Aït Saïd (en tifinagh : ⴰⵉⵟ ⵙⴰⵖⵉⴹ en arabe : آيت سعيد Aït Saïd) ou Battuya est une tribu berbère située au nord-est du Maroc dans le massif montagneux du Rif dans l'actuelle province de Driouch. Au siècle dernier, la tribu s'est divisée en deux et la partie centro-occidentale s'est installée près d'Arzew.

Elle est située entre la tribu de Aït Sidel au nord-est, Temsamane à l'ouest, Aït Oulichek , Tafersit au sud-ouest et celles de Ibdarsen (Metalsa) au sud-est et Ait Bou Yahi à l'extrême sud-est.

Chacune de ces tribus possède un centre administratif regroupant les représentants de l’État et des services publics et où a lieu le marché hebdomadaire, le souk. Le centre administratif de Ait Said est la municipalité de Dar El Kebdani. Les villes principales sont Tazaghine et Amejjaou.

Il existe deux Aït Saïd dans le Rif, l'une près de Tétouan appartient aux Jbalas, l'autre près de L'oued Kert appartient aux Rifains.

Subdivision La tribu est composée de 5 fractions ou clans appelés tharfiqt en rifain.. Aït Mait Tchouket Amejjaou Aït Zaoumi (Izaoumen) près de Tazaghine. Aït Abdenain Histoire droite|vignette| Carte du Maroc espagnole.

Période d'émergeance - Lien avec les Bettioua René Basset nous livre une approche proche même des sources écrites anciennes tels que l'historien Ibn Khaldoun (1332-1406) qui cite « بطيوة » (Ibattuyen) comme l'une des trois divisions du Maroc. Au XIe siècle, El Bekri dans son « كِتاب ألمسالك و ألممالك » (livre des routes et des royaumes) mentionne un « محرس بُطيوة » (Mahrs Botiouia) près de Sfax. Botioua, prononcé aussi Bettiouia, semble avoir désigné une des plus importantes tribus du Rif marocain. Renforçant cette hypothèse, ce terme a laissé plusieurs traces dans divers lieux du nord du Maroc Le soufisme et zaouyas au Maghreb de Halima Ferhat, 2009 , pages 141 et 142|Sur la tribu des Battiwa entre Alhucemas et Taza , de la vallée du Nekkor à la Moulouya..

À la chute des Almohades , les Ibettiwen du Rif tombèrent aux mains des Merinides qui établirent leur souveraineté à Fès . Les habitants du Rif ne firent aucune difficulté pour reconnaître les nouveaux maîtres mérinides et découvrirent même le moyen de tirer d'eux de sérieux avantages dans l'histoire. Une des femmes des Ibattuyen, Oum el Youm, fille des Ouled Mallahi de Tafersit entra par mariage dans la famille royale et mit au monde un garçon qui devint le souverain mérinide Yaqoub ben Abdelhaq.

Le Maqsad (Vie des Saints du Rif) relate également : . Dans sa 'Relation' Rolan Fréjus parle encore des Battuya qui avaient alors un gouverneur en commun avec les Temsamanes. Peu après et sans que l'on en voie bien la raison ce nom disparaît de plus de plus de la carte. Cependant cette disparition coïncide avec l'entrée sur la scène politique de la famille rifaine des Hamamiyin de Temsamane et l'on pense que l'on puisse l'attribuer en grande partie à l'épuisement provoqué par les levées de plus en plus nombreuses d'effectifs que les Caïds de cette famille utilisèrent dans le Maroc occidental d'abord dans la guerre sainte , puis dans leur lutte contre les sultans (sièges de Larache , d'Assilah , de Badis, de Ceuta , de Tanger, de Tetouan , de Mazagan , de Taroudant). Des Bettûya qui constituèrent ces contigents bien peu de ceux qui survècurent retournèrent dans leur pays, et le plus grand nombre se fixa dans les villes conquises et leur banlieue. La tribu ainsi dépeuplée perdit de sa dénomination et celles d'anciennes sous-fractions (Beni Oulichek, Beni Said etc) s'y substituèrentEl Maqsad Vie des Saints du Rif au 5ème siècle par G.S.Colin, Archives Marocaines , en pages 166 et 167 Explications sur les Bettiwa. .

Ère moderne vignette|Carte des tribus du Rif à l'époque du protectorat espagnol de 1912 à 1956.|gauche En effet en 1678, le caid et commandant de l'Armée rifaine Ammar ben Haddu Al-Battiwi sous le règne du sultan alaouite Moulay Ismaïl, libère à l'aide de ses troupes la ville de Tanger de l'occupation britannique. L'on cite dans son armée, des IbattuyenAmar bin Haddu al-Battiwi. The origins of this individual, however, were from the Thimsaman tribe and not from that of the Aith Sa'id, and Mawlay lsma'il had appointed him governor of al-Qsar alKbir|Tribe and Society in Rural Morocco 2014 by David M Hart , en page 163.]|. Ainsi dans la région du Fahs de Tanger, à Assilah et Larache les patronymes Bettioui ou Abetuy sont répandus| En Page 116 , sur Tanger et le sahel tangérois et les patronymes Abetuy et Bettioui..

La tribu, comme bon nombre de tribus marocaines, garda pendant très longtemps une relative autonomie vis-à-vis du Makhzen Bilad es Siba. En 1766, le sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah décida de razzier plusieurs tribus rifaines dont les Aït Saïd pour les amener à se soumettre entièrement.

Activité maritime La tribu des Aït Saïd a joué un rôle central et multiforme dans l'activité maritime sur la côte du Rif au . Bénéficiant d'une position géographique stratégique sur le bassin occidental de la Méditerranée, leurs activités maritimes ont non seulement façonné leur économie mais aussi leur interaction avec le monde extérieur, notamment européen.

Les sources mettent en lumière trois principales activités maritimes dans lesquelles les Aït Saïd étaient fortement engagés:

La Piraterie (Activités de corsaire) La Piraterie était une source de revenus extrêmement lucrative pour les habitants des Aït Saïd, leur permettant de contrôler les marchandises à bord des navires et d'en tirer d'énormes bénéfices. Ils pratiquaient également la libération de marins Européens capturés contre rançon. Les navires des Aït Saïd étaient réputés pour avoir capturé de nombreux bateaux Européens. Un exemple notable est la capture du navire Espagnol "San Francisco" en au large de leur côte, dont les habitants ont pillé le bois et capturé l'équipage. Le consul espagnol à Tétouan, Teodoro de Cuevas, estimait que la tribu de Aït Saïd possédait environ 20 embarcations au , principalement utilisées à cette fin. L'activité corsaire des Aït Saïd leur a conféré une place importante sur la scène internationale, leur assurant un contact permanent avec les Européens. Cette ouverture sur la Méditerranée a entraîné un mélange avec d'autres cultures et une influence sur leur structure sociale, se manifestant par des changements dans l'habillement, les habitudes alimentaires et l'émergence de commerçants européens. Ces activités maritimes ont apporté de la richesse et du prestige aux membres de la tribu et ont attiré l'attention des cercles politiques européens. La morphologie de la côte du Rif a grandement contribué à la pratique de la Piraterie par les Aït Saïd. Caractérisée par des falaises rocheuses, des pentes raides, de nombreuses criques et des baies étroites, elle était particulièrement propice à la Piraterie. Ces caractéristiques permettaient la surveillance des points éloignés et le repérage des navires pour l'interception. Les estuaires de rivières, comme l'oued Kert et l'oued Moulouya (qui sépare les Aït Saïd des Beni Snassen), servaient de havres sûrs pour les bateaux. Des baies spécifiques, notamment celles de Khaleej Hamama , Marsa [Sidi Hossain, Marsa Sidi Ahzari, Marsa Sidi Issa, Marsa Sidi Ahdeid et Marsa Sidi Youssef, offraient un abri contre les tempêtes, des cachettes et des positions stratégiques pour tendre des embuscades aux navires ennemis. Ces avantages géographiques ont poussé les habitants des Aït Saïd vers l'activité Maritime et l'interception des navires Européens.

La Contrebande La Contrebande était une activité très rentable et omniprésente pour les Aït Saïd. Elle était stimulée par l'abondance des produits Agricoles comme le Blé et l'Orge, que le marché intérieur ne pouvait pas absorber, faisant de la Contrebande un moyen essentiel d'écouler les surplus en l'absence de centres Commerciaux diversifiés. L'estuaire de Nador était un centre majeur du commerce illicite. Les bateaux des Aït Saïd organisaient le transport des marchandises de contrebande de leurs côtes vers les marchés tribaux. Cette activité a contribué à la prospérité Commerciale, y compris celle de Tétouan. Une lettre du Sultan (Hassan ben Mohammed) à la tribu de Aït Saïd en 1877 confirme l'ampleur de la contrebande. La contrebande s'est intensifiée en raison des droits de douane élevés sur les marchandises. Les autorités marocaines avaient des difficultés à réprimer cette activité en raison du manque de moyens logistiques.

Le Commerce Côtier En plus de la Piraterie et de la contrebande, les Aït Saïd étaient également impliqués dans le Commerce côtier. Leurs bateaux facilitaient le mouvement commercial dans l'estuaire. Ils échangeaient une variété de Marchandises, notamment l'orge, le Blé, le Coton, la Laine et les produits en cuir. La partie orientale de la tribu de Aït Saïd (région de Qala'at Kebdana) a connu un développement Commercial rapide vers la fin du . Les Aït Saïd bénéficiaient de privilèges commerciaux dans la région de Nador, en particulier avec les Juifs de Gibraltar et d'Algérie. Le Commerce côtier entre le Rif et l'Algérie a été renforcé, notamment grâce à l'influence de l'Émir Abdelkader Des figures importantes comme Mohamed Ahzari de Aït Saïd ont émergé dans la vie Commercial, maintenant de solides liens avec l'autorité centrale, ce qui a garanti aux habitants de Aït Saïd la liberté d'accès à la Mer, l'achat de céréales et la liberté de mouvement Maritime.

Les Ait Said et la résistance dans le Rif oriental (Mohamed Ameziane) vignette|Drapeau capturé des Ait Said du RifMohamed Améziane est décrit comme le dernier et le plus prestigieux chérif de la baraka, ayant joué un rôle historique important. Sa réputation était grande non seulement parmi les Iqer'iyen et les Ichebden , mais aussi parmi les Ait Said et les nomades Imetalsen. Il est rapporté que lorsqu'il accompagnait les émigrants vers l'Algérie, personne n'osait attaquer le convoi de voyageurs, tant on craignait sa malédiction.

En 1903, Sidi Mohamed Améziane prit parti pour les partisans du sultan légitime contre le prétendant Rogui Bou Hmara qui avait envahi le territoire iqar'iyen. Il joua un rôle plus important encore entre 1909 et 1912, en animant puis en dirigeant la résistance contre les Espagnols. Pendant trois ans, aidé par les Iqar'iyen, les Ait Said et les Imetalsen, il combattit farouchement l'envahisseur. La conquête coloniale et l'établissement du protectorat franco-espagnol amenèrent ensuite un grand nombre de ses partisans à déposer les armes.

Les Ait Saïd. Le 24 Mai, une canonnière espagnole au large de Melilla a été attaquée. Un officier de la canonnière avait rencontré une barque montée par des "Maures" qui déclaraient venir vendre des œufs à Melilla. Cependant, la canonnière reçut une décharge tirée de la plage, et les agresseurs furent identifiés comme appartenant à la tribu des Ait Saïd. La canonnière a été criblée de balles lors de cet incident

La Résistance des Ait Said: 1911-1920 également connue sous le nom d'Ait Said et dont les membres étaient appelés les Saidis, était une entité tribale significative, réputée pour son terrain difficile et sa densité de Population élevée. Elle était considérée comme l'une des tribus les plus puissantes de la région et explicitement qualifiée de tribu belliqueuse. Sa position en faisait un jalon essentiel pour toute expansion vers l'ouest et une véritable avancée de sécurité dans cette partie du territoire, représentant même une menace pour le camp extérieur de Melilla et la place militaire elle-même. Cette tribu constituait pour le Commandement un motif de profonde préoccupation, en raison de la nature de son terrain, du tempérament guerrier de ses habitants et du grand esprit dont ces gens étaient animés. Cette situation était la conséquence des tentatives peu fructueuses qui avaient été dirigées contre eux les années précédentes. Cette nature et cette localisation stratégique ont fait des Ait Said un acteur central dans les conflits de l'époque.