Un banyuls est un vin doux naturel (VDN) d'appellation d'origine contrôlée produit sur quatre communes de l'extrémité sud de la France, dans le département des Pyrénées-Orientales en région Occitanie : Banyuls-sur-Mer, Collioure, Port-Vendres et Cerbère. Il peut être produit en rouge (avec les mentions « rimage » ou « traditionnel », selon des critères du cahier des charges), en blanc ou en ambré et en rosé.
Une seconde appellation quasi homonyme existe aussi, uniquement en vin doux naturel rouge, « le banyuls grand cru », avec un cahier des charges spécifique, en particulier en matière d'encépagement.
Le banyuls rouge représente environ 80 % de la production, tandis que les vins non rouges (blancs, ambrés et rosés) constituent environ 20 % de l’ensemble (moyenne 2022‑2024). Le banyuls est issu de vieilles vignes cultivées en terrasses sur les coteaux pentus de la Côte Vermeille, où la partie française du massif des Albères (extrémité orientale des Pyrénées) rejoint la mer Méditerranée. Il partage son aire d'appellation avec le collioure, qui est un vin sec.
Histoire Origine du vignoble La cité de Banyuls est dénommée Bannils de Maritimo en 1074. Selon certains auteurs l'organisation du vignoble, réputé implanté par les Grecs et Phéniciens, aurait été radicalement modifiée, au cours du Moyen Âge, par les Templiers qui auraient mis en place un système de filtrage et d'écoulement des eaux pluviales (qui est d'ailleurs toujours utilisé actuellement). Cette double affirmation est cependant discutée. Le territoire de Banyuls-sur-Mer commence à être habité dès le , sous l'impulsion du système de l'aprision mis en place par Charlemagne et l'abbaye Saint-Cyr de Colera (ses ruines sont visibles sur l'actuel municipi d'Espolla). Au est construite l'église paroissiale des Abeilles, preuve de l'existence d'une communauté villageoise constituée. D'autant que si les Templiers possèdent bien des terres, celles-ci sont plutôt situées dans la vallée de Cosprons (qui appartient au village de Banyuls jusqu'en 1824) ; terres qu'ils afferment et dont ils exportent la production via leur maison installée dans la basse-cour du château royal de Collioure.
Chaque année, les fêtes de la Saint-Vincent se déroulent dans les rues de Collioure, du 14 au 18 août. Traditionnellement, la procession sur mer du 16 août constituait l’événement majeur des fêtes. La première eut lieu le , afin de célébrer l’arrivée dans la ville des reliques de Vincent de Collioure. Cette célébration eut alors lieu chaque année jusqu’à l’instauration de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Depuis 2001 (à l’occasion du tricentenaire des fêtes), la procession sur mer a lieu à nouveau.
Alors que jusque dans les années 1850, l'économie rurale du canton repose sur le triptyque méditerranéen (vigne, olivier et céréales), le paysage et l'économie sont radicalement bouleversés par la conjugaison de deux phénomènes. D'une part, la fin des interdits royaux sur la vigne pousse les agriculteurs locaux à planter une plus grande superficie de vigne. D'autre part, l'ouverture conjuguée de la rade de Port-Vendres à la marine marchande (1851), de la route nationale (1870-1871) et de la gare internationale de Cerbère (1878-1888), permettent aux paysans d'exporter à haut coût leur vin et d'importer à bas coût leur céréales. La polyculture vivrière est alors rapidement remplacée par la monoculture de la vigne. Par exemple, en 1864, le territoire de la commune de Port-Vendres produit de vin ; (soit la quasi-totalité) sont exportés au Brésil et en Amérique via le port. La vigne, très rentable économiquement, part à l'assaut de la moindre parcelle de terre, alors que disparaissent les céréales peu adaptées au sous-sol schisteux et au climat méditerranéen. Avec les pandémies (phylloxéra et oïdium) et la crise de mévente en 1907, le phénomène d'expansion de la vigne décroît progressivement dès 1914, pour se stabiliser au début des années 1930.
Révolte de 1907
Les vendanges 1906 avaient été désastreuses dans tout le Roussillon, ce qui n'empêcha pas la chute des cours du vin. Des familles vigneronnes se heurtaient à des difficultés financières telles qu'elles ne pouvaient plus payer l'impôt. Informé, le gouvernement donna ordre de faire intervenir les huissiers. Le village de Baixas fut le premier à se révolter au début de l'année 1907La crise viticole de 1907 sur le site histoireduroussillon.free.fr.. Le 18 février, il reçut le soutien de Marcelin Albert, qui envoya un télégramme à Georges Clemenceau. Quant à Joseph Tarrius, viticulteur et pharmacien à Baixas, il fait parvenir au gouvernement une pétition signée des habitants du village. Il y est précisé que le seul impôt que les contribuables puissent encore payer est celui du sang. Alors que les défilés de protestations s'étaient multipliés dans les villes et villages, préfectures et sous-préfectures accueillirent les manifestations viticoles. Le 19 mai, à Perpignan 170 à personnes défilent dans la ville. La manifestation se déroule sans incidents gravesMidi 1907, l'histoire d'une révolte vigneronne..
Dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, les conseils municipaux démissionnent collectivement - il y en aura jusqu'à 600 - certains appellent à la grève de l'impôt. La situation devient de plus en plus tendue, les viticulteurs furieux attaquent perceptions, préfectures et sous-préfecturesRévoltes vigneronnes 1907, Languedoc, 1911, Champagne.. Le 20 juin, la tension monte encore. À Perpignan, la préfecture est pillée et incendiée. Le préfet David Dautresme doit se réfugier sur le toit.
Évolution de l'appellation L'aire de production de l'appellation d'origine (AO) banyuls est délimitée par le décret du , concernant les communes de Banyuls, Cerbère, Port-Vendres et CollioureDécret du , publié au JORF du .. Puis, le banyuls est reconnu comme une appellation d'origine contrôlée (AOC) par le décret du pour des vins mutés (vin doux naturel ou vin de liqueur) rouges, rosés ou blancs produits à partir de muscat, grenache, macabeo, malvoisie, carignan ou blanquette (ces deux derniers cépages limités à 10 % de l'encépagement), avec autorisation de la mention rancio ; la chaptalisation est interdite et les rendements limités à , publié au JORF du .. En 1953, la durée d'élevage est réglementée (hors muscat et vin de liqueur, le déblocage se fait 30 % en mai de l'année suivante, 30 % en septembre suivant, 20 % en janvier de la et 20 % en septembre), publié au JORF du ..
Le , un décret modifie l'encépagement du banyuls (grenaches, maccabéo, malvoisie, muscat, carignan, cinsault et syrah, ces trois derniers limités à 10 %) ; s'y ajoute un second décret du même jour créant l'AOC , pour des vins doux naturels (VDN) ou des vins de liqueurs (VDL) produits avec les mêmes cépages, mais dans lequel les grenaches noir et rouge doivent composer au moins 75 % de l'encépagement, les mentions « dry » « sec » ou « brut » peuvent être rajoutés quand la teneur en sucre résiduel est de moins de par litre, le rendement est limité à et décret du 16 novembre 1962 définissant l'appellation contrôlée « Banyuls grand cru » , publiés au JORF du .. En 1964, les rendements sont augmentés pour les banuyls VDN à et les VDL à , pour les banuyls grands crus respectivement 25 et 30 et décret du 24 juin 1964 concernant l'appellation contrôlée « Banyuls grand cru », publiés au JORF du .. En 1972, l'encépagement est précisé : grenache noir (désormais au moins 50 %), gris et blanc, maccabéo, tourbat (dit malvoisie du Roussillon), muscat blanc à petits grains, muscat d'Alexandrie (dit muscat romain), carignan noir, cinsault et syrah (ces trois derniers limités à 10 %) ; la présence dans les parcelles d'arbres fruitiers est interdite ; la vinification peut se faire en rouge, rosé ou blanc ; la mention « muscat » sur l'étiquette est interdite, publié au JORF du .. Les cahiers des charges des appellations sont publiés en octobre 2009 publié au JORF du ., puis en novembre 2011, homologué par le décret du publié au JORF du ; , homologué par le décret du publié au JORF du . ; celui du banyuls est modifié en juillet 2024, homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Vignoble Aire d'appellation
L'aire de production est limitée aux quatre communes de la Côte Vermeille : Collioure, Port-Vendres, Banyuls-sur-Mer et Cerbère. La superficie en production, , s'est réduite à un total de en 2023, dont pour du VDN blanc/ambré et 18 pour du VDN rosé.
À l’est, la mer Méditerranée ; à l'ouest comme au sud, le massif des Albères, derniers soubresauts des Pyrénées dont les pentes abruptes plongent dans la mer créant un multitude de petites criques dont celles abritant les quatre petits ports..
Orographie et géologie Les classés dans l'aire d'appellation sont structurés en terrasses soutenues par plus de de murettes de pierres sèches. Elles constituent, associées à des canaux obliques et verticaux, un réseau de filtrage et de canalisation des rares mais violentes eaux de pluie. Cet ouvrage gigantesque, qui façonne tout un paysage, a été construit il y a plus de sept siècles et entretenu par les vignerons pour préserver de l’érosion la fine couche de terre et de schiste en décomposition qui recouvre le sol.
Le sol y est presque exclusivement constitué de schiste en strates verticales dans les profondeurs desquelles la vigne plonge ses racines. Elle partage ce maigre et aride terroir avec les pins, les oliviers, les chênes-lièges et la garrigue aromatique et sauvage.
Climatologie
Le climat de la région de Banyuls est de type méditerranéen. Les hivers y sont doux avec quatre jours de gelées par an, les étés sont souvent chauds et secs. La tramontane (Tramuntana) souffle fréquemment (un jour sur quatre ; moins depuis quelques années) et amène une certaine fraîcheur en période estivale. La température des mois les plus chauds atteint régulièrement plus de ; la plaine du Roussillon est en effet l'une des régions les plus chaudes de France. Avec plus de d’ensoleillement par an ( par an en moyenne 1991-2020 à Perpignan)., un vent fréquent, des pluies rares mais violentes qui permettent de ne réaliser que trois à quatre traitements par an, les producteurs se sont engagés dans une viticulture respectueuse de son environnement.
La station météorologique du cap Béar à Port-Vendres (sur le site du sémaphore de Béar, à d'altitude : ). est représentative de l'aire d'appellation.
Terrasses
Ce terroir viticole est façonné par les murettes en schistes qui s'étalent sur plus de six kilomètres. Certaines de ces substructions datent du . Leur aménagement fut perfectionné durant la période médiévale ; .
Cet étagement . De plus ces coteaux ont forte déclivité, puisqu'ils vont des rives de la Méditerranée jusqu'à 500 mètres d'altitude. Ce qui nécessite pour les vignerons de travailler uniquement à la main, sans aucune mécanisation, .
Encépagement Les règles d'encépagement varient selon le type de vin produit.
Pour le banyuls blanc et le banyuls ambré, les cépages principaux sont le grenache blanc BLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. ., le grenache gris G, le macabeu B et le tourbat B (appelé malvoisie du Roussillon). Les cépages accessoires sont le muscat à petits grains B, le muscat d'Alexandrie B, qui ne doivent pas représenter ensemble plus de 20 % de l’encépagement, ainsi que la marsanne B, la roussanne B, le vermentino B et le carignan blanc B, ces quatre derniers étant limités ensemble à 10 % de l’encépagement.
Pour le banyuls rosé, les cépages principaux sont le grenache blanc B, le grenache gris G, le grenache N, le macabeu B et le tourbat B. Les cépages accessoires sont le muscat à petits grains B et le muscat d’Alexandrie B, leur proportion cumulée ne devant pas dépasser 20 % de l’encépagement.