Abdellatif Kechiche (en ), parfois appelé Abdel Kechiche, né le à Tunis, est un réalisateur, scénariste et acteur franco-tunisien.

Connu pour ses réalisations au style naturaliste, il est récompensé plusieurs fois aux César du cinéma. En 2013, La Palme d'or lui est attribuée au Festival de Cannes pour La Vie d'Adèle, conjointement avec les deux interprètes principales du film, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux.

Biographie Débuts comme acteur Né en Tunisie, Abdellatif Kechiche arrive avec ses parents à Nice à l'âge de six ans et grandit dans le quartier des Moulins. Enfant d'ouvriers, il est tôt confronté au racisme et au mépris de classeIsabelle Regnier, « Trois palmes et des larmes », Vanity Fair , octobre 2013, pages 48-54.. Passionné de théâtre, il suit les cours d'art dramatique du Conservatoire d'Antibes. Il interprète plusieurs spectacles sur la Côte d'Azur, notamment une pièce de Federico Garcia Lorca en 1978 et une pièce d'Eduardo Manet l'année suivante. Il se consacre également à la mise en scène et présente au Festival d'Avignon L'Architecte en 1981.

Au cinéma, il obtient le premier rôle du Thé à la menthe d'Abdelkrim Bahloul, où il joue un jeune immigré algérien qui vit de petits vols.

André Téchiné l'engage en 1987 dans Les Innocents où il incarne un gigolo face à Sandrine Bonnaire et Jean-Claude Brialy. Grâce à Bezness de Nouri Bouzid, il obtient le prix d'interprétation masculine du Festival de Namur en 1992.

Il rencontre la même année sa compagne, Ghalya Lacroix, qui collaborera à l'écriture et fera le montage de ses futures réalisations.

Révélation critique comme réalisateur (années 2000) Abdellatif Kechiche décide ensuite de passer derrière la caméra. Il écrit plusieurs scénarios qu'il tente de vendre sans succès. Le script de La Faute à Voltaire finit par séduire le producteur Jean-François Lepetit. Ce film dessine le portrait, simple et vibrant, d'un sans-papiers. Le jeune réalisateur montre la réalité quotidienne de déshérités ou de marginaux, et son sens du romanesque et de la péripétie. Il veut un jeu naturaliste des acteurs Sami Bouajila et Élodie Bouchez. Il reçoit le Prix Luigi-De-Laurentis de la meilleure première œuvre à la Mostra de Venise en 2000.

En 2003, il écrit et réalise L'Esquive avec des acteurs débutants et un budget réduit. Il suit un groupe de lycéens de la banlieue parisienne qui répètent une pièce de Marivaux pour la classe de français. Cette œuvre cherche à rendre compte de la séduction adolescente et brise les stéréotypes sur la jeunesse des cités. Le film remporte un succès honorable ; il est salué par la critique comme l'un des grands films français de l'année 2004.

À la des César, il devance les deux films favoris du public : Les Choristes de Christophe Barratier et Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, en gagnant quatre César : le César du meilleur espoir féminin pour la révélation Sara Forestier, et, pour Kechiche, les César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.

Il met ensuite en scène en 2006 La Graine et le Mulet ; le film évoque le parcours d'un ouvrier d'origine maghrébine qui désire se reconvertir dans la restauration dans le port de Sète. Ce troisième opus du réalisateur se rapproche du cinéma social. Il reçoit un bon accueil à la Mostra de Venise 2007, et reçoit le grand prix du jury. La comédienne Hafsia Herzi obtient le prix de la « meilleure jeune actrice ». Après avoir obtenu le prix Louis-Delluc 2007, Kechiche remporte les quatre mêmes statuettes que L'Esquive, trois ans auparavant, dont celui du « meilleur espoir féminin » pour Hafsia Herzi. L'accueil critique est favorable, les Cahiers du cinéma voient dans ce film l'expression d'un cinéma d'auteur populaire, à l'instar de celui Maurice Pialat. Le film fait un million d'entrées en France.

Son opus suivant, sélectionné à la Mostra de Venise 2010, s'intitule Vénus noire, en référence à la « Vénus Hottentote » (Saartjie Baartman). C'est son premier film à costume et d'époque, dans un contexte dérangeant face aux traitements faits au personnage. La réception critique est favorable ; aux César 2011, le film ne récolte qu'une seule nomination : « meilleur espoir féminin » pour Yahima Torres. Le film est un échec commercial avec entrées.

La Vie d'Adèle et les polémiques (années 2010) Il adapte (et produit avec sa récente société de production, Quat'sous Films) Le bleu est une couleur chaude, roman graphique de Jul' Maroh, sous le nom La Vie d'Adèle ; le film raconte l'histoire d'un amour passionnel sur plusieurs années entre deux jeunes femmes de milieux sociaux différents dans le Nord de la France. Le film est projeté au Festival de Cannes 2013 et reçoit un accueil élogieux de la critique française et internationale, qui parle de .. Il se voit décerner, à l'unanimité du jury présidé par Steven Spielberg, la Palme d'or, pour laquelle il était favori depuis sa présentation.... Pour la première fois, la récompense est attribuée conjointement au metteur en scène et aux deux interprètes principales : Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux.. vignette|Casting de la Vie d'Adèle : Adèle Exarchopoulos, Jérémie Laheurte et Léa Seydoux (festival de Cannes 2013) Le jour même de la projection cannoise, une polémique éclate à propos des conditions de travail sur le tournage : des techniciens accusent Kechiche, dans un communiqué de presse, de comportements « proches du harcèlement moral » et de bafouer le code du travail.. Quelques jours après, Jul' Maroh, l'auteur de la bande dessinée dont le film est inspiré, déplore la présence des scènes de sexe lesbien, jugées chirurgicales, démonstratives et crues, et ne témoignant d'aucun désir amoureux. Il indique sa déception quant au comportement méprisant adopté par Kechiche à son égard : celui-ci aurait cessé de répondre à ses messages après la cession des droits d'adaptation, ne l'aurait pas invité à Cannes avec l'équipe du film, et aurait omis de le mentionner lors de son discours de remerciement pour la palme.. Les deux actrices principales louent les qualités du film, affirment en être fières, mais, quatre mois plus tard, durant la promotion américaine, se confient sur ce tournage : elles le qualifient d'« horrible » et de « sans fin », insistent sur la « manipulation » que le cinéaste leur a fait subir, sur la violence dont il peut faire preuve sur un plateau. Le cinéaste est connu pour être, comme Maurice Pialat, très exigeant sur le jeu des acteurs, et pour tourner beaucoup : il y a eu de rushes pour La Vie d'Adèle.

La réaction du réalisateur est violente ; elle est dirigée contre Léa Seydoux uniquement ; la polémique, relancée et relayée dans les médias, se termine par une interview accordée à Télérama : le cinéaste y affirme que La Vie d'Adèle ne devrait pas sortir, car ... Fin , Kechiche publie une longue tribune pour Rue89 : il accuse plusieurs personnalités du cinéma, dont Léa Seydoux, les producteurs Jean-François Lepetit et Marin Karmitz, d'avoir instrumentalisé une controverse visant à le diffamer et à empêcher le succès du film..

L'œuvre rassemble plus d'un million de spectateurs en salles et gagne le prix Louis-Delluc, le second pour Kechiche. Le film est applaudi dans les Festivals de cinémas américains. Il est nommé pour le BAFTA Award du meilleur film étranger et le Golden Globe du meilleur film étranger (mais pas pour l'Oscar équivalent, le film étant sorti après la date d'éligibilité). Kechiche n'assiste pas à la cérémonie des César 2014 ; le film, nommé huit fois, reçoit une seule récompense, le « meilleur espoir féminin » pour Adèle Exarchopoulos. La presse soupçonne un boycott des votants dû aux polémiques....

Le , Abdellatif Kechiche est condamné à verser à la société de production MK2, dirigée par Marin Karmitz, par le tribunal de grande instance de Paris. Les juges estiment que le réalisateur a envers MK2.. Selon les termes du contrat signé en entre le réalisateur et la société de production, Abdellatif Kechiche s'était engagé , contre une rémunération de .. Mais la durée du premier film réalisé (2h42), ainsi que son échec commercial (), détériorent les relations entre Abdellatif Kechiche et Marin Karmitz. Abdellatif Kechiche ne propose ainsi qu'un seul synopsis par la suite, Le Ministre, refusé par MK2, et collabore avec la société Wild Bunch pour la production de La Vie d'Adèle, contrevenant ainsi à la clause d'exclusivité dont bénéficiait MK2. Abdellatif Kechiche accuse MK2 de l'ayant , et réclame d'euros en « réparation ». Il est débouté de ses demandes.

À l'automne 2016, il tourne, à Sète, une libre adaptation du roman de François Bégaudeau, La Blessure, la vraie, sous le titre Mektoub, My Love: canto uno., film qui se révèle être le premier volet d'un diptyque. Le film est présenté à la Mostra de Venise 2017 après des démêlés avec son producteur. Le film a totalisé vendus pour un budget avoisinant les 8 millions d'euros.

En , son retour à Cannes en sélection officielle est annoncé avec le film Mektoub, My Love: intermezzo. Le film divise la presse qui juge certaines scènes . Il ne sort pas en salle en raison d'un conflit avec son distributeur, Pathé. Mektoub My Love : Intermezzo reste en suspens, mais Abdellatif Kechiche continue de travailler sur sa saga Mektoub My Love, une trilogie ou quadrilogie, dont la quasi-intégralité a déjà été tournée.

En 2025, le cinéaste est victime d'un AVC. Il fait son retour avec Canto due au Festival de Locarno.

Projets envisagés Plusieurs projets sont évoqués depuis 2013 et évoluent selon les possibilités de production : une suite de La Vie d'Adèle, dont il assume la comparaison avec Antoine Doinel, un biopic sur Marilyn Chambers, une adaptation de la relation entre Héloïse et Abélard, un long-métrage sur Marguerite Porete intitulé Ineffable Amour ou Sœur Marguerite., une adaptation de la bande dessinée Carnets de thèse de Tiphaine Rivière en série télévisée pour Arte., ou un road-movie, L'Agneau de Dieu.. Selon Midi libre, il aurait tourné un nouveau film à Sète qui pourrait être diffusé sous forme de série.

Engagement personnel et politique Invité à commenter le printemps arabe sur le site des Inrockuptibles le , Abdellatif Kechiche appelle le peuple de France à se soulever contre l'injustice sociale, le mépris et l’humiliation des hommes. :

Abdellatif Kechiche a accepté, à deux reprises, d'être décoré par le régime Ben Ali, en 2005 puis en 2008.

En 2013, il fait partie des personnalités du cinéma français à signer une pétition contre François Hollande, puis Michel Sapin, son ministre du Travail, et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture ; ils critiquent leur décision de valider la convention collective signée par la CGT et quatre grands groupes (Pathé, Gaumont, UGC et MK2) ; ils réclament que les techniciens soient mieux payés, qu'un nombre minimum de postes soient imposés pour chaque tournage et que les taux-horaires et les rémunérations soient mieux encadrés et régulés..

En , alors qu'il se dit très à gauche et opposé à la politique sociale-libérale de François Hollande, il soutient la candidature à sa réélection du maire UMP sortant de Nice, Christian Estrosi, considérant que ce dernier est le meilleur rempart contre le Front national à l'échelon local...

Inversement, en décembre 2015, il affirme préférer Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy, jugeant que le FN est devenu . Il ajoute : , et dénonce la rhétorique du Premier ministre Manuel Valls : Il précise cependant qu'il ne vote pas, estimant que Abdellatif Kechiche, interviewé par Benjamin Locoge, « Abdellatif Kechiche, l'anticonformiste », Paris Match, semaine du 24 au 30 décembre 2015, pages 9-11..