thumb|Jean 1:1. In principio erat Verbum... : premiers mots en latin de l'Évangile selon Jean, Évangéliaire d'Æthelstan, folio 162 recto, début du . Le Prologue de l'Évangile selon Jean, ou Prologue de Jean, parfois surnommé Hymne au Logos, est constitué par les dix-huit premiers versets de l'Évangile selon Jean, même si le mot Prologue ne se trouve pas dans le texte. Rédigé en grec, comme l'ensemble du Nouveau Testament, le Prologue est une sorte de méditation sur la personne de Jésus-Christ, depuis la création du monde jusqu'à son incarnation, et contient les thèmes principaux de la suite de l'Évangile, dont celui de la Trinité. Ce texte, capital dans le développement du christianisme primitif, est considéré comme l'un des premiers traités christologiques de l'histoire et son influence est déterminante sur la spiritualité et la foi chrétiennes. Sa traduction, son interprétation, voire son attribution, font toujours l'objet de débats scientifiques et doctrinaux.

Le texte Auteur et datation Comme l'ensemble de l'Évangile selon Jean, le Prologue est très probablement l'œuvre de la communauté johannique et sa date se situe entre la dernière décennie du et le début du , p. 416-418..

Texte d'origine vignette|Texte grec de Jean 1:1, , . Texte grec : Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν. πάντα δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἕν. ὃ γέγονεν ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν, καὶ ἡ ζωὴ ἦν τὸ φῶς τῶν ἀνθρώπων· καὶ τὸ φῶς ἐν τῇ σκοτίᾳ φαίνει, καὶ ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν. Ἐγένετο ἄνθρωπος ἀπεσταλμένος παρὰ θεοῦ, ὄνομα αὐτῷ Ἰωάννης· οὗτος ἦλθεν εἰς μαρτυρίαν, ἵνα μαρτυρήσῃ περὶ τοῦ φωτός, ἵνα πάντες πιστεύσωσιν δι’ αὐτοῦ. οὐκ ἦν ἐκεῖνος τὸ φῶς, ἀλλ’ ἵνα μαρτυρήσῃ περὶ τοῦ φωτός. ἦν τὸ φῶς τὸ ἀληθινὸν ὃ φωτίζει πάντα ἄνθρωπον ἐρχόμενον εἰς τὸν κόσμον. Ἐν τῷ κόσμῳ ἦν, καὶ ὁ κόσμος δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ ὁ κόσμος αὐτὸν οὐκ ἔγνω. εἰς τὰ ἴδια ἦλθεν, καὶ οἱ ἴδιοι αὐτὸν οὐ παρέλαβον. ὅσοι δὲ ἔλαβον αὐτόν, ἔδωκεν αὐτοῖς ἐξουσίαν τέκνα θεοῦ γενέσθαι, τοῖς πιστεύουσιν εἰς τὸ ὄνομα αὐτοῦ, οἳ οὐκ ἐξ αἱμάτων οὐδὲ ἐκ θελήματος σαρκὸς οὐδὲ ἐκ θελήματος ἀνδρὸς ἀλλ’ ἐκ θεοῦ ἐγεννήθησαν. Καὶ ὁ λόγος σὰρξ ἐγένετο καὶ ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν, καὶ ἐθεασάμεθα τὴν δόξαν αὐτοῦ, δόξαν ὡς μονογενοῦς παρὰ πατρός, πλήρης χάριτος καὶ ἀληθείας· (Ἰωάννης μαρτυρεῖ περὶ αὐτοῦ καὶ κέκραγεν λέγων· Οὗτος ἦν ὃν εἶπον· Ὁ ὀπίσω μου ἐρχόμενος ἔμπροσθέν μου γέγονεν, ὅτι πρῶτός μου ἦν·) ὅτι ἐκ τοῦ πληρώματος αὐτοῦ ἡμεῖς πάντες ἐλάβομεν, καὶ χάριν ἀντὶ χάριτος· ὅτι ὁ νόμος διὰ Μωϋσέως ἐδόθη, ἡ χάρις καὶ ἡ ἀλήθεια διὰ Ἰησοῦ Χριστοῦ ἐγένετο. θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε· μονογενὴς θεὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς ἐκεῖνος ἐξηγήσατο.

Texte liturgique thumb|Texte latin de Jean 1:1, Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, . Texte latin de la Vulgate : In princípio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in princípio apud Deum. Ómnia per ipsum facta sunt : et sine ipso factum est nihil, quod factum est : in ipso vita erat, et vita erat lux hóminum: et lux in ténebris lucet, et ténebræ eam non comprehendérunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Ioánnes. Hic venit in testimónium, ut testimónium perhibéret de lúmine, ut ómnes créderent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimónium perhibéret de lúmine. Erat lux vera, quæ illúminat ómnem hóminem veniéntem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognóvit. In própria vénit, et sui eum non recepérunt. Quotquot autem recepérunt eum, dedit eis potestátem fílios Dei fíeri, his qui crédunt in nómine eius : qui non ex sanguínibus, neque ex voluntáte carnis, neque ex voluntáte viri, sed ex Deo nati sunt. Et Verbum caro factum est, et habitávit in nobis ; et vídimus glóriam eius, glóriam quasi Unigéniti a Patre, plenum grátiæ et veritátis. Ioannes testimonium perhibet de ipso et clamat dicens : ʺHic erat, quem dixi : Qui post me venturus est, ante me factus est, quia prior me eratʺ. Et de plenitudine eius nos omnes accepimus, et gratiam pro gratia ; quia lex per Moysen data est, gratia et veritas per Iesum Christum facta est. Deum nemo vidit umquam; unigenitus Deus, qui est in sinum Patris, ipse enarravit.

Traduction Crampon Traduction en français d'Augustin Crampon (1864) : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean. Celui-ci vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui : non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière. La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde. Il (le Verbe) était dans le monde, et le monde par lui a été fait, et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais quant à tous ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, Qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu sont nés. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père), tout plein de grâce et de vérité. Jean lui rend témoignage, et s’écrie en ces termes : « Voici celui dont je disais : Celui qui vient après moi, est passé devant moi, parce qu’il était avant moi. » et c’est de sa plénitude, que nous avons tous reçu, et grâce sur grâce ; parce que la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

Traduction Segond Traduction en français de Louis Segond (1910) : Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière. Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue. Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu lesquels sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. – Jean lui a rendu témoignage, et s’est écrié : C’est celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi. – Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.

Contenu Structure vignette| redresse=1.6| Le Prologue dans le Papyrus 66, v. 200. À la différence des Évangiles selon Matthieu et selon Luc, le quatrième évangile ne commence pas l'évocation de Jésus par sa généalogie ni par le récit de sa naissance, de son enfance ou de son baptême, mais par un prologue en forme d'hymneHilarion Alfeïev, « Le Prologue de saint Jean : Dieu entre dans le monde », orthodoxie.com, septembre 2024.Jean Zumstein, Évangile selon Jean, in Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, 4 éd. , p. 408-409.. Les dix-huit versets de ce prologue (tout comme l'épilogue en Jn 21) sont distincts du corps de l'évangile, qu'ils introduisent sans toutefois en faire partieJean Zumstein, « L'évangile selon Jean », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , p. 369..

Pour Jean Zumstein,, le Prologue comporte deux parties, dont la première (v. 1-13) évoque l'incarnation du Verbe, et la seconde (v. 14-18), les conséquences de cette incarnation. Augustin opérait déjà cette distinction dans son traité De la Trinité : Augustin d'Hippone, De la Trinité, Livre XIII, , chapitre premier, trad. Raulx, 1868, lire en ligne..

Première partie L'incipit « Au commencement » (en grec Ἐν ἀρχῇ, En arkhê ; en latin In principio) est une citation directe du premier mot du premier livre de la Torah (Genèse 1:1) : בְּרֵאשִׁית, Bereshit (« Au commencement »)Bernard Pautrat, Évangile de saint Jean, Préface, Payot, Rivages Poche, 2000.. Avec ce « Au commencement », la Bible hébraïque ouvre le récit de l'histoire universelle et se réfère à un début inscrit dans le temps ; le « Au commencement » du Prologue lui répond en se référant à un principe intemporel et transcendant, à l'éternité du Verbe, du Logos, qui est depuis toujours et pour toujours.

Les versets 2 à 4 décrivent le Verbe comme distinct de Dieu, dont il est cependant l'expression, l'image, et comme créateur de toute chose. Il est porteur de la vie, symbolisée par la lumière, le don de la vie et celui du sens étant ici indissociables.

Les versets 5 à 13 s'éloignent de la thématique du commencement pour se concentrer sur celle de l'incarnation du Verbe préexistant, dont Jean le Baptiste est le témoin et l'annonciateur. Or, si la est devenue visible au sein de la réalité, elle se heurte à de l'incompréhension, à un refus volontaire de ceux-là mêmes à qui elle est destinée. L'acceptation demeure toutefois possible, par l'acte de foi, acte qui n'est pas le fait de l'homme mais relève de la volonté de Dieu et de la venue du Verbe.

L'anthropologue Marcel Jousse, sj, note que les dix premiers versets comportent des « mots-crochets », autrement dit des répétitions de termes destinées à favoriser la mémorisation du texteRevue Jésuites (Nouvelles de la province de France), , été 2001, .. Cet aspect binaire caractérise ce que les successeurs de Jousse étudieront sous le nom de rhétorique sémitique.

Seconde partie Le verset 14 marque un tournant : il introduit la seconde partie avec la phrase , qui expose l'événement de l'incarnation, et dont la suite, littéralement , est une reprise du Premier Testament, où Dieu réside sous la tente lors de la traversée du désert. Le Baptiste intervient une seconde fois pour confirmer que Jésus, qui est la , est aussi le Verbe transcendant. L'hymne proprement dit se termine au verset 16, où la présence de Dieu dans l'incarnation est une promesse de salut et de grâce.

Les deux derniers versets (v. 17-18) se présentent comme un double commentaire, soulignant d'une part que la Loi de Moïse n'est pas abrogée mais accomplie dans sa manifestation ultime, le Christ, et d'autre part que, si Dieu demeure inconnaissable pour l'être humain, le Verbe incarné est le seul chemin qui mène à lui .

Dans l'expression « Dieu, nul ne l'a jamais vu », Jean-Robert Armogathe suggère une possible inspiration du texte dit de la « vocation d'Isaïe »Prédication de Carême, 1999..

Enjeux théologiques Visée apologétique vignette|Le Prologue dans la Vulgate sixto-clémentine.