de lui donner des leçons de chant gratuitesElias Bredsdorff, 51.. Andersen sera désormais très souvent pris en charge par des bienfaiteurs qui sont touchés par sa personnalité peu commune. Le musicien Christoph Weyse, le professeur Frederik Høegh Guldberg, le ténor Siboni, J.M.Thiele (antiquaire), lui offrent soit des leçons, soit de l'argent. Hans Christian a l'habitude d'aller remercier chacun d'eux en leur récitant un de ses textesMémoires de J.M.Thiele, cité par Elias Bredsdorff, 470.. Le garçon devient ainsi élève à l'école de danse de 1820 à 1821, l'acteur Ferdinand Lindgreen accepte également de lui donner des leçons d'art dramatique. En , c'est au tour du maître de chant du Théâtre royal de le prendre comme élève. Andersen vit de subsides amicaux, et il a réussi à attendrir sa logeuse Madame Thorgeen en lui faisant la lecture. Lui-même commence à écrire sa première pièce : La Chapelle dans la forêt en 1822Elias Bredsdorff, 62., année où il se produit comme comédien au théâtre pour la première fois de sa vie.

La bourse royale d'études thumb|upright|Frédéric VI. Parmi les personnages influents qui ont aidé Andersen à cette époque, on compte Jonas Collin, membre du comité directeur du Théâtre Royal auquel le jeune écrivain a envoyé un petit poème en 1821. En 1822, Collin sera inondé des pièces de théâtre d'Andersen et les refuse toutes. Notamment Les Voleurs de Vissemberg que le jeune homme lui présente le , dont une scène sera publiée dans le journal La Harpe le Jackie Wullschlager, 42.. Mais Monsieur Collin considère le garçon avec bienveillance. Il estime que son éducation est encore à faire et il demande pour lui une bourse d'études au roi Frédéric VI. Bourse qui est accordée. Andersen entre au collège de Slagelse le au moment où est nommé un nouveau directeur : Simon MeislingJackie Wullschlager, 44 reprend mot pour mot le texte d'Elias Bredsdorff 66. qui sera terrible pour le jeune poète. Le plus terrible pour Andersen est sans doute qu'il a près de dix-huit ans quand il entre dans une petite classe du collège avec des enfants de douze ansP.G La Chesnais, 9..

À cette époque, la nièce de Jonas Collin, Eline Bredsdorff (sœur de l'arrière-grand-père du biographe d'Andersen référencé ci-dessous) dit de lui : De 1822 à 1827, Andersen étudie au collège, écrit un nombre considérable de poèmes, pièces de théâtre, romans, nouvelles.

Débuts littéraires

Premières publications

Après ces études qui lui paraissent interminables, Andersen rencontre le poète et auteur dramatique Johan Ludvig Heiberg qui fait à l'époque la pluie et le beau temps dans les milieux littérairesElias Bredsdorff, 100.. Il s'intéresse au jeune homme et fait paraître quelques-uns de ses poèmes dans son journal Kjoebenhavns flyvende Post (Kjøbenhavnsposten) en 1827 et 1828. Andersen a aussi écrit le poème : L'Enfant mourant que le poète Ludolph Schley a traduit en allemand à Elseneur. Le texte paraît d'abord sans signature dans un journal allemand, puis avec le nom d'Andersen dans le journal d'Heiberg en 1828Elias Bredsdorff, 101.Pierre Georget La Chesnais, 9.. thumb|left|200px|Forêt de bouleaux dans l'île d'Amager. Déjà très observateur, Andersen profite des trajets qu'il doit faire jusqu'à Christianshavn, dans l'île d'Amager, où il prend des cours chez le professeur Müller, pour écrire son premier récit de voyage : Voyage à pied à Amager publié dans le journal de Heiberg en 1828Elias Bredsdorff, 101.. Ce voyage parfois intitulé « Voyage à pied du canal de Holmen à la pointe Est d'Amager » correspond approximativement à un voyage depuis la place Saint-Michel jusqu'au bois de Boulogne. Le titre exact est « Promenade du canal de Holmen à la pointe orientale d'Amager » (Fodrejse fra Holmens Canal til Østpynten af Amager).

Un éditeur lui offre l'année suivante de publier ce voyage, mais Andersen refuse, et il publie son texte à compte d'auteur. L'affaire se révèle un grand succès puisque les exemplaires se vendent aussitôtMonica Stirling, Andersen et son temps, 1966. 86.. Récit baroque dans le style de E.T.A. Hoffmann qu'Andersen admireMonica Stirling, Andersen et son temps, 1966. 87., il y met en scène un personnage monstrueuxElias Bredsdoff, 103. dans lequel on reconnait le directeur de l'école de Slagelse qu'il avait détesté.

Encouragé par ce succès, Andersen rédige un vaudeville : L'Amour dans la Tour Saint-Nicolas qui est sifflé et ne reste à l'affiche que trois jours. Le théâtre sera presque toujours un échec pour l'écrivain.

Premiers succès, premières attaques

En 1829 il obtient un succès considérable avec son premier récit d’Un voyage à pied depuis le canal Holmen jusqu'au point d'Amager, et malgré l'échec de sa farce, il commence à avoir une certaine notoriété au moment où ses amis commençaient à désespérer de lui et de ses excentricitésElias Bredsdorff, 105..

Andersen publie encore un recueil de poèmes sous le titre Digte en 1830, et travaille en même temps à l'écriture de Le Nain de Christian II, roman historique. Mais tout d'un coup, il tombe amoureux d'une jeune fille, Riborg Voigt (1805-1883), qui apprécie les écrits du jeune auteur, mais qui malheureusement a déjà un fiancéHans Brix, 125.Elias Bredsdorff, 106., et il laisse tomber son roman historique pour se lancer dans l'écriture de nouveaux poèmes un peu mélodramatiques. Il publie en 1831 Les Mélodies du cœur, puis encore Fantaisies et esquisses la même année. vignette|redresse|gauche|Pierrot auquel Carsten Hauch compare Andersen.