Physique de croyant est un article scientifique publié par Pierre Duhem en 1905. Une réponse à des accusations portées par Abel Rey l'année précédente selon lesquelles l'épistémologie de la physique de Duhem était la .
Présentation générale
Contexte Au tournant du , Pierre Duhem publie des articles de physique, mais aussi de philosophie des sciences. Ces vues, qui seront agrégées et exposées dans La théorie physique. Son objet, sa structure en 1906, et indirectement dans Sauver les apparences en 1908, font toutefois l'objet de critiques dès les premières années du siècle. Abel Rey, philosophe des sciences, publie notamment en un article appelé , dans la Revue de métaphysique et de morale, où il soutient que les positions théoriques du philosophe sont dues à sa foi catholique. Eugène Vicaire avait déjà publié, dès 1893, un article critique appelé dans la Revue des questions scientifiques, où il concluait que la philosophie de Duhem était influencée par ses positions religieuses.
L'article de Rey se finissait par cette critique : .
Réponse Afin de répondre à cette accusation, Duhem publie en 1905 une réponse dans un article intitulé , dans les Annales de philosophie chrétienne. Son argumentaire se basera sur la thèse, qu'il défend, selon laquelle la physique n'a aucune implication métaphysique et n'a pas besoin de l'appui d'une métaphysique.
Contenu
§1 - Introduction Duhem récapitule les propos d'Abel Rey, et reconnaît que ce dernier a où il a exposé sa pensée. Il remarque toutefois que Rey a tiré de ses prémisses des conclusions qui ne se trouvent pas dans son œuvre. Il réaffirme sa foi en Dieu : . Il nie toutefois l'assertion de Rey selon laquelle et .
Duhem réaffirme son objectif en tant que physicien, à savoir . Il dit ainsi avoir pris soin de ne jamais se fonder sur une théorie métaphysique qui l'aurait invité à . Ainsi, .
§2 - Notre système physique est positif par ses origines Duhem soutient que qu'il propose est toujours . Il n'y a jamais inséré une proposition qui soit . Au contraire : son système scientifique est .
Par une analepse, Duhem rappelle la manière dont la physique lui a été enseignée au collège Stanislas, sous la férule de Jules Moutier, et où il a été influencé par le mécanisme, qui ne laisse aucune place à la croyance. Enseignant à l'université de Lille, , il a pu montrer que la méthode inductive seule n'était pas solide pour élaborer une théorie, s'opposant ainsi à ce que certains de ses maîtres, newtoniens, cartésiens ou atomistes lui avaient appris.
Rédigeant une synthèse sur la thermodynamique à la demande des étudiants, il a compris . La théorie physique est .
Ces enchaînements historiques ne laissent aucune place à l'influence ou à la préoccupation religieuses. Certains chrétiens, par ailleurs sincères et éclairés, croient aussi fermement que lui aux explications mécaniques de l'univers matériel.
§3 - Notre système physique est positif par ses conclusions La philosophie de la physique de Duhem évacue non seulement toute question religieuse et métaphysique dans ses origines, mais en plus de ça, les théories physiques de Duhem ni avec les . Duhem dit avoir toujours soumis à un examen minutieux , et avoir constaté qu'aucune .
Il a soutenu que le seul critère qui permet de est la constatation d'un ; cela n'implique aucune prise de position métaphysique. Aussi, ce qu'il a appelé les n'avait aucune dimension métaphysique, car il les a seulement définies comme les qualités que l'on ne sait pas comment décomposer aujourd'hui.
§4 - Notre système fait évanouir les objections prétendues de la science physique contre la métaphysique spiritualiste et contre la foi catholique L'auteur remarque qu'. Certains, anticléricaux, veulent . Or, l'épistémologie duhémienne ne prête pas le flanc, sauf sur un malentendu, à une critique métaphysique ou religieuse. En effet, une proposition métaphysique ou religieuse est un , là où les principes de la théorie physique .
Le principe de physique théorique n'est en effet ni vrai ni faux, . Ces lois sont . Le principe de conservation de l'énergie, par exemple, n'est pas une affirmation sur des objets réellement existants, mais c'est , afin que cette formule , qui ensuite .
Tout ce qu'on peut dire de la loi de la conservation de l'énergie c'est .
§5 - Notre système dénie à la théorie physique toute portée métaphysique ou apologétique La distinction entre un principe de physique et un principe philosophique ou religieux est telle que, .
En effet, la . Une théorie physique n'est jamais qu'. La valeur de chaque théorie .
§6 - Le métaphysicien doit connaître la théorie physique afin de n’en point faire, en ses spéculations, un usage illégitime Le théoricien qui pénétrerait sur le terrain de la métaphysique ou du dogme, . Duhem ne nie toutefois pas qu'il y a . Le métaphysicien doit connaître la théorie physique .
§7 - La théorie physique a pour forme limite la classification naturelle Le postulat de la physique est que la théorie physique . L'homme qui cède à la nature de l'esprit humain, , n'hésitera pas à poser une affirmation que les procédés de la physique théorique ne justifie pas, et fera alors de la métaphysique. En revanche, du côté du physicien, au fur et à mesure que la théorie physique progressive, elle .
§8 - Entre la cosmologie et la théorie physique, il y a analogie Le physicien est, comme les hommes en bas de la caverne de Platon, condamné à ne rien voir si ce n'est . Des ombres qu'il voit projetées sur le mur, . Ainsi, l'ordre dans lequel le physicien n'est pas la réalité, mais .
Entre une proposition de physique et de cosmologie, il ne peut y avoir qu'un rapport d'analogie. L'analogie peut . La physique ne disposera jamais de la théorie physique parfaite, : .
L'analogie est difficile à manier et exige de la minutie, afin de ne pas s'enferrer dans une erreur. Celui qui n'a de la théorie physique qu'une connaissance superficielle .
§9 - De l’analogie entre la théorie physique et la cosmologie péripatéticienne Le procédé de l'analogie n'est pas le même par lequel on développe des démonstrations convaincantes ; aussi l'analogie ne peut être utilisée comme méthode pour faire avancer la théorie physique.
Duhem conclut : .
Postérité L'article de Duhem a permis de le qualifier a posteriori de .
L'article connaît une importante postérité dans le domaine de l'épistémologie, et est considéré comme un moment important de la vie intellectuelle française du début du siècle. Alain Boyer publie en 1992 dans la Revue internationale de philosophie un article de réflexion sur l'article de Duhem et ses paradoxes.
Notes et références
Catégorie:Communication scientifique