Armand-Prosper Faugère, né le à Bergerac et mort le dans le , a occupé la fonction de sous-directeur du Cabinet des relations extérieures au Ministère des affaires étrangères et directeur des Archives et des Chancelleries. Il est principalement connu comme historien et éditeur de Blaise Pascal et donne une nouvelle impulsion aux recherches sur Pascal en basant, le premier, son édition sur ses papiers originaux, à la suite du rapport de Victor Cousin à l'Académie française.
Biographie Son ouvrage La vie et les bienfaits de La Rochefoucauld-Liancourt, publié en 1835 chez Ledoyen, marque le début de sa carrière littéraire. Ce mémoire a été écrit dans le cadre d'un prix décerné par la société Montyon et Franklin. Il officie également comme avocat après des études de droit à Paris.
Dès 1839, il occupe brièvement le poste de chef du secrétariat au ministère de l'instruction publique, qu'il quitte à la suite du départ d'Abel-François Villemain. C'est en qu'il intègre le Ministère des Affaires étrangères, sous la direction d'Adolphe Thiers. En 1845, il devient rédacteur, puis sous-directeur à la division du Midi (qui concerne l'Espagne, le Portugal, la Suisse, l'Italie, la Porte Ottomane, et les États-Unis jusqu'en 1855), fonction qu'il occupe jusqu'au . Ses qualités littéraires reconnues lui valent une nomination à la fonction de Directeur des Archives et des Chancelleries, ou chef du Dépôt des Archives, de 1866 à 1880. Il prend ainsi la suite de Pierre Cintrat (1793-1880), en fonction depuis 1849.
Sa prise de poste l'amène aux côtés de Viennot et Tétot. L'un de ses prédécesseurs, Dumont, a effectué de nombreux travaux dans les archives, jusqu'à séparer des séries de documents pour créer de nouveaux ensembles, et aurait manifesté une certaine possessivité à l'égard des documents - attitude que les gens de lettres, parmi lesquels Sainte-Beuve, espèrent voir disparaître avec la nomination de Faugère. Ce souhait d'un accès facilité aux archives diplomatiques ne se réalise apparemment pas à la hauteur des espérances du public, mais suffisamment pour la publication par des chercheurs de travaux de recherches basés sur les riches documents conservés.
Rapidement reconnu pour son talent d'écrivain, Faugère remporte en 1842 un troisième Prix d'éloquence de l'Académie pour son Éloge de Blaise Pascal, travail qui l'amène à trouver des sources inédites. Dès lors, il débute des recherches sur la carrière du savant dont il devient l'un des éditeurs et spécialistes reconnus.
Travaux sur Blaise Pascal
Édition des Pensées
L'édition de Faugère pose un jalon dans l'histoire éditoriale des Pensées : contrairement aux précédentes, elle ne se base pas sur celle publiée en 1670 par Port-Royal et préfacée par Étienne Périer, mais sur les papiers originaux de Blaise Pascal. Cette décision fait suite à un rapport véhément publié en 1842 par Victor Cousin, dans lequel il démontre que la version de Port-Royal ne respecte en rien les notes de Blaise Pascal et encourage vivement la publication d’une nouvelle édition,dans un contexte de regain d'intérêt pour les recherches relatives à Pascal. Il insiste non sur la mise de côté de certains textes, légitimée par les conflits de l'époque avec les Jésuites, mais principalement sur l'intégration de sources secondaires par Bossut notamment, ou sur « les additions incroyables que Port-Royal a fait de sa propre main ». Son principal regret réside dans ce qu'il considère comme une déformation du style original de Blaise Pascal et il affirme que « Port-Royal [n'a] pas une imagination capable de comprendre celle de Pascal, les troubles de son cœur, les inquiétudes de sa raison, l'immortelle originalité de son style. ». Il qualifie certaines des modifications opérées par Port-Royal de « censure de la médiocrité sur le génie », considère le style de Pascal « mutilé et défiguré de toutes les manières » et attribue plus volontiers cet irrespect au duc de Roannez et à Étienne Périer qu'à Antoine Arnauld et Pierre Nicole. Cousin a de plus « donné des échantillons nombreux de tous les genres d'altérations, altérations de mots, altérations de tours, altérations de phrases, suppressions, substitutions, additions, compositions arbitraires et absurdes tantôt d'un paragraphe, tantôt d'un chapitre entier, à l'aide de phrases et de paragraphes étrangers les uns aux autres, et, qui pis est, décompositions plus arbitraires encore et vraiment inconcevables de chapitres qui, dans le manuscrit de Pascal, se présentaient parfaitement liés dans toutes leurs parties et profondément travaillés ».
L'édition de Faugère pose un jalon dans l'histoire éditoriale des Pensées : contrairement aux précédentes, elle ne se base pas sur celle de Port-Royal, publiée en 1670 par Port-Royal et préfacée par Étienne Périer, mais sur les papiers originaux de Blaise Pascal. Cette décision fait suite à un rapport véhément publié en 1842 par Victor Cousin, dans lequel il démontre que la version de Port-Royal ne respecte en rien les notes de Blaise Pascal et encourage vivement la publication d’une nouvelle édition,dans un contexte de regain d'intérêt pour les recherches relatives à Pascal. Il insiste non sur la mise de côté de certains textes, légitimée par les conflits de l'époque avec les Jésuites, mais principalement sur l'intégration de sources secondaires par Bossut notamment, ou sur « les additions incroyables que Port-Royal a fait de sa propre main ». Son principal regret réside dans ce qu'il considère comme une déformation du style original de Blaise Pascal et il affirme que « Port-Royal [n'a] pas une imagination capable de comprendre celle de Pascal, les troubles de son cœur, les inquiétudes de sa raison, l'immortelle originalité de son style. ». Il qualifie certaines des modifications opérées par Port-Royal de « censure de la médiocrité sur le génie », considère le style de Pascal « mutilé et défiguré de toutes les manières » et attribue plus volontiers cet irrespect au duc de Roannez et à Étienne Périer qu'à Antoine Arnauld et Pierre Nicole. Cousin a de plus « donné des échantillons nombreux de tous les genres d'altérations, altérations de mots, altérations de tours, altérations de phrases, suppressions, substitutions, additions, compositions arbitraires et absurdes tantôt d'un paragraphe, tantôt d'un chapitre entier, à l'aide de phrases et de paragraphes étrangers les uns aux autres, et, qui pis est, décompositions plus arbitraires encore et vraiment inconcevables de chapitres qui, dans le manuscrit de Pascal, se présentaient parfaitement liés dans toutes leurs parties et profondément travaillés ». alt=Page du Recueil des papiers originaux de Blaise Pascal (ms 9202). On y voit plusieurs notes sur la même page.|gauche|vignette|348x348px|Page du Recueil des papiers originaux de Blaise Pascal (ms 9202).
Les recherches de Victor Cousin exposées dans son rapport montrent qu'il a déjà préparé une édition des Pensées qu'il juge indispensable, sans certitude de pouvoir la publier lui-même. Son travail préalable consiste en la publication de fragments inédits dans l'optique de « rétablir le vrai texte de Pascal sur les points les plus essentiels ». Il met en parallèle ce qui constituait selon lui l'original à côté de toutes les modifications qu'il relève dans les éditions de Port-Royal et de Bossut et restitue « sous leur vraie forme » certains des écrits de Pascal tels que ceux relatifs au pari, aux deux infinis, ou les neuf lettres à Charlotte de Roannez là où une seulement a jusqu'alors été publiée.
L'impulsion donnée par Cousin aux travaux pascaliens a très vite été reconnue par ses contemporains. Selon Sainte-Beuve, en mettant en lumière les modifications apportées par les éditeurs successifs et leurs possibles corrections, il a permis une avancée considérable dans les tentatives de retrouver les textes originaux de Blaise Pascal et d'approcher au mieux sa pensée sur les plans philosophique et religieux. Par ailleurs, la découverte du Recueil Original (ms 9202) et de certains fragments tendent à considérablement modifier la vision jusque là admise du philosophe.
En ce qui concerne Faugère, Pascal est « un écrivain en qui se rencontrent, dans une merveilleuse alliance, la beauté de l'âme et la grandeur du génie ». Ses recherches pour l'édition des Pensées l'amènent « durant la dernière quinzaine d'octobre et la première quinzaine de » à Romagnat, près de Clermont-Ferrand. Il rencontre dans cette ville M. Bellaigue de Rabanesse, qui lui permet de consulter les documents qu'il conserve depuis une soixantaine d'années. Il s'agit en l'occurrence de deux des trois manuscrits de Pierre Guerrier, neveu de Jean Guerrier, lui-même cousin de Marguerite Périer, copiés d'après les originaux à la demande de la famille de Blaise Pascal après la mort de ce dernier en 1662. Très lié par son travail à Bellaigue de Rabanesse, Faugère regrette que le décès de celui-ci, le , ne lui permette pas de voir le travail éditorial des Pensées achevé. Il se tourne également vers le troisième manuscrit ; il se « [précipite] sur le grand in-folio de 253 pages, catalogué à la Bibliothèque Royale de Paris, sous le n°9202 du fonds français, et qui contient le manuscrit original des Pensées. ».
Son étude de ce manuscrit original lui permet par ailleurs de découvrir le fragment Le Mystère de Jésus. Victor Cousin avait déjà, en amont, publié des fragments inédits découverts dans le manuscrit original, mais certains d'entre eux lui ont apparemment échappé à en juger par le nombre d'inédits dévoilés par Faugère. Entre autres ajouts, nous devons à son édition un portrait de Blaise Pascal par Jean Domat, proche ami de Pascal, dont il peut obtenir un fac-similé, l'original ayant été collé par Domat lui-même dans un de ses ouvrages, propriété d'un conseiller à la cour de Riom au moment où Faugère se rend en Auvergne.
Composée de deux volumes, l'édition de Faugère repose sur le fragment Ordre 4 (Laf. 6, Sel. 40), qui semble présenter soit deux suppositions de plan, soit un plan et son alternative. Le premier volume comprend toutes les œuvres et les fragments qui n'ont pas été jugés comme faisant partie de l'ouvrage prévu par Blaise Pascal qu'il présente dans une conférence en 1658, et le second les textes et notes préparatoires de cet ouvrage. Elle rencontre un grand succès, comme en témoigne notamment la chronique de Sainte-Beuve dans la Revue des deux-mondes : il évoque « une édition des plus exactes, la plus exacte même, tout à fait telle qu'on la veut aujourd'hui, reproduisant le texte original avec toutes ses ellipses, ses audaces, ses sous-entendus, ses lacunes ». Le théologien protestant suisse Alexandre Vinet, spécialiste de Pascal, fait également l'éloge de cette édition (Etudes sur Blaise Pascal, 1856), après avoir critiqué celle de Cousin. Le Dictionnaire universel contemporain publié par Gustave Vapereau en 1880 la mentionne comme « la véritable édition princeps ». De son côté, Faugère considère son travail comme « la première édition exacte et complète des Pensées de Pascal ». Pourtant, faisant preuve d'un « un tact parfait », il n'insiste pas dans son introduction sur les erreurs de ses prédécesseurs. Cependant, si Sainte-Beuve se veut élogieux dans les premières lignes de sa critique, il exprime plus loin un certain regret de cette tentative de restituer le plus fidèlement possible les étapes du travail de l'écrivain et déplore une époque qui « [saisit] et [admire] ainsi ses grands hommes dans leur déshabillé, ses grands écrivains jusque dans leurs ratures ».