vignette|Prisonnier du bagne de Toulon (musée du Bagne, fort Balaguier, Toulon).

Dans l'histoire française, un bagne est un établissement pénitentiaire de travaux forcés, notamment installé dans des colonies pénales. Toutefois, tous les bagnards ne sont pas condamnés aux travaux forcés.

Le mot « bagne » vient de l’italien bagno, qui était le nom d’une prison à Livourne, construite à l'emplacement d'anciens bains publics romains..

Histoire Les galères sont à l'origine des bagnes portuaires (ou bagnes maritimes), ce qui explique qu'une partie du vocabulaire du bagne et de la prison provienne du vocabulaire des galériens.

Les bagnes coloniaux français sont instaurés par une série de décrets en 1852 et 1853 complétés par la loi de Transportation de 1854. Ils ne sont abolis qu'en 1938 (transportation vers le bagne par déportation), et définitivement supprimés en 1945 (détention au bagne). Cependant les derniers prisonniers doivent finir leur peine et ne sont libérés qu'en 1953.

Au bagne français de Guyane, le doublage obligeait tout condamné à rester sur place à l'issue de sa peine pour une durée équivalente à sa peine initiale, si elle était de moins de huit ans ou à perpétuité, quand elle était de huit ans ou plus..

Galères royales vignette|Galère ordinaire la Dauphine (1690-1715). En France, l’utilisation des condamnés comme rameurs sur les galères royales semble remonter à Jacques Cœur au . La peine des galères fut systématiquement appliquée surtout à partir de Louis sous l'impulsion de Colbert et notamment après 1685 pour éradiquer le protestantisme à la suite de l'édit de Fontainebleau. L'arsenal des Galères se situait à Marseille. Les galères furent le premier système pénitentiaire organisé à l'échelle de l'ensemble du royaume. Par l'ordonnance du , Louis supprima le corps des galères devenues inutiles dans les combats contre les vaisseaux de haut bord.

Bagnes portuaires

Les galériens débarqués, appelés chiourme, furent alors affectés aux bagnes portuaires (à l'exception des galériens sélectionnés pour la rame) et devaient effectuer des travaux dans les ports et arsenaux de la Marine. Le bagne de Toulon, le bagne de Brest et le bagne de Rochefort furent créés à cet effet.

Alors que sous l'Ancien Régime, les autorités voulaient et entretenaient une pédagogie de l'effroi par les exécutions, sous Napoléon et la monarchie de Juillet, elles poursuivirent cette pédagogie par des châtiments corporels et accusations publics, des mises au pilori, des marques de discrimination, des convois à pied ou en charette de condamnés attachés vers les bagnes portuaires (processions appelées chaîne des forçats et qui donnaient lieu à des manifestations de joie populaire remplissant une fonction de catharsis collective)Sylvain Rappaport, La Chaîne des forçats. 1792-1836, Aubier, 2006, 346 p..

Rattachement du corps des Galères à la Marine royale Les Galères royales, ayant à leur tête un général des galères indépendant de l'Amiral de France et servies par un corps spécial, eurent dès l'origine leur base à Marseille ; c'est à Marseille que se trouvèrent jusqu'au milieu du toutes les installations du bagne. Quand les galères séjournaient à Toulon, les rameurs restaient en général à leur bord. Mais en 1748, Louis décréta la suppression du corps des Galères et le rattachement de celles-ci à la Marine royale.

vignette|Bagne de Toulon vers le milieu du XIXè siècle.

Toulon devint ainsi la base des galères qui quittèrent définitivement Marseille, dont le bagne fut supprimé. Toulon dut dès lors loger les forçats. On le fit d'abord sur les galères auxquelles on adjoignit des vaisseaux qui prirent le nom de bagnes flottants ; puis il fallut procéder à des installations à terre. À la fin du , il y avait environ forçats à Toulon. On les employait principalement à des travaux de force, de terrassement, de construction, dans l’Arsenal et même en ville. L'habillement des bagnards, composé d'un bonnet et d'un habit, avait une couleur différente suivant la nature et le motif de leur condamnation. Sous l'Ancien Régime, ils étaient marqués au fer rouge. On encerclait un de leurs pieds d'un anneau muni d'un bout de chaîne permettant de les immobiliser. Les plus « durs » étaient enchaînés deux à deux ; le boulet au pied constituait une punition disciplinaire avec la bastonnade à coups de corde. Ces châtiments s’adoucirent progressivement. La nourriture, qui comportait peu de viande et une ration de vin pour les travailleurs, était surtout à base de légumes secs, d'où le nom de « gourgane » (« fèves » en provençal) qu'ils donnaient à leurs garde-chiourmes.

L'état sanitaire n'était guère brillant, de sorte que, dès le début, on avait dû se préoccuper de loger les malades à terre et d'aménager un hôpital du bagne. Celui-ci fut installé en 1777 dans les casemates du rempart sud-est de la Darse Vauban, où des constructions supplémentaires furent édifiées, adossées au rempart. Puis l'hôpital se transporta en 1797 dans un immense bâtiment de de long, orienté nord-sud, construit en 1783 le long du quai ouest de la Vieille Darse, appelé « Grand Rang ». Ce bâtiment avait un vaste rez-de-chaussée voûté à trois travées ; l’hôpital occupa le . Deux tours d'angle carrées à toit pyramidal le terminaient au nord et au sud ; dans celle du nord fut installée la chapelle des forçats. Le reste du bâtiment était occupé par les services administratifs. Quant aux forçats valides, on les avait logés là où se trouvait antérieurement l’hôpital ; mais en 1814, ils furent installés dans un bâtiment est-ouest de de long, perpendiculaire à l’hôpital, bâti en 1783 sur le quai sud-ouest de la Vieille Darse, entre la Chaîne Vieille de la passe et le Grand Rang. Près de là se trouvait amarré un navire dit « Amiral » qui gardait la passe et tirait le coup de canon du matin et du soir.

L'arsenal et le bagne, entreprise économique Rattacher le bagne à la Marine a conduit à faciliter l'organisation de la main d’œuvre et donc à réduire les dépenses liées à la construction et à la reconstruction des grands voiliers de ligne au sein des arsenaux. L'équipement et l'armement d'un vaisseau de (plus de 100 canons, 3 ponts) coûtent alors en moyenne 1 million de livres tournois soit environ 150 millions d'euros d'aujourd'huiUne livre tournois en 1720 correspondait à d'or pur, le Franc germinal de 1805 à 1914 à d'or pur.. Les conflits successifs (guerre de Sept Ans, guerre d'indépendance des États-Unis, puis les guerres révolutionnaires et napoléoniennes) vont contraindre la France à un effort très important pour concurrencer la flotte britannique. Le développement des bagnes au sein des arsenaux de Toulon, Cherbourg, Brest et Rochefort sont ainsi directement liés à un besoin de main d'œuvre pour la construction et la reconstruction de la flotte française en utilisant le travail forcéQuand les forçats construisaient les vaisseaux de la Guerre d'Amérique, Histoire des galères, bagnes et prisons en France de l'Ancien Régime, Nicole Castan, André Zysberg, édition Privat, p. 134-137, 2002..

Bien que rare, la peine des galères subsiste pendant la Révolution, comme le montre la loi du , qui condamne à cette peine les voleurs ou les transporteurs à terre de munitions des vaisseaux d'une valeur supérieure à cinquante francs. La Révolution est aussi marquée dans un premier temps par la libération des prisonniers condamnés sous l'Ancien Régime avec le code pénal de 1791. À partir du Directoire puis de l'Empire, on assiste au retour à une politique de répression. On passe de en 1795 à en 1812. La condamnation aux galères est transformée en peine des fers par le code pénal de 1810. Cette condamnation ne change pas le fonctionnement des bagnes dans les arsenaux. Il faudra attendre la politique de transportation, pour que le système pénitentiaire français change en 1850.

Bagnes coloniaux

La transportation vers les colonies À partir des , les politiques souhaitèrent l'éloignement des criminels hors de France. Cette politique de transportation débute avec les bagnes militaires (compagnies de discipline) qui s'installent en Algérie dès le début de la conquête coloniale.

Ce transbordement est justifié par l'utopie de valoriser le développement de la colonie transformée en colonie pénale, grâce au travail des bagnards. Ce travail forcé étant perçu comme un outil de rédemption du bagnard.

La loi du instaure la relégation des récidivistes et entraîne : après leur peine, les condamnés récidivistes ne peuvent pas revenir en métropole. Ils doivent purger une double peine de relégation équivalente à la durée de leur condamnation aux travaux forcés. Dans le jargon du bagne, il s'agit du « doublage ». Les bagnards se qualifient entre eux de , , ou de , , pour distinguer ceux qui sont condamnés pour la première fois (les ) des relégués qui sont récidivistes (). L'administration pénitentiaire ne les mélange pas. Cela ferait référence à l’emplacement de chaque groupe dans les cales (en haut ou en bas) du navire prison (le Loire puis la Martinière) effectuant la traversée de l'Atlantique.

Les bagnes maritimes vont ensuite être transférés vers Cayenne en 1852, la Nouvelle-Calédonie en 1864, au moment où la Marine passe de la voile à la vapeur et que le besoin de main d’œuvre pour la construction maritime se fait moins important. Ce transfert s'explique aussi par le fait que les bagnards métropolitains prennent le travail aux ouvriers honnêtes et sont considérés trop dangereux pour être maintenus sur le territoire (des rapports de police relatant un relâchement de la discipline dans les bagnes maritimes). Enfin, l'expérience réussie de la colonisation pénale en Australie marque les esprits. C'est dans ce contexte d'impérialisme européen que Napoléon III institue les bagnes coloniaux par la loi du , l'article 1 sur la Transportation disposant que .

En 1836 le bagne de Toulon comptait , à perpétuité, 174 à plus de vingt ans, 382 entre seize et vingt ans, 387 entre onze et quinze ans, entre cinq et dix ans et 700 à moins de cinq ans. De nombreux bagnards célèbres y séjournèrent dont Vidocq en 1799, Marie Lafarge en 1840, l'imposteur Pierre Coignard. Quant à Jean Valjean, il ne fut que le fruit de l'imagination de Victor Hugo. C'est en 1873 que le bagne de Toulon cessa d'exister. Ses bâtiments furent répartis entre divers services militaires, en particulier ceux de la défense du littoral ; on y vit le Centre d'études de la Marine, l’Artillerie de côte Ils survécurent jusqu'en 1944 où ils subirent alors une destruction presque totale. Actuellement, des locaux occupés par les bagnards, il ne subsiste qu'un bâtiment appuyé sur un fragment de l'ancien rempart sud-est de la Darse Vauban, conservé à titre mémoriel ; ce bâtiment est utilisé comme restaurant pour le personnel de l'arsenal.

Le , le décret d'application sur les règlements disciplinaires des établissements pénitentiaires dispose l'interdiction pour les condamnés de recevoir une quelconque rétribution de leur travail. Toutefois, les relégués, après la publication du décret (peines les plus légères et transportés ayant fini leur temps de condamnation) continuent à percevoir un salaire quand ils travaillaient pour l'administration pénitentiaire. Ils peuvent également travailler à leur propre compte.

Catégories de peines en Guyane La déportation était infligée sous le second empire et la République, elle était réservée aux espions, activistes politiques et traîtres (Alfred Dreyfus, bien que reconnu innocent a posteriori, subit cette peine). Prisonniers politiques français, les déportés n'étaient pas astreints au travail. Ce n'était pas le cas des prisonniers originaires des colonies.