dit « le Long » (vers - Abbaye royale de Longchamp, ), roi de France de 1316 à sa mort, et de Navarre, sous le nom de , durant la même période, est le quatorzième et avant-dernier monarque de la dynastie dite des Capétiens directs. Il est également le premier de cette dynastie à ne pas avoir hérité du titre de roi par son père, mettant fin au « miracle capétien ».
Arrière-petit-fils de Saint Louis (canonisé en 1297), second fils du roi , il reçoit en apanage le comté de Poitou en décembre 1311, tandis que son frère aîné, , hérite du trône de France en 1314. Lorsque Louis X meurt en juin 1316, il laisse une fille issue de son premier mariage ainsi que sa seconde épouse, la reine Clémence de Hongrie, enceinte. Philippe obtient la régence du royaume. Peu après, la reine Clémence donne naissance à un fils, proclamé roi sous le nom de , qui meurt subitement, cinq jours plus tard. À sa mort, Philippe se fait sacrer à Reims. Sa légitimité est contestée par les partisans de Jeanne, la fille aînée de , qui a cinq ans. balaie les revendications de sa nièce en utilisant plusieurs arguments, notamment son jeune âge, les doutes concernant sa paternité et la réunion des États généraux, en , qui confirment qu'en vertu d'une coutume des Francs saliens les femmes sont exclues de la succession au trône de France. La faveur donnée à Philippe de préférence à sa nièce crée un précédent dans la succession au trône, qui sera plus tard formalisé sous le nom de loi salique.
restaure de bonnes relations avec le comté de Flandre, qui est entré en rébellion ouverte sous le règne de son père. Cependant, les relations avec son beau-frère, , se dégradent lorsque ce dernier, qui est aussi duc d'Aquitaine, refuse initialement de rendre hommage à Philippe pour ses possessions continentales. Une croisade populaire part en 1320 de Normandie afin de libérer l'Ibérie des Maures. Au lieu de cela, la population mécontente marche vers le sud, où elle s'attaque aux châteaux, aux officiers royaux, aux prêtres, aux lépreux et aux Juifs. s'engage dans une série de réformes internes destinées à améliorer la gestion du royaume. Ces réformes incluent la création d'une Chambre des comptes indépendante, la standardisation des poids et mesures et l'établissement d'une devise unique.
meurt de dysenterie en 1322, sans héritier mâle pour lui succéder. C'est donc son frère, , bénéficiant du précédent créé par Philippe en 1316, qui lui succède sur le trône.
Jeunesse et mariage vignette|gauche|Adoubement de Philippe le Long et de son frère cadet Charles de la Marche en 1313. La cérémonie est présidée par leur père le Bel, leur frère aîné et leur beau-frère . Philippe le Long est le second fils du roi de France et de son épouse la reine . Son père lui accorde le comté de Poitou en apanage en décembre 1311. Les historiens modernes ont décrit Philippe comme un homme « d'une intelligence et d'une sensibilité considérables » et « le plus sage et le plus capable politiquement » des trois fils de Philippe le BelBrown, .. Philippe est influencé par les troubles qu'a subis son père en 1314, ainsi que par les difficultés rencontrées par son frère aîné, , dit le HutinBrown, .. Au cœur des problèmes de et de se trouve la levée de taxes en dehors des périodes de crises.
Le , Philippe épouse JeanneWagner, ., la fille aînée d', comte palatin de Bourgogne, et de Mahaut, comtesse d'Artois. Initialement, c'est qui devait épouser Jeanne, mais Philippe le Bel choisit finalement de lui faire épouser Marguerite de Bourgogne, fille du duc Robert II de BourgogneBrown, .. À la mort de son père, en 1303, Jeanne devient comtesse de Bourgogne, puis, après la mort de sa mère, en 1329, comtesse d'Artois. Par ce mariage, Philippe de Poitiers est lui-même comte palatin de Bourgogne et peut briguer la dignité impériale. Les historiens modernes ont peu de documents pour témoigner sur la réussite du mariage de Philippe et Jeanne, mais le couple a beaucoup d'enfants en très peu de tempsBrown, .. Par ailleurs, Philippe a été exceptionnellement généreux dans les cadeaux qu'il a faits à son épouse et s'est assuré que les terres et les dons financiers qu'il lui a faits ne lui soient pas repris à sa mortBrown, .. Ainsi, Jeanne de Bourgogne reçoit plusieurs palais ainsi que des bijoux. De plus, Philippe lui accorde, en 1318, les propriétés de tous les Juifs de BourgogneBrown, ..
Au début de l', Jeanne est impliquée dans l'affaire de la tour de Nesle. Sa cousine, Marguerite de Bourgogne, et sa sœur, Blanche de Bourgogne, sont convaincues d'adultère, respectivement avec Philippe d'Aunay, écuyer de la maison Valois, et avec son frère Gautier d'Aunay, bachelier du comte de Poitou lui-même, et cela, sous le témoignage de la reine d'Angleterre, Isabelle, sœur de PhilippeDrees, .. Pour sa part, Jeanne est soupçonnée d'avoir eu connaissance des adultères de Marguerite et de Blanche, voire de complaisance. Emprisonnée au donjon du château de Dourdan pour s'y repentir, elle ne cesse de protester de son innocenceBrown, .. En 1315, Jeanne est blanchie par le Parlement de Paris, sans doute grâce à l'influence de Philippe, et est autorisée à retourner à la cour. On ignore encore pourquoi Philippe l'a tant soutenue. Certains suggèrent qu'il était inquiet de perdre la Bourgogne s'il venait à divorcer de Jeanne. D'autres avancent des lettres passionnées écrites à son épouse pour preuve que Philippe était véritablement épris d'elle.
À la mort de , le , son fils aîné, , monte sur le trône. Devant faire face à la fronde des grands féodaux, Louis reçoit le soutien décisif de son frère, Philippe de Poitiers, en échange de l'héritage du comté de Bourgogne, ce qui est contraire au testament de leur père, Philippe le Bel. Celui-ci a acheté en 1295 les droits de la Comté Franche à , en échange d'une alliance matrimoniale. En acceptant de perdre ses droits de succession sur le comté de Bourgogne, Jeanne de Bourgogne en conserve la jouissance et le titre. Selon le testament de , le comté doit revenir à la couronne si Philippe de Poitiers et Jeanne de Bourgogne n'ont pas de fils. Philippe de Poitiers monnaye son appui à en exigeant que son épouse Jeanne puisse léguer le comté de Bourgogne à sa fille aînée, en plus de l'Artois qui lui vient de sa mère, Mahaut. Cet accord, par lequel paie la stabilité du début de son règne, aboutira ultérieurement, sous le règne de , à la difficile succession de la Bourgogne et de l'Artois, réunies par mariage entre les mains des Habsbourg, et, sous , la guerre de Dévolution de l'Artois et de la Franche-Comté.
Régence, accession au trône et sacre vignette|Philippe se fait couronner en hâte après la mort de son neveu , afin de prendre de vitesse ses ennemis.
Le frère aîné de Philippe, , meurt le , laissant son épouse, Clémence de Hongrie, enceinteRose, .. Plusieurs candidats revendiquent la régence en attendant l'accouchement de la reine, dont Charles de Valois, oncle de Philippe, qui a véritablement gouverné la France pendant le bref règne de , et , frère de Marguerite de Bourgogne et oncle de Jeanne, fille de par son premier mariage. Philippe s'empresse d'écarter ces possibles prétendants et de s'emparer de la régence. Le , la reine Clémence met au monde un fils, . Philippe s'impose pour conserver la régence jusqu'à la majorité de son neveu. Mais ce fils posthume de meurt cinq jours après sa naissance (19 novembre 1316).
La mort de crée un précédent dans la dynastie des Capétiens directs. Pour la première fois, le roi de France meurt sans héritier mâle. Les barons décident de se réunir pour déterminer à qui doit échoir la couronne. Jeanne, fille de , est considérée comme une candidate possible au trône par sa famille de Bourgogne. Beaucoup de barons mettent toutefois en doute la légitimité de la princesse, qui est considérée par Philippe non pas comme fille de , mais du chevalier Philippe d'Aunay. Philippe, qui a conscience que seule sa nièce est un obstacle à son avènement au trône, sait qu'il va devoir combattre les grands féodaux, dont son oncle, Charles de Valois, est un des meneurs et qui soutient les droits au trône de Jeanne. Charles rallie son neveu après avoir négocié. Ensuite, le régent Philippe apaise de Bourgogne : il lui promet la main de sa fille aînée, Jeanne, en mettant dans la dot de la fiancée l'héritage des comtés de Bourgogne et d'Artois, mais, en échange, Eudes doit abandonner les droits de sa nièce au trône.
Le , Philippe est sacré roi dans l'église Saint-Remi-de-ReimsJordan(2005), .. La majorité des barons de France n'est pas présente au sacre et des troubles éclatent en Champagne et en BourgogneFryde, .. En conséquence, réunit le les États généraux à Paris. Réussissant à faire interpréter en sa faveur la coutume formalisée plus tard sous les aspects de la Loi salique, Philippe obtient de l'assemblée qu'elle le déclare comme mieux placé au trône que sa nièce Jeanne, car séparé de Saint Louis par deux générations contre trois pour Jeanne, et que « femme ne succède pas au royaume de France ». Cette proclamation officielle se fait en dépit de l'opposition de certains barons, dont Charles de la Marche et la duchesse Agnès de Bourgogne, fille de Saint Louis, qui protège les droits de sa petite-fille Jeanne.
Contrairement à une légende très répandue, à aucun moment la « loi salique » n'est évoquée dans les débats à cette époque ; cependant, ce fait et les suivants (succession de en 1328) établissent une pratique usuelle d'exclusion des femmes de la succession au trône royal, « officialisée » avec cette référence aux Francs saliens en 1388.
Règne Réformes fiscales et administratives vignette|gauche|200px|Philippe prend des mesures pour réformer la monnaie de France pendant son règne, dont ces pièces de tournois en argent.
Philippe s'affiche dans son royaume comme un roi puissant et populaire, malgré la situation critique de la France qui produit continuellement de mauvaises récoltes, ce qui provoque la Grande famine. suit les pas de son père, Philippe le Bel, en essayant de construire une base fiscale solide et en révoquant bon nombre de décisions impopulaires prises par son frère. Il instaure aussi des réformes au sein de son gouvernement, en réformant la monnaie et en cherchant à standardiser les poids et mesures, malgré l'opposition des seigneurs du Midi.
En 1317, réédite un acte promulgué par son père en 1311, qui condamne l'aliénation et le vol des ressources royales et des postes administratifs dans les provinces. En 1318, sa légitimité sur le trône étant définitivement assurée, il va plus loin, en établissant dans un nouvel acte une distinction entre le domaine royal français et les terres et titres qui ont été confisqués par la couronne pour une raison ou une autre. Ainsi, si la couronne doit accorder de nouvelles terres aux nobles, les terres données par le roi proviennent forcément de terres auparavant confisquées. Cette mesure se révèle à double tranchant, car elle renforce à la fois les pouvoirs inaliénables de la couronne, tout en rassurant également les nobles que leurs terres sont garanties à moins qu'elles ne viennent à être confisquées pour un quelconque crime ou délit. En pratique, Philippe ne s'est pas entièrement conformé à ses principes autoproclamés sur l'octroi de terres et de titres royaux, mais il a été beaucoup plus conservateur dans ces domaines que ses prédécesseurs immédiatsBrown, 129..