L’, traduit par « Héritage ancestral » (ou plus exactement , c’est-à-dire « Société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral »), était un institut de recherches pluridisciplinaire nazi, créé par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré le . Intégré aux SS en janvier 1939, l' avait son siège à Munich. L'institut avait pour objet d'études « la sphère, l'esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique » avec comme outils la recherche archéologique, l'anthropologie raciale et l'histoire culturelle de la race aryenne. Son but était de prouver la validité des théories nazies sur la supériorité raciale des Aryens sur les races supposées inférieures ainsi que de germaniser les peuples qui occupaient le Lebensraum nazi.
Fondation et organisation
La , (« Héritage des ancêtres, société pour l'étude des idées premières »), est créée par Heinrich Himmler le , à la fois pour supplanter l'influence de Rosenberg dans les milieux culturels et pour encourager l'étude de l'antiquité germanique, chère au Reichsführer SS. Le nom sera abrégé en le .
La mission confiée à la nouvelle société est double : approfondir la connaissance des fondements de la civilisation germanique et transmettre ces découvertes par le biais de magazines, expositions et conférences au public allemand. L'Ahnenerbe se présente comme un institut de recherche ordinaire.
Organisation initiale La présidence de l'institut est d'abord confiée au préhistorien néerlandais Herman Wirth. Puis, après le désaveu public infligé à celui-ci par Adolf Hitler et la prise de distance d'Himmler par rapport à ses travaux en 1936, au doyen de l'université de Munich, , spécialiste de littérature et de religions de l'Inde, le .
En 1937, Himmler ordonne, après un voyage à Rome, la mise en place d'un département d'antiquité gréco-latine. La création de département s'inscrit dans le projet du Führer de démontrer que la culture gréco-latine est en réalité héritière de la civilisation germanique.
L' met en place un . Outre l'archéologie, de nombreux instituts concernant la culture indo-germanique (c'est-à-dire « aryenne ») étaient créés, notamment dans les domaines linguistique, religieux, juridique, musicologique En 1937, un institut de philologie classique est également mis en place. Dans les mêmes années, une est créé, se proposant d'établir des liens de parenté entre les différents artefacts antiques étudiés, afin de mettre en évidence les liens de parenté supposés entre les populations italiques et les populations germaniquesCette unité de recherche étudie avec la plus grande attention la symbolique de la croix et du cercle en Italie préromaine et en Germanie, concluant à l'origine nordique des populations italiques..
Des départements de biologie, de génétique des plantes, d'entomologie, de physique nucléaire ou de médecine traditionnelle sont aussi créés. Un département de météorologie, dirigé par l-SS , fut aussi institué à l'initiative d'Himmler, convaincu que la théorie de la glaciation éternelle d'Hans Hörbiger pourrait permettre des prévisions météorologiques de long terme.
Réorganisation En 1937, date de la rupture entre Himmler et Darré, l'institut est réorganisé, confié dans les faits à Walther Wüst, et consacre une grande partie de ses recherches aux disciplines historiques, cet intérêt se matérialisant par la place nouvelle dévolue aux chercheurs évoluant dans ces disciplines.
Durant la période précédant immédiatement le conflit mondial, la stratégie d'Himmler pour cette institution s'organise dans plusieurs directions : tout d'abord, il tente d'en faire une institution de recherche spécifiquement SS, en l'émancipant du RuSHA, en le subordonnant à son état-major personnel, puis, en 1939, en le dotant de nouveaux statuts. Durant cette période, il fait de l'institut non seulement un centre de recherche mais aussi un lieu dans lequel sont centralisés l'ensemble des objets rapportés des expéditions ou des chantiers de fouilles.
En 1943-1944, au moment où l'institut est à son apogée, celui-ci compte 38 instituts de recherche principaux.
L'Ahnenerbe dans la nébuleuse du En compétition avec Alfred Rosenberg pour le contrôle de la recherche sur les Germains et la « germanité », Himmler tente, avec cet institut, de contrôler la recherche sur le passé germanique des Allemands, afin de lui donner un lustre comparable à celui de l'Antiquité gréco-romaine, avec la caution de chercheurs reconnus, qu'il attire dans sa sphère d'influence.
En effet, depuis 1934, l'archéologie nazie est le fief de Rosenberg qui souhaite refondre l'archéologie nazie selon les principes nationaux-socialistes. En 1937, la section archéologie du bureau Rosenberg, confiée à Hans Reinerth, devient une structure indépendante, qui, à partir de 1940, connaît un essor important dans l'ensemble de l'Europe occupée. Cependant, à partir de la fin des années 1938, ces instituts doivent compter avec l'Ahnenerbe, institut de recherche pluridisciplinaire, qui les supplante définitivement pendant la première partie du conflit.
Au départ dépendant du RuSHA, de Richard Darré, l' est officiellement intégré à la SS d'Himmler en 1940, ce dernier se faisant nommer président de l'institut en 1942 et la peuplant de ses protégés, comme Karl Maria Wiligut.
Mais les institutions créées dans la nébuleuse du NSDAP ne sont pas les seules face auxquelles l' doit trouver sa place, l'institut devant aussi compter avec les institutions plus anciennes, comme l'Institut archéologique allemand, le DAI. Face aux attaques des proches de Rosenberg, le DAI se rapproche de la SS et de son institut de recherche, soutenus l'une comme l'autre par la majorité des chercheurs du Reich. Rapidement, dans cette compétition, les services de l' se montrent mieux à même de placer les membres de l'institut, les candidats soutenus par l'institut étant promis à une belle carrière au sein de l'université, parfois au détriment de la qualité scientifique des postulants.
Recherches menées par l'institut Rapidement l'institut s'affirme comme un institut de recherche pluridisciplinaire, étendant ses investigations dans des domaines aussi variés que la linguistique, l'Histoire, l'anthropologie, l'archéologie, l'ethnographie ou la médecine.
Souhaitant donner au passé germanique des territoires allemands la même aura que l'antiquité classique, gréco-romaine, Himmler oriente les recherches de l'institut afin de l'ériger en bastion des expression rapportée par .. L'institut s'efforce à prouver, par une recherche au service de la propagande d'Etat, que la civilisation germanique remonte à la préhistoire et est dotée d'un patrimoine culturel inégalé. C'est ainsi que l'Ahnenerbe exhume des croix gammées sur des sites archéologiques dans le monde mais mène également d'autres travaux et recherches.
Domaines de compétences Dans le domaine de l'archéologie, les chercheurs de l', tels le capitaine Schneider., tentent de démontrer les thèses développées par Himmler, à savoir un pangermanisme européen, c'est-à-dire la recherche dans l'ensemble de l'Europe de preuves d'un passé germanique, à l'aide d'une approche pluridisciplinaire, intégrant des disciplines aussi variées que l'archéologie proprement dite, l'histoire du peuplement, l'étude des folklores européens, l'astronomie et les sciences occultes. Ainsi, de futurs archéologues renommés, tels que Herbert Jankuhn, ou , travaillèrent à l', qui s'était taillé un rôle central dans la recherche archéologique sous le Troisième Reich.
Souhaitant régir la vie de ses hommes par de supposées coutumes ancestrales préchrétiennes, Himmler fait de l'institut un centre de recherche sur un passé germanique mythifié, autour d'anciens cultes germaniques préchrétiens notamment.
Travaux et recherches Focalisé sur l'histoire de l'Allemagne et de ses origines germaniques, l'institut mène des fouilles sur un certain nombre de sites considérés par Himmler comme essentiels, destinés à substituer un peuple élu, les Aryens, à un autre, les Juifs de la Bible. Chaque secteur est examiné sous l'autorité directe d'Himmler.
Dès l'automne 1935, des équipes de fouilles sont constituées et envoyées sur le terrain. L'art rupestre scandinave constitue le premier champ d'investigation de l'institut. D'autres terrains sont aussi explorés, à l'image du site viking d'Haithabu, en Allemagne du Nord, mis au jour et fouillé de façon systématique, ou du tumulus princier d'Hohmichele, dans le Pays de Bade. Les Externsteine, dans la forêt du Teutoburg, font partie des sites les plus fouillés par l'institut. En Italie et en Grèce, les archéologues de l'institut s'attachent à démontrer le caractère aryen des populations romaines et grecques antiques : Franz Altheim mène ainsi, entre 1937 et 1937, une vaste campagne de fouilles le long de la qui serpente à proximité du lac de Garde; il y découvre des inscriptions et des runes qui sont comparées avec celles découvertes dans le Sud de la Suède, aboutissant à la conclusion que les populations italiennes sont d'origine indogermanique. Ces travaux font l'objet de publications de vulgarisation dans les revues proches de la SS.
L'archéologie ne constitue pas le seul centre d'intérêt de l'. La philologie, voit un institut se mettre en place en 1937. Son activité scientifique consiste à programmer l'édition critique de manuscrits, dans le cadre d'une collection dédiée, appelée . En 1937, la publication d'une édition critique du constitue l'unique réalisation de cette collection.
L'étude du passé ne constitue pas le seul domaine de recherche de l'institut : considérant la théorie climatique de la glace éternelle (doctrine de la glace éternelle) comme crédible, Himmler réunit en les scientifiques partisans de cette thèse et leur enjoint d'en démontrer la véracité dans le cadre de l'. Pour cela, il intègre à l'institut de recherche la société Hörbiger, du nom du principal théoricien de la glace éternelle, Hans Hörbiger. Il organise, à la suite de l'intégration de cet institut en 1936, deux départements : celui de climatologie, sous la direction d'Hans Robert Scultetus, et celui de recherche en astronomie, installé à l'observatoire de , départements sur lesquels le controversé Werner Heisenberg exerce, à la demande personnelle d'Himmler, une certaine influence. Directement ou par l'intermédiaire de son aide de camp, Himmler est tenu régulièrement informé des recherches sur les glaces éternelles, donnant certaines orientations, suggérant des pistes, ordonnant la rédaction de commentaires d'ouvrages en lien avec cette théorie.
Dans la lignée de la mise en place du département des Antiquités classiques, l' réoriente ses recherches, inaugurant une rupture avec la conception de l'Antiquité qui avait prévalu jusqu'alors dans le Reich : à l'opposition entre les Romains et les Germains, est substituée celle entre les Germains, nordiques, les Sémites, orientaux. En effet, Himmler expose rapidement, à partir de ses voyages en Italie de 1937, son idée de placer Rome dans la filiation nordique.
Missions spécifiques