La bataille de l'Escaut, aussi connue sous le nom de bataille des digues., est une série d'opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale, menées dans le cadre d'une guerre d'usure imposée par les AllemandsPh.Masson, Histoire de l'armée Allemande, 1939-1945, ., qui se sont déroulées dans le nord de la Belgique et dans le sud-ouest des Pays-Bas, entre le et le . Lancées par les Alliés, dont le gros des troupes était canadien, ces opérations avaient pour but de prendre le contrôle des deux rives de l'estuaire de l'Escaut en vue d'ouvrir le port d'Anvers aux cargos alliés pour faciliter l'approvisionnement du front.
Situation militaire Après la dure bataille de Normandie, la Seconde armée britannique a avancé rapidement en Belgique et libéré Bruxelles, Anvers et son port intact. En septembre 1944, il devient urgent pour les Alliés de prendre le contrôle des deux rives de l'estuaire de l'Escaut pour permettre l'accès au port d'Anvers aux navires alliés et faciliter la logistique du front avec des lignes d'approvisionnement qui s'étendent alors sur des centaines de kilomètres depuis la Normandie jusqu'à la ligne Siegfried.. La libération de l'accès maritime au port d'Anvers permettrait de ravitailler les armées alliées du front occidental en hommes, en équipement et en approvisionnement beaucoup plus facilement.
La résistance belge a neutralisé les sabotages allemands des installations portuaires, aidant les troupes canadiennes à maintenir le port opérationnel ; en effet, Anvers est alors le premier port intact conquis par les Alliés depuis le débarquement de Normandie. Cependant, les voies d'accès au port, en aval du fleuve Escaut , sont contrôlées par la Wehrmacht, installée dans des zones solidement fortifiées, autorisant une défense acharnée. La blindée britannique qui s'est emparée d'Anvers le , s'y est arrêtée sans s'assurer des passages sur le canal Albert ni poursuivre vers le nord jusqu'à Woensdrecht qui commande l’isthme donnant accès à Zuid-Beveland et à Walcheren. Ainsi, le général von Zangen, commandant la armée allemande, pourrait replier de la poche de Breskens qui viendraient renforcer la défense de la Meuse et du Rhin.
Le déblocage du port d’Anvers n’est toujours pas considéré comme prioritaire durant le mois de septembre car la majeure partie des ressources militaires alliées avaient été allouées à l'opération Market Garden, un plan audacieux de percée directe en Allemagne, amorcé le . Ce répit octroie aux forces allemandes le temps d'organiser efficacement la défense.
Le retard mis au déblocage des accès à Anvers est considéré après-guerre comme une lourde erreur du commandement allié, « The Great Mistake », écrit l’historien britannique Peter Beale tandis que Stephen Ambrose estime que, en donnant son accord au pari de Montgomery de prendre pied en Allemagne (par l'opération Market Garden) avant de s’assurer de l’usage de ce grand port, Eisenhower avait commis une grave erreur, « la pire de la Guerre ».
Début octobre, après l'échec de l'opération Market Garden et ses lourdes pertes, les forces alliées, notamment la Première armée canadienne, entreprennent de prendre le contrôle des accès du port d'Anvers mais les défenseurs allemands bien installés mettent en place d'efficaces actions de retardement. Compliquée par le terrain détrempé, la bataille de l'Escaut se révèle particulièrement pénible et coûteuse.
Après cinq semaines de combats difficiles, la Première armée canadienne, renforcée par d'autres troupes alliées, réussit à remporter la bataille et à libérer les voies d'accès de l'Escaut après nombre d'assauts amphibies, de traversées de canaux et de luttes en terrain découvert. Les terres et les eaux étaient minées et les Allemands défendaient leur ligne de retraite avec de l'artillerie et des tireurs d'élite.
Les Alliés achèvent de nettoyer les abords du port le au prix de alliées (tués, blessés ou disparus), dont une moitié de CanadiensMontgomery also bestowed the nickname "Water Rats" on the Canadian Infantry Division, a play on the Desert Rats title the Armoured Division had earned in the Western Desert. General Crerar reportedly hated the term, though it was meant as a tribute to their success in amphibious operations in Normandy and the Scheldt. (Granatstein, Jack. The Generals: Canadian Senior Commanders in the Second World War.).
Après la réduction de la défense allemande, trois semaines sont employées au déminage du port et de ses accès, avant le déchargement du premier navire de ravitaillement allié le .
Ouverture de l'Escaut
Le , la Première armée canadienne, commandée à titre temporaire par le lieutenant-général Guy Simonds, est chargée de la mission de l'Escaut. À ce moment, Guy Simonds a sous son commandement le canadien, la blindée polonaise, les et britanniques et le britannique.
thumb|240px|Membres du Corps Provost canadien et de la Résistance intérieure belge, Bruges,
Le plan d'ouverture de l'estuaire de l'Escaut comprend quatre opérations principales menées sur un terrain redoutable. La première tâche consiste à dégager la zone située au nord d'Anvers et à garantir l'accès au Beveland-du-Sud. La deuxième consiste à éliminer la poche de Breskens au nord du canal Léopold (« opération Switchback »). La troisième est la capture du Beveland-du-Sud (« opération Vitality »). La phase finale est la capture de l'île de Walcheren qui a été aménagée en une puissante forteresse par les Allemands. Faisant partie du mur de l'Atlantique, l'île de Walcheren a été considérée comme la « plus solide concentration de défense nazie jamais construite. » ( « opération Infatuate »)
Le , la blindée canadienne se déplace vers le nord le long du canal Gand-Terneuzen. Elle a pour tâche de sécuriser la rive sud de l'Escaut autour de la ville néerlandaise de Breskens, qui forme alors ce qui est appelé la « poche de Breskens. » La blindée polonaise prend la direction de la frontière belgo-néerlandaise plus à l'est et la zone cruciale du nord d'Anvers.
La blindée canadienne avance à partir d'une tête de pont durement gagnée sur le canal Gand à Moerbrugge. Elle est la première unité alliée à faire face à la redoutable double ligne de défense des canaux Léopold et de la dérivation de la Lys. Une attaque est exécutée à proximité de Moerkerke pour traverser les canaux et établir une tête de pont mais les Allemands lancent une contre-attaque, obligeant les troupes canadiennes à battre en retraite en subissant de lourdes pertes.
L'avancée de la blindée polonaise à l'est est, elle, une réussite puisqu'elle peut avancer au nord-est de Gand. Dans une région peu propice aux blindés et contre une résistance allemande acharnée, la division avance sur la côte le . Elle occupe Terneuzen et sécurise la zone sud de l'Escaut à l'est d'Anvers.
Il devient évident pour le général Simonds que tout autre gain sur l'Escaut s'effectuera à un coût humain très élevé. La poche de Breskens, allant de Zeebruges jusqu'à l'entrée de Braakman et dans les terres jusqu'au canal Léopold, est fermement tenue par l'ennemi.
Combats au nord d'Anvers thumb|center|600px|Le front nord
thumb|240px|Colonne de blindés amphibies Alligator et Terrapin aux abords de la rivière l'Escaut,
Le , la Division d'infanterie canadienne commence sa progression au nord d'Anvers. De durs combats à Woensdrecht permettent d'atteindre l'objectif de la première phase le . Les Allemands du d'armée, dont le groupe tactique Chill rassemblant les restes de la d’infanterie allemande renforcés par le parachutiste, voient l'importance prioritaire de tenir cette position car elle permet de contrôler l'accès au Beveland-du-Sud et à l'île de Walcheren.
Les Canadiens subissent de lourdes pertes quand ils attaquent à découvert sur les terres inondées. La pluie battante, les pièges et les mines terrestres rendent la progression très difficile. Le , qui restera connu sous le nom du « Vendredi noir », les Black Watch de la Brigade d'infanterie canadienne sont pratiquement anéantis dans une attaque sans succès. Les Calgary Highlanders suivent avec plus de succès et leur peloton de transport prend la gare de Korteven. Des combats acharnés à Hoogerheide permettent de prendre Woensdrecht le , coupant le lien entre le Beveland-du-Sud et Walcheren. Les Canadiens ont atteint leur premier objectif mais ont subi de lourdes pertes.
À ce moment, voyant l'occasion qui se présente, le maréchal Bernard Montgomery publie une directive qui fait de l'ouverture de l'estuaire de l'Escaut la priorité du Groupe d'armées. À l'est, la Armée britannique attaque vers l'ouest pour sécuriser les Pays-Bas au sud de la Meuse et éviter une contre-attaque allemande sur la région de l'Escaut.
Pendant ce temps, les forces de Simonds se concentrent sur la pointe de la péninsule du Beveland-du-Sud. La Division blindée canadienne se déplace vers le nord du canal Albert et prend Berg-op-Zoom. Le , les lignes alliées ont été avancées au-delà de la pointe de la péninsule, permettant d'éviter qu'une contre-attaque allemande ne puisse couper la Division qui se déplace maintenant vers l'ouest, le long de l'île de Walcheren.
Opération Switchback
La deuxième opération principale de la bataille de l'Escaut débute par une lutte farouche pour réduire la poche de Breskens. La Division d'infanterie canadienne rencontre une résistance allemande tenace lors de la traversée du canal LéopoldIn the Shadow of Arnhem - Ken Tout - 2003.
thumb|left|300px|Membres de la blindée canadienne démontrant l'utilisation de lance-flammes à travers le canal, Maldegem, .
Une première tentative avortée de la Division blindée canadienne, lors de la bataille de Moerbrugge, a montré l'importance du défi à relever. En plus des formidables défenses allemandes, établies à la fois sur le canal Léopold et la dérivation du canal de la Lys, une grande partie de la zone d'approche a été inondée.
Il a été décidé que le meilleur endroit pour un assaut serait immédiatement à l'est de l'endroit où les deux canaux se divisent, une étroite bande de terre sèche de seulement quelques centaines de mètres de large au-delà du canal Léopold (décrit comme un long triangle ayant sa base sur la route Maldegem Aardenburg et son sommet près du village de Moershoofd à environ cinq kilomètres à l'est).
thumb|200px|Le Caporal Kormendy, un éclaireur du Calgary Highlanders photo prise près de Kapellen, , Ken Bell. (PAC photos)
Un double assaut commence. La Brigade d'infanterie canadienne de la Division d'infanterie canadienne effectue le premier assaut à travers le canal Léopold, tandis que la Brigade d'infanterie canadienne monte une attaque amphibie à partir du Nord, la zone côtière de la poche. L'attaque débute le , soutenue par l'artillerie et les blindés de transport universel Wasp équipés de lance-flammes. Les blindés lancent un mur de flammes par-dessus le canal Léopold, permettant aux hommes de la de lancer leurs bateaux d'assaut. Deux positions précaires distinctes sont créées mais l'ennemi récupère rapidement du choc de l'attaque aux lance-flammes et contre-attaque. Il ne parvient cependant pas à déloger les Canadiens de leurs têtes de pont malgré la vulnérabilité de leurs positions. Le , les têtes de pont sont reliées et, tôt le matin du , une position est acquise sur la route d'Aardenburg.