Jean-Joseph Expilly, né le à Saint-Rémy-de-Provence, mort en 1793 en ItalieArnault, Jay, etc. Biographie nouvelle des contemporains, tome VI (1822), p 77. Cité par , sans autre précision (lieu ?) ni référence connue., est un ecclésiastique françaisIl ne doit pas être confondu avec son homonyme, l'abbé Louis-Alexandre Expilly (1743-1794), qui fut député du clergé de Bretagne aux États généraux. Cf. A. Brette, Les Constituants, p. 178., auteur de plusieurs ouvrages historiques, géographiques et statistiques, notamment le Dictionnaire des Gaules et de la France.

Biographie

Les origines Notre auteur prétend que sa famille se rattache à celle du célèbre Claude Expilly (+ en 1636), Président du Parlement du Dauphiné, et qu'elle est originaire de Champagne : « Le hameau d’Expilly [à Chaumuzy, Marne] a pris son nom de la famille d’Expilly, qui le fit bâtir dans ses terres, & la même qui vint s’établir en Dauphiné, pendant les guerres de religion, vers le milieu du seizième siècle (etc.) » [Dict. des Gaules..., article « Chaumuzy », t. II, p. 304-305]. Dans son Mémoire de 1780, il rappelle les services du Président, et les ancêtres de celui-ci, supposés venus d'Écosse en France en 1424Tableau de la population de la France, (par l'abbé Expilly), 1780, p. 33..

En réalité, ses ancêtres, aubergistes à Saint-Rémy depuis la fin du , ont d'abord porté les noms de Spelly, Spelit, Espellit, Espelit, Espilli, Espily, Expely, puis Expilly (pour les hommes)Selon les recherches de Jean Delrieux (cf. la bibliographie).. Sa famille, loin de venir d'Écosse, pourrait avoir des origines italiennes.

L'abbé Expilly est le fils aîné de Jean (né en 1697), qualifié en 1754 de « bourgeois, et fermier des fours et moulins banaux de cette ville » (de Saint Rémy), qui épouse à Noves le Anne Ricard(e). Il naît le suivant, baptisé le lendemain. Il naquit probablement dans l'auberge familiale, dite le Logis de la Graille, puis à l'enseigne du Corbeau, à la porte Notre-Dame, la première maison en sortant des remparts à droite, « tenant de bise au grand chemin » (de Cavaillon ?).

En 1741, son père, citoyen de la ville de Saint-Rémy, « considérant le zèle de dévotion que Mr Jean-Joseph Expilly, son fils, clerc, a d'être d'église et parvenir aux ordres sacrés (...) lui donne à titre de patrimoine clérical (...) une pension annuelle et patrimonielle de 150 livres.»Acte du 7 décembre 1741 [AD. Vaucluse, 1G 349, f°41 v°], d'après Jean Delrieux.. On retrouve cinq inscriptions en droit canon à l'Université d'Avignon, la première du 10 novembre 1741 et la dernière du 10 novembre 1742AD du Vaucluse [D45], d'après J. Delrieux.. Il accède à la prêtrise à tout juste 23 ans, le A.D. du Vaucluse [1G 315, f°196 r°], d'après J. Delrieux.. C'est alors que sa vie de voyageur commença.

Une carrière mouvementée Parlant et écrivant l'italien, il fut successivement secrétaire de l'ambassadeur du roi de Sicile, « pendant les trois dernières années de l'ambassade de Monsieur le Prince d'Ardore »Titre ou préface de la Polychrographie, 1756 ; cité par . (sans doute Jacques-François-de-Paule Milano, ambassadeur du roi des Deux-Siciles en France, dont Expilly a écrit la généalogie), puis examinateur et auditeur général de l'évêché de Sagona en Corse (en 1768Selon la Biographie de Michaud, article "Expilly" par Beuchot.). Il fut aussi chanoine trésorier du chapitre de Sainte-Marthe de Tarascon (une sinécure de famille, qui lui procure une pension).

Au cours de ses voyages en Europe, il recueille de nombreuses observations sur les pays qu'il visite, et en tire des ouvrages qui étaient encore estimés au Selon le dictionnaire Bouillet pour leurs détails sur le climat, les mœurs, la population et la vie politique des différents pays. Bien qu'il soit peu disert sur ses déplacements et ses contacts, il avoue être familier de l'Espagne : « Notre bonne fortune nous a mis à même de la connaître assez particulièrement »Dictionnaire des Gaules, 3-293. ; dans son Dictionnaire, il consacre un long article à la Suisse (tome VI, 34 colonnes, "parce que ce district faisait autrefois partie de la Gaule celtique"), et sa description très vivante des mines d'argent de "Salseberyt" en SuèdeTo 3, p 347a (France/Mines)., ou celles de Pologne, montre assez qu'il les a visitées lui-même.

Il a été membre de plusieurs sociétés savantes : l'académie royale espagnole (Madrid), les académies de Prusse (Berlin, 1764nomination annoncée dans la Gazette de France du 16 juillet 1764 .), de Suède (Stockholm), du Danemark (Copenhague), et de la Société Économique de Berne. Il a aussi été membre associé des Académies de Nancy et de Dijon. Suivant César Moreau, il aurait été membre du Grand Orient en 1787César Moreau, L'univers maçonnique, p. 363 ; cité par ..

Sa modération (ou le désir de ne contrarier aucun lecteur) l'amène à condamner très mollement Calvin : « Tout le monde fait cas (sauf les erreurs que condamne l'église romaine, et que nous condamnons aussi avec elle, puisque sa religion est la nôtre), du livre intitulé l'Institution chrétienne »Dictionnaire des Gaules, tome 5, article Noyon, p 269a. ; ce qui a pu être mal jugé par la hiérarchie catholique.

Population et statistiques Expilly était passionné par les chiffres, mais son œuvre de statisticien reste encore mal connue et sous-estimée. Il rend souvent hommage au maréchal de Vauban comme un précurseur éclairé dont il veut suivre les traces. Il envisageait de publier un Traité de la Population, "qui accompagnera (le) dictionnaire, et formera un ou deux volumes également in-folio" (to 5, p 809b), dont il ne paraîtra que les tableaux statistiques concernant la population d'environ un quart du royaume à partir des relevés de naissances, mariages et décès (16.000 paroisses), et deux Mémoires au Roi (1778 et 1780) qui reflètent mal ses talents. A défaut, on peut en lire des éléments épars dans le Dictionnaire, notamment aux articles "Feux" (to 3), "France" (3-356), "Population" (to 5) et "Registres" (to 6).

L'abbé affirme hautement que, contrairement à l'opinion de nombreux géographes de l'époque, la population française était en nette augmentation depuis la fin du règne de Louis XIV (estimée par Vauban à 19.094.146 habitants en 1700 : 3-356). « La France est peuplée de plus de 20 millions d'âmes, et non pas de 14, de 16 ou 18 millions, comme l'ont prétendu quelques uns... Nous ne croyons pas trop hazarder en avançant qu'il contient au moins vingt-deux millions d'habitants » (3-123). Les chiffres les plus bas seraient issus d'une mauvaise estimation des feux, qui représentent chacun plus de quatre personnes ; en certaines provinces, ce ne sont pas des ménages mais des entités fiscales, plus larges donc moins nombreuses. L'auteur prétend que la France compte au minimum 22 millions d'habitants en 1767 (compris Paris et la Lorraine), mais s'il donne un tableau d'apparence très précise par classes d'âge (to 5-808) il ne le justifie pas ("Ce tableau n'a pas besoin d'explication", p 807b). Le but est d'estimer le nombre d'hommes valides. Ne disposant pas de statistiques générales, mais abusant des multiplicateurs, il se contente d'extrapoler à partir de ce qu'il sait (dénombrements du Sud de la France, en Languedoc, Dauphiné, Roussillon, Lyonnais, Auvergne, etc.), une méthode vivement critiquée par Esmonin et qui n'a pu que le desservir. S'il ne nomme pas ses détracteurs (Quesnay et Mirabeau), Expilly s'en prend soudain à un certain Messance, auteur de Recherches sur la population... (1766)(Louis) Messance, Recherches sur la population des généralités d’Auvergne, de Lyon, de Rouen, et de quelques provinces et villes du royaume, avec des réflexions sur la valeur du bled tant en France qu’en Angleterre, depuis 1674 jusqu’en 1764. Paris, Durand, 1766, in-4° (25,7 x 20 cm), (4) f°.n.ch., 330 p, (3) f°. Voir Eric Brian & Christine Théré, Fortune et infortunes de Louis Messance, in la revue Population vol. 53, n°1-2, 1998., qui le concurrençait directement : Messance (secrétaire et probable prête-nom de l'intendant La Michodière ?) avait réuni des informations fort détaillées sur quelques grandes villes françaises, dont Lyon, Rouen, Paris (relevés de 1765), Toulon, Marseille, Aix, Clermont-Ferrand, Avignon, Le Havre, ainsi que Genève ; il osait critiquer ses estimations de la ville de Toulon, d'après les conséquences de la peste de 1720 (cf. to 6, p 56-64). Mais l'abbé l'apprécie par ailleurs (5-796 ; 6-482 ss.) car il va dans le même sens que lui. La seconde partie contient la comparaison de la valeur du blé à Lyon, à Paris et à Londres de 1674 à 1764 et la preuve que sa valeur a diminué pendant cette période.

Le Dictionnaire des Gaules et de la France Son principal ouvrage reste le Dictionnaire... des Gaules et de la France, paru en six volumes in-folio (1762-1770), malheureusement inachevé. En s'appuyant sur le vaste recensement alphabétique de toutes les paroisses du Royaume effectué par Saugrain[Claude-Marie Saugrain], Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne, 1726, 3 volumes in-folio. Voir ., repris dans le dictionnaire de Doisy (1753)Doisy, Le Royaume de France et les États de Lorraine, disposés en forme de Dictionnaire..., Paris, N. Tilliard, 1753, in 4°, (6) 1128-42 (2) p. Ordre alphabétique (la Lorraine à part) présenté sous forme d'un tableau à 5 colonnes : Nom, Feux, Généralité, Élections (etc.), Observations. Contrairement à Saugrain, les diocèses n'y figurent pas. dont il reproduit les erreursVoir . Toutefois, il a refondu dans le corpus les paroisses de Lorraine, celles du Comtat Venaissin et de la principauté de Dombes., il l'accompagne et le complète par la localisation de chaque lieu, par des articles de fond (souvent compilés) sur les Institutions, des relations descriptives ou historiques, des biographies, et des statistiques diverses, concernant notamment la population estimée à partir des registres baptistaires. Le Dictionnaire devait même être accompagné d'un Atlas d'un centaine de cartes des différentes provinces ou pays, par une souscription séparée, mais il n'a jamais paru.. Il est probable qu'Expilly s'est lui-même servi de cartes ou d'atlas existants (il cite plusieurs fois "les cartes de l'Académie"To 3 p 339 (divisions et superficie de la France) ; ) pour situer, parfois de façon approximative, la position de chaque lieu par rapport aux localités ou villes les plus proches, mais ses sources restent à identifier. Le premier volume est présenté au Roi le Gazette du 19 novembre 1762 ., et le sixième le . Le nombre des souscripteurs, dont la liste figure en tête de chaque volume, s'est élevé à 537, à commencer par le Roi, Mme de Pompadour, le contrôleur général Laverdy, plusieurs empereurs, rois et princes de l'Europe, des ambassadeurs, prélats, des villes et provinces, des hauts fonctionnaires (parmi lesquels 28 intendants sur 32), etc.. Il loue tout particulièrement l'accueil qui lui a été fait en Suède.