Uxellodunum est le nom d'un oppidum gaulois, situé dans le Quercy actuel. Il est surtout connu pour avoir été le lieu de la dernière bataille de la guerre des Gaules, en , César emportant la reddition de la place à la suite de son siège. Son nom signifie la « forteresse élevée » (uxel, élevé, et dunum, latinisation du gaulois dunon, forteresse - voir dun). C'est un nom gaulois assez répandu qui a évolué en Issolu, Issolud, Issoudun, Exoudun., à plusieurs occasions, dans la toponymie de la Gaule romaine.
Longtemps objet de débats ; . Mentionnés sur le site de la Société des Études du Lot., notamment au et au début du , la localisation d'Uxellodunum au Puy d'Issolud, sur le territoire de la commune de Vayrac (Lot), est désormais démontrée par les fouilles archéologiques et admise par la communauté scientifique. Le site est classé par le ministère de la Culture depuis le début des années 2000, à la suite de nouvelles explorations archéologiques menées au lieu-dit de la Fontaine de Louliè par J.-P. GiraultJ.-P. Girault, « Recherches à la Fontaine de Loulié (Saint-Denis-les-Martel, Lot). Nouveaux éléments sur la bataille d’Uxellodunum », Aquitania, Suppl. 14/1 : Les âges du fer dans le sud-ouest de la France (actes du colloque 20-23 mai 2004), 2007.. Cette identification demeure contestée par certains amateurs locaux et des figures associatives de l'archéologie amateur. Parmi les localités prétendant être l'Uxellodunum antique, on retrouve par exemple le village de Capdenac-le-Haut, ainsi que le lieu-dit de Cantayrac, sur le territoire de la commune de Caylus en Tarn-et-Garonne. Selon ces amateurs, ces sites se rapprochent de la description faite du siège dans La Guerre des Gaules par Jules CésarRevue de presse sur la question depuis l'officialisation de la localisation au Puy d'Issolud., mais aucun d'entre eux n'a livré de dossier archéologique ou toponymique crédible permettant d'y attester la tenue d'un siège romain au milieu du
La bataille d'Uxellodunum
L' « après Alésia » en Gaule Un an après la reddition de Vercingétorix à Alésia, César et ses principaux lieutenants s'affairent à pacifier les dernières poches de résistances qui subsistent de part et d'autre de la région. Dans le sud-ouest, deux chefs gaulois, Lucterios et Drappès, suivis de quelques milliers d'hommes et poursuivis par le légat Caius Caninius Rebilus, se réfugièrent dans cette place forte au cœur du territoire des Cadurques, peuple dont Lucterios était originaire. Le chef romain établit progressivement un siège de la place en entamant, comme à Alésia, des travaux pour installer des lignes d'encerclement de l'oppidum. Apprenant la nouvelle de la révolte, César décide de traverser la Gaule pour châtier en personne les révoltés et se joint au combat, dirigeant notamment l'opération d'investissement de la place forte. Malgré la capture de leurs deux chefs, les assiégés tinrent tête aux Romains, jusqu'à la capture de la principale source d'eau du site, les contraignant à la reddition. César épargna la vie des vaincus, mais fit couper les mains à tous les combattants adverses, afin de décourager de nouvelles révoltes.
L'épisode décrit par Aulus Hirtius
La description du siège se trouve dans le huitième livre des Commentaires sur la guerre des Gaules, livre que l'on attribue assez généralement à Aulus Hirtius qui aurait rédigé ce complément à l'ouvrage césarien entre 44 et 43 av. J.-C. Cette attribution est toutefois contestée par certains savantsLuciano Canfora, « La « lettera a Balbo » e la formazione della raccolta cesariana », Studi di storia della storiografia romana, Edipuglia, Baris, 1993, 39-62.. Quel que soit l'auteur, il est admis qu'il a assisté à tout ou partie de la bataille (dès l'arrivée des lieutenants de César, ou dans un second temps, quand César arrive), sans doute à partir d'un point élevé où se trouvait une partie de l'armée romaine.
Les autres sources littéraires de l'Antiquité
Un bref passage des Stratagèmes de Frontin fait allusion au siège d'Uxellodunum et en particulier au détournement de la source. Au , Orose raconte le siège d'Uxellodunum dans ses Histoires. Il se contente en fait de paraphraser, plus ou moins exactement, le texte de César, qu'il attribue par ailleurs, par erreur, à Suétone.
La localisation
Un débat tranché par les fouilles
Historiographie de la querelle : avant les fouilles modernes
Tout comme pour Alésia, l'emplacement exact de l'oppidum antique a fait l'objet d'âpres disputes entre différentes communes désireuses de s'approprier la gloire d'avoir été le dernier village à résister à César.
Il est possible de faire remonter le débat sur la localisation jusqu'au Moyen Âge, plusieurs documents médiévaux ou présentés comme tels attribuant une localisation différente à UxellodunumPaul Muguet, Trois chartes, aux sources de la querelle d'Uxellodunum, Villefranche de Rouergue, 1977.. Ainsi, Le Puy d'Issolud est explicitement identifié à Uxellodunum et au lieu de la bataille dans une charte datée de 935, cependant ce document n'est connu que par une copie tardive du ; de même plusieurs actes fonciers légèrement postérieurs (941, 944 et 945) mentionne à l'emplacement du Puy un domaine agricole appelé Exeleduno. Aux côtés de ces documents de la pratique, certaines enluminures de manuscrits du Moyen Âge désignent quant à elles d'autres lieux, notamment Capdenac-le-haut. Durant le Moyen Âge, Capdenac a ainsi été proposée comme étant l'antique Uxellodunum, comme le mentionne une charte de privilèges rédigée en 1320 par Philippe le Long, charte qui fut renouvelée et confirmée sous Louis XVBN, collection Doat, vol.2, feuillet 117, portant le titre « Inventaire des copies des titres des archives de Capdenac envoyées à Paris le 26 novembre 1667 ».. Dans la chronique de Pierre des Vaux de Cernay qui fut rédigée lors de la croisade albigeoise, ce dernier affirme que Capdenac était l'ancienne UxellodunumChronique de Pierre des Vaux de Cernay, Historia albigensis, éd. par Pascal Guédin et Ernest Lyon, 3 Tomes, Paris Champion 1930.. Ces derniers témoignages, relevant de la tradition orale au , traduisent, plutôt qu'une ancienneté de la documentation scientifique et une continuation de la connaissance sur le nom du lieu, d'abord la volonté antiquaire, dès le Moyen Âge, d'identifier les lieux des passages de l'armée de César.
Les géographes hollandais de l’époque moderne comme Ortelius situent presque invariablement le site sur le cours de la Dordogne, bien qu'il s'agisse surtout de compilations cartographiques et non d'observations de première main.
Le renouveau de la querelle à l'ère de la naissance de l'identité nationale Au , la querelle se ravive, au gré du développement de l'idée nationale en France. Elle se greffe alors aux très nombreux débats de localisation autour des batailles de la Guerre des Gaules, qui agitent les érudits locaux et les réseaux de correspondance entre antiquaires. La querelle oppose alors les partisans de la localisation au Puy d'Issolud, aux partisans de la localisation à Capdenac et dans une moindre mesure, à ceux qui défendent l'emplacement à Luzech. Si certains jugent qu'il est impossible de la trancher en raison de la description « trop vague et trop incomplète » du site par le continuateur de CésarBaron Chaudruc de Crazannes, « Coup d'œil sur les monuments historiques du département du Lot », Bulletin monumental, 1835, 14., chacun des trois sites avait déjà eu ses ardents défenseurs : Jean-Baptiste Bourguignon d'AnvilleNotice de l'ancienne Gaule: tirée des monumens romains, dédiée a S. A. S. Monseigneur le duc de Chartres, 1760, 728. pour le Puy d'Issolud, Jacques-Joseph Champollion, frère du célèbre déchiffreur des hiéroglyphes, pour le site de CapdenacNouvelles recherches sur la ville gauloise d'Uxellodunum, 1820.. Le baron Charles Athanase Walckenaer passa d'abord pour un partisan du Puy d'IssoludBulletin monumental, 1834, 14. mais considéra dans son ouvrage sur la géographie des Gaules que Capdenac convenait mieux à la description d'HirtiusBaron de Walckenaer, Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine, p 353, Paris, 1862 (1ere édition 1839)., Jean-Jacques Lefranc de Pompignan défendait LuzechJean-Jacques Lefranc de Pompignan, Les Antiquités de la ville de Cahors, 1751..
Les premières opérations archéologiques relancent la querelle. Dans le cadre de ses recherches sur la conquête de la Gaule par César, l'empereur Napoléon III charge une commission archéologique de proposer des sites où mener des explorations par la fouille. En 1862 cette commission désigne d'abord le site de Luzech. Dans le même temps, Jean-Baptiste Cessac (1810-1882), commissaire de police, convaincu que le site est à chercher au Puy d'Issolud, entame des fouilles sur place et affirme avoir retrouvé la fontaine gauloise assiégée par César au lieu-dit de la Fontaine de LouliéJ.-B. Cessac, Études historiques. Commentaires de César. Uxellodunum retrouvé. Fouilles exécutées à Luzech, à Capdenac et à Puy-d'Ussolud. Rapide exposé des résultats obtenus, E. Dentu éditeur, Paris, 1865.. De nombreux artefacts y sont retrouvés ainsi que plusieurs galeries creusés par les ingénieurs romains pour assécher la fontaine.
En 1865 Philippe Tamizey de Larroque publie un mémoire annonçant une réfutation des arguments de Champollion pour Capdenac ainsi que de ceux des partisans de LuzechPhilippe Tamizey de Larroque, De la question de l'emplacement d'Uxellodunum, Paris, 1865.. De nouvelles fouilles ont lieu dont les conclusions sont publiées en 1866 et 1874. En 1866, Napoléon III se rallie à l'hypothèse de la localisation au Puy d'Issolud. Entre-temps les débats se sont multipliés ainsi que les tentatives de localisationPar exemple Abbé Cuquel, Uxellodunum à Murceint. Nouvelles recherches sur l'emplacement de cette ville. Cahors, 1865.. En 1870, Jean-Baptiste Cessac est révoqué de son poste de commissaire de police, officiellement en raison de son âge, mais peut-être plus probablement en raison de la reconnaissance dont lui avait témoigné Napoléon III après 1866J.-P. Girault « Mémoire rédigé par Jean-Baptiste Cessac en 1872 à la suite de sa révocation » Société des Études du Lot..
Explorations parallèles au début du : Issolud, Luzech, Capdenac