Pedro Nieto Antúnez (Ferrol, 1898 – Madrid, 1978) était un officier de marine et homme politique espagnol, ministre de la Marine sous la dictature franquiste de 1962 à 1969.
Après une formation à l’École navale, il s’engagea dans la marine de guerre et intervint notamment en Afrique du Nord dans les années 1920 et 1930. Après le soulèvement militaire de juillet 1936, alors qu’il était membre de l’état-major de la Marine et enseignait à l’École navale non loin de Pontevedra, il rallia le camp nationaliste et accomplit pendant la Guerre civile, comme commandant de différents navires de guerre, des missions dans la mer Cantabrique et en Méditerranée. Nommé en 1938 directeur de l’École navale, puis chef d’état-major de la flotte de guerre, il devint en 1946 secrétaire personnel du chef de l’État Francisco Franco, et chef en second de la Maison militaire du même général Franco.
En 1962, il entra dans le gouvernement de l’Espagne franquiste comme ministre de la Marine, auquel titre il entreprit une réforme de grande ampleur de l’Armada, portant aussi bien sur l’aspect matériel (achat ou prise en location, sinon construction sous licence en Espagne même, de vaisseaux modernes et mise à niveau des navires existants) que sur les aspects d’organisation et de personnel (formation de militaires espagnols aux États-Unis), et ce dans un esprit d’intégration stratégique de la marine espagnole dans la communauté occidentale.
En raison notamment de communes origines ferrolanes, Nieto Antúnez appartenait au cercle restreint des intimes du Caudillo, à telle enseigne qu’en celui-ci envisagea un temps de le nommer président du gouvernement en succession de Carrero Blanco assassiné dans un attentat ; cependant, Nieto Antúnez passant pour favorable à une certaine ouverture du régime, la camarilla conservatrice du Pardo (entourage direct de Franco) y fit obstacle.
Biographie
Origines et formation Fils de Pastor Nieto Rodríguez, chirurgien de son état, et d’Amparo Antúnez Rodiles., Pedro Nieto Antúnez vint au monde dans la même ville que Francisco Franco ; quoique plus jeune de six ans que le futur Caudillo et donc absent de son cercle d’amis d’enfance et d’adolescence, Nieto Antúnez n’en rejoindra pas moins plus tard le petit groupe des intimes de Franco, devenant, bien avant d’achever sa carrière d’officier de marine, le compagnon préféré du Caudillo lors de ses parties de pêche en mer ou en rivière, et l’un de ses partenaires habituels aux dominos et aux cartes, dans le jeu de mus..
En , à l’âge de , il fut inscrit comme aspirant à l’École navale de San Fernando, dont il sortit, après avoir navigué sur plusieurs navires durant sa formation, diplômé le avec le rang d’enseigne de vaisseau (alférez de navío)..
Officier de marine Nieto Antúnez fut ensuite destiné à l’Escadre navale et participa à la guerre du Rif. Monté au grade de lieutenant de vaisseau en , il reçut en l’ordre de s’embarquer sur le croiseur protégé Extremadura. et se distingua dans les campagnes militaires en Afrique du Nord. En , il fut promu au rang de capitaine de corvette, et obtint en 1931 le diplôme de l’École de guerre.
En , à la demande de la France, l’armée espagnole reprit ses préparatifs en vue de l’occupation du territoire de Sidi Ifni. La France en effet, qui venait de son côté de parachever l’occupation de sa propre partie du territoire marocain, voyait dans la zone espagnole de Sidi Ifni un no man’s land servant de lieu de refuge pour les résistants à l’intervention française. Le , le navire de transport Almirante Lobo mouilla au large des côtés d’Ifni avec à son bord une délégation menée par Nieto Antúnez. Celle-ci, au lieu de trouver à son arrivée un accueil chaleureux de la part des Aït Baamarán, se heurta au contraire à la présence hostile de meneurs rebelles échappés du Souss et opposés à toute occupation étrangère. Nieto Antúnez et d’autres membres de la délégation furent faits prisonniers, et deux autres personnes périrent dans l’incident. Après cet échec diplomatique difficilement explicable, ce fut Cheikh Saïd, chef de la kabila d’Aït-el-Khons, qui allait se charger de faire libérer Nieto Antúnez et ses gens (mémoire de maîtrise sous la direction de Ignacio Peiró Martín)..
Par la suite, Nieto Antúnez exerça des fonctions au sein de l’état-major de la Marine à Ferrol et officia comme professeur sur le champ de tir naval Janer près de la ville de Marín, sur la ria de Pontevedra.
Guerre civile (1936-1939) Au déclenchement de la rébellion militaire de , Pedro Nieto Antúnez, alors détenteur du grade de capitaine de corvette et commandant en troisième du champ de tir Janer de Marín, rallia le camp nationaliste et réussit dans les premières semaines de la guerre civile qui suivit ladite rébellion, à se rendre maître, avec de très faibles moyens, de plusieurs localités sur la ría de Pontevedra. Pendant le reste du conflit, il exerça d’abord comme commandant en second du cuirassé España (anciennement Alfonso XIII) et prit part à ce titre aux opérations menées en mer Cantabrique, jusqu’à ce que ledit navire eut sombré le après avoir heurté une mine, à trois lieues de Galizano (en Cantabrie). Ensuite, placé au commandement du croiseur auxiliaire Mar Cantábrico, il contribua jusqu’en 1938 à maintenir le blocus de la Méditerranée, ce qui lui valut de se voir décerner le la médaille militaire individuelle, la plus haute décoration espagnole après la croix laurée de Saint-Ferdinand...
Carrière dans l’Espagne franquiste Directeur de l’École navale et commandant en chef de la flotte de guerre vignette|École navale militaire à Marín (province de Pontevedra).
En 1938, Nieto Antúnez fut nommé commandant-directeur de l’École navale militaire de San Fernando et promu capitaine de frégate en . Durant son mandat de commandant-directeur, qu’il allait assumer de 1938 à 1943, eut lieu le transfert de ladite école vers sa nouvelle implantation dans la ville galicienne de Marín.
En , la marine de guerre allemande s’évertuait à aligner les forces de la marine espagnole sur celles de l’Axe, en utilisant dans ce but comme fer de lance le groupe d’assesseurs présent à l’École navale de San Fernando. Il est vrai que l’aide allemande consistait essentiellement, en raison de leur propre situation tendue en matière de ressources humaines, à une aide matérielle plutôt qu’intellectuelle et organisationnelle, l’Allemagne se bornant sur ce plan à envoyer des assistants à l’intention des instructeurs et enseignants espagnols. Lorsque la formation des officiers espagnols fut à l’ordre du jour et que la proposition fut faite d’envoyer à cet effet des instructeurs allemands supplémentaires, les interlocuteurs espagnols s’accordèrent à considérer qu’il ne serait pas nécessaire de maintenir la commission allemande d’assistance militaire (dite commission Rüggeberg) pendant plus d’une année. Cette résolution aurait été prise à l’instigation de Nieto Antúnez, qui fit en sorte que le groupe de Rüggeberg ne puisse pas rester à San Fernando au-delà de . Aux dires de Rüggeberg, l’attitude de Nieto Antúnez était guidée par « la fierté nationale, qui le faisait préférer s’affranchir du paternalisme [allemand] » ; en particulier, la circonstance que les instructeurs allemands ne lui étaient pas subordonnés le contrariait, encore que l’officier allemand ait informé ses supérieurs que ses rapports avec Nieto Antúnez étaient « bons, chaleureux et amicaux »..
Nieto Antúnez était à partir de 1940 procureur (député) aux Cortes, fut conseiller national du Mouvement, commandant du croiseur léger Galicia (auparavant Príncipe Alfonso et Libertad) en 1940, chef d’état-major naval de Ferrol (de 1944 à 1946), chef d’état-major de la flotte de guerre, et secrétaire général de l’amiral-chef de l’état-major de la Marine.
Devenu en 1946 secrétaire personnel du chef de l’État Francisco Franco, on le retrouve quatre ans plus tard, avec le grade de contre-amiral, chef en second de la Maison militaire du général Franco...
Promu vice-amiral en , puis amiral en 1957, il assuma le commandement général de la flotte, auquel titre il eut à jouer un rôle décisif dans les événements survenus cette année-là dans le Sahara espagnol et sur le territoire d’Ifni. La flotte espagnole pilonna le littoral et appuya les unités terrestres assiégées. Le , afin d’intimider le gouvernement du Maroc, la flottille placée sous les ordres de Nieto Antúnez et composée du croiseur Canarias, du croiseur Méndez Núñez et des cinq destroyers Churruca, Almirante Miranda, Escaño, Gravina et José Luis Díez (de la classe Churruca), fit une démonstration de force, se mettant en ordre de bataille au large du port d’Agadir et prenant en point de mire avec ses pièces d’artillerie plusieurs cibles dans ce port, sans faire feu cependant.
Nieto Antúnez fut appelé à diriger la Juridiction centrale de la Marine en 1958, le secrétariat général du ministère de la Marine, le sous-secrétariat à la Marine marchande de 1958 à 1962, avant d’être nommé ministre de la Marine en 1962.
Ministre de la Marine (1960-1969) ; réforme de la Marine espagnole Nieto Antúnez connut l’apogée de sa carrière le , quand Franco le sollicita de faire partie de son gouvernement, au poste de ministre de la Marine, en remplacement de l’amiral Felipe José Abárzuza y Oliva.. Il allait occuper cette fonction jusqu’en 1969.
Aussitôt que nommé ministre, Nieto Antúnez s’attacha à élaborer un ambitieux plan de réforme de la Marine espagnole, qui devait exercer ses effets dans trois domaines en particulier et comporter respectivement : un nouveau programme naval, avec pour objectif la construction en Espagne de vaisseaux à l’aide de technologies étrangères, mais avec l’idée, qui prenait pied de plus en plus, que la Défense nationale espagnole ne pouvait pas s’appuyer uniquement sur ce que voulait bien fournir l’aide américaine ; une restructuration du personnel militaire, comprenant l’unification des corps d’ingénieurs et surtout une loi sur les avancements propre à modifier le traditionnel et rigoureux système de promotion à l’ancienneté. À cette fin, il mit sur pied la Comisión de Estudios de Personal (Commission d’étude du personnel, acronyme COMESPER), présidée par García-Frías. Malgré son coût, ce changement entra en application à partir de 1967 et allait rester en vigueur jusqu’en 1989 ; une réorganisation de la Marine, alors totalement anarchique (selon les termes d’Ángel Liberal Lucini), réorganisation en vue de laquelle fut constituée une Comisión de Estudios y Planes (Commission d’étude et de planification, COMESPLAN), incorporée dans l’état-major de la Marine et chargée d’effectuer sur quatre ans une analyse de l’organisation de la Marine espagnole.Il est à signaler que des projets partiels de modernisation de la marine espagnole avaient été mis en chantier dès avant le mandat de Nieto Antúnez. Ces projets reposaient principalement sur l’acquisition de vaisseaux d’origine américaine, achetés ou pris en location sous l’égide de la loi dite de Prêt et de Location (Ley de Préstamo y Arriendo), agréée par les gouvernements américain et espagnol. Parallèlement à ces projets, des efforts de modernisation avaient été faits dans différentes unités. Cf. .