Une névrose est un trouble psychique dans lequel le sujet est conscient de sa souffrance psychique et s'en plaintJean-Louis Pédinielli et Pascale Bertagne, Les névroses, Nathan, 2002 ..

Histoire et définitions du concept Névrose vient du mot neurosis, dérivé du grec « » (« nerf, neuro ») avec le suffixe « ose » de « » servant aux mots désignant des maladies non inflammatoires.

Le terme apparaît au , où il est employé par le médecin écossais William Cullen en 1769Le mot apparaît dans son livre en 1777.. Celui-ci définit alors les névroses comme suit : Bosquillon (trad.), A.J. de Lens (trad.), Éléments de médecine pratique de Cullen, traduit de l'anglais sur la dernière édition et accompagné de notes dans lesquelles se trouve refondue la nosologie du même auteur, , Méquignon-Marvis, Paris, 1819, .. En 1785, Philippe Pinel l'introduit en françaisPhilippe Pinel : Institution de médecine pratique, .. À cette époque, le terme désigne toutes maladies du système nerveux sans lésion organique démontrable.

Il sera repris par Sigmund Freud à partir de 1893 pour désigner une maladie ayant des causes psychiques (comme l'hystérie, la névrose obsessionnelle…), générée par un conflit psychique refoulé d'origine infantile. Laplanche et Pontalis donnent la définition générale suivante de la névrose : il s'agit d'une De nos jours, pour des psychanalystes comme Jean Bergeret, il est question de Jean Bergeret : Abrégé de psychologie pathologique, Ed.: Masson; Édition, , , 2008 .. René Roussillon préfère parler quant à lui de pour éviter l'aspect figeant induit par le terme René Roussillon avec C. Chabert, A. Ciccone, A. Ferrant, N. Georgieff, et P. Roman, Manuel de psychologie et psychopathologie clinique générale, 2007 ..

En psychiatrie, l'abandon du terme « névrose » à partir de la quatrième révision du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) n'a pas été sans provoquer quelques polémiquesPsychiatrie de l'adulte, de Thérèse Lempérière ()..

Psychanalyse

Sigmund Freud

Freud s'est beaucoup plus soucié d'expliquer les mécanismes psychologiques sous-jacents aux diverses névroses que de nosologie. Avec le développement de la psychanalyse, le concept évolue pour trouver finalement sa place dans la structure tripartite : névrose, psychose, perversion, auxquelles peut être ajoutée la catégorie des dont Jean Bergeret pense qu'elle est une astructure entre la « structure névrotique » et la « structure psychotique ».

Dans l'optique freudienne, au sens rigoureux du terme, le symptôme est l'expression symbolique d'un conflit psychique ainsi qu'un compromis entre la pulsion et la défense qui s'y oppose. Le conflit est intrapsychique, limité entre le Surmoi et le Ça à l'intérieur du Moi. La fixation et la régression n'ont qu'un caractère partiel ; la libido conserve sa problématique objectale et n'est pas complètement désinvestie ; la réalité est déformée dans le fantasme et non niéeTextes de Freud : Obsessions et phobies (1895) Psychonévroses de défense (1895 et Inhibitions symptômes et angoisses (1926).Jean Bergeret (psychanalyste), La personnalité normale et pathologique, Dunod, , 2003 , La dépression et les états-limites, Payot, , 1992 , Abrégé de psychologie pathologique, Masson, , , 2008 ..

Il conviendra de distinguer, à partir des écrits de Freud, deux sortes d'angoisse. Il s'agira aussi de préciser la notion de traumatisme psychique et de comprendre comment le refoulement est à l'origine des symptômes névrotiques dont la compulsion de répétition fait partie.

Sigmund Freud, en 1926, écrit : Freud, 1926, Inhibition, symptôme et angoisse, Paris, PUF, .. Par l’intermédiaire de la douleur qui est la conséquence de la perte objectale avec une décharge massive des tensions libidinales dans le moi, il effectue le passage de l’angoisse automatique, hilflosigkeit, détresse psychique redoutable, qui inonde l’organisation du moi, à l’angoisse signal, qui active les réactions du moi pour faire face au danger pressenti. En effet, que le déplaisir soit associé à la perte de la perception de l’objet, à savoir la mère que l’enfant investit parce qu’elle est associée au soulagement des tensions pulsionnelles (elle le nourrit quand il a faim), est la condition nécessaire à l’émergence de l’angoisse signal. Les expériences de satisfaction renouvelées encore et encore permettent à l'enfant de prendre conscience de l'existence de la personne qui veille sur lui et de l'investir comme source de plaisir. Freud, 1926, Inhibition, symptôme et angoisse, Paris, PUF, .. La fonction anticipative du moi dépend de la force de celui-ci, de ses possibilités de lier affects et représentations, c’est-à-dire de donner une signification à l’expérience vécue. Dans l’angoisse détresse, André Green, A., 1970, L'affect in Revue française de psychanalyse, Paris, PUF, , sept. 1970, ., dans l’angoisse signal, . L'angoisse qui est toujours le résultat d'un conflit entre deux tendances opposées se décharge sans limite si les mots manquent pour contenir le mal-être.

Freud, en 1933 conférence : Angoisse et vie pulsionnelle in Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1984, ., rappelle la distinction entre angoisse devant un danger réel (externe, conscient) et angoisse névrotique (danger interne, non conscient), qui survient dans trois circonstances différentes : dans la névrose d’angoisse où elle est angoisse flottante ; dans la phobie où elle est liée à des représentations déterminées mais dont l’ampleur est disproportionnée ; dans l’hystérie où elle se focalise sur une partie du corps.

Les symptômes sont créés pour éviter l’irruption de l’angoisse. Dans la phobie, le déplacement du danger interne vers un danger externe permet l’évitement par la fuite — aussi de donner une matérialité à des angoisses diffuses comme dans la phobie du vide. En fait, il explique que c’est l’angoisse, devant un danger extérieur mais dont le danger pulsionnel interne est une condition et une préparation, qui provoque le refoulement. Il ajoute que le danger externe est la castration pour le garçon et la perte d’amour chez la fille, dont le prototype est la douleur du nourrisson générée par l’absence de la mère. Autrement dit, le risque est de perdre quelque chose d'essentiel à l'équilibre du sujet. En 1926, Freud émit aussi l’hypothèse que la situation de danger pourrait être gonflée d’une certaine quantité d’angoisse pulsionnelle de nature « masochiste » car provenant de la pulsion de destruction dirigée contre la propre personne. Liée à la pulsion de vie et mise au service de la réalisation d'un objectif, cette pulsion se traduit par des traits de caractère comme la combativité, la ténacité, la persévérance, l'ambition Le retournement des pulsions agressives contre soi est quelque chose de fréquent, surtout quand l'ambivalence (sentiments positifs et négatifs) à l'égard d'une personne aimée est ressentie comme condamnable ou dommageable.

Freud affirme également que le refoulement originaire découle d’angoisse détresse née d’un trop-plein d’excitations débordant le moi. Cet état où le principe de plaisir échoue à maintenir l’homéostasie constitue le facteur traumatique. En 1923, il définissait déjà le traumatisme de la manière suivante : Freud, 1923, Au-delà du principe de plaisir in Essais de psychanalyse, Paris Petite Bibliothèque Payot, 1968, .. Les refoulements secondaires résultent de l’angoisse signal. Ces considérations autorisent à penser que les traumatismes archaïques subsistent à l’état de traces dans l’image du corps, sortes de sensations sans sens parce que déliées de toutes représentations. En cela, nous ne nous éloignons pas de Freud quand il écrivit : Freud, 1923, Au-delà du principe de plaisir in Essais de psychanalyse, Paris Petite Bibliothèque Payot, 1968, .. Ce constat est la base sur laquelle Winnicott (1974) se fonde dans son article « La crainte de l’effondrement »in , ..

Symptômes En 1939, Freud note clairement que et que la conjonction de cette condition étiologique avec une constitution plus fragile concourent à la pathologie. Il dégage ensuite les caractères communs de ces événements traumatiques : tous ont eu lieu dans la première enfance, tous sont en général oubliés, et .

Il présente aussi les deux caractères des symptômes névrotiques : le premier résulte des effets du traumatisme qui sont de deux ordres : les effets positifs Freud, 1939, Moïse et le monothéisme, Paris, Gallimard, 1975, .. les réactions négatives ou réactions de défense telles que les inhibitions et les évitements phobiques ont un but opposé.

Ces deux effets qui sont des fixations au traumatisme ou aussi appelés automatismes de répétition, contribuent également à la formation du caractère. Freud, 1939, Moïse et le monothéisme, Paris, Gallimard, 1975, .. le second caractère des symptômes névrotiques est leur caractère compulsionnel, c’est-à-dire que leur intensité psychique rend inopérant les processus de pensée adaptés au monde extérieur et, donc, la réalité psychique interne supplante la réalité externe. Et Freud ajoute : .

Dans ce texte, il laisse entrevoir une voie pour situer les moments de déréalisation des états-limites, sous l’hégémonie de la compulsion de répétition mortifère des traumatismes précoces, blessures narcissiques auxquelles, il rattache certaines déficiences du penser (infra).

Le traumatisme infantile provoque des modifications du moi, comme des cicatrices, qui resurgissent après une période de latence, probablement due à la latence physiologique. L’effet retardé du traumatisme apparaît quand les exigences de la réalité extérieure entrent en conflit avec l’organisation défensive du moi. Freud, 1939, Moïse et le monothéisme, Paris, Gallimard, 1975, .. Freud, dans la suite de son exposé, note les conditions du retour du refoulé : soit l’affaiblissement de la puissance du contre-investissement ; soit le renforcement des éléments pulsionnels liés au refoulé ; soit l’impression surgie de la similitude entre événements récents et anciens qui réveille le refoulé.

Freud, 1939, Moïse et le monothéisme, Paris, Gallimard, 1975, .. Lorsque nous sommes fatigués, harassés de soucis, nos forces s'épuisent, le contre-investissement cède et nos mécanismes de défense habituels sont moins opérants. Nous devenons irascibles, parfois au bord des larmes et nous craquons pour un rien. Il arrive que certaines situations, des événements particuliers suscitent une réaction dont nous ne nous expliquons pas l'intensité jusqu'à ce que nous établissions un parallèle avec un moment du passé. Quand un ou des besoins essentiels à notre équilibre ne sont pas satisfaits et qu'ils sont minimisés ou non reconnus, des images, des scènes de film ou de vie peuvent attiser le manque et déclencher une émotion difficile à contenir. Le refoulé c'est un peu comme une fragilité à fleur de peau qui n'attend que d'être effleurée pour faire surface.

Freud, dans ce texte, stipule le fait que le traumatisme provoque une dissociation du moi, une partie étant en adéquation avec l’extérieur et l’autre, meurtrie, qu’il faut protéger. Il parle de la névrose non plus comme de l’aboutissement d’un conflit pulsionnel mais bien comme une formation destinée à prévenir un éclatement du moi. Le refoulé serait cette partie retranchée du moi ou l’éprouvé de détresse qui l’a causée. Ce point de vue de Freud est très éloigné des précédents où le refoulement résultait de l’intervention du surmoi (l'instance moralisatrice) en lutte avec les exigences pulsionnelles du ça.

Jacques Lacan

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Divers domaines en psychologie

Psychologie individuelle (Adler) En 1913, Alfred Adler, initialement disciple de Freud puis fondateur de la psychologie individuelle avant de se détacher de son modèle, explique :

Psychologie analytique (Jung)