( - ) est roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande et duc d'Aquitaine de 1216 à sa mort.
Fils du roi Jean d'Angleterre et d'Isabelle d'Angoulême, monte sur le trône à l'âge de neuf ans alors que la première Guerre des barons fait rage. La mort de son père apaise néanmoins les tensions et les forces royales, menées par Guillaume le Maréchal, battent les rebelles soutenus par les Français à Lincoln et à Sandwich en 1217. promet de respecter la Grande Charte limitant les pouvoirs royaux et garantissant les droits des nobles que son père avait tenté d'abroger. Le début de son règne est dominé par ses conseillers Hubert de Burgh et Pierre des Roches qui restaurent l'autorité du roi après la guerre. En 1230, il tente de reprendre la Normandie perdue par son père mais l'invasion est un échec et une révolte menée par Richard le Maréchal l'oblige à signer un traité de paix avec le roi .
À la suite de ce soulèvement, gouverna seul l'Angleterre sans passer par ses conseillers. Il voyagea moins que ses prédécesseurs et dépensa sans compter sur ses résidences préférées. En 1236, il épousa Éléonore de Provence et le couple eut cinq enfants. Le roi était connu pour sa piété et il organisa de somptueuses cérémonies religieuses notamment en l'honneur d'Édouard le Confesseur qu'il adopta comme son saint patron. Une seconde tentative pour reprendre ses possessions françaises se solda en 1242 par la désastreuse bataille de Taillebourg. Par la suite, se concentra sur la diplomatie et forma une alliance avec l'empereur . Il soutint la candidature victorieuse de son frère Richard pour le titre de roi des Romains en 1256 mais ne réussit pas à placer son fils Edmond sur le trône de Sicile malgré d'importantes dépenses. Il envisagea de mener une croisade au Levant mais en fut empêché par des révoltes en Gascogne.
À la fin des années 1250, les lourds impôts nécessaires pour financer la diplomatie relativement inefficace du roi, ses manœuvres pour passer outre à la Grande Charte et l'influence de ses proches poitevins étaient de plus en plus critiqués. Une coalition de barons menés par organisa un coup d'État et contraignit à accepter les provisions d'Oxford imposant une plus grande limitation de ses pouvoirs et la création d'un conseil de . L'année suivante, le traité de Paris avec la France mit fin à un siècle de conflit entre Capétiens et Plantagenêt ; le roi reconnaissait la suzeraineté d' sur ses territoires dans le Sud-Ouest de la France et en échange, le roi anglais abandonnait ses revendications sur les autres territoires français dont la Normandie. De plus, le roi anglais s'engageait à rendre à (Saint Louis), roi de France, l'hommage féodal dû au suzerain.
Les tensions entre le roi et les nobles provoquèrent la seconde guerre des barons en 1264 et fut battu et capturé par Simon de Montfort à la bataille de Lewes. Son fils aîné, Édouard, fut également fait prisonnier mais il s'échappa et battit les rebelles à la bataille d'Evesham l'année suivante. Une fois libéré, mena une répression brutale des rebelles mais l'Église parvint à atténuer les représailles. Le retour au calme fut lent et le roi dut accepter une limitation des pouvoirs de la Couronne pour conserver le soutien de la noblesse et de la population. Il mourut en 1272 et son fils aîné devint roi sous le nom d'. Il fut inhumé dans l'abbaye de Westminster qu'il avait reconstruite à la fin de sa vie. Malgré un règne de , le quatrième plus long de l'histoire anglaise, n'a qu'une faible influence sur la culture populaire moderne.
Premières années
vignette|alt=Carte montrant les territoires Plantagenêt|Les terres de l'empire Plantagenêt (en rouge) à l'avènement du roi Jean en 1199.
Naissance et éducation Henri est né au château de Winchester le . il était le premier fils du roi Jean d'Angleterre et d'Isabelle d'Angoulême. On sait peu de choses de son enfance. Il fut initialement confié à une nourrice appelée Ellen dans le Sud de l'Angleterre hors de la cour itinérante du roi.. Henri eut quatre frères et sœurs légitimes (Richard, Jeanne, Isabelle et Aliénor) ainsi que divers collatéraux illégitimes. En 1212, son éducation fut confiée à l'évêque de Winchester, Pierre des Roches.
Les traits et l'apparence d'Henri sont mal connus ; il mesurait probablement environ et des récits postérieurs à sa mort suggèrent qu'il avait un corps puissant avec un ptosis. Le jeune homme montra parfois un tempérament irascible mais l'historien David Carpenter le décrit comme ayant une . Il était naturel, montrait facilement ses émotions et pouvait facilement être ému aux larmes par un sermon.
Au début du , le royaume d'Angleterre faisait partie d'un « empire » couvrant l'Angleterre depuis l'Écosse et le pays de Galles et les territoires continentaux de Normandie, de Bretagne, du Maine, de l'Anjou, du Poitou et de la Gascogne, issus de l'héritage des Plantagenêt, et pour lesquels le roi d'Angleterre était vassal du roi de France, devant lui prêter hommage et serment de fidélité. Ce patrimoine avait été constitué au par et ses fils et Jean en profitant de la faiblesse de la Couronne française.
Héritier du trône d’Angleterre En 1204, Jean dut céder la Normandie continentale, la Bretagne, le Maine et l'Anjou au roi et le pouvoir anglais ne contrôlait plus que la Gascogne et le Poitou sur le continent. L'accroissement des taxes pour financer des campagnes militaires destinées à récupérer les territoires perdus provoqua la colère de la noblesse anglaise ; Jean chercha de nouveaux alliés en déclarant l'Angleterre un fief de la papauté auquel il devait allégeance. En 1215, Jean et les barons rebelles négocièrent un accord pour apaiser les tensions, la Magna Carta. Le texte prévoyait la limitation des potentiels abus du pouvoir royal, la démobilisation des armées rebelles et un accord de partage du pouvoir mais aucun des partis ne respecta ses conditions. Jean et les nobles loyalistes répudièrent la Magna Carta et la première guerre des barons éclata avec les rebelles, qui firent alors appel au prince Louis de France, fils de Philippe Auguste, qui fut proclamé roi d'Angleterre à Londres en juin 1216. La situation évolua rapidement vers une impasse car aucun des deux camps n'était capable de prendre l'ascendant. Le roi tomba malade et mourut dans la nuit du alors qu'Henri n'avait que neuf ans.
Roi d'Angleterre Couronnement vignette|alt=Enluminure représentant un homme assis sur un trône tandis que deux ecclésiastiques lui posent une couronne sur la tête|Enluminure du représentant le premier couronnement d' en 1216. Henri était en sûreté avec sa mère dans le château de Corfe dans le Dorset lorsque le roi Jean mourut. Sur son lit de mort, ce dernier avait désigné un conseil de régence composé de treize membres chargés d'aider Henri à reprendre le contrôle du royaume ; il demanda également que son fils soit placé sous la garde de Guillaume le Maréchal, l'un des plus fameux chevaliers d'Angleterre. Les loyalistes décidèrent de couronner Henri immédiatement pour renforcer sa revendication au trône. Guillaume adouba le garçon et le cardinal Guala Bicchieri, le légat apostolique en Angleterre, supervisa son couronnement en la cathédrale de Gloucester le . En l'absence des archevêques de Cantorbéry ou de York, il fut oint par les évêques de Worcester et d'Exeter et couronné par Pierre des Roches. La couronne royale ayant été perdue ou volée durant la guerre civile, un simple diadème en or appartenant à la reine-mère Isabelle fut utilisée durant la cérémonie.
Le jeune roi hérita d'une situation difficile car la moitié de l'Angleterre était contrôlée par les rebelles tandis que les Français occupaient la plus grande partie des territoires continentaux de son père. Il disposait néanmoins du soutien de Guala qui entreprit de renforcer les liens entre l'Angleterre et la papauté et cela commença dès le couronnement quand rendit hommage à la papauté, reconnaissant le pape comme son suzerain. Le pape déclara qu'Henri était son vassal et son pupille et que le légat avait toute autorité pour protéger et son royaume. Par ailleurs, se déclara croisé et recevait dont une protection particulière de Rome.
Deux nobles influents se présentèrent pour présider le conseil de régence d'. Le premier était Guillaume qui, bien qu'âgé ; était renommé pour sa loyauté et pouvait soutenir le roi avec sa propre armée. Le second était le comte de Chester, Ranulph de Blondeville, l'un des plus puissants barons loyalistes. Guillaume attendit diplomatiquement que Guala et Ranulph fassent appel à lui pour assumer les fonctions de régent. Il nomma ensuite des Roches comme gardien d' pour pouvoir se consacrer aux questions militaires.
Fin de la guerre des barons vignette|alt=Enluminure montrant un arbalétrier au sommet d'un château stylisé tirant sur deux cavaliers en fuite|Enluminure de Matthieu Paris montrant la mort du chef rebelle Thomas du Perche lors de la bataille de Lincoln en 1217. La guerre ne se déroulait pas à l'avantage des loyalistes et le nouveau gouvernement de régence envisagea de se replier en Irlande. Malgré leurs succès, les barons rebelles ne parvenaient cependant pas à prendre définitivement le dessus. Même s'il contrôlait l'abbaye de Westminster, Louis ne pouvait être couronné roi car l'Église d'Angleterre et la papauté soutenaient . La mort de Jean avait apaisé certaines craintes des rebelles tandis que les loyalistes contrôlaient encore plusieurs châteaux dans les zones occupées. tenta d'exploiter cela en encourageant les barons à se rallier à lui en échange de la rétrocession de leurs terres et de la promulgation d'une nouvelle version de la Magna Carta non sans avoir retiré certaines des clauses dont celles défavorables à la papauté. Cette tactique échoua et l'opposition à se poursuivit.
En février, Louis se rendit en France pour rassembler des renforts. En son absence, les divisions s'accrurent entre ses partisans français et anglais tandis que le cardinal Guala déclara que la lutte d' contre les rebelles était une croisade religieuse. Cela provoqua une série de défections dans le mouvement rebelle et la guerre tourna à l'avantage des loyalistes. Le retour de Louis en avril renforça sa cause et il divisa ses forces en deux : une fut envoyée au nord pour assiéger le château de Lincoln et la seconde resta dans le Sud pour capturer le château de Douvres. Ayant appris la scission des forces rebelles, Guillaume le Maréchal décida de marcher vers le nord et d'attaquer Lincoln. Ses troupes entrèrent dans la ville le et capturèrent un grand nombre de chefs rebelles. L'historien David Carpenter écrivit que cette victoire fut .
vignette|gauche|upright=1.5|alt=Enluminure d'une bataille navale stylisée. Un homme décapité est jeté par dessus bord d'un des navires.|Enluminure de Matthieu Paris sur la bataille de Sandwich de 1217 montrant la capture du navire amiral français et l'exécution d'Eustache le moine (à gauche) sous le regard des évêques anglais (à droite). La campagne loyaliste s'arrêta après la bataille de Lincoln et ne reprit qu'à la fin du mois de juin après la rançon des prisonniers. Dans le même temps, le soutien français à la campagne de Louis s'affaiblit et il conclut que la guerre était perdue. Le prince français proposa au cardinal Guala de renoncer à sa revendication au trône d'Angleterre en échange de la rétrocession des terres de ses partisans, la fin des excommunications et la promesse que le gouvernement d' appliquerait la Magna Carta. Cette proposition de paix fut rejetée par certains loyalistes qui considéraient qu'elle était trop favorable aux rebelles, en particulier envers le clergé qui avait rejoint l'insurrection. En l'absence d'un accord, Louis resta à Londres avec ses derniers partisans.