Édith Cresson, née Campion le à Boulogne-Billancourt, est une femme d'État française, Première ministre du au .

Membre de la Convention des institutions républicaines (CIR) puis du Parti socialiste (PS), elle est députée européenne de 1979 à 1981, députée de la Vienne entre 1981 et 1993, maire de Châtellerault de 1983 à 1997.

Sous la présidence de François Mitterrand, elle est plusieurs fois ministre : de l’Agriculture (1981-1983, première femme à ce poste, ce qui suscite de nombreuses réticences dans la profession), du Commerce extérieur et du Tourisme (1983-1984), du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur (1984-1986), des Affaires européennes (1988-1990).

Elle est nommée Première ministreOfficiellement « Premier ministre ». en 1991, devenant la première femme chef de gouvernement en France. Rapidement devenue très impopulaire, elle est contrainte de quitter Matignon moins d'un an après sa nomination, étant le chef de gouvernement le plus éphémère de la jusqu'à Bernard Cazeneuve en 2016. Suite au décès d'Édouard Balladur le 31 août 2026, elle est devenue doyenne des Premiers ministres français.

De 1995 à 1999, elle est commissaire européenne à la Recherche, à l'Innovation et à la Science dans les commissions Santer et Marín.

Biographie Jeunesse et études Édith Jeanne Thérèse Campion. naît à Boulogne-Billancourt le .. Son père, Gabriel Campion (1896-1959), est inspecteur des finances sympathisant de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Détaché à l'ambassade de France à Belgrade, il devient ensuite directeur des finances du Secours national puis président de la Société française de banque et de dépôts. Sa mère, Jacqueline Vignal (1907-2003), est issue d'un milieu aisé., fille d'un magistrat à la Cour des comptes, ancien chef du secrétariat particulier du ministre des Finances Maurice Rouvier, chevalier du Mérite agricole..

Durant la Seconde Guerre mondiale, elle étudie dans une pension de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), avec la messe à six heures du matin, tandis que l'eau est gelée l'hiver. La jeune fille se retrouve alors couverte d'abcès. Après la guerre, elle revient à Paris, où elle est éduquée par une nourrice anglaise et dans des institutions privées, dont l'établissement d'enseignement privé catholique Dupanloup.. Dans le salon de ses parents défilent des personnalités comme Pierre de Gaulle ou la députée Irène de Lipkowski, qu'elle admire.

Elle est diplômée de l’école de Haut enseignement commercial pour les jeunes filles (HEC-JF, aujourd'hui fusionné avec HEC Paris, promotion 1954)..

Édith Cresson est également titulaire d’une thèse de doctorat en démographie, soutenue en 1969, qui s'intitule La condition féminine dans une commune rurale.. Elle entame ensuite une carrière d'ingénieure économique« Notice biographique d'Édith Cresson », Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe (CVCE)..

Elle épouse en 1959 Jacques Cresson, fils de Fortuné Cresson et directeur de l'exportation de Peugeot, avec lequel elle a deux filles.

Débuts en politique vignette|gauche|Édith Cresson et François Mitterrand en 1979.

Son éveil politique a lieu en 1953, lorsqu'elle entend Pierre Mendès France parler de la jeunesse.

Par l'entremise d'une camarade d'HEC-JF, Paulette Decraene, elle adhère à la Convention des institutions républicaines« Biographie d'Édith Cresson » sur le site du Premier ministre. et participe à la première campagne présidentielle de François Mitterrand en 1965Émile Favard, Ces têtes qui dépassent : Portraits d'acteurs de la vie politique, économique et sociale, L'Harmattan, 2005, 111-113.. Ayant suivi celui-ci au Parti socialiste (PS) en 1971, elle devient secrétaire nationale chargée de la Jeunesse et des Sports en 1974.

De 1975 à 1981, elle est membre du comité directeur du PS. Secrétaire nationale de ce parti en 1974, elle est chargée de la jeunesse et des étudiantsRoland Cayrol, « La direction du Parti socialiste : organisation et fonctionnement », Revue française de science politique, 1978, vol. 28, , . doi : 10.3406/rfsp.1978.393773..

Lors de l'élection partielle dans la deuxième circonscription de la Vienne en 1975, à la suite du décès de Robert Gourault, suppléant à l'Assemblée nationale du ministre de la Coopération et maire de Châtellerault Pierre Abelin, elle connaît sa première confrontation au suffrage universel. Elle est battue de quelques voix, mais devance le ministre giscardien de dans sa villeChristophe Deloire et Christophe Dubois, Sexus politicus, Albin Michel, 2006..

En 1976, elle affronte de nouveau Pierre Abelin, président du conseil général de la Vienne, lors des élections cantonales de 1976 dans le canton de Châtellerault-Nord où il est implanté. Édith Cresson échoue de nouveau de quelques centaines de voix. Lors des élections municipales de 1977, elle est élue maire de Thuré, dans la banlieue châtelleraudaise. Quelques semaines après les élections municipales, Pierre Abelin décède et Édith Cresson se présente face à son fils Jean-Pierre Abelin lors de l'élection cantonale partielle dans le canton de Châtellerault-Nord mais une nouvelle fois elle perd de quelques centaines de voix. En 1978, la nouvelle maire de Thuré affronte toujours Jean-Pierre Abelin lors des élections législatives dans la deuxième circonscription de la Vienne mais Édith Cresson échoue une nouvelle fois face à Jean-Pierre Abelin.

Elle est élue au Parlement européen en 1979, conservant son poste jusqu'en 1981. La victoire de François Mitterrand en 1981 permet cependant à la maire de Thuré de l'emporter lors des élections législatives et de devenir députée de la deuxième circonscription. Elle est réélue députée en 1986 et en 1988.

Premiers portefeuilles ministériels vignette|left|Édith Cresson en 1982 à Bruxelles en tant que ministre de l'Agriculture. Ancienne responsable des problèmes agricoles à la Convention des institutions républicaines, elle est la première femme à se voir confier le ministère de l'Agriculture dans le gouvernement Mauroy en , ce qui est considéré par les dirigeants de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) comme une « véritable provocation ». Elle est très mal accueillie par le monde agricole et les agriculteurs, qui considèrent que la nomination d'une femme témoigne du « mépris » à leur égard, selon l'expression de François Guillaume alors président de la FNSEA ; des pancartes d'agriculteurs proclament en pleine rue « On t’espère meilleure au lit qu’au ministère »Annick Cojean, « La rage des « chiennes de garde » », Le Monde, 12 février 2000, republié sur le site des Chiennes de garde.. « Finalement, j'étais bien à l'Agriculture puisque j'avais affaire à des porcs » plaisante-t-elle plus tard« Édith Cresson, l'éternelle jeunesse », La Charente libre, 27 avril 2011..

Titulaire du portefeuille du Commerce extérieur et du Tourisme (), puis ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur (), elle accompagne les entreprises françaises dans la conquête de nouveaux marchés d'export aux États-Unis et au Japon. Elle préside également « France exporte plus » entre et , club visant à favoriser l'implantation des PME françaises à l'étranger.

Lors de son passage au gouvernement, elle renforce sa position locale, étant élue conseillère générale en 1982 dans la Vienne (réélue en 1988 et en 1994), puis maire de Châtellerault en 1983 (réélue en 1989 et en 1995). Elle démissionne le .

Réélue dans la quatrième circonscription de la Vienne après l'élection de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1988, elle est appelée à la fonction de ministre des Affaires européennes dans le gouvernement de Michel Rocard. Elle a la charge d'organiser la présidence française de la Communauté économique européenne de et la mise en chantier du marché unique, prévu pour . Elle participe également aux négociations des accords de Schengen et intervient dans le secteur de l'automobile européenne et de l'audiovisuel public. Confrontée à la naissante crise de la vache folle, la France est alors la première à fermer ses frontières au bœuf britanniqueSabine Delanglade, « Édith Cresson : « Être très ferme avec les Britanniques » », L'Express, 20 juin 1996..

En désaccord avec la politique européenne de Michel Rocard, elle démissionne du gouvernement en et prend alors la direction d’une filiale du groupe Schneider, Schneider Industrie Service International (SISI), spécialisée dans le conseil international, notamment vers l'Europe de l'Est.

Première ministre François Mitterrand réfléchit à celui ou celle qu'il nommera prochainement Premier ministre. Il hésite entre Robert Badinter, Roland Dumas et Édith Cresson. Il finit par lui proposer le poste, qu'elle refuse dans un premier temps, visant le ministère de l'Économie, des Finances, du Budget et du Commerce extérieur.. Nommée le à Matignon, elle devient la première femme nommée au poste de Premier ministre en France. François Mitterrand souhaite ainsi donner une impulsion à la fin de son mandat, après trois années de gouvernement Rocard.

Elle est officiellement nommée . et tient à l'époque ..

Composition du cabinet Après avoir envisagé de nommer Jean-Claude Colliard comme directeur de cabinet, elle se heurte au refus du président Mitterrand, qui met en doute sa capacité de travail. Le conseiller de Cresson Abel Farnoux (, déclarait Jacques Chirac en privé) lui propose le nom de Pascal Lamy, mais il refuse. Le fabiusien Gérard Moine, venu du cabinet de Paul Quilès, est finalement choisi.

Sont recrutés dans ce cabinet Daniel Vaillant, Pierre Schapira et Jean-Marie Le Guen. Jean-François Gueullette, alors secrétaire du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, succède à Guy Carcassonne comme conseiller pour les affaires parlementaires. Guy Schwartz est chargé de la presse et de la communication. Mitterrand refuse l'intégration de François de Closets au cabinet.

Composition du gouvernement

Le secrétaire général de l'Élysée Hubert Védrine« Proclamation du gouvernement » par le secrétaire général de la présidence de la République, Hubert Védrine, 16 mai 1994, ina.fr. annonce le la composition du nouveau gouvernement qui sera dirigé par Édith Cresson ; ce gouvernement inclut plusieurs figures du Parti socialiste : Pierre Bérégovoy, ministre d'État, conserve le portefeuille de l'Économie et des Finances, comme dans les gouvernements Rocard I et IILe gouvernement Rocard II, formé en juin 1988, précède le gouvernement Cresson. ; l'ancien ministre de l'Agriculture Henri Nallet récupère le portefeuille de la Justice et devient ministre d'État ; Roland Dumas, nommé ministre d'État, reste aux Affaires étrangères ; Jean-Pierre Soisson, nommé ministre d'État, et nommé au ministère de la Fonction publique et de la Modernisation administrative ; Michel Delebarre, nommé ministre d'État, conserve le portefeuille de la Ville et à l'Aménagement du Territoire ; Lionel Jospin, ministre d'État, conserve son portefeuille de l'Éducation nationale mais perd celui de la Jeunesse et des Sports au profit de Frédérique Bredin ; l'ex-directeur du CNRS et cristallographe Hubert Curien conserve, lui, le ministère de la Recherche et de la Technologie ; Jack Lang conserve le ministère de la Culture et de la Communication ; Jean-Louis Bianco, secrétaire général de la présidence de la République (depuis 1982), quitte son poste pour devenir ministre des Affaires sociales et de l'Intégration ; Pierre Joxe reste au ministère de la Défense ; le ministre délégué à l'Environnement et aux Risques, Brice Lalonde bénéficie de la création d'un ministère de l'Environnement à part entière ; Philippe Marchand est nommé ministre de l'Intérieur ; le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Jean Poperen, conserve son portefeuille.

Six femmes sont nommées : Martine Aubry est nommée au ministère du Travail ;