François Charles Louis, marquis de Chasseloup-Laubat, né le au lieu-dit Toucheronde, à Nieulle-sur-Seudre (alors commune de Saint-Sornin, Charente-Inférieure) en Saintonge, dans une ancienne famille noble, mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Biographie Un jeune patriote

À 16 ans le , il entre comme aspirant au corps royal de l'artillerie. Se sentant une vocation plus particulière pour le génie, il est reçu en 1774 à l'École royale du génie de Mézières, où il devient sous-lieutenant le . Sa carrière se déroule alors dans cette arme. Il passe lieutenant en second le , lieutenant en premier le , et capitaine le .

Lorsque la Révolution éclate, il en adopte les principes et refuse d'émigrer malgré les sollicitations qui lui sont faites. De 1792 à 1793, il sert dans l'armée du Centre, il se bat devant Givet, dirige les travaux de défense de Montmédy contre les Prussiens en , puis met Longwy en état de défense après sa reconquête le . Il prend part à la campagne de 1793 avec la même armée rebaptisée, depuis le mois d', armée de la Moselle. Sa conduite brillante pendant la prise d'Arlon le , lui vaut d'être nommé chef de bataillon le 15 du même mois. Il participe encore à de nouveaux combats à Arlon, le .

Il se marie en 1794 à une cousine née Fresneau de la Gautaudière qui lui apporte le château de la Gataudière à Marennes. Il est versé dans l'armée de Sambre-et-Meuse le , et sert lors du siège de Maastricht. Il parvient à placer sur la rive droite de la Meuse une batterie qui laboure dans toute son étendue, le front contre lequel il dirige son attaque. Les assiégés se voyant ainsi pris par leur flanc, demandent à capituler. Le , il est récompensé pour cette conquête, par le grade de chef de brigade du génie. Appelé devant la forteresse de Mayence en 1795, il est d'abord chargé de l'attaque du centre, et ensuite du commandement de tous les travaux du blocus de Mayence.

Chef du génie de l'Armée d'Italie

Le , il passe à l'armée d'Italie. Le jeune général Bonaparte qui la commande, étonne déjà par ses manœuvres promptes et inattendues. Le chef du génie appelé à le seconder doit être doué d'une extrême réactivité, d'un coup d'œil aussi juste que rapide pour suivre ses pensées et répondre à ses intentions. Chasseloup sait montrer à quel point il réunit ces qualités. C'est au passage du Pô le , qu'il se fait d'abord remarquer. Le mois suivant le , il est nommé commandant en chef du génie de l'armée d'Italie, à la place du général Vital. Il dirige le siège de la citadelle de Milan le , et le , commence celui de Mantoue, défendue par à feu et de garnison. Pour assiéger cette place, l'une des plus fortes d'Europe, les Français ne comptent que sur et ne disposent d'aucune artillerie de siège. Cinquante canons trouvés à Tortona et dans les postes abandonnés de la rive droite du Pô sont déployés devant Mantoue. Chasseloup fait ouvrir une tranchée à des palissades. Malgré la faiblesse des moyens mis à sa disposition, il va se rendre maître de la place quand Wurmser, à la tête de , paraît sur le Montebaldo, forçant Bonaparte à réunir ses troupes pour résister avant de lever le siège.

Chasseloup a une grande part aux succès de cette brillante première campagne d'Italie. Il est plusieurs fois cité pour les services qu'il rend aux batailles de Lonato le , de Castiglione le , du Pont d'Arcole, où il est jeté à terre, près du général en chef le , de Rivoli le . Promu général de brigade le , il est envoyé en mission à Paris par Bonaparte le . Pendant son séjour parisien, il est nommé tout d'abord adjoint au comité des fortifications le , puis directeur des fortifications le .

Mais malgré toutes les victoires, la paix ne peut être obtenue qu'au cœur même de la monarchie autrichienne, et pour y parvenir, il faut se rendre maître du Tyrol et franchir les Alpes noriques. C'est la première fois que des armées françaises pénètrent dans ces contrées, et il faut y reconnaître le cours des fleuves, les gorges des montagnes, déterminer les positions. C'est Chasseloup que Bonaparte charge de ces travaux, en particulier de faire des reconnaissances pour l'établissement d'une place forte dans le duché de Clèves près de Wesel et de diriger les opérations de levée d'une carte du Rhin de Landau à Nimègue. Il passe une bonne partie de l’année 1798 à l’organisation de la défense du Rhin, et il ne rentre à Paris qu'en septembre. Il est de nouveau nommé le , commandant en chef le génie de l'armée d'Italie.

Au printemps 1799, les hostilités reprennent. À part une courte absence en août pour raisons de santé, Chasseloup se fait remarquer de nouveau par son esprit d'initiative, la hardiesse de ses projets et l'efficacité de ses réalisations. L'armée, commandée par Schérer, est pressée par après la défaite de Magnano. La seule issue possible est de franchir l'Apennin. En sept jours, Chasseloup parvient à tracer dans la montagne plus de 40 kilomètres de route praticable par l'artillerie, permettant à l'armée d'effectuer sa retraite et de se sauver. Il reçoit le grade de général de division le .

Inspecteur des fortifications sous le Consulat

Sa carrière militaire se poursuivit brillamment : le , il devient inspecteur général des fortifications, puis le suivant, membre du comité des fortifications mandé auprès du Premier Consul. Commandant en chef du génie de l'armée de Réserve à la place du général Marescot le , il exerce les mêmes fonctions à l'armée d'Italie le . Le , il est responsable du siège de Peschiera après la bataille de Marengo, et le , il est chargé de recevoir sa capitulation. Il est chargé de la démolition des places de Coni, Ceva, Tortona, du fort de Suze, de la citadelle de Milan en 1801.

Après la paix de Lunéville, il reçoit pour mission de fortifier Pizzighettone, Peschiera, Mantoue, Legnago, la Rocca d'Anfo, puis Tarente et enfin Alexandrie, afin de mettre en place un système complet de défense et d'occupation permettant d'assurer la conquête de l'Italie.

Il applique à ces fortifications un système nouveau dont il est l'auteur, en particulier à Alexandrie, où il met en œuvre les idées qu'il a tout au long des travaux sur les autres sites, et qu'il résume ainsi : Éloigner les feux de l'ennemi par des ouvrages avancés, capables de résister et d'être repris par la garnison ; se ménager dans tout le pourtour de la place de grands moyens de sortie ; réduire à un très petit nombre, par de vastes inondations, les fronts attaquables ; multiplier les obstacles sur les directions que l'ennemi est forcé de prendre, et l'obliger à faire trois sièges successifs dans la même place. L'importance de cette réalisation n'échappe pas aux Autrichiens, et leur premier soin, après les traités de 1814, est de raser les fortifications d'Alexandrie, dont ils n'ont laissé que la citadelle.

Les guerres de l'Empire

De nouveau commandant le génie de l'Armée d'Italie sous Masséna en 1805, il est nommé commandant en chef le génie de la Grande Armée le . Il sert à Golymin le , à Eylau le , élève des têtes de pont revêtues de bois, pouvant servir de camps retranchés à Praga, Serock et Modlin. Les glaces enlevant sans cesse les ponts de bateaux, il fait construire trois ponts sur pilotis sur des rivières plus larges que le Rhin. Pendant le repos de l'armée, il se rend au siège de Kołobrzeg, puis va prendre le commandement de celui de Dantzig, mémorable par les difficultés rencontrées par les assiégeants et par le peu de moyens mis à leur disposition. Ce n'est qu'après 51 jours de tranchée ouverte que la place capitule. Il termine cette campagne en par le siège de Stralsund, que les Suédois finissent par évacuer. Avant de rentrer en France, il fait fortifier Thorn, Marienbourg et Magdebourg.

En début 1808, il part avec pour une tournée d'inspection des travaux qu'il a entrepris en Italie, principalement à Mantoue et à Alexandrie. Il reçoit du maître les plus brillants éloges, et est fait comte de l'Empire le . En récompense de ses services, il est nommé par l'Empereur conseiller d'État le , et après la retraite de Russie, membre du Sénat conservateur le .

Il prend peu après sa retraite le à près de 60 ans.

Partisan de la Restauration

Il continue à siéger au Sénat, et vote la déchéance de l'Empereur. Sous la Restauration, il est élevé à la pairie le , nommé grand-croix de la Légion d'honneur le . Il se tient à l'écart pendant les Cent-Jours et vote contre la condamnation et pour la déportation dans le procès du maréchal Ney.

Chargé d'honneurs, commandeur de Saint-Louis le , marquis le , président du conseil de perfectionnement de l'École Polytechnique en 1820, il n'en compte pas moins parmi les défenseurs des institutions constitutionnelles. Il prête serment à en 1830.

C'était, a dit à Sainte-Hélène, un des meilleurs officiers de son arme, homme d'une grande probité mais d'un caractère inégal.

Chasseloup a écrit des Mémoires sur l'artillerie ; son système de fortification est représenté en relief aux Invalides, à côté de ceux de Sébastien Le Prestre de Vauban et Louis de Cormontaigne.

Devenu complètement aveugle, il meurt à Paris le à l'âge de 79 ans. Son nom est gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile, côté Sud.

Vie familiale

Issu d'une famille noble de la Saintonge déjà illustrée dans la carrière des armes, son père François était capitaine général du guet et de la capitainerie des garde-côtes de Marennes. Ce dernier avait épousé le Marguerite Esther Couyer († ), dame de Toucheronde. Après la naissance de trois filles arrive enfin celle d'un fils, François Charles Louis.

François-fils épouse en 1798 Anne-Julie Fresneau ( † - Château de Senaud, Albon (Drôme)), fille de François Fresneau et héritière du château de la Gataudière. De leur union naquirent : Anne Marguerite Clémence ( - Paris † ), mariée le avec Scipion, de Bernon (né le - Grenoble), Lieutenant de chasseurs, maire de Moras-en-Valloire (1826), dont postérité ; Justin Napoléon (1800 † 1847), de Chasseloup-Laubat, officier d'état-major, député de Seine-Inférieure, ministre plénipotentiaire, Justin Prudent (1802 † 1863), de Chasseloup-Laubat, général de division, député de Seine-Inférieure, Justin Napoléon Samuel Prosper (1805 † 1873), de Chasseloup-Laubat, député de Charente-Inférieure, Ministre de la Marine, Ministre de l'Algérie et des Colonies, Ministre de la Marine et des Colonies sous le Second Empire.

Autres fonctions Conseiller d'État le ; Membre du Sénat conservateur le ; Pair de France : À la première Restauration (), puis, Pair de France au titre de marquis par ordonnance du et lettres patentes du .

Hommages Le nom de « CHASSELOUP » est gravé au côté Sud () de l’arc de triomphe de l'Étoile, à Paris. La rue Chasseloup-Laubat dans le de Paris porte son nom ainsi que la synagogue qui s'y trouve. Il existe une rue Chasseloup-Laubat à La Rochelle; on y trouve notamment le centre administratif de l'État dans le département, également nommé Centre administratif Chasseloup-Laubat. Il y avait à Saigon un lycée Chasseloup-Laubat.

Titres Comte de Chasseloup-Laubat et de l'Empire (décret du , lettres patentes du , Bayonne) ; Marquis héréditaire sur institution de majorat par lettres patentes du . Pair de France :

Marquis-pair héréditaire (, avec lettres patentes) ;

Décorations Légion d'honneur : Légionnaire le 19 frimaire an XII (), puis, Commandant le 25 prairial an XII (), puis, Grand officier le , puis, Grand Cordon de la Légion d'honneur le ; Ordre de la Couronne de Fer : Commandeur en 1805 ; Ordre de la Réunion : Grand-croix le ; Ordre royal et militaire de Saint-Louis : Chevalier de Saint-Louis à la première Restauration ; Commandeur de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis le .

Armoiries

{| border=1 cellspacing=5 width="100%" |- valign=top align=center | width="206" | Figure | Blasonnement |- valign=top |align=center | 100px | Armes des Chasseloup de Laubat sous l'Ancien Régime