droite|vignette| Général Victor Krulak du Corps des Marines des États-Unis La mission Krulak-Mendenhall était une expédition d'enquête envoyée par le président John F. Kennedy au Sud Viêt Nam au début de . L'expédition avait pour but déclaré d'enquêter sur les progrès de la guerre menée par le régime du Sud Viêt Nam et ses conseillers militaires des États-Unis contre l'insurrection du Viêt Cong. La mission Krulak-Mendenhall était une expédition d'enquête envoyée par le président John F. Kennedy au Sud Viêt Nam au début de . La mission a été dirigée par Victor Krulak, général de division dans le Corps des Marines des États-Unis, et Joseph Mendenhall, officier supérieur du Service extérieur ayant de l'expérience dans les affaires vietnamiennes.

Cette intervention éclair de quatre jours est initiée le , le même jour qu'une réunion du Conseil de sécurité nationale (NSC), et s'inscrit dans un contexte de dégradation des relations entre les États-Unis et le Sud Viêt Nam. Des troubles populaires s'emparent du Sud Viêt Nam alors que les manifestations bouddhistes contre la discrimination religieuse du régime catholique du président Ngô Đình Diệm s'intensifient. À la suite des raids sur les pagodes bouddhistes du qui ont fait plusieurs centaines de morts, les États-Unis ont autorisé des enquêtes sur un éventuel coup d'État par le biais d'un télégramme à l'intention de l'ambassadeur américain, Henry Cabot Lodge, Jr.

Dans leur rapport, délivré au NSC, Krulak présente un bilan optimiste sur les progrès de la guerre, tandis que Mendenhall met en lumière les échecs militaires ainsi que la fronde populaire. Krulak ignore délibérément le soutien de la population au Viêt Cong, estimant que le malaise de l'opinion publique face à la politique du président Diệm n'aura pas d'impact sur les opérations militaires vietnamienne sur le terrain. Mendenhall se concentre sur l'évaluation du sentiment des Vietnamiens urbains et conclut que les probabilités d'une guerre civile religieuse ne sont qu'augmentées par la politique du président Diêm et poussent les Sud-Vietnamiens à la sympathie envers le Viêt Cong dans l'espoir de meilleures conditions de vie. Ces deux points de vue, fondamentalement divergents, conduisent le président John F. Kennedy à demander à ses deux conseillers : "Vous revenez bien du même pays, n'est-ce pas?".

Ces rapports, non concluants, ont fait l'objet d'acerbes débats parmi les principaux conseillers au président Kennedy. Divers projets concernant le Viêt Nam y sont discutés, tels que favoriser un changement de régime ou prendre une série de mesures destinées à paralyser l'influence de Ngô Đình Nhu, frère du président Diệm et son principal conseiller politique. Nhu et sa femme, Madame Ngô Đình Nhu, étaient alors considérés comme les causes principales des problèmes politiques au Sud Viêt Nam. Le résultat peu exploitable de la mission de Krulak et Mendenhall a donné lieu à une poursuite de ces travaux par la mission McNamara-Taylor.

Contexte Après la fusillade de Huế Phật Đản le , des émeutes éclatent au Sud Viêt Nam. Neuf bouddhistes sont abattus par le régime catholique du président Ngô Đình Diệm après avoir participé à une manifestation et bravé un arrêté gouvernemental, interdisant de faire flotter des drapeaux bouddhistes pendant la fête du Vesak, l'anniversaire de Gautama BouddhaJacobs, pp. 142–143.. Après la fusillade, les dirigeants bouddhistes font pression sur le président Diệm pour promouvoir l'égalité religieuse et apporter justice et indemnisation aux familles des victimes. Diệm restant récalcitrant, les protestations s'intensifientJacobs, pp. 144–145.. L'auto-immolation du moine bouddhiste Thích Quảng Đức au milieu d'un carrefour très fréquenté de Saigon ternit rapidement l'image du gouvernement après que ces photos aient fait la une des journaux dans le monde entier et soient devenues un symbole pour l'oppositionJacobs, pp. 147–149.. Alors que les manifestations se poursuivent, les forces spéciales de l'Armée de terre de la république du Viêt Nam (ARVN) fidèles au frère de Diệm, Ngô Đình Nhu, sous prétexte de loi martiale, mènent des raids meurtriers sur la pagode Xá Lợi le . Le nombre de victimes est estimé à plusieurs centaines et d'importants dégâts sont recensés. Les universités et les lycées sont fermés en raison des manifestations de masse pro-bouddhistes. Dans l'intervalle, la lutte contre l'insurrection du Viêt Cong perd de son intensité au milieu des rumeurs de luttes intestines sectaires parmi les troupes de l'ARVN. Cette situation est aggravée par la préparation d'un coup d'État par plusieurs officiers de l'ARVN, qui détourne l'attention de l'insurrection. Après les raids de la pagode, l'administration Kennedy envoie un télégramme à l'ambassade des États-Unis à Saigon, ordonnant la recherche d'alternative à la gouvernance de DiêmJacobs, pp. 160–163..

Initiation et expédition A l'issue de la réunion du NSC le , il a été convenu que la priorité était d'obtenir davantage d'informations sur la situation au Viêt Nam. Le secrétaire à la Défense des États-Unis, Robert McNamara, a proposé d'envoyer immédiatement, en mission d'information, le général de division du Corps des Marines Victor Krulak. Le NSC a accepté, à condition que Joseph Mendenhall, un officier du service extérieur ayant une expérience au Viêt Nam, l'accompagne. Les deux hommes ont commencé la mission plus tard dans la journée.

Lors de leur voyage de retour à Washington DC, Krulak et Mendenhall devaient ramener John Mecklin et Rufus Phillips de Saigon pour faire un rapport. Mecklin était directeur du Service d'information des États-Unis (USIS); Phillips était directeur des programmes ruraux de la Mission opérationnelle des États-Unis (USOM) et conseiller au Programme hameau stratégiqueJones, pp. 356–357.. Le département d'État a envoyé à l'ambassade de Saigon un telegramme détaillé avec des questions sur l'opinion publique vietnamienne dans toutes les couches de la société. Selon Krulak, l'objectif était d'observer "l'effet des événements récents sur l'attitude des Vietnamiens en général et sur l'effort de guerre contre le Viêt Cong".

Les deux hommes ont parcouru le Viêt Nam au cours d'un voyage de quatre jours, avant de retourner à Washington DC pour soumettre leurs rapports. Krulak a visité dix sites dans les quatre zones de l'ARVN et s'est entretenu avec Henry Cabot Lodge, Jr.,ambassadeur américain; le général Paul Harkins, chef des forces américaines au Vietnam, et son personnel; 87 conseillers américains; et 22 officiers de l'ARVN. Mendenhall s'est rendu à Saigon, à Hué, à Da Nang et dans plusieurs autres villes de province, discutant principalement avec des amis vietnamiens aux États-Unis. Leurs estimations de la situation étaient complètement opposés. Mecklin a écrit par la suite que c'était "une mission remarquable, de parcourir 38 600 kilomètres pour évaluer une situation aussi complexe que le Viêt Nam, et de revenir en seulement quatre jours. C'était un symptôme de l'état dans lequel se trouvait le gouvernement américain". La mission a été marquée par la tension entre ses dirigeants. Mendenhall et Krulak se détestaient profondément, se parlant uniquement lorsque cela était nécessaire. Par exemple, Mecklin et Krulak se sont retrouvés mêlés à une dispute lors du vol de retour : Krulak a désapprouvé la décision de Mecklin de ramener aux États-Unis un film censuré par le régime Diệm, estimant que cette action constituait une violation de la souveraineté. Après une longue et amère dispute à bord de l'avion, Krulak a ordonné, lors d'une escale de ravitaillement à la base aérienne d'Elmendorf, que Mecklin laisse le film en Alaska et que le directeur de l'USIS reste en place avec le filmTucker, p. 263..

Rapport et compte rendu alt=A portrait of a middle-aged man, looking to the left in a half-portrait/profile. He has chubby cheeks, parts his hair to the side and wears a suit and tie.|vignette| Le président du Sud Viết Nam, Ngô Đình Diệm Le matin du , le NSC s'est réuni de nouveau afin d'entendre les rapports de la délégation. Mendenhall avait de l'expérience dans les affaires vietnamiennes, ayant servi sous l'ancien ambassadeur américain Elbridge Durbrow. Durbrow avait exhorté Diệm à plusieurs reprises à mettre en œuvre des réformes politiques. Krulak était un Marine connu pour sa conviction de l'utilisation de l'action militaire pour atteindre des objectifs en matière de politique étrangère. Son tempérament lui a valu le surnom de "Brute", qui lui vient de sa carrière de lutteur à l'Académie navale. Le secrétaire adjoint à la Défense, Roswell Gilpatric, a noté que Mendenhall était considéré "avec une grande méfiance du côté virginien de la rivière" (où se trouvait le Pentagone, siège du département de la Défense), alors que Krulak était "universellement apprécié et digne de confiance au Pentagone, tant du côté civil que du côté militaire"Jones, p. 357..

Les antécédents de Krulak et de Mendenhall se reflétaient dans leurs analyses opposées de la guerre : Krulak a donné une analyse très optimiste des progrès militaires et il a négligé l'effet de la crise bouddhiste sur la lutte de l'ARVN contre le Viêt Cong. Sa conclusion était que "la guerre de tirs se poursuit à un rythme impressionnant. Elle a été affectée par la crise politique, mais son impact n'est pas grand". gauche|vignette| Le président des États-Unis, John F. Kennedy