William Petty, né à Romsey, dans le Hampshire en Angleterre le et mort à Londres le , est un polymathe (économiste, scientifique, médecin, philosophe, homme d'affaires, membre du parlement et de la Société Royale…) britannique.
Il est surtout connu pour son ouvrage sur l'arithmétique politique, qui pose les bases de l'économie politique et de la démographie – en quelque sorte de l'économétrie comme le dit SchumpeterBien que le terme lui-même semble avoir été créé par le professeur Frisch dans les années 1930. Cf. Histoire de l'analyse économique, I, Gallimard, coll. « Tel », 2004, 293. –, en proposant l'utilisation des statistiques en matière de gestion publique. Il lui est aussi attribué l'énoncé de la philosophie du laissez-faire en matière gouvernementale.
Biographie
thumb|left|320px|Hendrick Cornelisz, Départ des voiliers de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, 1630-1640, Rijksmuseum (Amsterdam)
William Petty naît dans une famille modeste. Il est décrit comme précoce et intelligent. Jeune, il embarque comme apprenti matelot sur des navires. À 14 ans, il reprend des études chez les jésuites au collège du Mont de Caen. Il y étudie le latin, le grec, le français, ainsi que les mathématiques et l'astronomie. Il revient ensuite en Angleterre.
En 1643, la première guerre civile anglaise le conduit à s'exiler en Hollande où il s'intéresse à l'anatomie. À Amsterdam, il devient le secrétaire personnel de Hobbes tout en rencontrant Descartes, Gassendi et Mersenne. La guerre civile terminée, il revient en 1646 à Oxford pour étudier la médecine. Il entre aussi à la société de Philosophie de Londres. En 1651, il devient professeur d'anatomie à Oxford et de musique à Londres.
En 1652, il rejoint l'armée d'Oliver Cromwell en Irlande comme médecin-général. Son opposition à l'enseignement conventionnel et peut-être son adoption de la Science Nouvelle inspirée par Francis Bacon l'éloigne d'Oxford.
En 1654, il obtient la charge de cadastrer l'Irlande : c'est le Down Survey, achevé en 1656. L'importance de cette tâche tient en ce que Cromwell rembourse ses financeurs avec des terres. William Petty est aussi rétribué en terre : il reçoit acres dans le sud-ouest de l'Irlande, ainsi que 9000 livres. L'importance du montant mène à la suspicion. Jusqu'à sa mort, il est soupçonné de corruption et de fraude, sans que des preuves formelles ne soient produites.
thumb|180px|Portrait miniature d'Oliver Cromwell par Samuel Cooper, 1657
De retour en Angleterre, partisan de Cromwell, il échoue à se faire élire au Parlement en 1659. Malgré ses choix politiques, il est bien traité à la Restauration, bien qu'il perde une partie de ses propriétés. En 1662, invité à rejoindre la Royal Society, il écrit son premier ouvrage d'économie, le Traité sur la fiscalité. Il se lance dans l'architecture navale sans grand succès, est fait chevalier par Charles II puis retourne en Irlande en 1666, où il passe une grande partie des vingt années suivantes.
Les événements qui le conduisent d'Oxford en Irlande marquent son évolution de la médecine et des sciences physiques vers les sciences sociales. Dès lors, il y consacre sa vie. Son intérêt majeur devient la prospérité de l'Irlande et il propose de nombreux moyens pour la sortir de sa situation arriérée.
Il tire un bilan contrasté de sa vie. D'origine modeste, il se mêle à l'élite intellectuelle et à 35 ans est un homme riche. Ses contemporains le considèrent comme un esprit brillant, bon vivant et rationnel. Néanmoins, il reste incertain sur la pérennité de ses propriétés et frustré par ses échecs politiques. En 1685, il retourne à Londres et y meurt deux ans plus tard.
Il reste célèbre pour ses écrits d'histoire économique et de statistiques, pré-smithiens. Ses travaux en arithmétique, avec ceux de John Graunt, fondèrent les techniques modernes de recensement et approfondis par d'autres, comme Josiah Child, ils conduisirent à créer l'assurance moderne. Schumpeter le décrit comme « un de ces individus pleins de vitalité qui transforment en réussite presque tout ce qu'ils touchent, même leurs échecs ». Bien qu'il ait payé le prix de sa trop grande dispersion d'intérêts, il reste l'une des grandes figures de la pensée économiqueHistoire de l'analyse économique, t. I, ..
L'un des principaux précurseurs de la science économique
Les influences philosophiques
Dans le contexte de la philosophie optimiste du , marquée par l'esprit nouveau qui pouvait conduire un Montesquieu à définir les lois scientifiques comme l'expression « des rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », l'œuvre de Petty fut marquée par deux influences considérables. En premier lieu, celle de Thomas Hobbes pour qui la théorie devrait établir les conditions nécessaires à « la paix civile et l'abondance matérielle ». Hobbes s'était consacré à la paix, Petty choisit la prospérité.
Par ailleurs, l'influence de Francis Bacon fut profonde. Bacon, comme d'ailleurs Hobbes, avait la conviction que les mathématiques et les sciences physiques devaient être les bases de toutes sciences rationnelles. Cette passion pour l'exactitude conduisit Petty à établir que sa pratique scientifique userait seulement des phénomènes mesurables et rechercherait une précision quantitative, plutôt que de se fonder sur des comparaisons, produisant un nouveau sujet qu'il baptisa arithmétique politique.
La croyance à des lois naturelles
Marqué par ses études d'anatomie, il concluait à la supériorité des lois naturelles sur les lois positivesLois imposées par le pouvoir politique n'ayant pour seule légitimité leur efficacité concrète a posteriori. Les lois dites naturelles sont au contraire justifiées par la morale ou la religion et non par leurs effets. : « Je me suis expliqué sur l'éventualité et la stérilité des lois civiles positives contre les lois naturelles »Emile James - Histoire sommaire de la pensée économique. - Ed. Montchrestien 1969.. Petty se créa ainsi une spécialité en tant que premier économiste scientifique, au milieu des marchands pamphlétaires dans l'orbite de la Compagnie anglaise des Indes orientales, comme Thomas Mun ou Josiah Child, et des philosophes scientifiques discutant occasionnellement d'économie, comme Locke. William Petty, avec l'abbé de Condillac et Richard Cantillon, marque le et annonce la pensée économique classique.
Des travaux économiques nombreux et fondateurs
Il écrivait avant le développement réel de l'économie politique, telle qu'elle fut créée par les auteurs classiques à la suite d'Adam Smith. De ce fait, beaucoup de ses revendications de précision étaient de qualité imparfaite. Petty rédigea trois travaux majeurs en économie : Treatise of Taxes and Contributions (1662), Verbum Sapienti (1665) et Quantulumcunque concerning money (1682). Ces travaux, qui retinrent l'attention dans les années 1690, soulignent ses apports novateurs dans de nombreux domaines.
La comptabilité nationale
En faisant ses calculs, Petty introduit dans Verbum Sapienti les premières analyses rigoureuses du produit national et de la richesse, qui représente bien plus que l'or et l'argent. Il établit une estimation du revenu personnel moyen qui devait atteindre 6 livres 13 shillings et 4 deniers par an, pour une population de six millions d'habitants, et donc que le produit national approchait 40 millions de Livres. Petty produit des estimations, certaines plus sûres que d'autres, des différentes composantes du revenu national, incluant la terre, les navires, les propriétés personnelles et les logements. Il distingua ensuite entre les fonds et valeurs (£250m) et les flux provenant de ceux-ci (£15m). La différence entre ces flux et son estimation pour le revenu national (£40m) conduisit Petty à postuler que les autres £25m provenaient des £417m du stock de travail, la valeur de la force de travail. Cela donnait une richesse totale de £667m pour l'Angleterre dans les années 1660. En ce sens, on peut dire que l'analyse moderne du revenu a commencé avec lui et Quesnay. Son analyse des facteurs de production se reconnaît dans le Traité des Taxes et ContributionsChapitre X dans ses Œuvres économiques : « le travail est le père… de la richesse, de même que la terre en est la mère ».
La fiscalité
La fiscalité est un sujet majeur pour les hommes politiques du ; les pays bien gérés ne doivent pas dépenser plus que leurs revenus. Pendant la guerre de l'Angleterre avec la Hollande, William Petty cherche à établir dans le Treatise of Taxes and Contributions les principes de la taxation et de la dépense publique auxquels doit adhérer le monarque quand il finance des opérations militaires. Petty liste six types de dépenses publiques : la défense, l'administration, l'encadrement religieux, l'éducation, la prise en charge des invalides et du Bien universel. Il discute ensuite des causes générales et particulières d'évolution de ces dépenses. Il pense qu'il y a de grandes possibilités de réduction des quatre premières, et recommande à l'inverse d'accroître les dépenses sociales pour les personnes âgées, malades, orphelins, etc., comme la création d'emplois publics en surnombre.
Quant à l'augmentation des impôts, Petty se montre un ardent défenseur des taxes sur la consommation. Il recommanda que les taxes générales soient juste suffisantes pour couvrir la dépense publique telle qu'il la définit. Elles doivent être horizontalement équitables, régulières et proportionnelles. Il condamne les impôts locaux comme très inégalitaires et les droits indirects sur la bière comme taxant excessivement les pauvres. Il plaide en faveur d'une meilleure qualité de l'information statistique afin d'accroître les taxes de manière plus juste. Les importations devraient être taxées, mais seulement pour les mettre à niveau avec les productions locales. Un aspect majeur des économies de ce temps était leur transformation d'une économie de troc en une économie monétarisée. Lié à cela, et conscient de la rareté de la monnaie, Petty recommande que les taxes soient payables sous d'autres formes qu'en or ou en argent qu'il estime représenter moins de 1 % de la richesse nationale. Pour lui, trop d'importance est donnée à la monnaie.
L'offre de monnaie et sa vitesse de circulation
Ce montant du stock de richesse était contradictoire par rapport à l'offre de monnaie en or et en argent qui atteignait seulement £6m. Petty croyait qu'il était nécessaire à toute nation de disposer d'un montant minimal de monnaie pour réaliser son commerce. Aussi, il pouvait advenir de souffrir d'un manque de monnaie circulant dans l'économie, ce qui contraignait les gens à se contenter du troc. Il se pouvait aussi qu'il y ait trop de monnaie. Mais, la question fondamentale était, comme il se le demanda, les £6m étaient-ils suffisants pour financer le commerce, spécialement si le Roi voulaient emprunter d'autres fonds pour financer la guerre avec la Hollande ?
La réponse de Petty vint de son utilisation de la vitesse de circulation de la monnaie. Anticipant la théorie quantitative de la monnaie dont il est souvent dit qu'elle fut initiée par Jean Bodin, dans laquelle : .