L'histoire de Trieste débute avec la formation d'une petite ville à l'époque pré-romaine, qui n'acquiert des connotations proprement urbaines qu'après la conquête et la colonisation par Rome au Après la splendeur impériale, la ville décline à la suite des invasions barbares, devenant marginale au millénaire suivant. Elle subit diverses dominations avant de devenir une commune libre associée à la maison de Habsbourg en 1382. Entre les , Trieste connait une nouvelle prospérité grâce à son port franc et au développement d'un commerce florissant qui en fait l'une des métropoles les plus importantes de l'empire d'Autriche (à partir de 1867 empire d'Autriche-Hongrie). Ville cosmopolite, qui reste à l'époque des Habsbourg italophone , centre important de la culture italienne et d'Europe centrale, elle est incorporée au royaume d'Italie (1861-1946) en 1918 à la suite de la Première Guerre mondiale. Après la Seconde Guerre mondiale, elle est la capitale du territoire libre de Trieste, restant sous administration militaire alliée pendant neuf ans. En 1954, à la suite du protocole d'accord de Londres, le gouvernement italien prend le relais en zone A, administrant la ville sous une forme fiduciaire en attendant une définition définitive et la nomination du gouverneur par le Conseil de sécurité des Nations unies, permettant enfin de commencer une gestion autonome. Cette situation n'a pas encore été statuée, et jusqu'à il y a quelques années, le point de la nomination du gouverneur de la TTF était toujours présent à l'ordre du jour du Conseil de sécurité. Depuis 1963, elle est la capitale de la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne.
De la Préhistoire au Moyen Âge
Époque pré-romaine et romaine
thumb|Arc romain dit de Riccardo. Le territoire où se dresse actuellement la ville de Trieste et son arrière-pays du plateau du Karst est habité de façon permanente par l'homme au cours du Néolithique. À partir de la fin de l'âge du bronze, la culture des castellieri par les peuples pré-indo-européens commence à se développer dans la région. Après le , la présence sur le Karst des premiers noyaux indo-européens, les Histriens, est documentée, qui cependant, selon toute probabilité, ne sont pas les premiers habitants de la future Trieste, malgré la présence dans la région de certains castellieri. La fondation du premier noyau du Tergeste romain semblerait en effet attribuable aux Vénètes ou Paléovenètes, comme en témoignent les racines vénètes du nom (Terg et Este) et d'autres découvertes importantes. Strabon, pour sa part, fait remonter la fondation de Tergeste au peuple celtique des Carni.
À la suite de la conquête romaine au , la localité devient une municipalité de droit romain avec le nom de Tergeste, développant et acquérant une physionomie urbaine évidente déjà à l'époque d'Auguste.
Elle atteint son expansion maximale pendant le principat de Trajan, avec une population qui, selon Pietro Kandler, doit être d'environ (ce n'est que dans les années 1760 que la ville atteint de nouveau la démographie qu'elle avait à l'époque romaine).
Dans la partie inférieure de la colline de San Giusto vers la mer, il est encore possible aujourd'hui d'observer les vestiges de la ville romaine, malgré les nombreux bâtiments modernes qui couvrent partiellement la vue.
thumb|La ville de Tergeste figure clairement sur la Table de Peutinger, qui représente l'Empire romain à l'époque d'Auguste. Deux édifices offrent un témoignage clair de l'importance de Trieste à l'époque romaine : le théâtre, datant de la fin du , agrandi sous Trajan, d'une capacité d'environ , et la basilique paléochrétienne, édifiée entre le , qui renferme de superbes mosaïques, signe tangible de la richesse de l'église locale et de la ville de Tergeste jusqu'à la fin de l'époque impériale.
Sur la colline de San Giusto, quelques vestiges des temples de Jupiter et d'Athéna sont encore visibles. Certaines structures architecturales de ce dernier ont été conservées dans les fondations de la cathédrale, identifiables de l'extérieur grâce à des ouvertures spéciales dans les murs du campanile et dans le sous-sol (accès depuis le Musée Civique d'Histoire et d'Art de Trieste).
L'arc de Riccardo, une ancienne porte de la ville construite dans la seconde moitié du , est un autre monument romain qui est resté en bon état jusqu'à aujourd'hui. À Barcola, Grignano et d'autres localités de la côte, des vestiges de villas appartenant à l'aristocratie locale et construites pour la plupart aux , ont été retrouvés.
La liaison établie par l'empereur Flavius Vespasien entre Trieste et Pola est importante. L'itinéraire appelé « Via Flavia » existe toujours.
Trieste possède un port (dans la zone de Campo Marzio) et une série de ports modestes le long de la côte, sous le promontoire de San Vito, à Grignano, près de quelques villas patriciennes, à Santa Croce, etc. ). Les besoins en eau de la ville à l'époque sont satisfaits par deux aqueducs, celui de Bagnoli et celui de San Giovanni di Guardiella.
Des invasions barbares à une commune libre Après le déclin de l'Empire romain d'Occident, Trieste fait d'abord partie du patriciat d'Odoacre, puis de celui du roi Ostrogoth Théodoric le Grand. Pendant la guerre des Goths (535-553), elle est libérée par Justinien Ier, qui inaugure l'Italie byzantine. Quelques années plus tard, la ville est détruite par les Lombards (en 568, lors de leur invasion, ou, plus vraisemblablement, en 585Fabio Cusin, Intorno a una data della Storia di Trieste, da La Porta Orientale, Trieste, 1931 p. 531-554). Reconstruite dans les décennies suivantes, mais désormais fortement redimensionnée démographiquement, elle passe aux Francs en 788, dont la souveraineté est reconnue par les empereurs byzantins en 812. Au , le travail missionnaire des prêtres de l'archidiocèse de Salzbourg et du patriarcat d'Aquilée conduit à la christianisation des communautés slaves, jusque-là fidèles à la mythologie slave. Au début du , les Francs étendent leurs colonies aux zones dépeuplées d'Istrie, le nord du territoire de Trieste étant documenté comme Placito del RisanoJanko Jež, Monumenta Frisingensia: la prima presentazione in Italia dei Monumenti letterari sloveni di Frisinga del X-XI secolo...: con traduzione dei testi, cenni di storia del popolo sloveno e dati sugli Sloveni in Italia, Trieste: Mladika; Firenze: Vallecchi Editore, 1994 - Boris Gombač, Atlante storico dell'Adriatico orientale, Bandecchi &Vivaldi, Pontedera, 2007 - Centro di Documentazione Multimediale delle Culture Giuliana, Istriana, Fiumana, Dalmata: Medievale – Il Placito di RisanoStoria Liceo F. Petrarca – Trieste – a.s. 2001/2002: Il Carso tra natura e Cultura.
En 948, Lothaire II (roi d'Italie) confie à l'évêque Jean III et à ses successeurs le gouvernement de la ville qui, à partir de ce moment jouit d'une certaine autonomie au sein du monde carolingien. Tout au long de l'âge épiscopal, la ville est obligée de se défendre contre les visées expansionnistes des puissants patriarches d'Aquilée, de Venise et, par la suite, celles des comtes de Gorizia. Le gouvernement épiscopal entre en crise vers le milieu du : les guerres et les querelles incessantes, notamment avec Venise, vident en effet les caisses de la ville, obligeant les évêques à se défaire de certaines prérogatives importantes liées à des droits vendus aux citoyens, dont le droit de juridiction, la perception des dîmes et l'émission des pièces de monnaie. Une administration civile se développe alors, dominée par les anciens, qui remplace peu à peu l'administration ecclésiastique. Ce processus culmine en 1295, lorsque l'évêque Brissa de Toppo renonce formellement à ses dernières prérogatives et cède le gouvernement de Trieste à la communauté de la ville, qui est constituée officiellement, en commune libre.
Trieste et les Habsbourg : d'une commune libre à un port international
Insertion dans l'orbite autrichienne thumb|Armoiries de Trieste austro-hongroise. Devenue une commune libre, Trieste doit faire face à de nouvelles pressions plus puissantes, tant militaires qu'économiques, de la république de Venise, qui aspire à assumer une position hégémonique dans la mer Adriatique. La disproportion en termes démographiques, financiers et militaires entre les deux villes laisse présager une future inclusion de Trieste dans l'orbite vénitienne avec la perte conséquente de son indépendance comme cela s'est déjà produit auparavant pour de nombreux centres d'Istrie et de Dalmatie. En 1382, une énième dispute avec la Sérénissime qui conduit, après un siège de 11 mois, à l'occupation vénitienne de la ville de à Fabio Cusin, Venti secoli di bora sul Carso e sul Golfo, Edizione Gabbiano, Trieste 1952, p. 245-274Dante Cannarella, Conoscere Trieste, Edizioni Italo Svevo, Trieste 1985, p. 40-42, l'incite à se placer sous la protection autrichienne qui s'engage à respecter et à protéger son intégrité et ses libertés civiques (ces dernières seront largement réduites à partir de la seconde moitié du ). Cette protection durera jusqu'en 1918.
Création du port franc et développement de la ville
Charles VI et Marie-Thérèse d'Autriche thumb|Trieste en 1718 avant l'établissement du port franc. Le Borgo Teresiano est encore composé de marais salants, tandis qu'autour de la Cittavecchia, il n'y a que des zones agricoles. En 1719, Charles VI (empereur du Saint-Empire) crée un port franc à Trieste dont les privilèges sont étendus, d'abord au Distretto Camerale en 1747, puis à toute la ville en 1769. Après la mort de l'empereur en 1740, la jeune Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780) monte sur le trône et, grâce à une politique économique prudente, permet à la ville de devenir l'un des principaux ports européens et le plus grand de l'Empire. Sous Marie-Thérèse, le gouvernement autrichien investit des capitaux substantiels dans l'expansion et le renforcement du port. Entre 1758 et 1769, des travaux sont effectués pour défendre la jetée et un fort est érigé. La bourse (à l'intérieur de la mairie, vers 1755), le Palazzo della Luogotenenza (1764), ainsi qu'un grand magasin et le premier chantier naval de Trieste, connu sous le nom de squero di San Nicolò, sont construits dans les environs immédiats du port. Au cours de ces années, un quartier entier commence à être édifié, qui porte encore le nom de l'impératrice (Borgo Teresiano), pour accueillir une population qui augmente et qui, à la fin du siècle, atteindrait environ , six fois plus que la population présente cent ans plus tôt. Le développement démographique considérable de la ville est dû, en grande partie, à l'arrivée de nombreux immigrants venant pour la plupart du bassin adriatique (Istriens, Vénitiens, Dalmates, Frioulans, Slovènes) et, dans une moindre mesure, d'Europe continentale (Autrichiens, Hongrois) et des Balkans (Serbes, Grecs).
Invasions napoléoniennes Trieste est occupée trois fois par les troupes de Napoléon Ier, en 1797, 1805 et 1809 ; dans ces courtes périodes, la ville perd définitivement son ancienne autonomie avec la suspension du statut de port franc. La première occupation française est de très courte durée, puisqu'elle commence en et se termine après seulement deux mois, en mai. Effrayée par l'arrivée imminente des troupes napoléoniennes, une partie de la population quitte la ville ; celle qui reste est prête à se soulever contre les soldats français. Le gouvernement napoléonien, cependant, n'est pas aussi révolutionnaire que les fugitifs s'y attendent : ils décident de regagner la ville quelques jours plus tard. Napoléon visite Trieste le . En mai, les troupes françaises quittent la ville dans le cadre de l'accord de Leoben..
La seconde occupation française débute en et se termine en . Malgré la brièveté des deux premières occupations, les idées démocratiques apportées par les troupes napoléoniennes commencent à se répandre également à Trieste, où l'identité italienne se développe..