L'art moghol est l'art produit en Inde sous la dynastie des grands Moghols, c'est-à-dire entre 1528 et 1858. Il se manifeste à la fois dans l'architecture, l'art du livre et la fabrication d'objets d'art en pierre dure, en bois et en métal principalement.
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Histoire La conquête de l'Inde sous Bâbur et Humayun L'histoire des grands Moghols commence à Samarcande, avec la dynastie timouride. En effet, le premier souverain de cette dynastie, Bâbur, est un turc chaghatay, fils d'un prince timouride de la Ferghana. S'affirmant descendant direct de Timur par son père, et de Gengis Khan par sa mère, il accède au pouvoir à onze ans, en 1483, mais finit par être chassé de sa province natale alors qu'il tente de conquérir la ville de Samarcande. Il se fixe à Kaboul après la mort du roi de la ville en 1504 et peu après, à l'occasion du décès du souverain de Herat, il prend le titre de Padshah, ce qui signifie à peu près « souverain universel ». Il se trouve en effet être le plus puissant prince timouride existant, mais la prise d'importance des Ouzbeks le tourmente.
Dès 1512, Bâbur tourne ses regards vers l'Inde. Assurant ses arrières par la prise de Kandahar, il parvient, en utilisant l'artillerie, élément inconnu des Indiens, à vaincre ceux-ci lors de deux grandes batailles : celle de Panipat en 1526 sur les Lôdis et celle de Kânwâ, en 1527 sur les Rajputs. S'installant l'année suivante à Agra, il y constitue une cour brillante, mais décède en 1530, à l'âge de 47 ans. Il lègue à son fils aîné Humayun un pouvoir encore fragile, un trésor des plus réduits et déjà, des problèmes de drogue et d'alcoolisme qui mineront tous les souverains de la dynastie.
Personnage assez indécis, quoique expérimenté dans l'art de la guerre, Humayun subit les attaques de ses deux frères et finit par être chassé par l'afghan Shîr Shâh. Réfugié à la cour safavide de Shah Tahmasp, Humayun parvient finalement à reprendre Delhi en 1555 grâce au soutien militaire et financier de celui-ci. Sa victoire sera de courte durée, puisqu'il meurt accidentellement en 1556.
Le règne d'Akbar : l'apogée des grands moghols thumb|180px|right|Akbar enfant vers 1557
Son fils, Akbar, a alors quatorze ans. Grâce à l'aide de son tuteur, Bairam Khân, qui occupe le poste de régent au début de son règne, il parvient à mener une politique florissante, reconquérant peu à peu le royaume de Babûr et en repoussant les limites. En 1563, il prend la ville de Chitor, puis se dirige vers le Gujarat, qu'il annexe en 1573. En 1575, c'est au tour du Bengale et du Bihar d'être rattachés à l'empire, puis en 1586, le Cachemire vient grossir les possessions mogholes.
Le demi-siècle durant lequel règne Akbar est des plus prospères. Quoiqu'illettré et doué de capacités physiques hors du commun, Akbar s'intéresse beaucoup aux livres et aux études. Ses chroniques officielles, rédigées par Abul al-Fazl ibn Mubarak, mais aussi celles plus secrètes de Badami nous racontent précisément le déroulement de son règne. Il fait aussi compiler des Mémoires par des personnes ayant connu Babur et Humayun.
Les religions constituent en particulier un sujet qui le passionne, et Akbar n'hésite pas à faire venir à sa cour théologiens sunnites, chiites, mais aussi hindouistes, bouddhistes et chrétiens pour discuter. Il mène ainsi une politique de melting pot, intégrant des rajputs à sa cour. Grand administrateur, il encourage l'agriculture et le commerce, en supprimant des taxes et notamment celle qui pèse normalement sur les non-musulmans, la jizya. Son goût pour la chasse n'est pas innocent. Ces grandes battues, qui peuvent parfois durer un mois, lui permettent de pacifier le pays sans coup férir, en faisant simplement montre de la puissance de ses armées.
Lorsqu'en 1605 son fils Jahangir prend le pouvoir, après cinq années de rébellions, il hérite d'un empire pacifié et prospère.
Après Akbar : la poursuite de sa politique thumb|200 px|left|Shah Jahân à la chasse, 1707-1712, Collections royales de Windsor, Royaume-Uni
Malgré quelques guerres à ses débuts, Jahangir n'éprouve pas de grandes difficultés à régner. Le plus artiste des grands moghols est efficacement secondé par trois personnages, auxquels il abandonne véritablement le pouvoir : son fils, Khurram, futur Shah Jahan, I'timad al-Dawla, un persan, et sa fille, Nûr Jahân, qui possède le titre de dame d'honneur auprès de la veuve d'Akbar et deviendra la dix-huitième épouse de Jahangir. Poétesse et artiste, cette femme ambitieuse jouera un rôle déterminant dans la politique (elle fera même frapper des monnaies à son nom) comme dans l'architecture et les arts. Son frère, Asaf Khan, sera aussi un acteur important.
Cependant, une opposition naît entre Shah Jahan et Nûr Jahân, poussant le fils de Jahangir à la rébellion. Les dernières années du règne après la mort d'I'timad al-Dawla en 1621 jusqu'à celle de Jahangir en 1627 sont assez chaotiques. Nûr Jahân et son frère sont évincés en 1625 par le général Mahabat Khan, qui permet à Shah Jahan de prendre les rênes du pouvoir en 1628.
Le règne de Shah Jahan peut parfois faire penser à celui de Louis XIV en France, comme lui très formaliste, avec une étiquette et une cour rigides. Comme lui aussi, Shah Jahan patronne un vaste programme architectural, et favorise la symétrie et la grandeur. Quoiqu'aux trois-quarts hindu, il retourne à un sunnisme exigeant, ce qui donnera lieu aux premiers mouvements anti-hindus et anti-chrétiens de l'empire moghol. Bien qu'à la cour, l'administration et l'armée restent à majorité non-musulmane, les positions religieuses se durcissent, et ne cesseront plus de poser problème.
Amateur de poésie et de musique, Shah Jahan poursuit la politique antérieure, et parvient à conserver un gouvernement stable, avec l'aide de Dara Shikoh, son fils et conseiller. Le grand projet de l'empereur était d'unifier Asie centrale et Inde en un empire Sunnite, ce qu'il ne parvient pas à réaliser. En 1646, malade, il se retire à Agra (plus ou moins forcé) avec sa fille Jahanara, laissant les rênes à Dara Shikoh, et ainsi libre cours à une guerre fratricide pour le pouvoir.
Awrangzeb et le déclin des moghols C'est finalement Aurangzeb, un autre fils de Shah Jahan, qui parvint à prendre le pouvoir, pour un règne de près de cinquante ans (1659 - 1707). Puritain, obsédé par la loi religieuse, Aurangzeb remet en vigueur les taxes discriminatoires envers les dhimmis, les non-musulmans, et fait détruire de nombreux temples hindous. De plus, il abolit toutes les manifestations du culte de la personnalité, comme l'apparition rituelle du souverain à la jharôka, la fenêtre d'apparition, supprime la musique, les vêtements élégants, mais aussi la drogue et l'alcool, qui minaient la famille moghole et le pays. Son mécénat artistique est des plus limités, d'autant plus qu'il ferme l'atelier royal de peinture, jusqu'ici florissant.
Son règne marque réellement un déclin. De nombreuses guerres contre les hindous du Deccan, où ses troupes s'enlisent, dissolvent le trésor et montrent des fissures dans le pouvoir, qu'accentue l'absence d'hommes forts pour relayer la politique impériale.
Après une vie de combats, et deux ans de maladie, Aurangzeb laisse en 1707 le pouvoir à son fils aîné, Bahâdur Shâh (r. 1707 - 1712). Les britanniques de la compagnie des Indes s'imposent un peu partout tandis que le pays se morcelle. En 1739, Delhi est mise à sac. Des roitelets sont mis en place par les européens jusqu'à une importante révolte, dite "révolte des Cipayes", au milieu du , qui pousse le pouvoir britannique à prendre directement les choses en main en 1857.
Architecture
250px|left|thumb|La tombe d'I'timad al-Dawla, datée du règne de Jahângîr L'architecture est un art majeur sous les moghols, culminant avec la réalisation du Taj Mahal. Méconnue avant le règne d'Akbar, elle se caractérise sous celui-ci par un syncrétisme entre traditions rajput et iraniennes, comme dans le mausolée d'Humayun à Delhi. Il crée ex nihilo une nouvelle ville, Fatehpur-Sikrî, où mosquées et palais sont réalisés en grès rouge incrusté de marbre blanc, mis à part un édifice assez problématique, la tombe de Shaykh Salim Chisti, toute en marbre blanc.
Le règne de Jahangîr marque la transition entre le style éclectique, constamment innovant d'Akbar et la normalisation, la rigueur quasi louisquatorziène de Shah Jahan. C'est sous Jahangîr, grâce au mécénat de Nûr Jahân que s'inverse, dans le tombeau d'Itimâd al-Dawla, le rapport entre marbre et grès, ce dernier devenant élément d'incrustation. L'apparition de la technique de pietra dura et des motifs de fleurs, l'utilisation de tourelles d'angles que l'on retrouve dans ce même tombeau sont autant d'innovations marquantes.
250px|right|thumb|Le diwan-i Khass du fort d'Agra, règne de Shah Jahân
Shah Jahân patronne un immense programme architectural, remarquable tant par la quantité de ses monuments que par leur qualité, le fleuron restant évidemment le Taj Mahal. Décors et formes se standardisent, devenant plus ou moins identiques d'une région à l'autre. Une grande importance est donnée à la symétrie et à l'harmonie des rapports de proportions. Le décor, d'incrustation de pierre dure et sculpté dans le stuc ou la pierre commence à envahir toutes les surfaces, tandis que le marbre prend définitivement le pas sur le grès, et sert de matériau principal dans toutes les parties les plus importantes des édifices.
C'est sous Awrangzeb que commence le déclin de l'architecture moghole, élément particulièrement marquant face au tombeau de sa femme, qui reprend le type du Taj Mahal, mais avec des proportions plus maladroites, qui donnent un résultat bien éloigné du modèle. Certains bâtiments restent pourtant des chefs-d'œuvre, comme la mosquée Badshahi de Lahore. Au et , tandis que l'empire se désagrège, des styles plus régionaux font leur apparition et se développent.
Objets Chez les moghols, l'art mobilier passe en particulier par deux médiums majeurs, à savoir la pierre dure et le métal. Il existe également une très importante production d'armes, qui en général sont à la fois fonctionnelles et marques de richesse et de pouvoir.
Le jade et la pierre dure 250px|thumb|right|Tasse et coupelle en jade incrusté d'émeraudes et de rubis grâce à la technique du kundan, Inde, , musée du Louvre
Le goût pour le jade, « pierre de la victoire » fait référence aux origines timourides de la dynastie, ceux-ci considérant le jade comme une pierre quasi-magique. La collection d'objets timourides et chinois dans ce matériau commença dès Bâbur, dont on sait qu'il se proclamait descendant à la fois de Tamerlan et de Gengis Khan.
La production d'objets de jade et de pierre dure ne commença pourtant que plus tard, sous le règne de Jahângîr, pour s'épanouir sous ceux de Shah Jahân et Aurangzeb. Les noms des commanditaires sont fréquemment inscrits sur les objets, tout comme leur poids. Le jade, une sorte de néphrite dont la couleur varie du blanc au noir en passant par toutes sortes de vert n'est pas la seule pierre utilisée : les souverains moghols et leur cour sont aussi friands d'agate et de cristal de roche. Ces matières ne sont cependant pas travaillées par les mêmes artisans, le jade étant une pierre fibreuse, difficile à sculpter, et dont les techniques s'éloignent de beaucoup de celles de pierre comme le cristal.