Édom est un royaume du Proche-Orient ancien situé au sud de la mer Morte, au sud de la Transjordanie et de la Judée, de part et d’autre de la vallée de l'Arabah. Le terme Édom désigne à la fois un peuple, les Édomites, et une région. Comme les royaumes israélites et moabite voisins, le royaume d'Édom apparaît à l'âge du fer. Il perdure pendant trois siècles, du environ, durant lesquels il se confronte à ses voisins : Juda au nord-ouest et Moab au nord-est.

Les Édomites connaissent leur plus grande prospérité à l'époque assyrienne et babylonienne. Sous la pression des tribus nomades du désert, leur position se fragilise en Transjordanie. Alors que le royaume de Juda s'affaiblit, ils s'installent graduellement au sud de la Judée. L'installation continue de populations arabiques finit par les rendre minoritaires dans leur territoire originel. À partir de la période perse achéménide, le terme apparenté « Idumée » est utilisé pour désigner une région du nord du Néguev et s'étendant dans la Shéphélah, peuplée d'Édomites ou Iduméens.

Comme pour les Israélites, l'origine des Édomites est sémitique, mais obscure. Contrairement aux Israélites, les Édomites n'ont pas laissé de littérature semblable au Tanakh (Bible hébraïque). Les sources contemporaines assyriennes et égyptiennes donnent peu d'informations sur Édom. La Bible quant à elle rapporte des traditions biaisées et plutôt hostiles.

Selon la Bible, l'ancêtre fondateur des Édomites est Ésaü, frère de Jacob, tous deux petits-fils d'Abraham. Cependant, dans la tradition rabbinique ou talmudique, Édom est présenté allégoriquement comme l'ennemi héréditaire du peuple juif et toujours identifié avec l'Empire romain et avec la Chrétienté.

Cadre Édom et Séïr thumb|right|Les monts d'Édom depuis la Aravah L’étymologie d' dérive de la racine (rouge, terre, surface plate) en référence au calcaire rougeâtre de la région de l'est de l'Arabah .

Le terme est utilisé pour désigner à la fois une entité politique, un peuple, les Édomites, et une zone géographique, une région de part et d'autre de la Aravah. Bien que ces deux significations ne coïncident pas nécessairement, il est difficile de les séparer.

La région de est étroitement associée à Édom. Séïr désigne à l'origine une région du Néguev, peut-être dans le secteur de la Arabah. Dans la Bible, « Séïr » finit par devenir un synonyme de « Édom ».

Cadre géographique

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Géographiquement, Édom est divisé en trois régions : les hauts plateaux en Transjordanie, les basses terres dans la Aravah et le Néguev, conquis par les Édomites du Le territoire historique des Édomites se situe à la frontière du désert, dans le sud de l'actuelle Jordanie. Il s'étend sur quelque et est approximativement délimité au nord par la rivière Zered, au sud par le ouadi Hisma et le Jabal Ram dans le golfe d'Aqaba, à l'ouest par la dépression de la Aravah et à l'est à la frontière du désert d'Arabie. À partir du , le territoire des Édomites s'étend vers l'ouest en direction des vallées d'Arad et de Beer-Sheva. Dans l'Antiquité, la vallée de l'Aravah ne constitue pas une frontière entre le sud de la Transjordanie et le Néguev : ces deux régions font partie des mêmes environnements culturel et socio-économique. Pendant l'époque perse, les Édomites se déplacent vers la Shéphélah et les monts d'Hébron. Sous la pression de tribus arabes, ils ne dominent plus leur territoire historique. Le terme « Idumée » commence à désigner le territoire qu'ils occupent au sud de la Judée.

En Transjordanie, le nord du territoire consiste en un plateau volcanique. C'est là que sont établis la plupart des sites édomites. Le sud est constitué de collines de grès. Le territoire édomite possède des réserves de minerai de cuivre parmi les plus importantes du sud du Levant. La région présente de faibles précipitations. Le territoire se divise entre des hauts plateaux ( d'altitude) où le climat est semi-aride et les précipitations sont légèrement plus importantes. Dans les basses terres ( sous le niveau de la mer), le climat est désertique et les précipitations annuelles sont inférieures à . Les précipitations d'Édom sont insuffisantes pour être utilisées comme une ressource fiable d'eau. L'agriculture y est risquée car les populations peuvent difficilement surmonter plusieurs années de sécheresse consécutives. Ce climat est surtout adapté aux activités d'élevage de bovidés et à une production limitée de céréales, d'olives et de raisin, principalement au nord dans la région de Buṣeirah. Une agriculture plus limitée est possible dans les basses terres grâce à l'irrigation.

Édom doit son développement à sa situation géographique. Son territoire se trouve sur la route qui relie l'Arabie au sud de la côte du Levant (via le Néguev et la vallée de Beer-Shéva) et à la Syrie (via la Transjordanie). Édom profite ainsi du commerce des Arabes. Les relations commerciales entre l'Arabie et le Levant sont bien établies à partir du second âge du fer via une route caravanière, la . Les routes de commerce en Arabie jouent un rôle majeur à partir du

Fouilles archéologiques et recherche actuelle Buṣeirah est visitée par l'explorateur allemand Ulrich Jasper Seetzen lors de son voyage au sud de la mer Morte en 1806. Il est le premier à identifier le site à la Bozrah bibliquePiotr Bienkowski, « », dans vol. 1, . Les sites du Néguev sont explorés en 1914 par Leonard Woolley et Thomas Edward Lawrence. Entre 1932 et 1947, le rabbin et archéologue américain Nelson Glueck explore la Transjordanie méridionale, notamment Buṣeirah, Tawilan et Tell el-Kheleifeh. Entre 1952 et 1964, il mène avec Yohanan Aharoni des fouilles dans le Néguev, à Qadesh Barnéa et Horvat UzaS. Gitin, « », dans vol. 2, .

L'archéologue britannique Crystal Bennett fouille les sites de Transjordanie entre 1960 et 1980. Elle effectue des fouilles à Buṣeirah de 1971 à 1974 et en 1980, ainsi qu'à Tawilan et à Umm el-BiyaraP. Bienkowski, « », dans vol. 1, . Dans les années 1990, Stephen Hart fouille le site de Ghareh. Côté israélien, les sites du Néguev font l'objet de fouilles dirigées par Moshe Dotan, Rudolph Cohen et Itzhaq Beit-Arieh.

Les débats actuels concernant l'histoire d'Édom portent sur la datation de l'apparition d'une entité politique édomite antérieurement au et sur la nature de la présence édomite dans le Néguev à partir du L'intérêt pour le premier stade d'Édom est lié à l'interprétation des fouilles d'importants sites d'extraction du cuivre dans la vallée de la Aravah. Il s'inscrit plus généralement dans les débats sur la chronologie des Israélites au début de l'âge du fer. Quant à la signification de la présence édomite dans le Néguev, certains chercheurs l'interprètent comme le résultat d'une occupation militaire alors que d'autres y voient une expansion culturelle au sein d'un territoire présentant une grande diversité ethnique.

Histoire Origine et premiers développements thumb|left|Umm el-Biyara au-dessus de Pétra Édom s'est développé à partir de tribus nomades en une entité politique centralisée. Depuis le bronze ancien, Édom est occupé par des populations nomades ou semi-nomades. Comme le royaume voisin de Moab, Édom semble correspondre aux bédouins shasous des documents égyptiens. Ces bédouins habitaient la Transjordanie et le Néguev au bronze récent et au début du premier âge de fer, à partir de 1500 av. J.-C. Le papyrus Anastasi daté de la huitième année du règne de Mérenptah, vers 1205, fait référence aux . Le pharaon Mérenptah les autorise à traverser un fort pour séjourner en Égypte avec leurs troupeaux :

La Bible présente un parallèle tardif à cette histoire dans laquelle Hadad, roi d'Édom, reçoit un bon accueil en Égypte. Les rapports avec l'Égypte sont moins pacifiques dans le papyrus Harris, daté du règne de Ramsès , où celui-ci affirme avoir détruit . D'autres du début du mentionnent leur existence. Le mont Séïr est cité dans plusieurs documents égyptiens, en rapport direct avec les Shasous. La liste d'Amarah parle de . Le nom d'Édom pourrait même remonter au si le toponyme idma apparaissant dans une liste de Thoutmôsis signifie effectivement .

Au bronze récent et durant le premier âge du fer, l'habitat dans les hauts plateaux d'Édom est clairsemé. À partir de l'analyse des poteries découvertes lors des fouilles, les archéologues estiment que l'occupation sédentaire du sud de la Transjordanie commence vers le fer I ou au fer II. Il existe un débat sur les débuts de l'occupation sédentaire d'Édom. L'attribution des poteries au fer I ou au fer II est délicate et ces débats illustrent la difficulté d'établir une stratigraphie pour les sites édomites. Dans le cas d'une occupation des Édomites dès le fer I, le processus de sédentarisation serait parallèle à celui des premiers Israélites.

L'occupation sédentaire pourrait être la conséquence de l'effondrement de Canaan. Les populations qui formeront Édom semblent être majoritairement des nomades sédentarisés dont l'origine est indigène. Comme les peuples voisins, Ammonites, Moabites ou Israélites, ils sont les descendants de populations déjà présentes dans la région. Il n'y a pas de trace de migration ou d'implantation de nouveaux groupes présentant une culture matérielle distincte de l'occupation du bronze récent, bien qu'un apport de population par migration reste possible. Une contribution à l'occupation sédentaire peut provenir de l'immigration d'agriculteurs ayant fui Canaan. Dans cette perspective, ces nouveaux arrivants seraient identifiés aux Horites de la Bible. Le passage du pastoralisme à la vie sédentaire facilite l'organisation économique et politique d'Édom. Il permet la collecte de taxes, le système de redistribution et crée une dépendance vis-à-vis des autorités.

Les Édomites se sédentarisent dans les zones les plus propices à l'agriculture comme Umm el-Biyara, Tawilan et Buṣeirah. Des villages s'installent sur des sommets isolés. Peu de sites sont habités, même si l'existence de sites habités est attestée par les sources égyptiennes. Pendant le premier âge de fer, l'habitat y est petit et dispersé, sans centre urbain. L'histoire et le fonctionnement de ces sites ne sont pas encore clairement établis. L'activité principale semble être le pastoralisme. Jusqu'à l'époque assyrienne, Édom est considéré comme une entité ou , sans administration centrale.

Des fouilles à montrent une intense production de métaux et des mines de cuivre dans les basses terres d'Édom dès le , avec un maximum d'activité dans la première partie du second âge de fer. Cette découverte et les récentes datations au carbone 14 pourraient reculer de deux siècles la date du royaume d'Édom que l'on pensait commencer au . L'émergence d'Édom en tant qu'État pourrait être liée à l'exploitation du cuivre dans les basses terres avant même l'intervention de l'Assyrie. Malgré ces fouilles, les données archéologiques manquent pour caractériser les premiers stades de la naissance d'Édom.

La période assyrienne Sources épigraphiques Édom apparaît neuf fois dans les textes assyriens datant des règnes d'Adad-nerari , de Teglath-Phalasar , de Sargon , de Sennacherib, d'Assarhaddon et d'Assurbanipal. Sept des occurrences sont des inscriptions royales. Édom apparaît aussi dans une lettre, dans une liste de provinces du règne d'Assurbanipal et dans la Géographie de Sargon, un texte historico-légendaire sur les limites du royaume de Sargon d'Akkad. Édom apparaît aux côtés d'autres petits royaumes proches orientaux vassaux de l'Assyrie tels que Moab, Juda et Israël (désigné sous le nom de ), des villes phéniciennes de Tyr, Sidon, Arwad, Byblos ou d'Ashdod et .

Organisation du royaume édomite thumb|Poterie, Tawilan (Musée archéologique de Pétra) thumb|Sceaux, Tawilan (Musée archéologique de Pétra)