thumb|right|Armoiries de la république des Deux Nations.
La noblesse polonaise (szlachta) englobe la haute noblesse et la grande noblesse titrée (aristocratie) ainsi que la moyenne et la petite noblesse de la république des Deux Nations (Pologne-Lituanie), appelée aussi "République nobiliaire" du fait de l'importance numérique et politique des nobles. En effet, les armoiries et les privilèges d’état nobiliaire étaient le partage aussi bien des membres de la petite noblesse que de grands magnats de la haute noblesse.
En Pologne, la noblesse en tant qu'ordre social a été abolie par la constitution en 1921.
Histoire La noblesse polonaise trouve son origine dans la chevalerie qui, au Moyen Âge, soutenait le roi, des princes ou de grands seigneurs. Elle est apparue aux alentours du à la suite de la création de l’État polonais sur le territoire des Polanes et des autres peuples slaves voisins et apparentés : Vislanes, Slézanes. Elle est alors composée de l’ensemble des familles combattant pour leur prince. Ces familles d'épée constituent alors l’élite du pays, chacune bénéficiant de terres et de privilèges en rétribution du soutien qu'elles apportent au roi. Progressivement, ces familles prennent de l’importance et concentrent autour d’elles de nouvelles familles anoblies.
En 1791, à la veille de la disparition de l’État polonais souverain, la noblesse polonaise se décompose principalement en deux groupes : la « grande noblesse » constituée par moins de 300 familles possédant des domaines très étendus et occupant souvent les plus hautes charges de l'État dont les magnats, et la « petite noblesse », rassemblant plusieurs milliers de familles de petits propriétaires terriens dont certains pauvres.
République nobiliaire et monarchie élective En comparaison avec certains pays européens, la noblesse polonaise est plus nombreuse. En 1791, à la veille de la disparition de l’État polonais souverain, elle représente environ 8 à 10 % la population, contre 1 à 3 % en Allemagne, France ou Russie.
Si dans les autres pays, une grande partie de la noblesse est représentée par des familles anoblies par la robe, en Pologne, au contraire, presque toute la noblesse declare d'être la noblesse d'épée, c'est-à-dire issue, depuis des temps immémoriaux, de l’ancienne chevalerie. Selon le sentiment général, la seule voie valable conduisant au blason est celle des mérites acquis sur le champ de bataille.
Par ailleurs, les droits dont jouit la noblesse polonaise sont radicalement différents des privilèges accordés à cet état social dans les autres pays. Outre des privilèges économiques et juridiques, typiques de toute l’Europe, les nobles polonais possèdent droits politiques et garanties civiles comme: Le droit de participer à la gouvernance du pays et contrôler les décisions politiques du roi (Nihil novi, 1505), La liberté de religion et l’élection du roi par la noblesse confédérée lors des élections libres (Confédération de Varsovie, 1573), Le droit de se retirer d’une allégeance si le roi rompt les lois nationales ou les conditions du pacte conclu avec la nation (pacta conventa) (1573-1609), La justice autonome (1586) et la garantie légale de la liberté d’expression (1609) L’immunité corporelle (, 1433),
La noblesse polonaise reconnait l'égalité de sexe dans le domaine de la propriété. Contrairement aux autres pays européens où la femme appartient à son mari ou à sa famille, la Polonaise noble possède des terres en son nom propre.
À partir du , la noblesse polonaise se considère comme seule et unique nation. Cette cécité pour l’existence des autres corps sociaux, critiquée déjà au par, entre autres Andrzej Frycz Modrzewski ou Jan Łaski, est encore dénoncée par les réformateurs à la fin du , ainsi que les historiens jugeant cette caste à la lumière de l'effondrement et des partages par les monarchies absolues voisines de la république des Deux Nations.
La liberté dorée et ses limites Depuis le les nobles polonais entendent par liberté l'exercice par les citoyens de leur propre volonté et non de celle de leur souverain. Le roi n'est que primus inter pares et théoriquement tout noble peut prétendre à se faire élire roi par ses pairs.
La liberté de la parole et des réunions politiques de la noblesse est complète. La communauté des nobles, agissant comme nation politique dans l’État, doit, en collaboration avec le roi électif, donc faible, gouverner le pays par l’intermédiaire de la Diète composée des dignitaires du Royaume, tous nobles, et par l’intermédiaire des communautés régionales des nobles, les diétines.
L'essor du parlementarisme va de pair avec la liberté religieuse qui à l'époque de la Réforme fait figure d'exception en Europe. Ainsi dès la fin du , l'État polono-lituanien plurinational et pluriconfessionnel comprend des Polonais, des Lituaniens, des Allemands, des Juifs, des Ruthènes c'est-à-dire des futurs Biélorussiens et des Ukrainiens, et il accueille aussi bien des catholiques, des orthodoxes et des juifs que des Arméniens et des musulmans.
La Contre-Réforme de la fin du change cet état de grâce et déséquilibre ce grand ensemble. En effet, au cours du la religion catholique devient, à côté de la langue, un facteur primordial pour la distinction de l'identité nationale polonaise par rapport aux nations voisines pratiquant l'orthodoxie (à l'est), l'islam (à l'est et au sud) et le protestantisme (à l'ouest et au nord). Cela prend d'autant plus d'importance que le est un siècle des guerres défensives aux frontières qui se succèdent sans répit : contre la Turquie, contre la Moscovie, contre la Suède. C'est également l'époque d'une défense contre le Brandebourg et la Prusse. Il s'agit donc des guerres avec les orthodoxes, les musulmans et les protestants et la Pologne devient une sorte de rempart du catholicisme. C'est à cette époque et notamment après l'invasion suédoise de 1655, vécue comme une véritable croisade contre les catholiques, que l'on commence à identifier la polonité avec le catholicisme.
Au cours de ce siècle, la République perd un tiers de sa population, une grande partie de son territoire et son statut de puissance régionale. Les villes, les mines, les fonderies, les bâtiments ruraux, les semailles sont ravagés et les troupeaux décimés.
Indissociable du droit constitutionnel polonais, le Liberum veto appliqué dans la Diète polonaise à partir de 1652, permet à un seul député opposant d'annuler les décisions de l'Assemblée. Conçu comme une garantie contre toute atteinte aux libertés individuelles, son usage avec le temps connait des dérives et à l'époque des invasions de ses puissants voisins Russes, Autrichiens, et Prussiens, devient un instrument de la paralysie des institutions polonaises.
Le manque de reformes fige le système et se traduit à la fois par l'immobilité sociale et l'ascension vers la deuxième moitié du d'une oligarchie toute-puissante de magnats. Leur domination économique et politique croissante se fait au détriment de l'importance et le nombre de la noblesse moyenne.
Au milieu du , une poignée de familles : Radziwiłł, Potocki, Branicki, Zamoyski, Lubomirski, Czartoryski, et Sapieha accaparent la plupart des charges héréditaires et accumulent des fortunes terriennes plus importante que celle de la Couronne. Leurs états dans l’État peuplés de centaines de milliers de serfs et leur loyalisme suspect envers la République devient la cible de toutes intrigues étrangères. Leur participation à la confédération de Targowica en 1792 qui a mené directement à la chute du pays est jusqu'à aujourd'hui symbole et synonyme de la haute trahison.thumb|Noble polonais du à la mode sarmate.
Sarmatisme comme mythe fondateur de la noblesse polonaise La nation nobiliaire plurinationale et pluriconfessionnelle a besoin d'une idéologie qui réconcilie toutes les sensibilités. À partir du apparait le mythe protochroniste d’une origine commune à tous les nobles, censés être issus des Sarmates, un peuple cavalier scythe de l'Antiquité, dont la noblesse polonaise aurait hérité la vaillance, le courage et le goût de la liberté. L’identité sarmate combine un sentiment de supériorité sur les roturiers avec un égalitarisme entre nobles. On loue d’autant plus cette égalité juridique qu’elle est de plus en plus menacée par la puissance des "magnats".
L’historien Jan Długosz est le premier à en faire un récit ; les poètes Jan Kochanowski, Mikołaj Rej et beaucoup d'autres exaltent leurs ancêtres.
Transmission de la noblesse en Pologne Noblesse héréditaire La noblesse polonaise est héritée par tous les membres de la famille. Les statuts de Wiślica (1346-1347) du roi Casimir le Grand précisent que pour appartenir à la noblesse, il faut que les deux parents en soient issus. La constitution Nihil novi de 1505 restreint l'état de noblesse à ceux qui ont les deux parents nobles et vivent dans leurs domaines familiaux, ce qui veut dire que les nobles doivent être des propriétaires terriens.
Cependant, la naissance n'est pas le seul moyen légal pour obtenir la noblesse associée au droit aux armoiries.
Noblesse personnelle La noblesse personnelle n'est pas héréditaire. Elle concerne principalement le clergé et par le privilège du roi Sigismund Auguste de 1535, elle est également octroyée aux professeurs de l'université de Cracovie. Au , elle concerne les Polonais membres à titre personnel de la noblesse d'empire ou de la noblesse pontificale.
Adoption héraldique Dans sa forme originelle, l'adoption héraldique consiste en l'adoption des armoiries du roi ou de celles des familles d'épée, comme cela a lieu à l'occasion de l'union conclue à Horodło en 1413 entre le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. Pour sceller la fédération politique des deux états, quarante-sept familles polonaises admettent alors dans leurs blasons des boyards lituaniens fraichement convertis au catholicisme.. Par exemple, celle qui deviendra une des plus puissantes maisons de la république des Deux Nations, la famille Radziwill, adopte alors en personne du boyard Kristinas Astikas les armoiries de l'archevêque de Gniezno .
La pratique de l'adoption héraldique s'arrête en , interdite par la Diète polonaise en 1616. Désormais, seule l'assemblée nationale a le droit d'élever au rang de la noblesse, ce qui équivaut au droit de vote. L'anoblissement ainsi voté est inscrit dans les constitutions parlementaires et publié.
À partir de 1669, les nouveaux anoblis ne reçoivent qu'une noblesse incomplète (skartabellat). Le droit aux dignités et charges laïques et ecclésiastiques est acquis seulement en troisième génération. En 1775, les candidats à la noblesse ont l'obligation de posséder ou acheter une propriété foncière.
Indigénat L’intégration des nobles étrangers à la noblesse polonaise, appelée Indygenat (du latin indigenatio), équivaut à l'acquisition de la citoyenneté polonaise et donc au droit de vote. Initialement, la noblesse polonaise est octroyée aux étrangers par le monarque et ensuite approuvé par la Diète. C'est le roi Stefan Batory, d'origine hongroise, qui en fait l'usage pour la première fois en 1578 pour ses fils, le cardinal André Báthory et Boldizsár Báthory.
À partir de 1641, l’intégration des nobles étrangers se fait uniquement par la voie d'une résolution de la Diète polonaise. L'étranger ainsi anobli doit ensuite prêter serment d'allégeance à la république des Deux Nations et au roi. Le droit aux dignités et charges laïques et ecclésiastiques est acquis seulement en troisième génération.
À partir de 1775, les étrangers anoblis doivent aussi acquérir des terres polonaises d'une valeur précise, appartenir à l'Église catholique romaine, et s'établir dans le pays.
Il n'est pas étonnant qu'avec cette procédure, sous toute l’ancienne République, la Diète ait validé plus de 1500 titres de noblesse aux étrangers..
Dans la Prusse royale, vassale de la Pologne, il existait un indigénat prussien séparé.
Les titres de noblesse en Pologne