Jean Vallette d'Osia, né le à Rennes et mort le à Annecy-le-Vieux, est un officier français, principalement connu pour les responsabilités qu'il a exercées dans la Résistance intérieure française en Haute-Savoie. Il a terminé sa carrière militaire comme général de corps d'armée à Lyon, après avoir commandé la d'infanterie alpine.

Biographie Jean Vallette d'Osia est le fils de Marcel (Louis-Marie-Marcel) Vallette d'Osia (1857-1931), officier d'infanterie, et de Jeanne du Chambge de Noyelles (1867-?) et le petit-fils du général Joseph-Hyacinthe du Chambge.

Dans sa jeunesse, il milite au sein des étudiants d'Action française de Versailles. Néanmoins, la guerre et l'engagement de Jean Vallette d'Osia dans l'armée en 1916 provoque sa rupture définitive avec l'Action Française.

Début de carrière militaire (1916-1939) vignette|Sous-lieutenant Jean Vallette d'Osia, 19RI, 1918|gauche|283x283px Jean Vallette d'Osia est engagé volontaire à Saint-Cyr en . Un an plus tard il est affecté en tant qu'aspirant au RI, puis lieutenant, où il va multiplier les actions d'éclat.

Grande Guerre Il commande dès 1917 un groupe franc sur les différents fronts de la Marne et du Chemin des DamesJean Vallette d'Osia, Quarante-deux ans de vie militaire, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, volume 1, 1991, . Le , il capture un allemand qui interrogé, dévoile la grande attaque du Chemin des Dames. Il reçoit alors sur le champ de bataille, la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Durant la Première Guerre mondiale, il est blessé à trois reprises et reçoit six citations pour conduite héroïque.

Après sa sortie de Saint-Cyr, il est envoyé au Maroc, affecté au étranger basé à Meknès. Il participe à la guerre du Rif.

Expert reconnu du combat en montagne En , il rejoint le BCA en garnison à Grenoble, où il peut mettre en valeur ses qualités physiques. C'est là qu'il rencontre le capitaine Eugène Molle dont il deviendra l'ami fidèle. Rapidement, avec lui, il devient un cadre de la division alpine remarqué pour sa vigueur et son allant.

Le capitaine Vallette d’Osia transforme son expérience du feu de la Grande Guerre et de la guerre du Rif en une idée de combat novatrice pour la montagne. Sa vision repose sur une idée simple mais radicale : en montagne, l'isolement causé par le relief et le froid rend les ordres classiques inefficaces. Pour compenser ces ruptures de communication, il prône une « culture de l'initiative » où chaque chasseur alpin doit être capable de réfléchir par lui-même et de remplacer son supérieur au pied levé. En plaçant l'agilité mentale et la polyvalence au-dessus de la discipline rigide, Vallette d’Osia démontre que la réussite tactique en montagne ne dépend pas de la force brute, mais de la capacité des hommes à s'adapter intuitivement aux contraintes extrêmes de leur environnementB. de Franqueville, Le processus d’innovation participative dans l’armée de Terre : exemple des troupes de montagne, Ecole de Guerre, 2025, p11.

Pour cela, il s'attache à développer au mieux les dernières compétences techniques disponibles dans le domaine de l'alpinisme dans son unité, à l'instar de ce que prônent les grands chefs alpins de cette période, Pourchier, Béthouart et Dosse notamment.

En 1934, il est reçu à l'École de Guerre avant d'être nommé à l'état-major de la région militaire à Lyon.

La Seconde Guerre mondiale Drôle de Guerre et Bataille de France Capitaine et officier d'état-major en 1939 lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est promu commandant en . Il est en Écosse le , en support du corps expéditionnaire français en Norvège.

Il participe à la bataille de France à partir du dans le secteur de la Somme et en Normandie. Lors d'un combat inégal sur la Bresle, il est fait prisonnier par les Allemands avec le reste de sa division près de Saint-Valery-en-Caux. Refusant la captivité, il s'évade une première fois. Il est repris, mais s'évade une seconde fois à Nuits-Saint-Georges et réussit à passer en zone libre, où il prend connaissance de l'appel du général de Gaulle.

Il se rend alors à Clermont-Ferrand pour demander l'avis du général Maxime Weygand qui lui aurait déclaré . L’auteur commente, à propos des officiers de valeurs aux côtés de de Gaulle : « là, c'était une erreur, la suite ne l'a que trop montré, ils étaient peu nombreux ». Vallette d'Osia choisit alors de réintégrer l'armée d'armistice, il est nommé en , chef de corps du bataillon de chasseurs alpins à Annecy.

L'armée d'armistice (Annecy) vignette|Chef de bataillon Jean Vallette d'Osia, chef de corps du bataillon de chasseurs alpins, 1940-1942 Sitôt en poste à Annecy, il s'emploie à camoufler dans trente dépôts le maximum de matériel militaire — de quoi armer trois bataillons — à l'insu de la commission d'armistice franco-italienne. Comme beaucoup d'officiers français de cette époque, il a en tête l'exemple historique des Allemands vaincus à Iéna et qui ont préparé leur revanche. C'est dans cet esprit de Résistance qu'il assume son commandement du BCA jusqu'à son remplacement à ce poste à la fin de l'année 1941. Il est alors nommé chef d'état-major du département de la Haute-Savoie, et dans ses mémoires, il écrira que le rayon clandestin est inclus dans ses nouvelles fonctions. Il s'occupe notamment de la réception des évadés des camps de prisonniers de guerre allemands, certains jours, plus de trente. En , il reçoit ainsi au château de La Verpillière le général Giraud, avec qui il s'entretient des possibilités de reprise de la guerre.

Il désapprouve les excès du Service d'ordre légionnaire, notamment lorsque certains de ses membres se saisissent de François de Menthon et le plongent dans le bassin d'eau en face de la mairie d'Annecy, et il hait Joseph Darnand notamment lorsque celui-ci préside à Annecy une grande manifestation du S.O.L.

En lorsque les Allemands envahissent la zone libre et que le gouvernement de Vichy ne s'oppose pas à cette invasion, Vallette d'Osia ne se rend pas à une convocation du préfet Dauliac le , qui voulait le sommer de livrer les armements cachés, et entre dans la clandestinité. Cela lui vaut d'être condamné pour « abandon de poste en présence de l'ennemi ». Il aurait voulu rallier l'Afrique du Nord pour se mettre aux ordres du général Giraud, mais la traversée de la frontière espagnole semble trop hasardeuse.

(Parmi les chasseurs du BCA qu'il a commandés durant cette période, figurent notamment Henri de France, l'antiquaire parisien Robert Desaules et le peintre Maurice Boitel).

La Résistance en Haute-Savoie Le zèle du préfet Dauliac permet à celui-ci de retrouver 24 dépôts d'armes sur trente, dont les armes sont livrées aux autorités d'occupation. Lorsqu'en 1940, Vallette d'Osia prit le commandement du BCA avec des idées de revanche, son but était de prévoir, le moment venu, un gonflement possible des effectifs par l'incorporation de civils. Avec la nouvelle situation « c'est aux civils de prendre l'affaire en main », le rôle des militaires est maintenant d'aider les civils : « Si nous nous sentions dégagés de toute obligation vis-à-vis d'un gouvernement qui avait capitulé devant les exigences de l'ennemi et liquidé son Armée, nous ne l'étions pas de notre mission de soldat ».

L'agencement militaire des mouvements clandestins Au cours d'une réunion, une assemblée de résistants lui demandent de « prendre la tête de la Résistance en Haute-Savoie ». Au mois de novembre, Vallette d'Osia avait pris contact avec Combat dont il connaissait l'existence, mais il ne semble pas qu'il soit affilié, à cette époque à un mouvement de résistance connu. Il se rend à Genève pour prendre contact avec le consul anglais en vue de participer à l'acheminement de renseignements. Par l'intermédiaire du consul, il parvient aussi à établir le contact avec Giraud, mais le télégramme qu'il reçoit du général contient des prescriptions tellement inadaptées à la réalité que Vallette d'Osia en vient à douter que le général Giraud en soit vraiment l'auteur.

Les officiers du 27e BCA gauche|vignette|324x324px|Les officiers du 27e BCA 1942 Il a gardé le contact avec un certain nombre d'anciens officiers, chefs de corps comme Cogny, Reyniès, Noiret, Laffargue, ou de plus jeunes officiers comme les lieutenants Tom Morel, Griffolet d'Aurimont, Lalande, etc. ainsi qu'avec les Mouvements unis de la Résistance (MUR) naissants, dont il reconnait, sinon l'autorité, du moins la légitimité pour impulser « une action cohérente dans un plan d'ensemble définis en accord complet avec les alliés ». Il participe ainsi à la création de ce qui deviendra l'Armée secrète de Haute-Savoie. Les contacts avec l'Organisation de résistance de l'armée (ORA) semblent assez étroits. C'est le commandant Descour qui en est le chef d'état-major régional. Dans ses mémoires, Vallette d'Osia fait état de tensions au moment de la fusion de l'ORA dans les MUR, les militaires devant être subordonnés au responsable civil de la branche « Action ».

La section des agents de liaison de Haute-Savoie En 1942, dans un contexte de durcissement du régime, avec la mise en place du STO, Vallette d’Osia demande à Antoinette Reille d'organiser un réseau exclusivement féminin travaillant en liaison avec des officiers de chasseurs Alpins passés à la Résistance notamment pour cacher les nombreux jeunes ouvriers fugitifs venus se cacher pour ne pas être envoyés en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO). Les agentes se trouvent au cœur du dispositif de liaison et de renseignement de la Résistance de Haute-Savoie. Tom Morel, commandant le maquis des Glières en 1944, leur écrit : « Tous les espoirs sont permis tant qu’il y aura des filles de France pour faire ce que vous faites. » La présence d’une secrétaire et d’agents de liaison montre que le commandement d’Annecy fonctionne comme un état-major. Sous commandement de Vallette d’Osia, il centralise et exploite ces renseignements, commande directement les unités déployées et coordonne leurs actionsSHD GR 16 P 200798 / Carton Louise Dunoyer .

L'envergure opérative de l'AS de Haute-Savoie En 1943, Vallette d'Osia est sollicité par les MUR pour prendre en charge les jeunes réfractaires au STO, ceux-ci sont aiguillés afin de se cacher vers des régions montagneuses. avaient ainsi gagné la Haute-Savoie. Il prend alors contact avec l'américain Allen Dulles, responsable en Suisse de l'OSS, (service d'action et de renseignements, ancêtre de la CIA) qui lui accorde un financement mensuel à hauteur de mille francs (un demi salaire de l'époque) pour chacun des cinq mille réfractaires. C'est en possession d'un magot de cinq millions de francs qu'il repasse la frontière. Début 1943, les résistants français attendent un débarquement allié pour l'automne. C'est donc dans cette perspective, fort du soutien américain, que Vallette d'Osia organise des maquis où des officiers de l'armée encadrent les jeunes réfractaires qui acceptent de servir dans la Résistance. Ainsi, parlant d'un chef de maquis civil, le commandant Coudet témoigne en 1949 : « Il m’a été présenté par le général Vallette d’Osia (alias Faure), chef départemental de la H.S., qui l’avait nommé dans la fonction quelques mois auparavant. »SHD 16P462376 / Carton Jean-Joseph Peccoud. Pour l'encadrement, des renforts viennent également d'anciens de l'École des cadres d'Uriage. Un parachutage d'armes britanniques a lieu en sur le plateau des Glières : des mitraillettes Sten mais pas d'arme lourde.