Située sur la côte de l'actuelle Libye, non loin d'Al Marj, Barqa ou Barka, appelée Barké ou Barce dans l'Antiquité, est la seule colonie de la région fondée par des Cyrénéens, conséquemment à une querelle dynastique entre le roi de Cyrène Arcésilas II et ses frèresHérodote IV, 160.. Tout au long des , la cité se posa en rivale de Cyrène, cherchant à contester la suprématie de la cité des Battiades en Cyrénaïque, mais sans y parvenir. L'irruption des Lagides dans la région mit progressivement fin au clivage entre les deux cités : Barqa s'éclipsa de la scène internationale lors du deuxième quart du , puis à partir de , s'effaça au profit de son port Ptolémaïs, sanctionnée par le pouvoir lagide pour son esprit d'indépendance. À la fin de la période hellénistique, il n'existait plus de cité de Barqa, bien qu'une présence humaine se maintint dans la région : au Bas-Empire, la plaine de Barqa était un groupement de villages agricoles. La localité de Barqa fit peu parler d'elle jusqu'à la conquête arabe. Toutefois, il semble qu'elle était le siège d'un évêché : trois évêques de Barqa participèrent au concile de Nicée et à ceux d’Éphèse : celui de 431 et de 449. À partir de la seconde moitié du , le village prit un nouvel essor, de nombreux Berbères s'installant près de Barqa. Ces derniers, faiblement christianisés et échappant progressivement au contrôle de Constantinople, affaiblirent les défenses byzantines dans la région : les troupes arabes, dirigées par d'Amr ibn al-As, s'emparèrent aisément de la localité après un court siège en 642. Ville de taille moyenne, premier minbar sur la route du Caire vers Kairouan, la ville de Barqa était idéalement située à mi-chemin entre la capitale de l’Égypte et celle d'Ifriqiya. Après avoir été la capitale d'un émirat corsaire dirigé par le clan des Banū Qurrā’, qui prêtèrent allégeance à la dynastie des Fatimides, puis à celle des Zirides, la ville fut détruite au lors de l'invasion hilalienne, et al-Marj construite à la place.

Situation géographique Barqa est située sur le premier gradin du plateau cyrénéen, dont la plaine, très fertile, est constituée d'une terre rouge issue de la décomposition des calcaires environnants. Bien que les pluies y sont moins abondantes qu'à Cyrène, entre 300 et 400 millimètres par an, cette terre est propice à la culture des céréales. Lors de la saison des pluies, le sol, imperméable et mal drainé, favorise les inondations autour de la ville.

La frontière orientale de la cité n'est pas bien connue, mais il est clair que le territoire de Cyrène en marquait la limite. La limite occidentale de Barqa est définie par le territoire de la cité de Taucheira, qui dépendait de BarqaHérodote IV, 171., mais également de celui de la tribu hellénisée des Bakales.

Historiographie Sur l'histoire de la cité de Barqa durant la période archaïque, nous disposons notamment des écrits d'Hérodote qui fit un long développement sur la Libye dans son livre IV des HistoiresHérodote IV, 145-205.. Néanmoins, en dehors de Cyrène, il ne fait que mentionner les autres établissements grecs de la région : ainsi la cité de Barqa ne semble intéresser Hérodote qu'à travers les relations, souvent conflictuelles, qu'elle entretint avec sa métropole, Cyrène.

Si durant la période de l'expansion de l'islam, les sources arabes sont riches au sujet de la conquête de l'Égypte, elles sont à l'inverse bien moins prolixes concernant la campagne de Cyrénaïque, n'évoquant que la capitulation de la ville de Barqa. Elles ne donnent ainsi aucun détail sur la manière dont la campagne a été menée.

Histoire Antiquité Fondation de la cité La cité de Barqa a été fondée vers par des frères du roi Arcésilas II, accompagnés de Cyrénéens dissidents, probablement des partisans d'un régime aristocratique dont les intérêts étaient menacés par le roi battiade. Pour renforcer leur position face au roi de Cyrène, les Barcéens s'allièrent aux tribus libyennes qu'ils poussèrent à la révolte. Menacés, Arcésilas II marcha contre les rebelles. Par imprudence, il les poursuivit jusque dans le désert où il fut sévèrement battus lors de la bataille de Leukôn.

Essor

Barqa fut rapidement prospère, son monnayage commençant très tôt. Dès la fin du , elle battait monnaie, .

Alors que sous le règne de Battos III, Cyrène connut des troubles, poussant les Cyrénéens à faire appel à un réformateur, Barcé fut épargnée par les agitations. Pour François Chamoux, cette singularité s'explique probablement par le fait que la cité fut dès ses origines soumise à un régime oligarchique. De fait, elle servit de refuge aux aristocrates de Cyrène : durant le règne d'Arcésilas III, elle accueillit les proscrits cyrénéens qui fuirent la tyrannie mise en place par le roi battiade. Ces derniers assassinèrent Arcésilas III, ainsi que le roi de Barqa, Alazeir, parent du Battiade, qui lui avait offert l'asile politique lors de son exilHérodote IV, 164..

Premier siège de Barqa

La mère d'Arcésilas III, Phérétimê, chercha à venger l'assassinat de son fils. Pour ce faire, elle se rendit auprès d'Aryandès, satrape d'Égypte, afin d'obtenir son soutien, affirmant qu'Arcésilas III avait été assassiné à cause de ses sympathies à l'égard des PersesHérodote IV, 165.. Hérodote affirme dans un premier temps que le satrape fut pris de compassion pour Phérétimê, et qu'il accéda à ses demandesHérodote IV, 167.. Néanmoins, l'historien précise plus loin dans son récit qu'Aryandès utilisait la supplique de Phérétimê comme prétexte pour soumettre la Libye au pouvoir perseHérodote IV, 168.. Après avoir très certainement consulté Darius, Aryandès adressa un ultimatum à Barqa dans lequel il exigeait des habitants qu'ils lui donnent le nom des meurtriers d'Arcésilas III. Les Barcéens refusant, assumant tous la responsabilité de l'assassinat, Aryandès organisa une double expédition, sur terre et sur mer, dont il confia le commandement à Amasis le Maraphien et Badrès des Pasargades, et permit à Phérétimê d'accompagner l'armée.

Arrivées devant la cité de Barqa, les troupes perses entamèrent le siège de la ville, après avoir sommés les Barcéens de leur livrer les auteurs de l'assassinat d'Arcésilas III. La bataille dura neuf moisHérodote IV, 200., jusqu'à ce qu'Aryandès, jugeant que la cité de Barqa ne pouvait être réduite par la force, imagina un stratagème pour s'emparer de la ville par la ruseHérodote IV, 201.. Le satrape invita les Barcéens à des négociations, ce à quoi ils consentirent. Les négociations aboutirent : les Barcéens acceptaient de payer un tribut au roi achéménide en échange de la levée du siège. Mais Amasis ne respecta pas sa parole, et attendit que les Barcéens ouvrent leurs portes pour s'emparer de la cité. La cité investie, les Barcéens prisonniers . Les Perses livrèrent également à Phérétimê les assassins de son fils, qu'elle châtia avec beaucoup de cruauté. Seuls les Barcéens partisans des Perses et des Battiades eurent l'autorisation de rester sur placeHérodote IV, 202..

Pour Pierre Briant, l'expédition d'Aryandès contre Barqa visait à réinstaller à la tête de la cité un pouvoir-client. En effet, l'accord entre les Barcéens et Amasis stipulait que les premiers promettaient de payer au roi achéménide un tribut convenable, contre l'engagement du satrape de lever le siège et de laisser la cité sauve. Ces négociations indiquent que Barqa avait cessé de verser un tribut au pouvoir perse, car Hérodote précise dans son livre III que du temps de Darius (521-), la cité était rattachée à la sixième satrapie, qui versait un tribut annuel de 700 talentsHérodote III, 91.. En outre, lors de la conquête de l’Égypte par Darius, Hérodote indique que les Barcéens, de crainte de subir le même sort que les Égyptiens, s'étaient soumis d'eux-mêmes au roi achéménide, s'imposant un tribut et envoyant des présentsHérodote III, 13.. En reconnaissant la suprématie de Darius, par le paiement d'un tribut, les Barcéens avaient donc intégré l'espace impérial perse. Selon Pierre Briant, bien que le don soit volontaire, il est vraisemblable que le montant de celui-ci était négocié préalablement avec le roi.

Second siège de Barqa

Lors de la seconde guerre médique, Barqa se révolta contre les Perses, profitant probablement du soulèvement qui éclata en Égypte après la bataille de MarathonHérodote VII, 1-4.. Arsamès, satrape d'Égypte, fut chargé par Xerxès de mener campagne contre la cité rebelle. La ville fut prise et mise à sac aux alentours de Polyen, Stratagèmes VII, 28.. Soumise plus étroitement à la suzeraineté de Cyrène, la cité cessa dès lors de battre monnaie de manière autonome : elle ne recommença que vingt ans plus tard, avec des types monétaires identiques à ceux de sa métropole. Barqa était très certainement comprise parmi les grandes cités sur lesquelles régnait Arcésilas IV, évoquées par PindarePindare, Odes (Pythiques V, 15)..

S'appuyant sur la production monétaire de Barqa, plus importante que celle de Cyrène à la même période, Maurizio Giangiulio estime que la cité a retrouvé son indépendance à la chute de la monarchie des Battiades, affirmant son contrôle sur Taucheira. En effet, la cité de Taucheira est qualifiée par Hérodote de , mais il est difficile de savoir quand elle entre dans la dépendance de Barqa.

Moyen-Âge Un établissement berbère

La localité de Barqa connut un revirement de fortune au cours de la deuxième moitié du siècle : Ptolémaïs, ancien port de Barqa, qui avait éclipsé sa métropole dès la fin de la période hellénistique, se dépeupla au profit de la ville de Barqa, l'approvisionnement en eau de la cité portuaire étant devenu erratique.

En outre, de nombreux Berbères s'installèrent dans la région de Barqa, affaiblissant le contrôle des Byzantins sur la Cyrénaïque. Lors de la grande guerre maure de 544-548, le poète Corippe, dans la Johannide, cite les Barcaei, les Barcéens, parmi les peuples associés aux Laguatan, que le général Jean Troglita eut à affronter. Il est difficile de savoir si la localité de Barqa revint dans le giron byzantin après la révolte maure : possiblement, les chefs berbères continuèrent de verser un tribut aux autorités byzantines, ou de recevoir les insignes de fonction, droit associé aux magistratures, qui faisait des chefs maures les représentants de l'autorité romaine. Il est en tout cas certain que Constantinople ne parvint pas à raffermir son contrôle sur la région. Ainsi, dans les guerres entre les Arabes et les Byzantins, Richard Goodchild considère les Barcéens comme non-alignés.

Pour Yves Modéran, le poète Corripe, lorsqu'il utilise le terme de Barcéens, n'évoque pas les habitants de la localité, mais les Maures de Cyrénaïque dans leur ensemble. Ce faisant, il reprend un usage des Berbères locaux, qui avaient donné au mot Barcéen un sens plus large que celui d'habitant de la région de Barqa : chez les Berbères en effet, le terme Barqa désignait toute la Cyrénaïque, de la même manière que le mot Pentapole désignait chez les Romains la péninsule cyrénaïque. C'est ainsi que les sources arabes, bien qu'elles connaissent le terme de Pentapole, utilisé dès la période romaine pour qualifier la Cyrénaïque, donnèrent très rapidement le nom de Barqa à la région. Les Berbères étant le premier peuple de Cyrénaïque à être soumis aux conquérants musulmans, ces derniers firent siennes cette pratique.

Conquête musulmane

Ville de petite importance située à une vingtaine de jours de marche d'Alexandrie, Barqa se trouvait en première ligne de l'avancée des troupes musulmanes en Afrique du Nord. Dans l'élan de la conquête de l'Égypte, les troupes musulmanes, menées par le général Amr ibn al-As, poursuivirent leur campagne vers l'ouest.