vignette|Maquette, selon la description de Flavius Josèphe du second temple de Jérusalem. Cette maquette était exposée à l'origine à l'hôtel Holyland, depuis 2006 au musée d'Israël à Jérusalem.
Le temple de Jérusalem (en hébreu בית המקדש Beit ha-Mikdash « maison de Sainteté ») désigne différents édifices religieux construits sur le mont du Temple dans la vieille ville de Jérusalem. Dans l'Antiquité, les édifices successifs ont servi de lieu de culte pour les israélites puis pour les juifs. Selon la Bible, le premier sanctuaire, dit temple de Salomon, est construit par les israélites pour abriter l'Arche d'alliance ; il est détruit par les armées babyloniennes de Nabuchodonosor II en
Le second temple de Jérusalem est reconstruit soixante-dix ans plus tard, au départ avec l'aide de Zorobabel (d'après les récits bibliques) de -536 à -517 ; il est agrandi par Hérode à partir de 19 av. J.-C. (temple d'Hérode) ; il est à nouveau détruit, cette fois par Rome en 70 ap. J.-C., au cours de la première guerre judéo-romaine.
Origines Premier Temple Le Premier Temple ou temple de Salomon a été construit, d'après la Bible, par le roi Salomon (au ) Edward A. Beckstrom, Beyond Christian Folk Religion: Re-grafting into Our Roots (Romans 11:17-23), Wipf and Stock Publishers, USA, 2013, p. 66.
Les détails relatifs à la construction du Premier Temple se trouvent plus précisément dans le premier Livre des Rois. Le roi David fut divinement averti que la charge de construire une maison pour l'Éternel reviendrait à sa descendance () ; cette promesse fut accomplie avec son fils Salomon qui entreprit cette construction suivant les instructions de l'Éternel () .
Ce temple est entièrement détruit par Nabuchodonosor II, roi de Babylone, et ses armées en 586
Second Temple
vignette|Les portes de Houldah dans le mur sud. Le Second Temple est construit au retour de la captivité des Juifs à Babylone, alors conquise par l'empire perse, vers 536 Il est terminé le vignette|Partie du Kotel / mur occidental / des Lamentations depuis la rampe d'accès au mont du Temple / esplanade des Mosquées utilisée par les non-musulmans. Le temple d'Hérode est une reconstruction massive, qui comprend une rénovation du mont du Temple, commencée par Hérode le Grand vers 19 et terminée vers 63. Il s'agissait de pouvoir accueillir les nombreux pèlerins juifs ; les historiens évaluent le nombre de Juifs vivant dans l'Empire romain à cette époque à environ six à sept millions (plus un autre million en Perse).
Hérode étend notamment l'esplanade vers le sud en construisant des arches de soutènement devant servir de zone de stockage. Durant la dynastie omeyade, ces volumes deviendront un lieu de prière musulman (mosquée Marwani) puis seront transformés en écuriesDes anneaux servant à attacher les chevaux sont encore visibles sur les piliers. par les Templiers en 1099, d'où ils tirent leur nom actuel d'écuries de Salomon. Ils seront abandonnés après le départ des croisés en 1187. En 1996, ils sont à nouveau aménagés en une mosquée pouvant accueillir 7 000 fidèlesMireille Hadas-Lebel, Rome et Jérusalem, les Juifs à l'époque romaine, MOOC à l'UNEEJ, leçon 3, séquence 2, 2016.. Des forages de douze mètres sous l'esplanade par le Waqf, sans autorisation du Département israélien des antiquités, font perdre une occasion d'obtenir des informations sur les strates archéologiques souterrainesMichaël Jasmin, Histoire de Jérusalem, Puf, « Que sais-je? », 2018 (présentation en ligne), p. 65.. Le Mur occidental, ou Kotel en hébreu (connu en français sous le nom de « mur des Lamentations »), ne constituait qu'une partie des murs de soutènement de 500 mètres de long, courant autour du mont du Temple (au sommet duquel se trouve aujourd'hui le dôme du Rocher musulman).
Le temple d'Hérode est détruit par les armées romaines de Titus en 70 ; il n'en demeure aujourd'hui comme vestige que les murs de soutènement de l'esplanade construite par Hérode et le reste des arches qui permettaient l'accès à l'esplanade.
Architecture selon les textes juifs vignette|300px|Reconstitution hypothétique du temple d'Hérode. Selon la Bible (, ), avant le Temple existait le Tabernacle dont les plans avaient été donnés par Dieu à Moïse et qui était destiné au culte dans le désert, particulièrement pendant les 40 ans de vie nomade des Hébreux après leur sortie de l’Égypte.. Théodore Reinach note que le Temple s'inscrivait dans la ville de Jérusalem selon la gradation suivante indiquée dans la Mishna (Kélim 1, 8) : « la ville, la colline du temple avant cour extérieure, le hél (espace au-delà de la grille du temple), l'avant-cour des femmes, l'avant-cour des Israélites, l'avant-cour des prêtres, le Saint des saints ».
La structure du temple de Salomon et les matériaux précieux utilisés sont décrits notamment dans le premier Livre des Rois (6,1-22) Gail R. O'Day, David L. Petersen, Theological Bible Commentary, Westminster John Knox Press, USA, 2009, p. 128. C'est Hiram, le roi de Tyr, qui procura le bois de cèdre et de cyprès nécessaires à Salomon, ainsi que de l'or et de la main-d’œuvre pour construire le Temple, en échange de nourriture.
Le prototype de ce Temple est le dispositif portatif protégeant l'Arche d'alliance tel que décrit dans le Pentateuque. Ce modèle sera repris pour le Deuxième Temple.
Le Temple a une structure concentrique, avec des parties publiques et des parties toujours plus sacrées et toujours plus rarement accessibles. . Dans le sanctuaire du Temple, le « Saint des saints », est conservée l'Arche d'alliance avec, à l'intérieur, les Tables de la Loi (pierres gravées avec le texte des Dix Commandements transmis par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, durant l'Exode ; la verge d'Aaron (frère de Moïse) qui aurait germé et un pot contenant de la manne du désert) Donald Langmead, Christine Garnaut, Encyclopedia of Architectural and Engineering Feats, ABC-CLIO, USA, 2001, p. 315.
Le Temple comprend en outre des portiques, des autels (parfums, sacrifices d'animaux), des bassins d'ablution.
Le temple de Jérusalem et les trois grands monothéismes
Judaïsme vignette|gauche|Représentation du Temple juif en 144 ap. J.-C. La destruction du Deuxième Temple et la fin des sacrifices et du sacerdoce a marqué une étape cruciale dans la constitution du « judaïsme » tel qu'on le connaît aujourd'hui, avec une pratique du culte public non sacrificiel mais centrée sur le Livre (culte synagogal), en addition du culte familial..
La Jordanie avait occupé Jérusalem-Est et le Mont du Temple immédiatement après la déclaration d'indépendance d'Israël de 1948. Le mont du Temple ainsi que toute la vieille ville de Jérusalem sont reconquis par Israël à la Jordanie en 1967 lors la guerre des Six Jours, permettant aux Juifs de visiter le lieu saint qui leur était interdit.
Le Kotel ou Mur occidental, dit mur des Lamentations, lieu de prières et de pèlerinages depuis la destruction du Second Temple, est devenu depuis 1967 comme une vaste synagogue à ciel ouvert, avec une section réservée aux hommes et une section réservée aux femmes.
Depuis la destruction du Second Temple, une prière pour la construction du Troisième Temple est une partie formelle et obligatoire des services de prières juives, trois fois par jour.
vignette|redresse|Avertissement à l'entrée du mont du Temple. Une éventuelle reconstruction, le Troisième Temple, est promue par certains groupes et contestée par d'autres courants du judaïsme, et même de courants non juifs. Cette question est liée à celle de l'attente messianique. Cependant, le statut politique complexe de Jérusalem et le fait que la mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher ont été construits sur l'emplacement traditionnel du Temple rendent cette perspective difficile.
Une reconstruction du Temple avait été tentée par l'empereur romain Julien, en 363, en l'ordonnant à Alypius, dans le cadre de sa campagne pour renforcer les religions non chrétiennes, mais elle fut ruinée par un sabotage, un incendie accidentel ou plus probablement par, cette même année, le tremblement de terre en Galilée et alentour, ayant détruit la moitié de Jérusalem, selon l'évêque Cyrille de Jérusalem. On prête également à Napoléon une intention analogue de reconstruction.
Pour la plupart, les Juifs religieux s'abstiennent d'aller sur le mont du Temple / esplanade des Mosquées, pour éviter de mettre le pied sur l'emplacement sacré du Saint des saints (Débir), soit la partie centrale du sanctuaire de Jérusalem. La raison en est que le lieu précis du Saint des saints, accessible seulement au grand prêtre d'Israël, reste inconnu depuis la destruction du Temple.
Le mont du Temple est considéré comme le premier lieu saint du judaïsme (suivi du tombeau des Patriarches à Hébron). Depuis 1967, le grand-rabbinat d'Israël a fait apposer à l'entrée du mont du Temple, destinée aux touristes, un avertissement interdisant à toute personne d'aller sur le mont du Temple, à cause de son caractère éminemment saint.
Christianisme gauche|vignette|Baudouin II cède l'emplacement du temple de Salomon au templier Hugues de Payns et à Gaudefroy de Saint-Homère. La quatrième personne est Warmund, patriarche de Jérusalem. Le Temple est mentionné dans le Nouveau Testament : Jésus y est présenté rituellement en tant que premier-né de Marie (Luc 2:22-40), il s'y rend en pèlerinage avec Marie et Joseph lors de l'épisode du recouvrement au Temple (Luc 2:41-52), il en chasse les marchands (Jean ch. 1 et 2, et parallèles dans les synoptiques, il pleure à l'idée de sa destruction (Luc 19:41-44).
Le Temple est cité lors du procès de Jésus (Marc 14:58) et lors de la Passion, quand son rideau se déchire au moment de la mort de Jésus sur la croix (Marc 15:38 et parallèles synoptiques).
Les pèlerinages et les fidèles du Temple, qui apparaissent à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament, servent parfois à illustrer des paraboles, comme celles du Bon Samaritain ou du pharisien et du publicain.
Dans l'Évangile selon Matthieu (24:2), Jésus prédit la destruction du Second Temple. L'idée du Temple en tant que corps du Christ devient un thème récurrent dans la pensée chrétienne médiévale (où le Temple/corps peut être le corps céleste du Christ, le corps ecclésial de l'Église et le corps eucharistique sur l'autel) Jennifer A. Harris, « The Body as Temple in the High Middle Ages », in Albert I. Baumgarten éd., Sacrifice in Religious Experience , Leiden, 2002, pp. 233–256..
vignette|Carte de pèlerinage à Jérusalem figurant le « temple de Salomon », M. Paris, 1250.
D'après l'Évangile selon Luc (24:53), les apôtres ont continué de fréquenter le Temple après la Crucifixion. De même, les judéo-chrétiens de Jérusalem semblent avoir visité les ruines du Temple peu après sa destruction.
Lorsque Jérusalem est devenue une ville chrétienne, le site même du Temple, ruiné, est laissé en l'état mais, selon certains (Anonyme de Plaisance, Cyrille de Scythopolis, Grégoire de Tours)Jérusalem : Sainte-Marie la Neuve (?), une église Sainte-Marie-la-Neuve, commémorant la Présentation de Jésus au Temple, est construite par Justinien, entre 531 et 543, au bord de l'esplanade ; elle est détruite par les Perses lors du siège de Jérusalem en 614La Jérusalem médiévale, Marie Lebert, 2006. Les Arabes édifient au même lieu la mosquée al-Aqsa. Cette opinion (considérant qu'une église byzantine ait été construite près des vestiges du temple juif puis recouverte par la mosquée) semblait abandonnée depuis le , jusqu'à ce que des résultats encore inexploités des recherches de 1939 aient révélé des vestiges inconnus à ce jour.
vignette|Vue artistique de la « Reconstruction du temple de Jérusalem », BnF