Mater Matuta (littéralement : « mère du matin, mère de la bonne heureVoyez la section étymologique de Matuta ; son nom est étymologiquement apparenté aux dieux Mânes. ») est la divinité du matin et de l'Aurore dans la mythologie romaineSelon le poète Lucrèce, dans De rerum natura.. Le culte de Mater Matuta est répandu anciennement dans de nombreuses villes de l'Italie centraleRaymond Bloch, « Recherches sur la religion romaine du VIe siècle av. J.-C. », in Comptes-rendus des séances de l'année... - Académie des inscriptions et belles-lettres, , N. 3, 1978, pp. 669-687..
Culte
Servius Tullius lui édifia un temple au forum Boarium (il fut détruit en 506 av. J.-C. puis reconstruit par Camille en 396 av. J.-C.Tite-Live, Histoire romaine, livre V, 14.). Les vestiges de ce temple ont été découverts dans l'aire de Sant'Omobono, fouillée à partir de 1937.
Les Matralia sont des fêtes consacrées à Mater Matuta le 11 juin à Rome. À l’auroreGeorges Dumézil, Déesses latines et mythes védiques, Bruxelles, coll. Latomus XXV, 1956 : chap. I « Mater Matuta », pp. 9-43. La réflexion sur Mater Matuta a été reprise et développée dans Mythe et épopée, III.– Histoires romaines, Paris, Gallimard, 1973 (deuxième partie : « La saison de l'Aurore » ; appendice I : « Mater Matuta »)., les matrones romaines, font entrer une esclave dans l'enceinte du temple, elles la fouettent avec des verges puis la chassentDumézil fait remarquer qu’il s’agit du seul cas dans la religion romaine de rituel de type « bouc émissaire », i.e. où l’on chasse une personne considérée comme impure.. Lors de la cérémonie, ce sont leurs neveux et leurs nièces qu'elles portent dans les bras et honorent, et non leurs propres enfants.
Interprétation: un rite cosmogonique
Georges Dumézil, spécialiste de la religion indo-européenne, a expliqué cette cérémonie en la mettant en parallèle avec la légende (issue d'un même héritage indo-européen) d'Usas et Usasah des Indiens védiques dans le Rig Veda. Usas et sa sœur Usasah sont les déesses de l'Aurore. Usas chasse les ténèbres après les avoir d'abord attirées : ce qui explique le rite de l'accueil puis d'éviction de l'esclave (représentant les ténèbres) par les matrones. Dumézil propose également une autre interprétation de type cosmogonique : l’aurore, le « bon matin », est bénéfique car elle chasse les ténèbres mais maléfique si elle s’éternise, il faut qu’elle disparaisse, il faut la chasser pour qu’elle fasse place au jour. Le rituel d’éviction est identique à celui de décembre où, symboliquement, on aide le soleil à se relever. Dumézil met en parallèle les Matralia féminines du 11 juin avec les Agonalia solaires et masculines du 11 décembre, et celles du printemps où l’on chasse l’hiver.
Les dames romaines portent leurs neveux (ou nièces) dans leurs bras, comme l’Aurore porte le soleil. « De la même façon, chez les Indiens védiques, l’Aurore prend bien soin du soleil, fils de sa propre sœur, la NuitRaymond Bloch, op. cit., 679. ». « Mater Matuta a été une déesse Aurore, moins poétique mais aussi personnelle que l’Aurore des Indiens védiques. »
Il est probable, souligne encore Dumézil, qu’à l’époque classique, le sens profond du rite ait été oublié - d’où son rattachement mythologique et tardif avec la déesse grecque InoSelon Cicéron, dans De natura deorum., aussi appelée Leucothée, la « blanche déesse ».
Plus tard encore, Augustin d'Hippone en fait une divinité de la maturation. Il la mentionne dans La Cité de Dieu, ouvrage où il attribue, parfois à raison, souvent à tort, des attributs aux divinités romaines pour servir son œuvre de propagande chrétienne.
Archéologie De petits bronzes votifs datés des trouvés dans le grand sanctuaire italique de Mater Matuta à Satricum figurent une déesse, la tête surmontée d'un disque manifestement solaire. Ils confirment l'interprétation dumézilienne et semblent attester que l'Italie, et la Rome même de l'époque royale, gardaient encore le sens cosmique du culte de Mater MatutaJacqueline Champeaux, La religion romaine, Paris : Librairie générale française, 1998, p.44..
Anecdotes
En 378 av. J.-C., comme ils mettent à sac la ville de Satricum, les Latins n'osent pas toucher à l'édifice de la déesse, car une voix terrifiante, jaillie du temple, les menace de représailles épouvantables s'ils ne s'éloignent pas.
En 213 av. J.-C., un incendie ravage le cœur de la ville de Rome, de l'Aventin au Capitole, détruisant les temples de Fortuna et de Mater Matuta situés près du Forum Boarium.
Le mot latin « matutina », Matines, premier office du cursus catholique, proviendrait de Mater Matuta ; « matutinal » est le terme littéraire pour « matinal ».
Bibliographie Georges Dumézil, Mythe et épopée, III.– Histoires romaines, Paris, Gallimard, 1973
Notes et références
Articles connexes La Mater Matuta étrusque de Chianciano Terme
Liens externes Les Nocturnes du Plan de Rome - 3D - Le forum boarium : de l'échouage du panier de Romulus à l'accostage des bateaux marchands (01 juin 16)
Catégorie:Divinité romaine d'origine italique Catégorie:Divinité féminine