Pierre Prudon, dit Pierre-Paul Prud'honPrud'hon ou le rêve de bonheur, catalogue d'exposition de la RMN, septembre 1997, ., né le à ClunyArchives départementales de Saône-et-Loire, acte de baptême, registres de la paroisse Saint-Marcel, vue 152/204, et mort à Paris le , est un peintre et dessinateur préromantique français.
Biographie Pierre-Paul Prud'hon nait à Cluny, le , septième et dernier enfant de Christophe Prudon, maître tailleur de pierre et de Françoise PiremolPrud'hon ou le rêve de bonheur, catalogue d'exposition de la RNMN, septembre 1998, p. 35. Remarqué par le curé de Saint-Marcel, l'abbé Besson, il fait ses études chez les moines de Cluny.
Formation Une bourse lui est accordée, lorsqu'il a seize ans, pour aller à l'école de peinture de Dijon. En 1776, il échoue au prix de Rome organisé par la province de Bourgogne, mais obtient le premier prix de peinture au concours annuel de l'École. Jusqu'en 1778, il étudie avec François Devosge, directeur de l'école dont le travail inspiré par Bouchardon et Greuze influence ses premières œuvres. Il travaille pour un mécène local, le baron de Joursanvault, admirateur de Rousseau et des idées sur la vertu, la nature et la liberté.
À dix-neuf ans, il épouse le , Jeanne Pennet, la fille d'un notaire. Ce mariage ne sera pas très heureux mais il en a un premier fils, Jean, né le , qui deviendra aussi peintre et graveur.
Il poursuit ses études, et vient, en 1780, à Paris où il est adressé au graveur Wille par le baron de Joursanvault, qui est aussi son bienfaiteur, et pour lequel il illustre une Méthode de basse et une Méthode de blason. À Paris, il se lie avec une famille, les Fauconnier, dont la fille, Marie, s'éprend de lui. Mais apprenant qu'il est marié, elle s'éloigne de lui. Il tisse des liens d’amitié avec Maximilien de Robespierre. Selon les frères Goncourt, en 1781, il orthographie son nom « Prud'hon » et adopte « Paul » comme second prénom, en référence à RubensL'art du 3, œuvres complètes, reprint Slatkine, tome 5, p 303. Élève de l'Académie royale de peinture, il n'y obtient qu'une médaille de quartier (trimestrielle).
En 1783, revenu à Dijon, il y concourt à nouveau pour le Prix de Rome régional des états de Bourgogne, l'obtient et part pour Rome où il arrive avec son camarade Pierre Petitot. Cependant, malgré la sollicitude du cardinal de Bernis, et de ses amis Canova et Quatremère de Quincy, il y vit dans la solitude, dans la mélancolie, et parfois dans la gêne. En hommage à la famille de Condé qui gouvernait alors la Bourgogne, il réalise pour le palais des États à Dijon sa première grande composition une Gloire de la Bourgogne, interprétation du plafond du Palazzo Barberini par Pietro da Cortona. Il voyage en Italie de 1784 à 1788 et fait de nombreuses études d'après les antiques, auxquelles il se référera tout au long de sa carrière.
Les années difficiles Malade, il renonce à la prolongation de sa pension et rentre début 1788. Pour rembourser une dette de famille, il travaille quelques mois à Lyon, comme aide du peintre de fleurs Gonichon. En , il est à Paris où sa femme le rejoint et où naissent deux de ses fils en 1791 et 1793. Ce sont des années difficiles pour la famille. Il n'expose qu'un dessin au Salon en 1791, Le Génie de la Liberté (Cambridge, Fogg Art Museum). Il y présentera sa première huile sur toile deux ans plus tard, L'Union de l'Amour et de l'Amitié (Minneapolis Institute of Art). Il acquiert une certaine renommée avec quelques tableaux allégoriques repris dans des gravures par Copia. Il adopte très vite les idées révolutionnaires et peint les portraits de Cadet de Gassicourt (1791, musée Jacquemart-André) et celui de Saint Just (1793, musée des Beaux-Arts de Lyon). Comme la plupart des artistes du temps, il participe en 1794 au concours de l'An II, organisé par Quatremère de Quincy et David pour procurer des commandes aux artistes. Comme eux, il se réfugie dans l'allégorie pour éviter les évènements révolutionnaires d'une actualité trop brûlante.
Son amitié avec Robespierre l’oblige à quitter Paris avec sa famille et il part vivre à Rigny, près de Gray, en Franche-Comté de 1794 à 1796. Il vit alors de portraits et d’illustrations pour l’éditeur et imprimeur Pierre Didot dont La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau ou le roman de Longus Daphnis et Chloé.
Élu membre associé de l’Institut en 1796, il revient alors à Paris où sa carrière prend un nouvel essor. Le Louvre met à sa disposition un atelier pour réaliser La Sagesse et la Vérité descendant sur la terre de 1798 à 1799. Il décore entre 1798 et 1801 l’hôtel particulier acquis en 1797 par un fournisseur des armées Marc-Antoine de Lannoy, dans le nouveau quartier de la Chaussée d'Antin. Cet hôtel qui vit naître le futur Napoléon III fut détruit à la fin du , mais plusieurs panneaux sont conservés au Louvre et à Chantilly.
Les années de bonheur En 1802, Prud'hon déménage du Louvre, comme beaucoup d'artistes qui y étaient logés. Il s'établit dans l'un des ateliers aménagés sous la dénomination « musée des Artistes » à la SorbonneChristian Hottin, « Naissance d’une architecture spécifique », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris : les palais de la science, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1999 , p. 37-44, spécialement p. 38. où il demeurera pendant vingt ans. Il rompt définitivement avec son épouse et peint un plafond pour les salles antiques du Louvre intitulé Diane prie Jupiter de ne pas l'assujettir à l'Hymen. L'artiste peintre Constance Mayer, née en 1775, élève de Suvée et de Greuze, devient sa compagne et élève ses fils. Elle collabore avec lui sur plusieurs projets et exécute des œuvres d'après des études et des esquisses de Prud'hon, qu'elle expose au Salon de 1804 à 1819.
Devenu le peintre favori de la maison impériale du Premier Empire, en 1808, il peint La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime et est nommé chevalier de la Légion d'honneur le comportant curieusement une date de naissance erronée. En 1811, il est nommé professeur de dessin de la souveraine et fait le portrait du petit roi de Rome, présenté au Salon de 1812.
Fin de vie
La chute de l'empire marque la fin des années heureuses. En 1816 il est enfin élu membre de l'Académie des beaux-arts, au fauteuil de la section Peinture, succédant à François-André Vincent, et reçoit quelques commandes pour le Sénat et la Madeleine. Sous la Restauration il ne s'adonne plus guère qu'au portrait et à la peinture religieuse.
Le , Constance Mayer, dépressive, se tue, la douleur de Prud'hon est profonde. Il termine le tableau qu'elle a laissé inachevé, Une famille malheureuse, et l'expose au Salon de 1822. Son dernier travail important, L'Âme brisant les liens qui l'attachent à la terre, reste inachevé.
Pierre-Paul Prud'hon meurt en 1823 et est inhumé à Paris au cimetière du Père-LachaiseAlfred Forest, Pierre-Paul Prud'hon, peintre français (1758-1823), E. Leroux, Paris, 1913, (en ligne). aux côtés de Constance Mayer.
Postérité Delacroix voyait en lui celui qui avait su résister au néoclassicisme officiel et les romantiques ont fait de lui leur martyr. Il est apprécié par Stendhal, BalzacLa Bourse, 1832, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, t. I, p. 141, , Millet et Baudelaire pour la qualité de son clair-obscur et son réalisme subtil. Plusieurs de ses œuvres furent gravées par son confrère Jacques-Louis Copia, tandis qu'Antoine François Gelée fut médaillé au Salon de 1842 pour son interprétation du tableau La Justice et la Vengeance Divine poursuivant le Crime Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.5, p.950..
Une rue au centre de Dijon porte son nom de même que dans le arrondissement de Paris, au sein du jardin du Ranelagh, l'avenue Prudhon.
Une rue de Cluny porte son nom. S'y trouve un buste en bronze de l'artiste, fondu en 1923. Un collège de cette même ville possède également son nomAlain Dessertenne, « Les statues publiques en Saône-et-Loire. partie : les statues aux illustres. », revue trimestrielle Images de Saône-et-Loire de mars 2021, ..
Œuvre vignette|Joséphine de Beauharnais (1805)Paris, musée du Louvre. vignette|La Justice et la Vengeance Divine poursuivant le Crime (1808), Paris, musée du Louvre. Privilégiant les nudités allégoriques il adopte une touche vaporeuse et un modelé fondu inspiré de Léonard de Vinci et du Corrège. À l'opposé du néoclassicisme de David, usant d'une ligne nette, ces traits témoignent de l'émergence de la sensibilité romantique.
Entre 1804 et 1806, Prud'hon travaille à une commande officielle du préfet de la Seine Frochot, pour le palais de justice, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (musée du Louvre). Parallèlement il peint le portrait de Talleyrand en 1807 et Psyché enlevée par les zéphyrs (Salon de 1808, Louvre) pour le comte Sommariva, riche amateur milanais et mécène de Prud'hon.
Il fait le portrait de l'impératrice Joséphine en 1805, (conservé à Paris au musée du Louvre), et grâce à Frochot, réalise d'importantes commandes de décorations éphémères pour des fêtes et des évènements tels que le couronnement de Napoléon en 1805 et le mariage de l'empereur avec Marie-Louise d'Autriche en 1810. C'est encore à lui que la ville s'adresse pour fournir les modèles du mobilier de vermeil destiné à la jeune impératrice Marie-Louise en 1810 et du berceau du roi de Rome en 1811. Ses dessins nous en conservent la trace.
Apothéose du baron de Joursanvault (1780), huile sur papier marouflé sur toile, , musée des Beaux-Arts de DijonJoursanvault, Base Joconde Portrait du sculpteur Pierre Petitot (1785-1788), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Dijon Portrait de François Devosge (1788), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Dijon Plafond à la gloire du prince de Condé, gouverneur de Bourgogne (1786-1787), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Dijon Portrait du sculpteur Nicolas Bornier (1788), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Dijon Tête de jeune femme (vers 1790), huile sur bois, , musée des Beaux-Arts de Dijon Chiots (années 1790), huile sur panneau de bois fruitier, , Wallace Collection, LondresWallace Collection Marie-Marguerite Lagnier (1796), huile sur toile, , musée du LouvreMarguerite, Base Joconde Charles Louis Cadet de Gassicourt (1769-1821) (1791), Paris, musée Jacquemart-André Portrait de Saint-Just (1793), huile sur bois, , musée des beaux-arts de Lyon Vénus, l'Hymen et l'Amour (vers 1793), huile sur bois, , musée du LouvreHymen, Base Joconde L'Union de l'amour et de l'amitié (vers 1793), , Minneapolis Institute of ArtAmour, Amitié, Minneapolis Portrait de François Musard (1794), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de DijonMusard, Base Joconde Madame Georges Anthony et ses deux fils (1796), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Lyon Portrait de Mademoiselle de Vellefrey (1796), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Dijon Portrait de Georges Anthony (1796), huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Dijon Le Monument du pape Clément XIV par Canova (1787), huile sur toile, , musée du LouvreGrande Galerie - Le Journal du Louvre, sept./oct./nov. 2011, , (acquisition du musée en 2011). Les Arts, la Richesse, les Plaisirs et la Philosophie (1798-1801), esquisses, quatre huiles sur toile marouflées sur bois, ,Montpellier, musée Fabre Diane implorant Jupiter de ne pas l'assujettir aux lois de l'Hymen (1803), plafond de la salle de Diane, musée du LouvreDiane, Base Joconde La Sagesse et la Vérité descendent sur la terre (Salon de 1799), huile sur toile commandée pour la galerie des peintres vivants au château de Versailles, musée du LouvreSagesse, Base Joconde Portrait de Rutger Jan Schimmelpenninck et sa famille (1801-1802), huile sur toile, , Rijksmuseum, AmsterdamSchimmelpenninck, Rijksmuseum Dans l'atelier de la Sorbonne L'Impératrice Joséphine (1763 - 1814) (1805), huile sur toile, , musée du LouvreJoséphine, Notice Louvre