Les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises sont des émeutes qui ont commencé à Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, le , électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique alors qu'ils cherchent à échapper à un contrôle de police et de l'envoi, trois jours plus tard, d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la mosquée Bilal par des forces de l'ordre victimes de tirs de projectiles.
Le , ce second événement étend les émeutes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil à l'ensemble de la Seine-Saint-Denis, puis deux jours plus tard à des communes partout en France. L'état d'urgence est déclaré le , puis prolongé pour une durée de trois semaines. Le , la situation est revenue à la normale. Au total, on compte interpellées et trois morts parmi la population, ainsi que des importantes dégradations d'infrastructures et de matériel, en particulier des voitures brûlées.
Ces trois semaines se différencient des autres émeutes urbaines en France par leur durée, leur extension à des nombreuses banlieues, l'ampleur des destructions matérielles et l'ampleur de leur couverture médiatique. Elles sont les plus importantes en France depuis Mai 68 et jusqu'aux émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, et sans équivalent en Europe avant les émeutes de 2011 en Angleterre.
Tensions au cours de l'année 2005
alt=Rue de la goutte-d'Or, bloquée par des voitures de police|vignette|Rue de la Goutte-d'Or.
Début 2005, une émeute éclate dans le quartier de la Goutte-d'Or à Paris (), à la suite de la grave blessure par balle causée par un fonctionnaire de police à un jeune homme de soupçonné de revendre du crack.. Des habitants du quartier réagissent à la supposée bavure et brisent des vitrines, des voitures et des cabines téléphoniques. Six policiers sont légèrement blessés..
Le , un jeune homme en scooter se tue en essayant d'échapper à une patrouille de la brigade anti-criminalité (BAC), suscitant plusieurs jours de violences urbaines à Aubervilliers.
Le , un enfant est tué par une balle lors d'une fusillade entre deux bandes rivales à la Cité des 4000 à La Courneuve. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, déclare lors de son déplacement sur place vouloir . Le à Argenteuil, il déclare à une habitante : ..
Du au , quelques jours avant le déclenchement des émeutes nationales, des violences sont identifiées au Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin, un quartier connu pour ses soulèvements urbains depuis le début des années 1990. Elles suivent la blessure à la cheville et une rumeur de coma sur un adolescent ayant tenté d'échapper à la BAC sur un scooter volé. Le , dans le quartier de La Duchère à Lyon, dix voitures sont incendiées après une opération de destruction d’un immeuble en présence du ministre des Affaires sociales et du maire de la ville, qui qualifie l'acte de .
Le gouvernement intensifie la lutte contre l'économie souterraine et le trafic de drogues qui mobilise une importante main d'œuvre de jeunes des banlieues. Durant les dix premiers mois de 2005, la pression policière contre les trafiquants ne cesse de croître.., et plus de sont incendiés, surtout dans les 750 zones urbaines sensiblesBanlieues : des violences «organisées», rfi.fr, 4 novembre 2005.
Événements déclencheurs Mort de Zyed Benna et Bouna Traoré vignette|Poste électrique EDF de Clichy-sous-Bois où les deux adolescents meurent le 27 octobre 2005.|alt=Un poste de transformation électrique pris en photo depuis le sol, un jour de beau temps.
Deux adolescents, Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) meurent électrocutés le à Clichy-sous-Bois, à l'intérieur de l'enceinte d'un poste source, alors qu'ils fuyaient un contrôle de police.« Mort de Zyed et Bouna : la justice examine la requête des familles », lexpress.fr, 3 octobre 2012.. Une troisième personne de 17 ans, Muhittin Altun, est également blessée en se cachant elle aussi dans le poste.
Grenade lacrymogène de la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois vignette|gauche|Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois en 2005.|alt=Portrait de face de Claude Dilain.
Un peu avant le , une cinquantaine d'émeutiers tirent des pierres sur des voitures de police dans le quartier Anatole-France, à proximité du centre commercial où se trouve également la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois, installée dans un ancien entrepôt et ne ressemblant pas à un édifice religieux. Pendant ce temps, plusieurs dizaines de fidèles musulmans font la prière dans le lieu de culte, particulièrement actif en période de Ramadan. Une grenade lacrymogène de type multipot, remise le aux unités mobiles de sécurité de la direction départementale de sécurité publique, explose à de la mosquée, qui doit être évacuée en urgence. Olivier Klein, adjoint au maire, se rend sur place immédiatement : voyant les jeunes de Clichy-sous-Bois se rassembler et les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) se préparer à charger, il appelle le maire Claude Dilain pour lui demander d'arrêter ces derniers.
Des policiers reconnaissent être . . Une rumeur rapidement démentie laisse entendre que des grenades lacrymogènes ont été envoyées dans l’enceinte même de la mosquée. L'enquête administrative montre que la grenade a bien été lancée par les forces de l'ordre mais a explosé à l'extérieur de la mosquée. Les dirigeants politiques n'expriment pas d'excuses officielles, et le ministre de l'Intérieur déclare : : les tensions s'attisent, car le modèle est conçu pour ne pas pouvoir être renvoyé par des manifestants.
Selon Claude Dilain, , et pas dès la mort des deux adolescents. Le point de vue est partagé par le politologue Gilles Kepel et par le ministère de l'Intérieur.
Chronologie des émeutes
Émeutes en région parisienne alt=De nuit, une voiture en feu dans une rue.|vignette|Une voiture en feu à Sèvres pendant les émeutes.
La première phase des émeutes correspond à l'émeute locale à Clichy-sous-Bois et Montfermeil. La rumeur de la mort des deux adolescents circule vite. Des mouvements de rue commencent dans la soirée du , ciblant les forces de l'ordre et les sapeurs-pompiers de Paris. Les émeutes locales s'accentuent le après les premières déclarations de Nicolas Sarkozy niant toute responsabilité de la police, puis s'atténuent dans la nuit du au , après une marche silencieuse des familles accompagnées de cinq cents habitants et soutenues par la municipalité. Elles reprennent dans la nuit du au , après le lancer d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la mosquée Bilal à Clichy-sous-Bois. Les premières violences sont des actes de vandalisme spontanés et isolés : un cercle de jeunes révoltés incendie des véhicules et des poubelles, puis attaque des pompiers et des policiers, et enfin des Compagnies républicaines de sécurité (CRS).
Les réactions du ministre de l'Intérieur attisent par deux fois les tensions. La première fois, Nicolas Sarkozy entretient un soupçon de délinquance et nie la course-poursuite avec la police, ce qui revient, pour les proches, à nier le statut de victimes des deux morts et à salir leur mémoire. De la même façon, le refus de reconnaître l'erreur après l'affaire de la grenade lacrymogène est perçu comme un acte de mépris. Le rôle de Nicolas Sarkozy, notamment ses pressions supposées sur TF1, est évoqué dans un livre du journaliste d'investigation Jean-Baptiste Rivoire publié en janvier 2022Portrait de Jean-Baptiste Rivoire par Adrien Franque, dans Libération le 12 janvier 2022 .
Dans l'opposition de l'époque, Manuel Valls fait mention d'une et de , tandis que Delphine Batho dénote : cette violence des émeutiers est au cœur des différentes réactions politiques quel que soit le parti. Elle est parfois nuancée, par exemple par Éliane Assassi qui mentionne aussi la violence policière.
Les réactions aux événements déclencheurs eux-mêmes sont très rares, comme les analyses des causes de l'émeute. Dominique Strauss-Kahn mentionne , mais très peu de propos politiques reprennent les études pourtant déjà faites sur la politique de la ville et les difficultés socio-économiques des quartiers touchés. Claude Goasguen mentionne les et Roger Karoutchi parle de . Aucune des communications politiques relevées par l'AFP ne mentionnent le contexte d'émeutes dans les banlieues françaises depuis les années 1970.
Alors que la situation se calme à Clichy-sous-Bois, les émeutes commencent à s'étendre à d'autres quartiers sensibles du département, par émulation et par solidarité affirmée.
Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, est accusé d'avoir empiré la situation par ses propos. Thierry Mandon cible le de sa politique, et Arnaud Montebourg le traite de après l'incident de la mosquée Bilal, une appellation reprise par plusieurs coalitions. Le , le Parti communiste, le député-maire Parti socialiste (PS) de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, le député Vert de la Gironde, Noël Mamère, et le député de l'Isère et secrétaire national du PS chargé de la justice et de la sécurité André Vallini demandent la démission de Nicolas Sarkozy.
Quand les émeutes s'étendent et que les événements de Clichy-sous-Bois ne suffisent plus à les expliquer, un consensus naît pour condamner la violence des émeutiers. Par exemple, Georges Fenech et Nicolas Dupont-Aignan appellent à la le 2 novembre. Georges Tron considère qu'à ce stade, les émeutes n'ont .
Le PS cesse progressivement de remettre Nicolas Sarkozy en cause : seules quelques voix s'élèvent, comme celle de Jean-Marc Ayrault qui appelle à un sur les quartiers touchés.
Émeutes en province française alt=De nuit, une voiture en feu.|vignette|Une voiture en feu à Strasbourg.
La troisième et dernière phase des émeutes débute avec un accroissement des incendies de voitures dans les agglomérations de Rouen, Lyon, Nantes, Rennes, Soissons et dans le Nord. La nuit suivante, Lille, Toulouse, Strasbourg et Bordeaux sont aussi touchées. En deux jours, plus de touchées en Île-de-France, les émeutes s'étendent à plus de dans la France entière. Il s'agit de la première fois de l'histoire contemporaine qu'une émeute perd son caractère local et s'étend à la nation entière.
Dans le quartier de Planoise, à Besançon, plusieurs voitures sont incendiées dans la nuit du au dans le hall d'immeuble du Forum. Le feu se communique au bâtiment, et le gardien de l'immeuble Salah Gaham meurt en tentant d'éteindre l'incendie. Il devient le premier mort des émeutes.
Pendant la nuit du au , l'émeute est comparable en province et en région parisienne : à partir de la nuit du au , elle devient majoritaire en province. On compte des zones urbaines sensibles touchées dans une quarantaine de départements.
La nuit du 7 au 8 novembre est celle où les émeutes touchent le plus de terrain, touchant et comptabilisant incendiées en France. Membre de l'équipe championne du monde de football en 1998 et membre du Haut conseil à l'intégration, Lilian Thuram déclare le mardi que .
Lors du Conseil des ministres du , le gouvernement décrète, en application de la loi du modifiée, l'état d'urgence à compter du . Un second décret, également daté du , établit une liste de territoires répartis dans 25 départements où des mesures particulières doivent être appliquées dans le cadre de l’état d’urgence. Dans les faits, il n'est appliqué que dans sept de ces départements. À la suite de ces décrets, le préfet de police de Paris interdit par arrêté tout rassemblement du samedi matin au dimanche .
Le journaliste de Rue89 David Servenay relève qu'. La Ligue communiste révolutionnaire communique pour la première fois au sujet des émeutes pour s'opposer à l'état d'urgence le 8 novembre, invitant dans un communiqué de presse. Les Verts refusent d'appliquer l'état d'urgence dans les communes concernées, comme à Bègles où Noël Mamère dit que le pays n'est . Le , Jean-Marie Le Pen s'amuse sur RTL qu'on dise que Nicolas Sarkozy a copié les préconisations d'instaurer l'état d'urgence exprimées par Marine Le Pen le .