Berlin-Ouest est la partie ouest de la ville allemande de Berlin ayant eu une identité propre de la création de la Trizone le jusqu’au traité de Moscou du . Elle résulte donc du ralliement, en 1945, après la Seconde Guerre mondiale, des zones de Berlin contrôlées par les trois puissances occidentales victorieuses (les États-Unis, le Royaume-Uni et la France) face à Berlin-Est, sous contrôle soviétique.

Alors que Berlin-Est devient la capitale de la République démocratique allemande (RDA) en 1949, Berlin-Ouest n’a jamais été officiellement gouvernée par la République fédérale d’Allemagne (RFA) et est restée un secteur d'abord occupé puis géré par les trois puissances occidentales mais devenant progressivement autonome.

La frontière qui existe entre Berlin-Ouest et Berlin-Est est physiquement matérialisée par le mur de Berlin, du jusqu’à la décision annoncée à des journalistes est-allemands et étrangers le à 18 heures 57 par Günter Schabowki,« Secrétaire du Comité central du SED pour l'Information » (en quelque sorte, l'équivalent d'un porte-parole gouvernemental), la direction du S.E.D. (parti socialiste unifié de l'Allemagne de l'Est) ayant décidé d'ouvrir les points de passage à partir de Berlin-Est vers Berlin-Ouest.

Nom Dans la partie ouest de la ville, tout comme en Allemagne de l'Ouest, l'orthographe officielle est Berlin (West). En RDA, en revanche, on utilise le terme « Unité politique spéciale » (qui est la désignation officielle dans les documents des Alliés) ou « Unité politique indépendante de Berlin-Ouest », tandis que « Berlin, capitale de la RDA » désigne Berlin-Est. Ainsi, à l'époque de la guerre froide, la différence de termes employés permettait de reconnaître l'origine ou la localisation politique d'un texte.

Cette désignation utilisée en RDA devait d'une part souligner une démarcation politique de Berlin-Ouest et son indépendance par rapport à la République fédérale d'Allemagne, et d'autre part éviter que la partie est de la ville, désignée comme « capitale de la RDA », ne soit perçue que comme une moitié de ville. Dans sa forme courte, l'orthographe Westberlin est longtemps utilisée en RDA.

Statut La Loi fondamentale pour la République fédérale d'Allemagne de 1949 et la Constitution de Berlin de 1950 désignent d'emblée l'ensemble de BerlinGero Pfennig, Manfred J. Neumann (Hrsg.): Verfassung von Berlin. Kommentar, 3. Aufl. 2000, Art. 1, Rn 4; Art. 4, Rn 3 f. ou explicitement le « Grand Berlin » comme Land de la République fédérale d'Allemagne, mais cette disposition ne s'applique pas. L'accord quadripartite sur Berlin de 1971 stipule que les trois secteurs occidentaux ne constituent pas une « partie constitutive » de la République fédérale. Dans les faits, Berlin-Ouest est toutefois un Land de la République fédérale d'Allemagne de 1949 à 1990 ; du côté occidental, et en particulier du côté des Alliés occidentaux et de l'Allemagne de l'Ouest, on a toujours souligné les « liens de Berlin (Ouest) avec la Confédération ». Par exemple, les lois et règlements de la République fédérale d'Allemagne ne s'appliquaient pas directement à Berlin, mais étaient adoptés par acclamation par la Chambre des députés de Berlin.

Histoire Arrivées des forces occidentales 350px|vignette|Nom des différents districts de Berlin-Ouest. vignette|350px|Carte de l'Ouest et Berlin-Est, les passages frontaliers, les réseaux métropolitains À l’occasion de la conférence de Yalta, tenue du 2 au , les Alliés de la Seconde Guerre mondiale s’accordent pour diviser l’Allemagne en quatre secteurs d’occupation. L’ancienne capitale du Troisième Reich, Berlin, est également concernée par ce plan de partage.

En vertu de l'application de ces accords, l'Armée rouge qui occupait jusqu'alors en totalité la ville, évacue donc pendant l’été 1945 les districts ouest, où elle avait combattu les derniers nids de résistance nazie au printemps.

Les Occidentaux s’y installent et chacun de ces districts ouest sont répartis sous l’autorité de l’un des Alliés.

Secteur américain : les districts de Kreuzberg, Neukölln, Tempelhof, Schöneberg, Steglitz et Zehlendorf. en .. Secteur britannique : les districts de Tiergarten, Charlottenburg, Wilmersdorf et Spandau. en . Secteur français : les districts de Reinickendorf et Wedding. en .

La zone soviétique compte quant à elle pour une population totale à Berlin de en .

Cependant, l'existence d’enclaves ouest-berlinoises en secteur oriental. amène les Occidentaux à accepter quelques aménagements territoriaux en modifiant les limites de leurs districts, parfois au bénéfice des Soviétiques. Lors de la création de la RDA, et plusieurs fois par la suite, des territoires administrativement berlinois avant-guerre sont ainsi rattachés au Brandebourg ou changent de secteur au sein de Berlin (comme la partie ouest de Staaken).

Scission administrative du Grand Berlin Dès le mois de , après la signature de la capitulation allemande, les Soviétiques investissent un premier magistrat à leur solde en la personne d’Arthur Werner ainsi qu’un gouvernement provisoire composé d’anciens membres du KPD allemand qui avait auparavant été dissous.

Les premières élections municipales d’après-guerre ont lieu le dans les quatre secteurs d’occupation et se soldent par une nette victoire du SPD devant la CDU et le SED communiste. Mais une opposition politique croissante tant dans l’administration quotidienne de la ville que dans les délibérations du conseil municipal se développe, allant jusqu’à des émeutes et des occupations de locaux dans les secteurs ouest, une agitation probablement alimentée par les communistes, bien que désavouée officiellement par les élus du SED.

Un nouveau scrutin municipal devait se tenir le , mais il n’est organisé que dans les secteurs ouest, les autorités soviétiques l’ayant interdit dans celui qu’elles administrent. À la suite de ces élections, Ernst Reuter est désigné comme maire.

Cependant, avant le scrutin, les élus du SED avaient organisé de leur côté dès le un « conseil des représentants de quartier » auquel participent de prétendues délégations des usines de la zone est. Ce conseil décide de réinvestir dans ses fonctions Arthur Werner, le premier magistrat loyaliste, et nomme Friedrich Ebert junior (le propre fils du défunt président de la République) comme maire de l’agglomération du Grand Berlin. Celui-ci n’est pas reconnu comme tel dans les secteurs ouest de la ville. La division politique et administrative de la ville devient donc définitive.

La municipalité de Berlin-Ouest ne tarde pas à s’installer au Rathaus Schöneberg, l’hôtel de ville du district de Schöneberg en secteur américain (les locaux du Rotes Rathaus, l’hôtel de ville central, étant occupé par la municipalité communiste).

Le blocus

Très vite, l’enclavement de Berlin-Ouest permet aux Soviétiques de faire pression sur les Occidentaux pour les amener à la table des négociations afin de conserver la prétendue unité de l’Allemagne, qui selon eux était menacée par les projets de réforme monétaire devant être opérée dans la Trizone.

Dès le , les premières restrictions de circulation sont appliquées contre le personnel allié devant transiter par la zone soviétique. Désormais, les mesures iront crescendo.

La création effective du Deutsche Mark le incite les Soviétiques à mettre en place un blocus total du secteur ouest en violation des accords organisant le trafic et le fret entre Berlin-Ouest et les zones occupées de l’ouest.

En réaction, les Occidentaux organisent un pont aérien reliant Berlin-Ouest au reste de l’Allemagne occidentale, lui évitant ainsi l’asphyxie.

Face à cette détermination et à l’organisation d’un contre-blocus privant notamment le secteur soviétique du charbon de la Ruhr, l’URSS finit par lever le blocus le à minuit.

Berlin-Ouest, vitrine du monde occidental À la suite de cet épisode, la partie ouest de la ville, îlot du « Monde libre » (selon la terminologie occidentale) au milieu d’un « Océan communiste », sera très vite promue comme vitrine du système capitaliste et est donc, à ce titre, massivement subventionnée par le gouvernement de la RFA naissante, aides qui couvraient plus de la moitié du budget de Berlin-Ouest.

vignette|Le Kurfürstendamm, vitrine de Berlin-Ouest, en 1981. Ainsi, les entrepreneurs reçoivent des aides considérables comme la « prime Zitter », un prêt à 6 % garanti, qui était censé pallier le manque chronique de main-d’œuvre. Les salariés berlinois même étaient choyés : une prime spécifique (le Berlinzuschlag) leur était versée, récompensant leur fidélité à la ville.

Grâce à ces mesures, Berlin ne tarde pas à retrouver alors le dynamisme qu'elle avait auparavant. Même si historiquement, l’industrie a toujours eu un poids important dans l’économie locale et notamment lors de la reconstruction et développement économique de la ville ; les sociétés de service laissent aussi leur empreinte et deviennent parmi les plus gros employeurs. Cependant, la fonction publique reste le premier pourvoyeur d’emploi.

Les chantiers de reconstruction donnent l’occasion à de nombreux architectes de démontrer leur talent, tel : Le Corbusier avec son Unité d’habitation qu’il fait construire en 1957 à Charlottenburg. Le Kurfürstendamm devient le nouvel épicentre de vie ouest-berlinois : le Kaufhaus des Westens, le plus vaste des grands magasins d’Europe, qui se trouve à proximité, rouvre dès 1950.

Berlin-Ouest se dote également de nouveaux équipements et institutions : en 1948 est fondé l’université libre de Berlin (qui deviendra bientôt la rivale de l’université Humboldt de Berlin-Est), ainsi que l’université technique de Berlin. D’autres projets significatifs voient également le jour à Berlin-Ouest durant cette période, comme la rocade autoroutière, la Deutschlandhalle et le Deutsche Oper Berlin.

Le Mur

vignette|300px|Les secteurs d’occupation de Berlin, avec le tracé du Mur (en orange) et les points de passage (1989). Cette opulence qui règne dans la zone ouest de la ville ne tarde pas à attirer un nombre croissant de citoyens de la République démocratique allemande en quête de liberté, d’autant plus que cette frontière urbaine est difficilement contrôlable, contrairement aux zones rurales qui sont déjà très surveillées. Ainsi entre 1949 et 1961, de d'allemands fuirent le régime communiste, privant celui-ci d’une main-d’œuvre indispensable au bon fonctionnement de son économie, à tel point qu’en 1961, la RDA est au bord de l’effondrement économique et social.

Afin d’éviter cette issue néfaste, dans la nuit du 12 au , des équipes de maçons placés sous la protection et la surveillance de policiers et de soldats posent les premiers grillages et barbelés autour des de frontière séparant Berlin-Ouest de la RDA. La construction du Mur de Berlin est le résultat le plus tangible et durable de la longue crise diplomatique relative à la question allemande et au statut de Berlin ouverte en par l'ultimatum adressé aux Occidentaux par Khrouchtchev. Elle ne soulève pas de protestation vigoureuse des Occidentaux, puisqu’elle revient à maintenir de fait le statu quo issu de la Seconde Guerre mondiale. La seule réaction de grande fermeté est celle de Willy Brandt, maire de l’époque et futur chancelier, qui mobilise le pour une manifestation devant le « Rathaus Schöneberg », siège du gouvernement de Berlin-Ouest, et tente d'obtenir de Kennedy une réaction concrète des États-Unis.

Ces installations provisoires sont bientôt remplacées par un mur de briques, puis de béton armé, haut de . Le tout équipé de plus de , de chevaux de frise, d’alarme à détection de contact au sol et placés dans un no man's land de de large encerclé lui aussi par un deuxième mur d’une hauteur de . de passage furent aménagés à travers le Mur et représentaient 60 % du total des passages entre RDA et RFA (via Berlin-Ouest) : 13 par la route (dont le Checkpoint Charlie, qui était réservé aux étrangers et aux diplomates ; ainsi que Checkpoint Bravo) ; 4 par voie ferrée ;