Le château Haut-Brion est le domaine viticole le plus réputé du vignoble des Graves. Il est situé dans l'aire d'appellation du pessac-léognanRéférences sur la façon d'orthographier les appellations d'origine., sur les communes de Pessac (siège social) et de Talence, dans l'agglomération de Bordeaux. Il produit l'un des vins de Bordeaux les plus prestigieux, qui porte ce même nom.

Le château Haut-Brion est un « premier grand cru classé » selon le classement de 1855 des vins de Bordeaux. Il partage cette rare distinction avec le château Margaux, le château Latour, le château Mouton Rothschild et le château Lafite Rothschild. En outre, Le château Haut-Brion est également classé comme cru classé des graves dans la classification de 1959.

Histoire Le domaine a été constitué à partir de 1525 par Jean de Pontac.

Haut-Brion est le seul vignoble en rouge (en dehors du Médoc) à avoir été distingué par le fameux classement de 1855. C'est le meneur des crus classés des Graves, tous situés sur l'appellation contrôlée pessac-léognan, créée en .

La culture de la vigne sur les terres de Haut-Brion (alors dépendantes de ) remonte au de notre ère et fut implantée venue du Nord de la Gaule, les Bituriges Vivisques. Cette culture semble rencontrer un succès durable car toponymie et analyse des manuscrits médiévaux s’accordent pour nous révéler que, dès les temps antiques, les hommes eurent l’intuition de la valeur viticole des graves de Haut-Brion.

Familles propriétaires vignette|gauche|150px|Armes de la famille de Pontac (avec manteau de président à mortier) qui a fondé Haut-Brion en 1525.

La famille de Pontac est à l’origine de la fondation du vignoble tel que nous le connaissons aujourd’hui et du début de la grande renommée de château Haut-Brion. Jean de Pontac, greffier civil et criminel du Parlement de Bordeaux reçoit, par son mariage, le , avec Jeanne de Bellon, fille du maire de Libourne, des terres au lieu-dit Haut-Brion dans la commune de Pessac.. La vigne y était déjà cultivée sur le sommet de cette petite colline à au-dessus du niveau de la mer. En 1533, il achète la maison noble de Haut-Brion et, par une patiente politique d’acquisition de terres, il structure le terroir du domaine et enfin, en 1549, il entreprend la construction du château dont la silhouette orne les étiquettes des bouteilles. Jean de Pontac se maria trois fois, eut quinze enfants et mourut à . Sous l’impulsion de sa nombreuse descendance, le domaine ne va cesser de s’accroître et de s’améliorer.

En 1649, Arnaud III de Pontac, devient propriétaire de Haut-Brion. Quatre ans plus tard, il est premier Président du Parlement de Bordeaux, et l’ascension de cette famille atteint alors son apogée. Il fait mettre au point des techniques de conservation, tels que l’ouillage et le soutirage, lui permettant de commencer à faire vieillir ses vins et à déceler les vertus du terroir. Il élabore ainsi un nouveau type de vin rouge dénommé « New French Claret » par les consommateurs anglais qui, pour la première fois, se bonifiera en vieillissant et imposera le style des grands vins rouges actuels. Le livre de cave de Charles II d'Angleterre confirme la présence de bouteilles de « Hobriono » à la table royale, dès 1660. Il aurait pris connaissance de ce vin à la cour du roi Louis XIV lors de ses années d’exil. Cette référence historique fait, très vraisemblablement, de « Haut-Brion » le premier vin dont la marque est spécifiée dans les archives nationales du Royaume-UniFranck Ferrand, « Bordeaux, histoires de châteaux », magazine L'Ombre d'un doute sur France 3, 2 octobre 2013. et la marque de luxe la plus anciennement attestée au monde.

En 1666, Arnaud III de Pontac envoie son fils, François-Auguste, à Londres en pleine reconstruction (après le grand incendie de Londres) pour ouvrir le tout premier restaurant de la ville – Pontack’s Head – où sera servie une cuisine beaucoup plus élaborée que ce que l’on pouvait alors trouver dans les tavernes traditionnelles. Cet établissement deviendra très vite un lieu de rencontre pour les lumières de l’époque et une plate-forme idéale pour promouvoir les vins du château. Durant ce dernier tiers du , plusieurs écrivains anglais tels Samuel Pepys, John Evelyn ou John Locke évoqueront Haut-Brion dans leurs écritsL'Université_de_Cambridge a célébré en avril 2013 le de la mention de Haut-Brion par Samuel Pepys. En effet, la bibliothèque du Magdalene College à Cambridge conserve le journal de Pepys qui fut alors exposé ouvert à la page mentionnant château Haut-Brion. Jane Hughes, spécialiste de Samuel Pepys, a fait une conférence sur l'historien et le vin tandis que le prince Robert de Luxembourg lançait un défi aux historiens et/ou amateurs de vin pour découvrir une mention sur l'histoire ou le vin de Haut-Brion antérieure à 1660. Voir Haut-Brion celebrates 350th Anniversary of Samuel Pepys connection in Cambridge, John Abbott sur le site decanter.com le 10 avril 2013..

À la mort d'Arnaud III de Pontac, du fait de la mort prématurée de son fils unique, une grande moitié de la propriété passa à sa fille Thérèse qui avait épousée Jean-Denis Daulède de Lestonnac qui hérita également de son beau-père de la position de premier président au Parlement de Bordeaux (il est à noter que les Daulède de Lestonnac était également les propriétaires de château Margaux créé par leur ancêtre, Olive de Lestonnac, cousine de sainte Jeanne de Lestonnac). Du fait de l'extinction de la branche masculine des Daulède de Lestonnac la propriété passa alors par alliance à François-Joseph de Fumel dont la famille restera à la tête du domaine pendant la seconde moitié du . Le domaine prend alors la dimension qu’on lui connaît aujourd’hui.

Le , le domaine reçoit entre autres la visite d’un personnage illustre, Thomas Jefferson, futur troisième président des États-Unis. Le lendemain de sa visite du vignoble, Jefferson écrivit à son beau-frère en Virginie, Francis Eppes : . Le témoignage de Jefferson a d’autant plus de valeur que sa correspondance privée témoigne de sa bonne connaissance des vignobles de Bordeaux. Il distingue ainsi « quatre vignobles de première qualité » : château Lafite, château Margaux, château Latour et château Haut-Brion, anticipant ainsi (en reprenant les classements existant alors) le classement des vins de la Gironde de 1855.

Le , Charles-Maurice de Talleyrand–Périgord, Prince de Bénévent, fait l’acquisition du château Haut-Brion auprès de Jacques Pons, Marie Joseph et Laure de Fumel, neveux et héritiers du comte Joseph de Fumel. Talleyrand est alors ministre des Relations extérieures de Napoléon Bonaparte, futur Napoléon .

Homme de goût et amateur de bonne chère, Talleyrand s’adjoint les services d’Antonin Carême, surnommé le « roi des cuisiniers » et le « cuisinier des rois », pendant 12 ans. De par ses fonctions de diplomate, Talleyrand reçoit princes, souverains et dirigeants du monde entier. Il leur offre les mets fins de Carême, accompagnés par les grands millésimes de château Haut-Brion… C’est le ministre lui-même qui aurait lancé la boutade en 1803 : Il aimait aussi à dire .

En 1804, Talleyrand revend Haut-Brion qui, après être passé entre les mains d’un banquier, Pierre-Narcisse Dorothée Michel, est acheté, en 1825, par deux associés, Jean-Henry Beyerman, réputé négociant hollandais de la place de Bordeaux et Louis-Nicolas Comynet, un agent de change. La banqueroute frappe les activités du sieur Comynet en 1830 et il est contraint de revendre ses parts à Jean-Henry Beyerman. Ce dernier meurt subitement, à cinquante-trois ans, en 1835, laissant une veuve et huit enfants. Un an plus tard, accablée par la complexité de la conduite de la propriété, cette dernière est contrainte de vendre château Haut-Brion aux enchères. vignette|Le château en 1838. Le , Joseph-Eugène Larrieu, un banquier parisien, acquiert le château Haut-Brion, et s’instaure ainsi la dynastie de cette famille qui jouera un rôle prépondérant dans l'évolution des vins de Haut-Brion et s’attachera, comme ses prédécesseurs, à agrandir et améliorer la propriété. Leurs efforts sont récompensés en 1855. Cette année-là, à la demande de la Chambre de Commerce à l’occasion de l’Exposition universelle qui se tient à Paris, le Syndicat des Courtiers en vin de Bordeaux rédige un classement des vins de la Gironde. Château Haut-Brion devient l’un des quatre « premiers crus classés », avec les châteaux Margaux, Lafite et Latour. Historiquement, ce classement de 1855 est donc l’héritier direct des remarques personnelles de Thomas Jefferson en 1787 (voir plus haut) et, au-delà, d’un classement anonyme des vins, établi en 1745, le premier à hiérarchiser ceux-ci, non par contrée ou paroisse de production, mais bien par propriétés individuelles.

Les trois générations de la famille Larrieu qui vont diriger la propriété de 1836 à 1896 vont faire face à de très importants bouleversements politiques et naturels. Comme leurs prédécesseurs, ils vont prendre place dans la vie locale et assumer des fonctions publiques. En 1859, à la mort de son père Joseph Eugène, c’est Amédée Larrieu qui prend la destinée de Château Haut-Brion en main. À la tête du domaine, il devra faire face aux ravages de l’oïdium et entamera, pour cela, une replantation progressive de son vignoble. Il modernise également les chais, supervise la vinification et développe les débouchés sur le marché anglais.

En 1873, Amédée décède, laissant son fils Eugène aux commandes de la propriété. À sa mort en 1896, ses neveux héritent du domaine et le conservent jusqu’en 1922.

vignette|Le château au début du . En 1923, à la suite des multiples problèmes liés à l'indivision régnant entre les héritiers Larrieu, château Haut-Brion passe aux mains de la Compagnie algérienne, une banque, puis entre celles de l’Entrepôt de Grenelle, une autre société. Celle-ci vend, en , le domaine à André Gibert qui gère Haut-Brion à travers les moments très difficiles engendrés par la crise de 1929. En 1934, âgé, malade et sans héritier, il songe à faire don de Haut-Brion à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, qui refuse par crainte des coûts d'entretien faramineux.

Le , , banquier américain francophile, acquiert la propriété. Président de la banque Dillon, Read & Co. de New York, il connaissait bien la région de Bordeaux et désirait acheter un « château » classé. Quand Haut-Brion arrive sur le marché, il n'hésite pas à l'acquérir. Entre le coût d'achat et le coût de la modernisation de l'exploitation, il lui faudra 35 ans pour récupérer son investissement.

Au fil des décennies, différents membres de sa famille vont se succéder à la tête du domaine. Seymour Weller, le neveu de Clarence Dillon, est nommé président de la Société vinicole de la Gironde qui gérait château Haut-Brion, dès 1935. Né à Milwaukee aux États-Unis, Seymour Weller est envoyé en Suisse pour étudier dans un internat avec ses frères. Il combattit durant la Première Guerre mondiale pour l’Armée française. Seymour reste en France après l’armistice de 1918 et commence à travailler pour la branche parisienne de Dillon, Read & Co., la banque de son oncle, au début des années 1920. Il est naturalisé français en 1939.

Au début de la guerre, suivant en cela les souhaits de son oncle, Seymour Weller aménage le château en hôpital et l'offre au gouvernement français. Il confie la plupart des meubles à la garde des employés du domaine et emménage lui-même dans une maison au 6 de la rue Rossini, contiguë au parc de Haut-Brion. C’est à cette époque qu’il rencontre Thérèse Morin, qui travaillait pour la société de négoce Granvins qui appartenait à Haut-Brion. Il l’épousera. Durant la guerre, il exerce également des activités au sein de la Résistance française, cachant notamment des aviateurs alliés abattus dans sa petite maison normande de Neaufles-Saint-Martin. Après la guerre, il sera d’ailleurs élu maire de cette commune et le restera 15 années.